Alice Roosevelt lors des Superbock Under Sessions au Chat Noir
Entre pop-rock et électro, dansante et mélancolique à la fois, la musique des Alice Roosevelt se démarque par les influences diverses de ses membres, qui écoutent autant de musique anglo-saxonne que sénégalaise ou malienne. Je me suis rendue au Chat Noir à Carouge lors des Super Bock Under Sessions pour rencontrer la joyeuse bande, et je n’ai pas été déçue: sympathiques et drôles, ils ont ensuite donné un concert dynamique et touchant à la fois. Ce qui était aussi génial, c’est la facilité avec laquelle ils ont créé de la proximité avec le public et les fans, qui n’ont pas mis bien longtemps à se déhancher.
Rejoignez-nous dans le petit backstage du Chat Noir alors que nous parlons du dernier single du groupe Revolutionary Years, du parcours de ses membres depuis leurs débuts, de l’album à venir, et bien plus encore.
Vous venez de Nyon à la base, mais il y a certains membres qui n’habitent plus là-bas n’est-ce pas ?
David : Exactement. Deux d’entre nous habitent à Vevey tandis qu'un autre habite à St-Prex, près de Lausanne. Mais on vient tous à la base de la région de La Côte.
Cyril : En fait, on dit qu’on est de Nyon parce qu’on répète à Nyon. Vu qu’on a tous plus ou moins grandi dans la région de Nyon, c’est plus simple de dire qu’on vient de Nyon plutôt que de dire qu’on est un groupe de La Côte ou je ne sais quoi.
Pour apprendre à vous connaître un peu mieux, je voulais savoir si vous faisiez quelque chose à côté de la musique.
David : Oui, je suis imprimeur à côté du groupe ! Théo est un universitaire, notre chanteur est dans les assurances, notre deuxième guitariste est biologiste… Et Cyril est plus dans le milieu de la musique, parce qu’il est programmateur au Pont-Rouge à Monthey !
Aah excellent ! Je n'ai pas encore eu l'occasion d'y aller, mais la programmation est toujours géniale !
Cyril : Merci !
Je voulais aussi parler de votre biographie sur Bandcamp ! Qu’est-ce que les villes comme Dakar, Londres et Berlin représentent pour vous ?
Cyril : (ndlr : à David) C’est où t’étais en vacances non ? (rires)
David : Quand tu écoutes notre musique, il y a des influences qui sont très marquées anglo-saxonnes, notamment par la voix du chanteur mais aussi par les guitares. Donc c’est tout ce milieu underground, industriel de Londres et de Berlin qui nous a beaucoup inspirés tout au long de notre processus de composition. Et Dakar, c’est parce qu’on aime tout ce qui est dans la rythmique afro- du coup on travaille aussi avec ça. On aime bien rajouter des petites touches d’afrobeat, de musiques un peu africaines, de chants. On aime bien l’énergie que ça peut rendre. Du coup le mix des deux a fait ce que tu peux entendre aujourd’hui. Ces villes ont été citées, ça aurait pu en être d’autres. Pour ma part, ce serait un rêve de partir à Dakar et de pouvoir travailler avec des artistes locaux, parce que c’est vraiment des gens qui ont une énergie assez folle en termes de musique, et c’est toujours très inspirant.
À propos de votre single le plus récent, Revolutionary Years. Quelle est l’histoire derrière la chanson ?
David : Il (ndlr: Patrick, le chanteur) essaie de s’inspirer de la vie, et de ce qu’on vit en général- c’est comme notre chanson qui s’appelle The Clan Responded, et qui est à la base une réaction à ce qui s’était passé au Bataclan, les attentats. On est souvent confrontés à des faits parfois choquants dans la vie, et ça inspire notre chanteur, qui les raconte un peu de son point de vue. Alors après, pour moi c’est difficile de me mettre à sa place. Tu devrais lui demander !
(ndlr : après l'interview, je pose rapidement la question à Patrick)
Patrick : C’est une histoire d’amour, mais aussi de position par rapport à la vie où il faut un peu réagir. Je crois que David partait dans la position des femmes dans notre société, mais ça peut aussi être l’amour de manière générale. L’idée, c’est de prendre position sur ce qu’on veut et puis de l’assumer, aller jusqu’au bout, comme ça se passe actuellement dans le monde. Faire en sorte que les choses avancent. Nous, on le vit musicalement : les choses avancent pour Alice Roosevelt et c’est cool. Mais la chanson a aussi un sens un peu plus large : tout le monde dit que les choses ne vont pas dans notre monde, mais il y a des gens qui essaient de faire en sorte que ces choses avancent. C’est ça, les années révolutionnaires !
Comment avez-vous rencontré Kruella d’Enfer, qui a réalisé la pochette ?
Cyril : C’est moi qui l’ai rencontrée, lors d’un travail au Pont-Rouge à Monthey. On l’avait conviée à venir en Suisse pour repeindre la façade du club, faire une œuvre de street art. Du coup on est devenus amis, et je l’ai recontactée via Facebook pour savoir si ça l’intéressait de faire une pochette pour nous. Et voilà, c’est comme ça que ça s’est fait- très simplement en fait !
J’ai pu lire différentes choses dans différentes interviews en ce qui concerne le démarrage du groupe. Quand est-ce que vous avez commencé exactement ?
David : Notre premier concert était en 2014 non ?
Cyril : Non, c’était un peu plus tard… en 2016 ? 2014, c’était le début des répètes… Patrick, David et l’autre Cyril- Mike, ce sont ceux qui sont à l’initiative du projet depuis 2011.
