THE PADDOCKS: Boys just wanna have fun!
Prenez un local de répète, trois gus fans de musiques, quelques bouteilles de whisky, des bons disques (de Ramones à Oasis, en passant par The Hives et Bob Dylan), et vous obtenez un trio comme on les adore depuis des années dans l ’histoire du rock. The Paddocks pourraient bien être la prochaine sensation garage/pop des prochains mois. Rencontre à la cool avec Jérémy (batterie) et Geoffrey (basse).
Vous jouiez tous les trois dans Léonie. Depuis quand existent The Paddocks réellement?
Jérémy: Oui, au début Geoffrey, Marc et moi, on jouait tous dans Léonie. Aujourd’hui, il n’y a plus que Marc et moi qui jouons encore dans la formation actuelle, qui est très différente du groupe de huit personnes qui existait vers 2008. En fait, à l’époque on était surtout tous colocataires. Et un soir, on a eu envie de jammer ensemble et d’essayer de composer des trucs assez rock’n’roll. C’est ce premier soir qu’on a composé le morceau «Girl In A Paddock», qui a fini par inspirer le nom du groupe. Mais au départ, il n’y avait aucun projet de monter un groupe ou quoi que ce soit. C’est juste qu’on s’est retrouvé avec ce morceau qu’on trouvait super cool. Puis un autre. Puis un autre. Au final, tous les gens à qui on les faisait écouter nous poussait à former un groupe pour jouer ces chansons.
Geoffrey: En fait, pendant des années, ça n’a pas été beaucoup plus loin que notre cercle de potes rapproché. C’est seulement depuis septembre 2013 qu’on fait les choses de manière un peu plus formelle. Depuis on a enregistré plusieurs titres, de quoi faire un album.
Girl in a paddock by The Paddocks
Les choses ont l’air de se décider assez vite chez vous, non?
J: On essaie de rester dans la dynamique qui a vu naître le groupe puisque ça nous réussit pas trop mal pour le moment. Sans se prendre la tête, sans se poser trop de questions. On lance une idée, si au bout d’un quart d’heure on n’est pas tous les trois convaincus, on l’abandonne et on passe à autre chose. C’est très spontané. Pour l’instant, on est tous très vite d’accord pour sentir intuitivement si tel ou tel morceau est dans l’esprit «Paddocks» ou non. Même si on serait sans doute bien en peine de mettre des mots sur ce qu’est l’esprit «Paddocks»... (rires)
G: Pour te donner un exemple, quand on a voulu enregistrer l’album, on a ressorti nos 4 vieux titres des tout débuts. Puis on a composé 7 nouveaux titres en une semaine. Un par jour, en gros. Et Marc écrivait les textes dans la foulée ou le soir. Tout allait très vite.
Votre album est très varié (en gros on passe du garage/punk à des choses presque folk) mais tout reste très cohérent, je trouve...
G: Je pense que ça vient beaucoup du fait qu’on aime beaucoup le songwriting. Contrairement aux apparences qu’on veut lui donner, notre musique n’est pas aussi simpliste que ça. On la travaille beaucoup, on réfléchit aux grilles d’accords, les harmonies qu’on veut utiliser, etc. Et je pense que ce sont nos choix qui finissent ps donner cette cohérence malgré la variété de styles qu’on peut jouer. C’est sans doute ce qui nous différencie d’un pur groupe de punk qui ne s’emmerde généralement pas trop de ces questions.
Girl in a paddock by The Paddocks
Et donc ce disque sort sur le label Wild Valley?
G: Oui, il sort le 24 Janvier car on a une date au Bus Palladium à Paris. Et on fêtera la sortie du disque au Chabada le 13 Février. Le disque sortira en vinyle et en digital. En fait, on a déjà sorti deux maxis de 4 et 5 titres en digital. On compile donc ces deux maxis + trois titres inédits pour le vinyle.
J: Et ça semblait évident de le sortir sur Wild Valley, vu qu’on a monté ce label tous ensemble avec Romain et Dorota de Scarlet et toute la bande. On se connaît depuis des années, on a joué ensemble dans plusieurs groupes, on a habité ensemble, ça semblait naturel.
Vous êtes d’une génération qui a surtout connu la fin de l’ère du CD, et donc de l’objet. Pourquoi vouloir sortir un vinyle du coup?
