THE FLY (1986)
Le temps passe très vite, trop vite même, mais ce n’est pas une raison pour oublier LA MOUCHE, un grand classique du cinéma fantastique des années 80: s’inscrivant dans la lignée prestigieuse des remakes horrifiques aux côtés du THE THING (1982) de John Carpenter ou du non moins culte THE BLOB (1988), le film de David Cronenberg mérite encore aujourd’hui toute notre attention. Et ce n’est pas le talent du réalisateur de SCANNERS (1981), EXISTENZ (1999) et A HISTORY OF VIOLENCE (2005), la qualité générale monstrueuse de ce remake de LA MOUCHE NOIRE (1958), les exceptionnelles performances à l’écran de Jeff Goldblum et Geena Davis, qui font toute la forme de THE FLY: équivalent -en termes d’importance- cinématographique d’une modernisation du mythe du FRANKENSTEIN de Mary Shelley, ce long-métrage demeure indispensable, solide pierre angulaire du cinéma de genre, 32 ans après sa sortie en salles. C’est CULTE en plus d’être un grand CLASSIQUE, point: et sachez que je ne suis pas forcément fan de l’ensemble des œuvres de Cronenberg. Science-fiction, horreur, romance, réalisme, fortes thématiques, et matière grise sont au programme de THE FLY, qui, objectivement, peut être considéré comme de l’anticipation pure et dure, celle faite de science et du fameux “facteur malchance”, propice à toute bonne histoire fantastique: le pitch du film débute par la rencontre du scientifique surdoué Seth Brundle -Goldblum- et de la journaliste Veronica Quaife -Geena Davis-. Convaincant cette dernière de le suivre pour lui dévoiler son invention qui, selon ses dires, “révolutionnera le monde”, Brundle lui présente le(s) télépod(s), une machine conçue pour téléporter tout ce qui y rentre: après une preuve imparable de l’efficacité du procédé, l’inévitable va finir par se produire... Les deux protagonistes vont se rapprocher -une fusion à l’écran impeccable, sachant que Goldblum et Davis étaient en couple à l’époque-, lui peaufinant son système de téléportation, elle documentant avec sa caméra l’avancée du projet révolutionnaire: mais après avoir testé le matériel sur des objets inanimés, puis sur de pauvres singes de laboratoire, Brundle décide de franchir l’étape ultime de son programme. THE FLY, LA MOUCHE, ce putain d’insecte bien présent surtout lorsqu’on ne décèle pas sa présence, va mettre en péril le processus entamé par le scientifique, un soir de dispute où se mêlent alcool et jalousie: enfermée avec Brundle, la bestiole va fusionner avec ce dernier pendant la téléportation, sans même qu’il ne s’en rende compte... Une erreur monumentale qui aura ses conséquences sur le corps et l’esprit de Brundle, ainsi que sur son seul entourage, la pauvre Veronica, ne sachant plus comment réagir face à cette mutation progressive de l’homme qu’elle aime, assistera impuissante à la déchéance humaine/évolution insectoïde du scientifique. En effet, THE FLY va narrer l’intrusion gênante des... gênes de la dite mouche, Brundle conservant son apparence humaine mais sombrant peu à peu dans une transformation aux proportions à la fois enivrantes -abilités physiques décuplées- et dévastatrices -le comportement de l’insecte prenant peu à peu possession de son esprit-. Les conséquences de l’expérience vont le changer, à commencer par son corps, le mutant en créature hybride horrible consciente de son cas, véritable aberration vivante cauchemardesque au possible: très FATALISTE, THE FLY nous emmène jusqu’au bout de son récit incroyable, tangible, palpable, et ce grâce aux SFX magistraux -les cinq heures quotidiennes de maquillage et de pose de prothèses n’ont pas servi à rien-, à l’heure actuelle encore magnifiques de réalisme: sachez pour l’anecdote que Chris Walas, directeur des effets spéciaux du long-métrage, accéda ensuite au poste de réalisateur pour livrer THE FLY 2 en 1989, après avoir remporté l’Oscar des meilleurs SFX en 1987. Ce n’est pas anodin, vous en conviendrez. En effet, les prix, nominations et récompenses s’agglutinent autour du film de Cronenberg, qui remporta entre autres le prix spécial du jury du Festival International du Film Fantastique d’Avoriaz de 1987, ainsi que les prix du meilleur film d’horreur, meilleur acteur pour Jeff Goldblum et meilleurs effest spéciaux lors des Saturn Awards, la même année. Mais derrière tout ce prestige, minime en comparaison de l’importance majeure de THE FLY, se cache un chef-d’oeuvre intemporel, au point d’en être parodié chez nous par Les Nuls, et adapté en opéra en 2008, preuve de sa reconnaissance internationale et de son ancrage dans la pop-culture. Ajoutons à THE FLY d’autres éléments qui ont forgé son statut de film culte, tels que le grand Howard Shore -qui deviendra par la suite le compositeur attitré de Cronenberg- à la musique, et, au risque de se répéter, le jeu magistral de Jeff Goldblum, dont la physionomie rime avec perfection pour le rôle, et la science du réalisateur pour rendre le visionnage de ce long-métrage PASSIONNANT: on s’émeut devant LA MOUCHE, qui terrifie, fascine, et nous emporte avec une force à l’efficacité qui transcende les âges, jusqu’à sa fin aussi marquante que tragique. MONSTRUEUX dans le sens positif, THE FLY est valable au même titre que, comme pré-cité, un certain THE THING, et tout aussi fondamental. Si vous ne l’avez pas vous, c’est une hérésie: remédiez-y au plus vitez, c’est un ORDRE cinéphage absolu, doublé d’un des plus sages conseils de cinéphile que je puisse vous donner. Objectivement vôtre, I EAT Movies.
JEFF GOLDBLUM /20