David : En fait, à la fin de Josef of The Fountain, on était 3 à vouloir tout bêtement continuer à se voir pour faire de la musique, juste pour le plaisir. Du coup on s’est retrouvés dans notre local, moi, Patrick le chanteur et Cyril-Mike l’autre guitariste, à se mettre à composer derrière un ordi, à faire des premières prises de son un peu à l’arrache pour voir ce que ça donnait. Puis après Patrick posait des voix dessus, et petit à petit on s’est dit que ce serait cool de faire quelque chose de tous ces jolis sons. Du coup, on a convié notre bassiste de feu Cédric, dit Cyril- on avait un groupe quand on était plus jeunes, on faisait du punk-rock, et il était chanteur-guitariste. Du coup on lui a dit « on t’enlève deux cordes, vient faire de la basse ! C’est tout aussi simple que la guitare » (rires) On lui a fait écouter ce qu’on jouait, il était très motivé par ça. Du coup ça a fait une personne de plus. Ensuite on s’est mis à la recherche d’un batteur, qu’on a trouvé via une annonce internet, et puis on s’est tous retrouvés au local à écouter les espèces de compositions qu’on avait faites, et puis on a essayé d’en tirer quelque chose. Ça a donné ce que tu peux entendre aujourd’hui. Et après, notre premier concert était en 2016. Et voilà !
(ndlr : soudain quelqu’un éteint la lumière… des rires suivent, puis elle se rallume, et elle s’éteint, et se rallume à nouveau)
Et sinon, la dynamique de groupe a-t-elle changé depuis vos débuts ?
David : En termes de composition, à nouveau on participe toujours tous à ce processus. On a deux manières de procéder, soit on jam ensemble et on tourne autour de petits trucs, dès qu’on trouve un petit gimmick on essaie d’avancer dessus…
Cyril : ...ou je fais tout, tout seul chez moi, et là en général c’est les morceaux qui finissent sur le disque ! (rires)
David : Nan, ce qu’on aime faire c’est écouter des morceaux connus et les plagier ! Nan je déconne.
Cyril : Non, mais je pense qu’on a un peu deux modes de fonctionnement : soit on fait un peu des jams au local, où il y a généralement une idée qui peut ressortir et on essaie de construire autour de cette idée. Soit généralement David ou Cyril alias Mike amènent une idée qu’ils ont travaillée chez eux, et on essaie de construire autour de ça. Il y a un peu ces deux manières-là.
Que peut-on espérer d’Alice Roosevelt dans le futur ?
David : À la base on est en train d’enregistrer un album. Comme nous avons tout fait pour les deux EPs et le single qui sont sortis, on a un home studio qui s’appelle Kalif Records. Du coup on essaie de sortir un album qui est plus ou moins bien avancé, on espère pouvoir le sortir en 2019. On a quelques dates cet été qu’on ne se sentait pas de refuser, comme Festi’Neuch, Les Georges, Rock’Altitude… c’est quand même des occasions à saisir. Ça nous fait aussi une pause en termes de composition et d’enregistrement. Après, on va se remettre à fond là-dedans pour pouvoir produire le meilleur album de tous les temps ! Enfin j’espère !
De passage au Bleu Lézard lors des Superbock Under Sessions il y a quelques semaines, j’ai rencontré le mythique groupe hollandais au rock “sixties sur stéroïdes” avant son concert pour une conversation à propos du nouvel album Hyper Focus, de leur vie aux Pays-Bas et d’un étrange photographe. Impressionnants sur scène, les Birth of Joy ont assuré le show à coups de solos infernaux, de poses rocknroll et de fréquents aller-retours dans la fosse au milieu d’un public comblé et prêt à faire la fête.
Premièrement, je voulais apprendre à vous connaître un peu mieux. À quoi ressemble votre vie aux Pays-Bas ces temps-ci ?
Bob Hogenelst : Eh bien, en fait la plupart du temps on fait de la musique. Avec d’autres groupes, avec ce groupe aussi… On répète beaucoup. Et voilà !
J’en déduis que vous arrivez à vivre de votre musique ?
Bob : Ouais !
Gertjan Gutman : Oui, et c’est un peu pareil pour nous tous en fait. Je vis à Leyde, la ville dont je suis originaire. Et lorsque je ne suis pas en tournée ou en train de faire de la musique, je suis surtout dans des cafés ou je traîne avec des amis.
Kevin Stunnenberg : Je vis aussi de la musique, et j’ai ce petit « début » de studio chez moi. J’aime y travailler, enregistrer des choses et écrire des chansons.
Parlons un peu de votre nouvel album, Hyper Focus. En l’écoutant, j’ai eu l’impression qu’il y avait plusieurs parties, ou une sorte de fil conducteur- est-ce que c’est le cas ?
Gertjan : On nous pose souvent cette question (rires). En fait, on a réalisé nous-mêmes qu’il n’y avait pas de fil rouge dans l’album ! C’est juste une collection de beaucoup d’idées différentes mises ensemble sur un album. Nous voulions essayer de créer une sorte de concept- il y a un intro, trois parties, mais en fait elles n’ont rien à voir les unes avec les autres.
Bob : C’est juste une jolie manière de coller le tout ensemble. Trois pièces instrumentales destinées à lier le tout. C’était assez spontané.
Je voulais aussi savoir pourquoi est-ce que vous aviez choisi ce titre pour l’album.
Gertjan : Premièrement, c’est la situation dans laquelle nous vivons aujourd’hui : cet hyper-focus, tout ce qui est lié aux réseaux sociaux, à la télé, il y a de la pub partout… C’est une sorte de protestation contre cela. Mais d’un autre côté, nous utilisons cela en sortant des clips, des chansons et des albums. Nous essayons d’en tirer des avantanges. Mais Hyper Focus parle surtout de la pulsation constante d’informations qu’on reçoit tout le temps.