G: Je trouve important de pouvoir graver notre musique dans quelque chose de concret. Déjà qu’on n’écrit plus la musique sur des partitions, alors s’il n’y a plus d’objets, je trouve qu’on devient un peu invisible. Je sais pas, là on va graver notre musique dans des sillons. C’est palpable. C’est important pour moi en tout cas. Sans parler du son, généralement plus chaleureux sur vinyle, qui correspond bien au style de musique qu’on joue. Peut-être aussi tout simplement qu’on s’est trompés en voulant aller exclusivement vers la musique dématérialisée. Le retour du vinyle prouve qu’il faut parfois savoir revenir en arrière, accepter qu’il y a eu des choses pertinentes dans le passé, et qu’il ne faut pas tout abandonner sous prétexte d’aller vers une soi-disant modernité.
J: Et mine de rien, sans objet, c’est beaucoup plus difficile de montrer que tu existes. Quand ta musique est seulement sur bandcamp, etc. elle est noyée dans une foultitude d’informations. Un objet, tu peux le vendre, il est visible. C’est aussi un peu comme une carte de visite. Je sais pas, je pense que c’est important d’avoir quelque chose à présenter au public. Ca a plus d’impact.
Girl in a paddock by The Paddocks
Pour votre genre musical, le 45-t parait même le support parfait!
G: Carrément. Si on avait les moyens, on en sortirait tout de suite. Peut-être qu’on fera ça à l’avenir, on composera moins de titres qu’on essayera de sortir en 45-t plus fréquemment. Finalement, c’est comme ça que fonctionnait le marché de la musique dans le temps. Il y avait moins cette routine de sortir un album, puis tourner pendant deux ans, etc. Les groupes sortaient des nouvelles choses dans des délais très brefs. Les Beatles sortaient même leurs plus gros tubes sur 45-t, non inclus dans les albums. Ca parait dingue aujourd’hui! Et nous, cette liberté nous plaît à mort...
J: C’est ce que je te disais au début de l’interview. On a besoin de pouvoir faire les choses de manière très spontanée. A chaque fois qu’on a essayé de se forcer à composer de nouveaux morceaux, il n’en sortait rien de bon. Ca marche beaucoup mieux sans pression, à l’instinct.
Vous avez aussi tourné un premier clip?
J: C’est l’exemple-type de comment on fonctionne. On a décidé un peu sur un coup de tête qu’on irait tourner le clip de «Girl In A Paddock», notre tout premier morceau, à Bristol, en Angleterre. On a blindé la voiture avec nos instruments, on embarqué le réalisateur avec nous, et on est partis tous les quatre quatre jours à Bristol sans même savoir où on dormirait, où on pourrait tourner, si la météo s’y prêterait ou non? (rires)
G: On a tourné un peu partout, dans la rue, parfois aux pieds des maisons, on se faisait virer par les gens parce qu’on était dimanche matin et que ça faisait trop de bordel! C’était bien à l’arrache, mais finalement ça nous ressemble.
The Paddocks joueront en apéro-concert le vendredi 13 Février 2015 au Chabada.
The Paddocks - s/t (Wild Valley)
Angers a toujours eu de bons groupes de rock, mais elle a aussi longtemps manqué de bons groupes de pop. La balance aurait tendance à vouloir se rééquilibrer ces dernières années avec l'arrivée de plusieurs jeunes formations totalement décomplexées de la mélodie sucrée (relisez les derniers numéros du Yéty pour avoir des noms). L'un des derniers-nés de cette nouvelle scène pop n'est pas le moins prometteur. The Paddocks surprennent en effet par leur sens inné du tube immédiat. Le premier album du trio a quasiment des airs de best-of d'un groupe de quinze ans de carrière tant chaque morceau pourrait faire un carton en single matraqué sur les radios. On pense aux Ramones pour les mélodies pop régressives jouées à fond de cale (« Girl In A Paddock », « Summer Holiday », « Jumbo Super Cock »), à Blur pour la folie contagieuse (« Yeah Mum », « How Much You Paid », « An Apricot & Two Nectarines »), ou même parfois à Bob Dylan quand les morceaux virent au folk harmonicarisée (« America », « On The Road Again »). Malgré les gouffres abyssaux qui séparent ces différents univers, le trio réussit pourtant à donner une belle cohérence à ces douze morceaux. La voix trainante du chanteur façon Oasis y est sans doute pour beaucoup, mais le son garage ultra-efficace du trio n'y est pas non plus étranger. Bref, on sera dans la queue pour acheter ce très beau vinyle à la fin de leur apéro-concert en Février prochain au Chabada.