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Với kiến trúc độc đáo, tòa The Shard được công nhận là một trong những tòa nhà cao nhất châu Âu và được ca ngợi là "biểu tượng mới của Londo
Vis ma vie de thésard
Je n'envisageais pas d'écrire un jour un tel article, mais le fait est : j'adore lire vos témoignages. Alors, voici le mien. Entendons-nous : ce témoignage ne concerne que moi et n'inclus qu'uniquement mon opinion. Vous vous direz souvent en lisant ces lignes "il a été faible" : effectivement. On pense souvent que cela n'arrive qu'aux autres : et c'est vrai. Jusqu'à ce jour où cela vous arrive, me concernant ce fut il y a un an. Celui que j'ai été a commis beaucoup d'erreurs (ça continue, d'ailleurs) : je les présente pour informer, pas pour faire pleurer. Votre pitié m'importe peu, tout autant que votre jugement. On a tous une expérience de vie différente, je ne me permet pas de juger la vôtre alors que vous êtes des esclaves d'une société consumériste, alors ne jugez pas l'esclave du néo-romantisme que je suis. Souvenez-vous : ce qui vous dérange le plus chez les autres, ce sont vos propres défauts. Le commencement Tout a débute pour moi dès ma plus tendre enfance avec mes parents qui m'ont poussé à faire de grandes (longues et prestigieuses) études : ainsi tu auras le choix, plus tard. C'est très important d'avoir le choix : car eux, ils ont du abandonner les études pour s'occuper de nous, ma soeur et moi. Certes : primaire, élève excellent, collège, élève excellent, lycée ça se complique mais étant au CVL (Conseil à la Vie Lycéenne), au CA (Conseil d'Administration du lycée), au CAVL (Conseil Académique à la Vie Lycéenne), délégué de classe et au Journal du Lycée : on met mes notes passables (dans quelques matières faibles) sur le compte d'un surbooking lié à mes activités qui m'impliquent dans la vie du lycée. Je décroche mon BAC S et rejoins une Classe Préparatoire en BCPST (qui prépare à de prestigieux concours). Psychologiquement horrible : le lycée est un magnifique château en ruine, avec des salles de classe mal isolées, des cours dans des préfabriqués où on retrouve le plafond collé à nos tables et la cantine est à mon avis encore pire que celle d'une prison -à retrouver araignées mortes, cheveux et carreaux de plâtre dans nos plats-, physiquement intense (la prépa, quoi.) : je tiens bon, d'élève mauvais, je deviens un élève au milieu de ma classe -de cette classe appartenant à la troisième meilleure prépa BCPST de France-, mais j'envisage déjà un projet tout autre et prépare mon départ à la faculté pour intégrer cette élite intellectuelle : les chercheurs et maîtres de conférence. Après deux années et des concours survolés, j'obtiens au vu de mes résultats mon équivalence pour ma dernière année de licence (L3). Biologie Moléculaire et Cellulaire. Une année de vacances : j'étais épuisé de la prépa, ce que je voyais en L3 faisait parti de mon programme de prépa, je ne travaille pas. La licence en poche, je débute mon Master en Neurosciences. Ce master possède la meilleure note à un classement international, ma faculté est réputée pour être une des meilleures de France, je commence à me remettre doucement au travail, décroche facilement cette première année, condition sine qua non pour commencer à toucher cette élite. La seconde année du master fut une année de concours : 6 semaines sur les bancs d'écoles, trois examens où l'objectif était non pas d'avoir de bonnes notes, mais d'avoir de meilleures notes que ses camarades. On retrouve l'ambiance prépa, aucun soucis, j'ai été formaté pour écraser amoureusement les copains avec qui je picole volontiers le week-end pour oublier cette compétition malsaine entre amis. 4ième de promo, easy. Ensuite, stage en laboratoire : on est deux dans la même équipe, notre responsable nous prévient : un seul d'entre vous pourra devenir thésard. Aucun soucis : écraser mes concurrents c'est ma formation. Ce que j'ignorais à ce moment, c'est le pédigrée de cette concurrente : sortie également de prépa, elle était aussi déterminée