Je crois que ma chanson favorite est Poor Duffy. Quelle est l’histoire derrière la chanson ? (ndlr : ils rient).
Bob : En fait, c’est une chanson à propos d’un photographe français qui nous a arnaqués avec de l’argent. Il a pris des photos de nous, et nous les avons achetées. C’était déjà un peu fou au début, mais bon nous l’avons fait. Et il a trouvé ces photos sur un site internet – je ne sais plus lequel, et ils a dit que c’était de notre faute, que nous avions fait mauvais usage des photos en les envoyant à d’autres personnes. Nous n’avons pas fait cela, nous les avons juste mises en ligne. Bien-sûr, si quelque chose est mis en ligne, c’est ouvert au monde entier.
Gertjan : Puisqu’on parle d’Hyper Focus !
Bob : Oui ! Alors, tout le monde peut faire ce qu’il en veut. Il s’est mis en colère contre nous et nous a demandé plus d’argent.
Gertjan : Donc on a écrit cette chanson à propos de lui ! (rires)
Kevin : Nous ne sommes pas le seul groupe à avoir été arnaqué.
Gertjan : Eh bien, ça gossipe sec par ici !
Je n’en avais aucune idée en écoutant la chanson ! J’ai juste trouvé que c’était une bonne chanson.
Bob : Je pense aussi que c’est une bonne chanson, c’est juste que les paroles ne sont pas très gentilles !
Gertjan : Je trouve que le contraste entre la musique plutôt joyeuse et les paroles très dures est plutôt sympa.
Kevin : C’est notre manière à nous de prendre notre revanche !
Enfin, cela fait un bon moment que le groupe existe. Si vous pouviez donner un conseil aux jeunes Birth of Joy qui débutent, que leur diriez-vous ?
Kevin : Ne faites pas ça, noon !! (rires)
Gertjan : Écoute ton cœur, et ne pense pas à ce que les autres attendent de toi. Fais ton truc, et voilà ! Foncez, et restez unis.
Bob : Je ne sais pas- en fait, je pense que les choses se sont plutôt bien déroulées ! Donc je pense que nous nous en sommes plutôt bien sortis. Sauf pour la dernière fois où nous sommes venus ici, nous avons eu une bagarre bizarre avec un gars. Donc je me dirais de ne pas parler à ce type !
Kevin : Donc : fais gaffe au photographe et aux bagarres de rue ! (rires) Une autre chose que voudrais dire à mon moi plus jeune, c’est par rapport aux paris sur les courses de chevaux. Je donnerais toutes les infos sur les gagnants ! Et les chiffres du loto !
Mount Kōya au Lapin Vert, avec mon bon vieux appareil Canon.
Nous sommes le mercredi 28 mars, et il pleut beaucoup à Lausanne. Je retrouve les Mount Kōya dans un petit restaurant près de la Cathédrale. Sympathiques et drôles, ils me racontent quelques anecdotes sur des concerts dans des endroits improbables et d’autres galères qu’ils ont rencontrées en jouant en live. Il faut dire que cela fait 6 ans que la bande joue ensemble. Nous décidons de faire l’interview durant l’entr’acte de leur concert au Lapin Vert, pendant que la légendaire playlist du bar défile- des White Stripes à Daniel Balavoine. Nous parlons du nouveau départ du groupe avec leur changement de nom, de leur rôle au sein de la scène locale, de leur album à venir, et bien plus encore.
Que s’est-il passé entre Sonic Ravens et Mount Kōya ?
Patrick : En gros, pour nous Sonic Ravens c’était un peu le commencement, même si au départ on ne s’en rendait pas compte. C’était notre laboratoire musical, parce qu’on a tous appris à faire de la musique ensemble à peu près au même moment. De manière générale, on a vraiment expérimenté pendant 6 ans. On a cherché notre style et joué un peu partout - je veux dire dans des endroits improbables ! - pour se faire la main sur scène. Du coup, au fil du temps on s’est rendu compte que notre style commençait un peu à s’affiner, et on commençait à se regrouper, à être tous dans la même veine. Suite à cela, on a intégré Léo au synthé. Il apporte la touche qui manquait au style de musique dans lequel on s’était orientés. Début 2018, après avoir composé pendant une année tous ensemble, on s’est dit que c’était peut-être le moment de changer de nom. Comme on savait ce qu’on voulait faire et qu’on avait assez de chansons pour faire un album, on s’est dit : « autant prendre un nouveau départ, repartir avec le fruit de toutes ces années d’expérience. » Maintenant on passe un nouveau stade, et on démarre sur un nouveau nom. Un nom qui a moins de consonance « salut je suis un adolescent entre 16 et 18 ans ! » (rires)
Je ne le trouve pas aussi horrible que ça !
Patrick : Ouais mais non ! On a eu de la peine à le porter au bout d’un moment aussi, il faut l’avouer. Et cela faisait quand même 6 ans.
Kevin : On avait envie de vite tourner la page, de changement.
Patrick : Oui, et cela nous a aussi donné un bel élan. Du coup, au sein du groupe tout le monde est beaucoup plus actif. Parce qu’on a un projet qui est vraiment à nous 5 et qu’on a envie de porter plus loin.
Je voulais aussi apprendre à vous connaître un peu mieux. Est-ce que vous êtes tous de Vevey ?
Antoine : En fait, on est tous de Vevey, sauf Kevin qui habite à Aigle. Il arrive !
Kevin : J’arrive gentiment, Ollon-Aigle… Prochaine étape Vevey !
