Thakhek - the loop (suite)
Troisième jour - 43 kilomètres au compteur La légende dit qu'il y a quelques siècles, les habitants du village de Konglor pensaient la grotte occupée par les esprits, et sa bouche noire qui à flanc de montagne avalait la rivière ne les poussaient pas à s'y aventurer. Ils reliaient à pieds le village voisin, situé de l'autre côté de la montagne et la marche, qui franchissait cinq cols, était harassante. Un jour, quelques villageois virent un groupe de canards sortir des entrailles du monstre et l'arrivée des volatiles, qui se laissaient tranquillement voguer au gré du courant, les convainquirent qu'un passage souterrain devait relier les deux villages. Les plus hardis embarquèrent avec des torches à bord d'un bateau, errant des heures dans le labyrinthe des boyaux avant d'en trouver, épuisés mais victorieux, la sortie. La grotte est devenue, depuis, une attraction touristique, mais il faut la connaître comme sa poche pour diriger les petits rafiots étroits dans les couloirs à la seule lueur des lampes frontales, et éviter de percuter les roches acérées qui en jalonnent le parcours. Alors que notre barque fend les flots dans un noir d'encre et que nous distinguons à peine le plafond aux allures de cathédrale de la grotte, j'ai le souvenir, alors que nous passons un petit rapide à travers les pierres, des pirates de Disneyland, lorsque je m'accrochais à la rompre à la chemise à carreaux de ma tante pour conjurer l'étrange sensation de frétillement au bas-ventre que produit une descente sur l'eau. L'attraction avait su recréer parfaitement la moiteur un peu fraîche et l'atmosphère claustrophobe qui règnent aujourd'hui dans les entrailles de la terre. Nous ferons aujourd'hui les seuls quarante kilomètres de route défoncée effectués hier pour rejoindre de nouveau la boucle. Olivier est fatigué, et son œil gauche, qui a subi les foudres d'un moucheron, est injecté de sang. Nous décidons de nous trouver un coin baignade le long de la rivière pour lire tranquillement, mais nous devenons vite l'attraction locale, nous faisant chahuter par des gamins venus jouer à qui saute le plus loin en éclaboussant tout sur son passage.
Dernier jour - 205 kilomètres au compteur Nous enfilons les kilomètres dans la poussière des camions sur la partie la moins sympathique de la boucle, et notre seule pause avant le retour à Thakhek sera un lagon que des internautes ont indiqué sur l'application Maps.me comme fermé pour travaux. Qu'importe, par cette chaleur, nous préférons tenter, et le chantier géant qui entoure l'eau bleu turquoise du lac est moche, mais n'empêche pas la baignade, et c'est avec délice que nous acceptons de patauger dans la vase pour atteindre l'eau bien fraîche. Des enfants surgis de nulle part, et encore plus agités que ceux de la veille, viennent troubler notre quiétude, se postant à quelques mètres pour nous dévisager à loisir. A leur départ, alors que nous pensons bénéficier de quelques minutes de tranquilllité, nous nous rendons compte que nous sommes installés sur une fourmilière. Une station tête en bas dans l'eau glacée aura du mal à venir à bout des dizaines de bestioles qui ont trouvé refuge dans mes cheveux, et j'ai la tête qui fourmille, cette fois-ci plus au propre qu'au figuré, alors que nous amorçons le retour à Thakhek.