que moi. J'ai tout sacrifié au cours de cette année de stage : famille, amis, sorties, ma compagne. Je DEVAIS être le meilleur. Sortir tout ce que je possédais : travail 7/7j pendant presque un an, des expériences de 21 jours non-stop, une présentation au concours léchées au possible : c'est simple, mes travaux en Neurosciences vont révolutionner le monde. Ils ont marché : je suis arrivé troisième au concours, j'ai obtenu cette fameuse allocation me permettant d'effectuer mes trois années de doctorat. En parallèle, pragmatique, j'avais postulé à une bourse pour handicapé (chose que je suis) : 7 décernées par an, pour toute la France, pour toutes les disciplines, de la philo en passant par les maths, la physique ou encore, les Neurosciences. Je l'ai obtenu. 2 bourses pour une thèse : mon travail fut récompensé, j'étais aux Anges. L'entrée en thèse Plus que trois ans, on ne se relâche pas : deux semaines de vacances et je débute ma thèse. Même rythme effréné que lors du M2, avec en parallèle l'installation avec ma compagne. Un appartement pas trop loin de la fac. Tu comprends, en cas de pépin, je dois pouvoir y aller à pied. Surtout le week-end. Tu sais que je travaille sur le comportement de la souris, j'ai des expériences de 28 jours non-stop. Oui, oui, mon chéri, tu sais que je t'aime. Et puis, je suis aussi à la faculté, c'est mon année d'Agrégation. Elle, elle a décroché l'ENS après la prépa, une petite blonde de 20 ans, surdouée, payée 1 300 euros par mois pour faire une licence et un master. Cadeau. La thèse débute, avec les expériences, le labo, la même effervescence que j'apprécie tant : bordel je suis entouré de scientifique et de maître de conf'! Ces gens qui gèrent à moitié une activité de recherche et une activité d'enseignement. Ils donnent des cours sur ce qu'ils découvrent! Oh, j'ai oublié de vous dire : en arrivant dans les premiers au concours, je décroche un poster de moniteur. Moi aussi je vais pouvoir donner des cours. Je m'y lance à fond, je me découvre une fibre professorale. J'adore ça. La journée au labo, le week-end au labo, le soir devant mes cours à préparer où les copies de mes étudiants. Mon appartement est un peu loin de chez mes parents, j'y passe rarement. Je ne sors plus avec ma compagne : je ne suis pas payé à faire des études chérie, je ne peux aller faire la fête dans la boite de nuit de ton école. Non non, pas même le vendredi soir, demain je suis en apprentissage avec mes souris. Elle compense comme elle peut, me trompe avec d'autres hommes, supporte mon absence tant bien que mal pendant six mois supplémentaires et finie par ne plus me supporter. Moi, complètement lessivé par mon job, que j'adore. J'adore ma thèse, j'adore mon enseignement, mais petit à petit, je déraille. Je suis tout le temps fatigué, je rentre le soir pour me coucher. Perte de la libido, envie de ne rien faire le week-end, je dors. Quand je me réveille, je suis encore plus fatigué. Aller au travail, ce travail que j'adore devient un vrai calvaire, je perds pied. Je m'isole, n'ose pas montrer mon état à ma compagne. Bordel, accroche-toi, sois fort. Pour nous, pour notre futur, elle est à l'ENS, tu te dois d'être à la hauteur. Puis, le vol de mon scooter, des problèmes à l'appartement. Plus d'eau chaude. Les aller-retour labo-appartement qui se font plusieurs fois par jour pour accueillir les ouvriers. Toujours aucune solution pour l'eau chaude, ça mine encore un peu plus notre couple. Marcher me fatigue encore plus (je suis sur une bourse handicapée, j'ai mes problèmes de santé). Un jour, elle craque, quitte l'appartement. Et là, ce fut le début de la descente en Enfer, ou plus exactement : la prise de conscience que j'y suis descendu joyeusement, avec le sourire. J'avais creusé ma propre tombe, m'y étais allongé, attendant patiemment que la femme de ma vie -ma fiancée- prenne une pelle pour m'enterrer vif. La seule chose qui me faisait tenir, c'était elle. Pour nous, notre futur. Je me devais d'être aussi fort que mes parents, ils se sont battus, ma mère se lève à 4h40 tous les