Antoine : Sinon on est tous étudiants, ou déjà dans la vie professionnelle comme Patrick. Et on est pas mal impliqués dans des associations comme L’AFM, où on a notre local. C’est une association de musiciens qui mettent à disposition des locaux de répétition. On fait un festival, une compilation et tout. On est entrés dans cette association en 2012. On a eu pas mal de projets avec cette association et on s’est pas mal impliqués dans le milieu culturel. Après, il y a Patrick qui travaille au Bout du Monde, qui est un bar et une salle de concerts. C’est un tremplin pour pas mal de groupes à Vevey.
Patrick : Je suis l’un des gérants de l’endroit, j’ai intégré l’équipe l’année dernière. C’est hyper intéressant, parce que c’est un milieu dans lequel tu rencontres tellement de personnes. Tu as tellement de bonnes expériences humaines et musicales. C’est vraiment un super boulot.
Aria : Patrick et moi-même avons aussi une association qui s’appelle Club Soda. Le concept, c’est qu’on enregistre des groupes de la région à des fins professionnelles, pour proposer un support audiovisuel qui puisse refléter leur live, plutôt que les chansons en version studio où on peut tricher et faire en gros ce qu’on on veut. Le but, c’est de montrer la qualité des groupes de la région en formation live. Pour l’instant, on commence par les amis- on a la Bande à Joe de Lausanne par exemple. Plus le mot se passe, plus on a de contacts qui viennent vers nous et c’est assez intéressant.
En lisant votre bio sur Bandcamp, j’ai eu l’impression que le groupe est un peu « nature » (rires). Est-ce la raison derrière le choix de votre nom, Mount Kōya ?
Léo : Alors, c’est une montagne sacrée au Japon. Il y a des centaines de temples perchés là-haut. C’est un endroit très spécifique, qui évoque beaucoup de choses. On aimait bien cet aspect de connexion entre la terre et le ciel, et cet aspect de tranquillité, être à part pour réfléchir. Personnellement, j’ai dormi dans un monastère sur ce mont lors d’un voyage au Japon, et j’ai vraiment été assez marqué par l’endroit. Je me suis dit que cela pouvait aussi évoquer plein de choses en lien avec la musique qu’on joue, qui peut être assez énergique, mais en même temps sur une durée plutôt longue. Et il y a une sorte d’évolution dans nos chansons qui peut aussi évoquer la réflexion sur soi-même, peut-être s’évader quelque part.
Je voulais aussi parler de votre nouvelle chanson, Space & Time. Votre manière de composer est-elle la même qu’il y a 6 ans ?
Antoine : C’est complètement différent. Avant, c’était en général Patrick et moi qui venions avec des idées de guitare, parce qu’on jouait pas mal ensemble. En fait, j’ai appris à jouer de la guitare en grande partie grâce à Patrick. Du coup on se montrait pas mal de trucs et après on proposait au groupe. On avait des compos très carrées, un peu comme aux débuts des Arctic Monkeys- le petit British Rock des années 2000.
Je pense qu’on écoutait tous cela à cette époque !
Antoine : Oui, on écoutait tous ça et on était contents ! Au fur et à mesure, en achetant des pédales de delay, en volant des pédales wah-wah…
Kevin : ça balance ! (rires)
Antoine : Du coup, on a commencé à plus faire la musique qu’on entendait dans notre tête plutôt que ce qu’on entendait à la radio. Donc on a vraiment commencé à définir notre style, et maintenant ce qu’on fait est plus défini par la jam. Soit on a repris des anciennes compos qu’on a complètement modifiées au point qu’on ne les reconnaisse plus, soit on a des choses qui sont venues en jammant, en s’échauffant avant une répète. Tout à coup on se dit « ah, mais c’est trop bien » ou alors quelqu’un vient avec une idée et on commence à jammer dessus. Et maintenant, dans nos concerts on se laisse beaucoup plus d’espace de jam.
Patrick : Justement, il y a énormément de moments pour se laisser la liberté de s’exprimer selon l’énergie du moment. Ce qu’on trouve génial, c’est que du coup un concert ne sera jamais le même autant pour nous que pour le public. On se laisse cette liberté de nous imprégner de ce qu’il y a autour pour créer de la musique sur le moment. Alors certes, on a le cadre de nos compositions, mais cela fait tellement longtemps qu’on joue ensemble qu’on sait exactement ce que les autres vont faire, ou on imagine ce que les autres vont faire. Du coup, il y a ce dialogue perpétuel pendant nos sets qui fait qu’on discute pendant tout le show ! Et c’est hyper plaisant. Pouvoir s’entendre sans rien dire, c’est vraiment cool.
Enfin, pourriez-vous me parler de votre album Space Program qui va sortir dans quelques mois ?
Antoine : C’est un album sur lequel on a travaillé pendant l’été 2017. On l’a enregistré nous-mêmes, on en est très fiers. Ça reprend des compos qu’on avait de base avec les Sonic Ravens- je pense notamment à l’EP qu’on avait sorti en mai 2017. On s’était dit qu’un EP, c’était quand même un avant-goût d’un album. Cela nous tenait à cœur de les refaire. Donc on les a modifiées, réarrangées. Léo n’a pas pu enregistrer sur l’EP - il a fait une chanson en fait, Sunset Tripping – donc là c’est vraiment un travail collectif où on s’est tous enfermés pendant 2 mois dans un sous-sol pendant que les gens se doraient la pilule dehors.
Aria : C’est pour ça qu’on est blancs ! (rires)
Antoine : On a fait ça dans un local. C’est moins cher, et franchement on trouve que le résultat est là. Ce sera à vous de nous dire ce que vous en pensez, mais il faudra attendre septembre ! On va jouer des nouvelles chansons ce soir, il y a plein de choses à découvrir.
