Comment entendre "gouverner", quelle lecture des technoproduits et de leur production ? Nous parlons de "gouvernement", car nous pensons aussi qu'il n'est pas une arène privilégiée dans laquelle les savoirs, dispositifs et produits techniques se déploient et son débattus - l'espace public pour ne pas le nommer. En termes temporels, les produits et systèmes techniques sont d'abord conçus et développés hors de l'espace public, dans des lieux propres, industriels et économiques, ce qui fait que les acteurs qui s'y trouvent ont une position de force particulière dans la définition des trajectoires technologiques que nos sociétés empruntent. Ces offres et produits sont ensuite le plus souvent distribués et répandus à travers des marchés, dont le formatage (le niveau de taxe sur les produits polluants par exemple) est aussi le fait d'institutions particulières : des agences, des administrations, des entreprises, des groupes professionnels, des experts. Puis ces produits affectent le social, transforment individus, sociétés et "nature", redéfinissent l'univers des possibles. Ils rendent le "plurivers" différent, suscitent la réaction de ceux qui sont '"affectés" et font émerger de nouvelles tensions. Appel est alors lancé par les sujets parlants que sont les humains à une requalification du vivre ensemble par-delà ce qui s'impose sans débat avec l'arrivée des produits. Appel est lancé pour des formes nouvelles de régulation - mais les institutions (entreprises, organisations internationales, ONG, États ou agences sanitaires ou environnementales) et les dispositifs qu'elles inventent (comités d'experts ou tables rondes) pèsent toujours lourdement sur la nature des débats, les légitimités, les formes du droit et les solutions qui finalement prévalent.
Dominique Pestre - “Le gouvernement des technosciences”, Introduction, p.18 ; 2014