matins, rentre à 18h, s'occupait de nous. Je déménage notre appartement avec l'aide de mon meilleur ami, je me réinstalle dans mon ancienne chambre chez mes parents. Je ne sors plus de ma chambre, perds 10kg en deux semaines (alors que je faisais à peine 64kg pour 1m70…). Essaie de comprendre ce qui m'arrive : un burn-out. Ce syndrome qui touche les gens trop passionnés. Ils donnent tout dans leur travail et finissent par perdre toute passion dans leur métier. Le départ de ma compagne double cela d'une dépression. Chouette. Quelques semaines s'écoulent ainsi : mes proches tentent de me faire réagir. Bordel, ne comprenez-vous pas que pour l'handicapé que je suis, être aimé par cette nana c'était la seule chose qui me tenait en vie ? Tentative de suicide. Quelques jours de coma. Hôpital psychiatrique. Psychiatre. Psychotropes. Anti-dépresseurs. Somnifères. Anxiolytiques. Je deviens légume, je ne suis bon à rien, les médicaments détruisent mon cerveau, ma capacité à raisonner. Mon outil de travail de thésard. Je ne peux plus continuer ma thèse, il faut s'en sortir, s'en sortir sans les médicaments. J'arrête du jour au lendemain mon traitement. Il risque de faire une tentative de suicide à nouveau, qu'ils disent à mes parents. Je signe un contrat avec eux : laissez-moi aller vivre dans un monastère bouddhiste. Les moines prendront soin de moi et je ne leur ferais jamais l'affront de me suicider dans ce lieu de paix. Le voyage dure six semaines, j'apprends que l'enseignant au monastère a dédié sa vie à aider les jeunes qui commettent une tentative de suicide. Relaxation, méditation, exercices physiques, nourriture végétalienne : on apprend à reconnaitre les petits miracles de la vie. Je rencontre des psychiatres et thérapeutes venus comme moi pour prendre du recul. Ils me reconstruisent. Me montrent que je mérite de vivre, que je suis humain, l'erreur est normale. Je quitte le monastère avec une seule idée en tête : prendre un appartement seul, m'installer en Enfer et apprendre à y être heureux, reprendre la thèse. Et maintenant ? Cela fait maintenant plus d'un an qu'elle est partie et a refait sa vie avec un autre. Moi, je suis seul dans mon appartement, j'ai éloigné tous mes amis, renoué des liens forts avec ma famille. Je suis devenu tonton et je vis chaque jour pour mon neveu. Je ne désire pas revivre une histoire de couple, ni même continuer dans le milieu de la recherche. Je passe toute ma vie au laboratoire, sept jours sur sept. Je vis avec un seul objectif en tête : le jour de son vingt-quatrième anniversaire, le compte à rebours arrivera à sa fin. Ma vie touchera à sa fin. Je partirai, je veux m'extraire de cette vie, devenir quelqu'un d'autre, quelque chose d'autre. Dédier ma vie à autre chose. Jeune garçon bon élève, avec des idéaux formés par la société, je ne veux plus vivre ainsi. Pas de famille, pas une vie normale. Ce burn-out, cette dépression, cette vie de thésard m'ont amené à une vérité forte : je veux vivre. Vivre pour changer ce monde, pour apporter du bonheur aux autres. Pour détruire mon égo malade et me recentrer sur l'essentiel : prendre le temps de vivre.
(En parallèle, à l'heure d'aujourd'hui, suite à ce congé maladie : la faculté me réclame un mois de salaire, et je n'ai pas pris de vacances depuis le début de ma thèse -en octobre 2011- car vous comprenez : pour les gens au labo, j'ai pris 50 jours de vacances. Pas de dépression, pas de burn-out, pas de TS, ni d'hôpital psychiatrique. J'ai quitté 50 jours ma thèse, j'étais en vacances. Vive la thèse.)
Aujourd'hui, je mentirai si je ne disais pas que je suis heureux. Et que je le dois à tous les gens rencontrés dans ce monastère et à tous ces thésards rencontrés sur Twitter avec qui je partage mes coups de bas, mes coups de gueule et que j'essaie d'écouter et soutenir. J'ai fait des études longues Papa, Maman, je vais avoir un BAC+8, être Docteur en Neurosciences : je vais avoir le choix. Et vous savez, je ne veux plus vivre cette vie, à présent.
(mais je me cherche toujours ainsi que ce que je veux faire.)