My Baby au Bourg lors des Super Bock Under Sessions. Photos: Superbock
Énergiques mais spirituels, les My Baby mélangent plusieurs genres de musiques noires comme le blues, le gospel et le funk avec la dance. Quelques heures avant son passage au Bourg, la joyeuse bande nous parle de ses origines, de ses rituels avant de monter sur scène ou encore du public suisse qu’il apprécie.
Ce n’est pas votre première fois chez nous n’est-ce pas ?
Cato : Non, nous avons joué à l’Open Air Gampel et nous avons aussi donné quelques concerts dans des clubs. Mais nous ne sommes encore jamais venus dans cette région de la Suisse. C’est notre première fois à Lausanne !
Que pensez-vous du public suisse ?
Cato : Le public suisse a toujours été super avec nous. Je pense qu’il comprend notre musique et ses racines. Et il sait comment bien faire la fête, ça c’est clair !
Pourriez-vous nous expliquer les raisons derrière le choix de votre nom de groupe, My Baby ?
Daniel 'Dafreez' Johnston : C’est une question compliquée, je laisse la parole à la personne à côté de moi ! (rires)
Cato van Dijck : Je crois que Joost le sait !
Joost van Dijck : Ah ouais… Ils me refilent toujours ce genre de questions, parce que je suis un peu le cerveau du groupe. Nous sommes fascinés par la musique gospel et le funk. En fait, le gospel a peu à peu transité vers le funk et la soul en changeant des mots comme « the Lord » ou « Jesus » en « my baby ». L’amour pour Dieu est transformé en l’amour pour son ou sa chéri/e. Nous chantons beaucoup « my baby » dans nos morceaux, ce qui nous a poussés à prendre ce nom ! (rires)
Je voulais aussi vous demander de compléter la phrase : « My Baby is… » (ndlr : mon bébé, c’est…)
Cato: My Baby, c’est… une flapper.
Daniel: My Baby, c’est roots driven hypnotic dance.
Joost: My Baby, c’est super intergalactic!
Quel est votre motto pour le groupe ?
Joost : Eh bien, nous donnons beaucoup de concerts et nous voyageons beaucoup. Je pense que c’est cela notre motivation : donner le plus de concerts possibles, dans le plus d’endroits possibles. Et de partager nos voodoo vibes !
Vous jouez au Bourg ce soir, qui est une salle plutôt petite. Quels sont selon vous les avantages de jouer dans un endroit comme celui-ci, par rapport à de plus grandes salles ?
Daniel : C’est agréable de jouer dans cette atmosphère plutôt intime, parce que tu es plus près du public. Tu peux directement ressentir son énergie. C’est juste une autre manière de jouer, à partir de laquelle tu apprends. Mais les deux sont bien, si tu joues sur de grandes scènes c’est une quantité d’énergie incroyable, tandis que lorsque tu reviens sur des petites scènes tu peux t’amuser un peu plus avec la dynamique et ton jeu de scène- jouer différemment.
Cato : Il y a une énergie très directe de la part du public que tu perçois instantanément.
Quel est selon vous un concert de My Baby réussi ?
Cato : Lorsque tout le monde est nu à la fin ! Lorsqu’ils ont enlevé leurs pantalons et qu’ils les ont mis sur leur tête !
Daniel : Donc en gros tu veux dire, quand tout le monde se lâche et se sent libre je suppose ! Si tu parviens à faire cela avec ta musique, tu a réussi.
Avez-vous des rituels avant de monter sur scène ?
Cato : Eh bien, j’enlève mes chaussures. Pour être en contact avec la terre, l’endroit… Je pense que tout le monde a son petit rituel. Nous nous habillons aussi pour représenter notre personnalité sur scène. Je pense que c’est le rituel le plus important que nous avons.
Joost : Oui. Nous devrions peut-être faire quelque chose comme de la méditation ou du yoga ensemble. Nous ne l’avons jamais fait, donc peut-être qu’en le faisant cela va changer l’atmosphère du concert…
Cato : Sûrement en bien !
Joost : Ok, nous allons essayer cela à partir de maintenant !
Formé il y a trois ans par des amis passionnés de musique, le Collectif La Main Mise a désormais pleinement sa place dans la scène électronique Lausannoise. La bande aime faire la fête et mettre l’ambiance à sa manière, à coup de perles rares sur vinyle ou en format digital- des années 70 à nos jours. Rencontre avec Super Bock d’Antoine, Nicolas, Roméo, Lucien et Yannick lors de la première Under Session qui s’est tenue le 24 août dernier. Vous saurez tout sur La Main Mise et ce qui motive ses membres à aller toujours plus loin !
Qu’est-ce qui vous a poussés à démarrer le collectif La Main Mise en 2014 ?
Antoine : L’amitié d’abord, l’envie de faire des activités hors du contexte de notre travail- on s’est rencontrés avec Nico dans un resto. Je faisais mes heures sup’ d’étudiant, et lui « gradait » petit à petit dans l’établissement. On avait envie de faire quelque chose en-dehors de nos domaines respectifs pour se voir un petit peu en-dehors du taf et faire vivre notre passion, la musique. Nico a une collection de vinyles hallucinante, et moi je collectionne les synthés et d’autres boîtes farfelues. On s’est dit que c’était bête de garder tout ça pour nous, et puis on a toujours été des rassembleurs. On avait envie de faire la fête, d’amener tous nos copains à nos soirées et d’avoir des lieux dans lesquels se rassembler. Ça avait du sens de faire quelque chose. Et puis c’est un collectif événementiel, l’idée au départ c’était vraiment d’organiser des événements.
