Olivia Marie, Sensibilite imparfaite
Son atelier provisoire de poteries et céramiques artisanales est ouvert depuis septembre 2012. Il offre une vitrine minimale et poétique, des formes fragiles et des couleurs douces. Elle nous éclaire sur son quotidien de céramiste, fait de surprises et de dialogue avec la matière.
« L’art de la céramique, c’est l’art d’apprendre à respecter le temps. Ne pas savoir le prendre, ou vouloir le contourner, et vos pièces seront ratées »
Ce jour-là, elle coule les dernières suspensions lumineuses en porcelaine Chari-Vari, dessinées par Margaux Keller, designer. « À partir de ses dessins, j’ai fait fabriquer 2 moules à Limoges. Chaque suspension est ensuite passée dans l’atelier pour les étapes de production : coulage, modelage, finitions et cuissons. Je ne me rendais pas compte de l’aventure ; cela fait un an que je produis ces pièces ». C’est pour honorer cette commande qu’Olivia a acheté un four, et s’est installée ici, dans le local d’une amie céramiste et bricoleuse. Jusque-là, la poterie, qu’elle pratique depuis 8 ans, était un hobby. En parallèle de cette commande, elle décide de produire et de vendre ses créations céramiques.
Avant la céramique, sa pratique créative l’emmenait plutôt du côté de la peinture et du dessin, là où la liberté est seule maîtresse. Après des études aux Beaux-Arts de Nice où elle se spécialise en peinture et couleurs, et une fac d’arts plastiques à Aix-en-Provence, Olivia arrive à Paris en 2000. Elle commence tout de suite à travailler pour le cinéma, en tant que peintre en décor. Puis, elle devient restauratrice dans les Monuments historiques, formée directement par un restaurateur. « Je partais restaurer des fresques dans des églises, au fin fond de la Corrèze, ou de la Creuse. On travaillait en plein hiver, au milieu des courants d’air, et j’étais toujours en vadrouille sur les chantiers. Le travail était super, mais avec des enfants, je n’en pouvais plus de tout le temps bouger ». Et la création lui manque. La céramique est un entre-deux intéressant : « La création n’est pas aussi libre, car la matière décide un peu, mais je m’exprime dans les couleurs, et j’arrive à trouver des formes intéressantes ». Pour la première fois de sa vie, elle fait des choses utiles, essentiellement des contenants: bols, saladier, pots, photophores, assiettes, petites coupelles d’art floral d’inspiration japonaise… Ses matières premières sont la porcelaine, la porcelaine brute, et la faïence, qu’elle tourne, moule ou imprime (les assiettes, par exemple, sont imprimées, c’est-à-dire que la plaque de terre est formée sur une assiette existante). La faïence est une terre cuite à 980 degrés, donc plus fragile que la porcelaine. La porcelaine, cuite à 1250 degrés, est plus résistante, et vitrifie.
« Je travaille plus la porcelaine que la faïence, car il y un côté aléatoire, et c’est une matière à mémoire de forme». Terriblement humain et poétique, ce matériau conserve la mémoire des chocs emmagasinés. « Si je cogne un bol en porcelaine au moment de le sortir du tour, et que je lisse le bol, le coup reviendra quand même à la cuisson ». Grande matière, petit créateur; si le créateur apprivoise, la matière échappe. « C’est aussi ma manière de travailler. Je laisse libre cours à la matière, puis j’accentue son penchant. Je n’ai pas envie de sortir des pièces parfaites. Mon mode d’expression passe par l’imperfection. L’accident donne une part de magie où l’esthétique s’installe». Elle aime employerla porcelaine brute, une porcelaine moins épurée, grainée, avec des petits défauts, et ponce très rarement ses pièces ; une petite éponge humide suffit à les lisser.
« Quand je fais une pièce, je ne sais pas ce que ça va donner. C’est ce qui m’excite beaucoup dans la céramique, j’ai toujours hâte d’ouvrir mon four ! ». Loin d’être une science exacte, chaque cuisson recèle son lot de surprises : une forme initiale qui réapparaît, ou les effets aléatoires de l’email, cette matière que l’on applique après une première cuisson. « L’émail travaille comme il veut, et prend une couleur différente selon le degré de cuisson. Un rouge sera noir ou blanc s’il n’est pas cuit à la bonne température ». Là où beaucoup de céramistes tiennent des cahiers avec des températures précises, et les photos ou échantillons des rendus correspondants, Olivia préfère le hasard, et la magie des humeurs de la matière.
Pour créer une petite série de bols moulés en faïence rose teintée dans la masse, et émail ivoire satin, le temps se décompose ainsi : « Le modelage des pièces, au tour, prend environ 20 minutes. Puis, je les laisse sécher pendant 1 journée. Le lendemain, une quinzaine de minutes sont nécessaires pour faire des petites finitions. Première cuisson. Il faut ensuite relaver les pièces, parfois les poncer, avant d’appliquer l’émail, et effectuer la seconde cuisson. Entre la naissance de la série, et la série finie, c’est une semaine qui s’est écoulée »
Olivia a choisi d’apprendre en empruntant le chemin de l’expérience. « Il faut faire ses classes, être humble. La céramique sait très bien vous rappeler que vous êtes jeune dans le métier. Quand on brûle les étapes, on risque de perdre ses pièces. J’ai déjà jeté des fours entiers, avec des pièces totalement ratées, fondues… ». Pour définir son style, elle parle de formes rondes, simples, avec quelque chose de naïf. Seul angle droit, sa signature, « le O d’Olivia, dans un carré. Je signe avant la première cuisson, quand la terre est encore molle, mais parfois j’oublie ». Elle crée toujours en musique, beaucoup de « folk dépressive », et a effectué plusieurs voyages imaginaires au Japon ; la veille, une japonaise entrée dans l’atelier, a nommé l’une de ses mini-séries de bols (en porcelaine et email bronze) « petites pierres que l’on tient dans la main ». Elle a pensé toute la nuit à la beauté, et à la justesse de cette expression. Dans son prochain atelier de céramique, elle dispensera aussi des cours, où l’on apprendra sans doute que pour créer, il faut savoir se départir de ce que l’on a appris.
Olivia Marie
Poteries et céramiques artisanales
14, rue Ternaux
75011 Paris
http://www.oliviamarie.fr/olivia_marie/_accueil.html
Photographe (2 portraits) : Maud Bernos, http://www.maudbernos.com/
Crédits photographiques céramiques : Olivia Marie
Texte : Tiphaine Illouz






