« La premiere chose donc qu’en suite ils luy firent, fut qu’un d’eux luy cerna avec un cousteau la peau de la teste, laquelle il escorcha, pour emporter la chevelure, et la garder selon leur coustume fort precieusement. (…) mais voila qu’il se leve subitement, et ne voyant sur l’eschafaut, que le cadavre de son cher compagnon, il arme ses mains qui estoient toutes en lambeaux, d’un tison, pour ne pas mourir en captif, et défendre ce peu de liberté qu’il avoit recouvrée un peu auparavant la mort. (…) un faux pas le fait tomber en arrière par terre. Ses ennemis en mesme temps fondent sur luy, le bruslent de rechef, puis le jettent au feu, Ce courage invincible se releve du milieu des flammes, tout revestu de cendres qui s’estoient imbuës dans son sang. (…) Il avance environ cent pas, qu’on luy jette un baston qui le renverse à terre ; avant qu’il se releve, on est sur luy ; ils luy coupent les pieds et les mains, et ayants pris le reste de ce corps tronçonné, ils le tournent de tous costez sur neuf divers brasiers, qu’il estouffa quasi de son sang. En fin, ils le fourrent sous un tronc d’arbre tout en feu, renversé par terre, afin qu’en mesme temps il n’y eust partie de son corps qui ne fust cruellement bruslée. (…) n’ayant ny pieds ny mains, il se roula dedans les flammes, et s’en estant mis hors, marcha plus de dix pas sur les coudes et sur les genoux du costé de ses ennemis, qui s’enfuirent de luy, redoutans les approches d’un homme auquel rien ne restoit que le courage, qu’ils ne pouvoient pas luy ravir, sinon luy arrachant la vie ; ce qu’ils firent en fin, un d’eux luy couppant la teste avec un cousteau (…).