Nicolas : Oui, faire des teufs cools parce qu’on ne trouvait rien qui nous satisfaisait.
Antoine : On sentait qu’on était un peu dans une fin de cycle à Lausanne, il y avait une grande émulsion de collectifs électroniques. Il y a eu Electrosanne, de chouettes manifestations autour de la musique électronique. Au bout d’un moment, on a un peu le sentiment que ça devenait élitiste. Il y avait toujours les mêmes personnes aux mêmes endroits, et ça se renouvelait peu. Et puis, c’était pas « notre » collectif, ou « notre » histoire. On avait envie de faire un truc à nous et ne pas toujours être spectateurs de l’énergie et de la passion des autres.
Nicolas : Sans pour autant prendre le lead, le but c’était vraiment de participer, de diversifier et d’organiser des fêtes comme nous on le concevait… Et puis, de faire kiffer les gens.
Comment cela s’est-il passé la première fois que vous avez organisé un évènement ?
Nicolas : C’était méga cool. Je pense que pour beaucoup de collectifs, le premier événement c’est à 95% des potes et des potes de potes. Le 5% restant, c’est des gens qui se sont perdus et qui se sont trouvés là par hasard ! (rires) Il y en avait quand même deux-trois, et puis cela n’a pas duré tard dans la nuit. On a passé nos meilleurs vinyles de l’époque. Il y avait des décorations en carton, le tout tenait avec des bouts de ficelle ! (rires)
Antoine : Pas mal de scotch, des agrafes- on adore les agrafes !
Nicolas : Scotch, agrafes, ficelle. La fondation de La Main Mise… c’est ça ! Cela l’a été pendant très longtemps, et ça arrive encore régulièrement.
Antoine : Ouais, maintenant c’est quand même plutôt la corde et le pistolet à clous !
Nicolas : La première édition a tout de suite répondu à nos attentes, on s’est dit : voilà, c’est la fête comme on la conçoit. L’ambiance, le partage entre les gens, c’est ce qu’on voulait.
Antoine : Même si au départ, les lieux n’étaient pas aussi sexys que ceux où on a maintenant la chance d’aller. On revient presque maintenant à l’idée d’aller dans des lieux un peu moins sexys et d’essayer de… Il y avait du challenge quoi, c’était cool de faire des soirées dans des lieux où tu n’irais jamais s’il n’y avait pas tes potes qui organisaient une soirée là-bas. Et puis, il y avait la possibilité de vraiment créer un truc dans ces endroits. Du coup, je pense qu’on va gentiment revenir à une petite audace. Pourquoi pas.
Quel est le futur de la Main Mise ?
Nicolas : On ambitionne pas mal de choses, avec un peu de chance on va réussir à le faire. Et puis beaucoup d’aide et de travail. Parce qu’avant de faire la fête, c’est du travail.
Antoine : On travaille pour faire la fête.
Nicolas : On va continuer à organiser des soirées, l’idée c’est de faire de plus en plus gros. On était de plus en plus de gars. On aime bien l’idée d’un mini-festival cet été.
Antoine : On est beaucoup à être dans notre activité, plein de petits collectifs passionnés. Ce serait chouette de faire vivre un gros évènement avec tout ça.
Nicolas : C’est une des idées fondatrices du truc. Comme je l’ai dit au début, on ne veut pas prendre le lead. L’idée c’est de participer à la scène électronique en vivant les uns avec les autres. Depuis le début, on essaie à chaque fois d’inviter un mec différent, et puis surtout de collectifs qui viennent d’ailleurs.
Antoine : Ça donne aussi une substance à la scène locale, de grouper des gens et de montrer que oui, il y a plein de petits amateurs qui remplissent des soirées petit à petit. Ça donne une la crédibilité à la musique électronique, qui est bientôt en train de prendre une crédibilité absolue- elle est déjà présente quasiment dans tous les styles de musique. En plus de ça, là il y a vraiment l’idée de se dire qu’au niveau de la ville de Lausanne, il y a déjà d’autres collectifs qui sont déjà plus établis et qui ont des clubs, des établissements où il y a de la fête régulièrement. Nous voulons être pris au sérieux un minimum en se mettant à plusieurs et en montrant que nous aussi, avec nos petites mains, on a essayé de faire des choses qui restent sérieuses. Comme on disait, c’est du travail pour faire la fête et pas que la fête pour faire la fête. On pense que c’est à plusieurs qu’on se fera entendre.
Nicolas : On aime bien aussi l’idée d’un label. On verra ce que ça donne. On rêve et on essaie de se diversifier.
Selon vous, comment se porte la scène électronique lausannoise ?
Antoine : La scène électronique lausannoise est absolument fabuleuse en ce moment. Mais comme on disait dans la question précédente, c’est vrai qu’on manque un peu de crédibilité. Je pense qu’on n’est pas encore tout à fait légitimes aux yeux des pouvoirs publics qui essaient en permanence de cadrer la fête- pas forcément de la limiter, mais de l’organiser un maximum. Pour l’instant, c’est des acteurs un peu plus sérieux qui sont demandés pour faire ce travail-là. Mais je pense qu’on va réussir petit à petit, avec tous les collectifs qui sont présents et qui font que la scène électronique lausannoise d’aujourd’hui est un vivier impressionnant- il y a des producteurs, des labels et des collectifs qui organisent des soirées à tire-larigot. Rien qu’entre nous, on a une quinzaine de copains qui font partie d’autres collectifs et qui font à peu près la même chose que nous tout en ayant leur originalité. On ne se marche absolument pas dessus.
