Citoyens collègues, L’urgence des besoins de la commune de Reims, son importance et l’étendue de sa population, méritant toute l’attention du Comité, nous engagent à vous inviter de permettre aux commissaires de cette commune d’extraire deux mille quintaux de grains qu’elle a fait acheter dans les districts de Crépy et de Meaux, où la Commission des approvisionnements a exercé le droit de préemption pour fournir aux besoins de Paris, qui sont aussi très urgents, mais que des circonstances impérieuses nous forcent de concilier avec ceux de Reims, qui ne peuvent souffrir aucun retard. Salut et fraternité. Les membres du Comité de salut public, PRIEUR (de la Marne), CAMBACERES, PELET, MAREC, J.-B. CHAZAL, L.-B. GUYTON, BOISSY. [[de la main de Prieur de la Marne :] Connaissant par des relations particulières la situation affligeante de la commune de Reims, nous invitons nos collègues chargés de l’approvisionnement de Paris de concilier autant qu’il leur sera possible les moyens de pourvoir à la subsistance des deux communes.] DEVILLE [député de la Marne], PRIEUR (de la Marne).
Lettre du CSP aux représentants en mission dans le département de Seine-et-Marne du 7 pluviôse an III (RACSP, t. XIX, p. 695-696).
L’histoire n’a pas une fin heureuse (prévisiblement, suite à la libéralisation du commerce des grains). D’après l’équipe d’Aulard, on lit ensuite
ces lignes, de la main de Soulignac, qui avait été envoyé en mission dans les départements voisins de Paris, le 24 nivôse an III : « Soit la lettre de l’autre part communiquée à l’administration du district de Meaux, pour avoir son avis, savoir si l’extraction de deux mille quintaux dont il s’agit peut, vu la petite quantité, avoir lieu, sans nuire aux versements des réquisitions et préemptions. Fait à Meaux le 19 pluviôse an III de la République française une et indivisible. Le représentant du peuple en mission, Soulignac. » Enfin à cette lettre est annexé un extrait du registre des délibérations du conseil général permanent du district de Meaux du 19 pluviôse an III, qui refuse d’accorder les 2,000 quintaux demandés par la commune de Reims, alléguant qu’il ne peut même pas fournir toutes les réquisitions faites par le représentant Soulignac pour l’approvisionnement du marché de Paris et montrant une certaine inquiétude pour les subsistances de ses propres administrés.
La pénurie à Reims, comme dans toutes les villes des régions qui devaient approvisionner Paris était catastrophique, bien pire qu’à Paris même, puisque les Thermidoriens craignaient beaucoup moins les révoltes ailleurs que dans la capitale. Ainsi, alors que la ration de pain tombera à Paris jusqu’à deux onces par personne par jour (on n’en est pas encore là en pluviôse an III), il n’y a aucun système de rationnement ailleurs : la population des villes comme Reims est donc entièrement à la merci des spéculateurs...