Nicolas : Au contraire, on marche main dans la main en fait.
Antoine : Je pense qu’il y a cette émulsion d’initiatives et de volonté qui va aboutir à une prise en considération par des gens un peu plus sérieux. Ca aboutira certainement à faire perdurer cette dynamique qui est bien présente.
Nicolas : C’est un phénomène assez nouveau, donc c’est normal que les autorités en place ne soient pas forcément prêtes. Lausanne, ce n’est pas non plus la « big ville »- à Zurich, cela fait des années que c’est là, mais à Lausanne cela arrive depuis dix ans seulement. On veut juste organiser des évènements cools, on ne veut pas foutre la merde.
Antoine : Dans le respect, et voilà. Mais gentiment ça se fait comprendre.
Nicolas : Les choses évoluent au fur et à mesure. Il y a de chouettes clubs qui ouvrent.
Comment vous répartissez-vous les tâches au sein du collectif ?
Roméo: Je sors du milieu de la photo. Quand j’ai rejoint le collectif au tout début, ils avaient besoin de quelqu’un qui fasse un peu du média pendant les soirées. Du coup c’est comme ça que j’ai intégré le truc. À la base, je pense qu’on s’est surtout sélectionnés par rapport aux compétences particulières qu’on avait les uns les autres, et notre attrait pour la musique. On avait aussi tous envie de faire la fête.
Lucien : Ouais, chacun notre petite signature musicale. C’est ça qui fait qu’on reste assez polyvalents. On aime bien avoir des soirées un peu différentes, des fois techno, des fois plus house. Cela créé un public encore plus grand.
Yannick: Après, notre étiquette générale dans la main mise, c’est quand même des sons assez house, assez groovy- assez chaleureux finalement. On essaie de garder cette ambiance générale. Après, il est aussi arrivé qu’on fasse des soirées techno également.
Vous mixez aussi avec du vinyle. Qu’est-ce qui vous plaît avec ce support ?
Roméo : Alors moi j’ai appris sur vinyle. Avec Yannick, on a investi dans des platines vinyles. On avait envie d’apprendre à mixer, on s’est dit : autant apprendre à la dure et aller directement dans le plus difficile avec le vinyle. C’est de toute façon plus délicat qu’avec des CDJ où tout est numérique, tout est calé. Et puis il y a aussi le support. C’est-à-dire qu’il y a quelque chose- on touche la musique en quelque sorte, on a les doigts posés sur les morceaux qu’on joue. Ca ajoute tout un côté un peu artisanal, un peu plus vrai. C’est plus une victoire d’avoir les morceaux qu’on joue parce qu’il faut les chercher, il faut les trouver- ça coûte plus cher. Il faut beaucoup, beaucoup digger. Et puis, il y a un esprit à travers le vinyle. C’est quelque chose qui revient beaucoup, c’est de plus en plus à la mode. Mais c’est surtout le fait de pouvoir toucher la musique que je suis en train de mixer que j’aime. À la base du collectif, on avait comme valeur initiale de mixer que du vinyle, tout le temps. Après évidemment, au bout d’un moment on comprend bien que c’est pas possible. On s’est égarés et le CDJ permet des choses qui sont impossibles à faire avec le vinyle. Chaque chose a sa particularité, mais-
Yannick : On joue principalement tous vinyle. Après, cela arrive qu’on utilise parfois la CDJ pour des morceaux qui sont pas forcément sur vinyle ou des morceaux pour lesquels on n’a peut-être pas assez d’argent. Certains morceaux sont 150.- sur les plateformes en ligne, et ce n’est pas forcément tout le temps abordable.
Lucien : Après, je trouve aussi que- il y a plein de nouveaux labels, de magasins de vinyles qui avaient un peu de peine à écouler leur stock auparavant- maintenant il y a un nouvel attrait pour ce support-là, et c’est incroyable. Il y a de plus en plus de plateformes- ils écoulent leur stock tellement rapidement, ça fait plaisir pour eux et pour nous.
Roméo : Et puis, réussir à enflammer une salle en passant une track qu’on adore et qu’on a réussi à trouver sur vinyle- il y a une petite fierté derrière. Et il y a aussi quelque chose que je trouve intéressant avec le vinyle, c’est qu’on entend plus la main du dj derrière. Les petites imperfections, les petits décalages- on sent que la personne touche sa musique.
Yannick : Voilà. Il y a un esprit particulier qui sort de ça.
Vous avez des influences variées, comme la Deep House, mais aussi les seventies. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce mélange ?
Yannick : Alors, il y a la Deep House et les années 70 avec le funk etc., mais il y a aussi les années 80 où on trouve pas mal de choses disco. Cela nous plaît particulièrement de les passer, et ça nous permet de créer une certaine ambiance dans cette vibe house et groovy- pour faire danser les gens. Et puis, on trouve aussi dommage de devoir se priver de toutes ces influences. On peut évidemment créer une atmosphère avec juste de la house ou de la deep house, mais avoir toute cette palette de possibilités… c’est vraiment intéressant de pouvoir faire ça quand on mixe devant plein de monde.
Roméo : Dans tous les cas, la vibe du collectif qui est très funk, disco, house- de toute façon, même la house est une musique qui trouve sa naissance dans les années 80-90. Donc on ne peut pas jouer ce qu’on a envie de jouer si on ne fait pas référence à tout ce bagage musical qui vient avant.
Yannick : Et puis, la house- il y a beaucoup de samples dans cette musique-là. Il y a beaucoup de choses qui ont été faites dans les années 70-80-90 qui ont été « cutées » puis loopées, ce qui créé une certaine musique avec ces influences-là.
Roméo : C’est ce qui se fait de mieux quoi ! C’était mieux avant ! (rires)
Lucien : Et la musique électronique, c’est tout un chemin de vie ! Des fois, il y a un ordre dans lequel on va écouter de la musique- je dis surtout musique électronique, mais comme au début on écoute surtout de l’électro chill, on découvre gentiment des artistes qui restent assez dans le genre instrumental et un peu commercial aussi. Et gentiment, quand on va digger des sons qui sont un peu plus chers ou des artistes un peu moins connus, dans des labels un peu moins connus ou émergents- c’est là que la magie opère. Parce qu’on va aussi chercher ce qu’on fait nous. Juste digger de petits artistes qui n’ont pas de grosse boîte de prod ni de gros labels, mais qui méritent tout autant que les grandes stars d’avoir leur musique qui passe en club.
Roméo : Et puis, on se retrouve de toute façon à tomber dans des choses un peu plus old school dès le moment où on s’intéresse aux influences de certains artistes. Au final, on se retrouve à tourner entre les années 80 et les années 90 principalement.
Quel genre de public trouve-t-on à vos soirées ? Y a-t-il des habitués ?
Lucien : Alors bien-sûr on a des habitués. On a déjà tous nos entourages respectifs- nos potes, des amis qu’on aime vraiment bien et qui nous suivent depuis le début. Et ensuite aussi des gens qu’on ne connaît pas trop et qu’on voit à chaque fois. C’est là qu’on se dit qu’on commence à avoir certains afficionados qui viennent à nos soirées. Ça fait plaisir. Après, le public est assez large. Bien-sûr il doit être majeur. Je me souviens pendant l’une de nos soirées, il y avait une personne âgée d’environ 70 ans qui dansait sur de la house à 3 heures du matin ! Donc c’est vraiment assez large. C’était assez étonnant d’ailleurs. Je ne pense pas que ce soit à nous de choisir notre public, mais c’est vraiment à eux de passer s’ils ont envie de passer un bon moment et de danser sur de la bonne musique. J’ai aussi envie d’ajouter quelque chose : c’est un public très respectueux. En deux ans d’exercice- peut-être un peu plus- on n’a jamais eu d’embrouille, de bagarre ou de détérioration du matériel. C’est à chaque fois une bonne vibe, des gens qui sont heureux de danser.
Yannick : Cela joue aussi sur le fait que ce public-là est un public d’intéressés. Donc ils ne vont pas venir là pour faire les bourrés qui cherchent des problèmes. Ils sont vraiment là pour écouter de la musique.
Roméo : C’est vrai qu’on a le sentiment que le public vient pour la musique, et pas forcément pour la teuf.
Lucien : C’est vrai que ça change bien, parce que cela amène vraiment des gens qui ont envie d’aller chercher des sons qu’on entend pas d’habitude.
Yannick : C’est gratifiant.
Qu’est-ce qu’un événement de La Main Mise accompli ?
Lucien : Eh bien, cela regroupe tout ce qu’on vient de dire ! (rires) C’est lorsque tout se passe bien, qu’il n’y a pas d’embrouilles, pas de problèmes techniques, pas de problèmes d’organisation avant l’événement. Tout se déroule bien, et le public est là- on a eu des soirées où il n’y avait presque personne. M’enfin il faut bien commencer quelque part ! (rires) on est contents de la tournure que prennent les événements.
Roméo : Une Main Mise accomplie, je pense que c’est quand les lumières se rallument et que les gens dansent encore 45 minutes et que les responsables de la salle n’arrivent pas à les faire sortir ! C’est là qu’on se dit que la soirée a bien marché ! (rires) Et elle est encore plus réussie lorsque les gens qui sont restés jusqu’à la fin donnent un coup de main pour ranger. Et ça, ça arrive souvent.
Lucien : Cela rajoute au fait que les gens sont hyper respectueux.
Roméo : Oui, un côté un peu familial comme ça !
Cela vous arrive-t-il encore d’aller dans des soirées animées par d’autres DJs locaux ? Qu’est-ce qui vous plaît dans le fait d’être spectateurs dans ce type de soirées ?
Yannick : Évidemment. Dans ce milieu de la fête et de l’association, on est voués à avoir des interactions avec ces autres collectifs, et puis cela permet de s’enrichir de différentes choses. On a collaboré avec en tout cas 3-4-5 collectifs, et à chaque fois cela s’est déroulé à merveille. Et puis, cela permet aussi de se créer de bons potes qui kiffent les mêmes choses. Et d’organiser de jolis événements avec des gens qui sont là pour se faire plaisir. Et puis c’est nécessaire. On ne peut pas espérer organiser quelque chose tout en restant dans son coin, en n’interagissant pas avec les autres collectifs. C’est une osmose qui est nécessaire et qui ne peut pas être évitée.
Roméo : On n’innove pas sans inspiration. Et puis, le monde associatif est assez petit, tout le monde se connaît un peu. Dès nos premières soirées, on s’était dit que ce serait cool d’opter pour une sorte de schéma où on invite des collectifs locaux à nos soirées. Du coup, cela fait de toute façon partie du jeu. Il faut aller voir pour faire.
Lucien : C’est ça. On a aussi invité de gros artistes qui commencent à être un peu connus au niveau de la house- surtout des artistes français, mais après c’est tout aussi bien d’avoir des collectifs locaux de Lausanne, mais aussi de Neuchâtel, Nyon, Genève… Justement, cela permet de mélanger les deux publics et de faire des choses plus grandes. On prévoit justement de faire un festival de ces collectifs qui ont la même passion que nous : réunir les gens et passer de bonnes soirées.