Pour l’amour de la faune
En faisant mes recherches en prévision du voyage en Asie qui s’en vient (une semaine avant le départ!), je suis submergée par les occasions d’échanger quelques tokens contre LA CHANCE INOUIE d’interagir avec les animaux sauvages. Le must des musts étant évidemment la balade à dos d’éléphant en Thaïlande, la plupart des forfaits que les agences proposent semblent en effet attrayants, de prime abord, pour quiconque aime le moindrement les animaux.
Or, il se trouve qu’en effet, la plupart des gens aiment les animaux. Cependant, il existe d’autres façons de montrer son amour des animaux sauvages que de les toucher, les caresser, les tenir dans ses bras, les photographier de très près, assister à un spectacle où ils sont la vedette et leur offrir de la nourriture.
Montée de lait
Au Yukon, je fais une crise d’épilepsie chaque fois que je vois un touriste s’approcher d’un ours afin de prendre la meilleure photo possible. UN OURS. Malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation du gouvernement, certaines personnes oublient qu’il faut faire preuve de discrétion en présence d’un ours. Non seulement pour sa propre sécurité, mais surtout pour éviter de mettre en danger les prochaines personnes qui rencontreront ce même ours, peut-être dans un endroit moins fréquenté que le bord d’une route, lorsque l’animal sera habitué à l’odeur humaine. Lorsque qu’il pensera que l’humain représente une source de nourriture… (je te regarde, toi qui n’utilises pas la poubelle anti-ours gracieusement disposée près de ton emplacement de camping).
Les comportements irréfléchis du genre contribuent à dénaturer les animaux sauvages. Le simple fait de se faire prendre en photo avec un bébé lémur tout doux dans les bras peut paraître inoffensif. L’idée de pouvoir montrer cette photo à ses amis au retour pourrait faire oublier temporairement à un touriste que ce petit mignon est probablement sous l’effet de drogues afin de prévenir le comportement imprévisible qu’il pourrait adopter. Il fait peut être la momie parce qu’il est mort de trouille, aussi. Évidemment, celui qui n’a pas personnellement administré de drogue à un animal pourrait se convaincre qu’il n’est pas responsable. Or, sans touristes pour appuyer ce phénomène un dollar à la fois, cela ne pourrait tout simplement pas exister.
Ne fermez pas les yeux. Ne faites pas comme celui, rencontré par hasard dans les internets, que je ne nommerai pas mais que je surnommerai M. Sansdessein pour le bien de la cause. M. Sansdessein, tout fier d’avoir apporté sa tuque de Noël en Asie, est allé se faire prendre en photo avec les tigres. À son grand étonnement, les félins étaient plutôt inactifs, voire ennuyants. En leur grimpant sur le dos et en les agaçant gentiment, il aurait aimé que les tigres jouent avec lui. À son retour il affirmait haut et fort qu’au fond, les tigres ne sont que des gros chats qui ne demandent qu’à être caressés. Quelqu’un aurait dû lui rappeler de quoi a l’air un tigre qui n’est pas sous l’effet de drogues.
Malheureusement, ces activités touristiques semblent devenir la norme, et pas seulement en Asie. J’ai également vécu une grande frustration lors de mon passage à Gibraltar, où les singes sautent sur les gens et les voitures, car ils se font nourrir à tour de bras.
Que faire devant ce fléau?
Faire preuve de jugement. Il en revient au voyageur d’adopter un comportement responsable en refusant de participer aux activités qu’il croit moralement incorrectes, en gardant ses distances lorsqu’il rencontre un animal sauvage dans la nature et en évitant d’acheter ou de consommer des produits provenant d’espèces animales menacées.
Il y a certes quelques exceptions et il existe des entreprises plus morales que d’autres. De nombreuses agences offrent des forfaits dits écoresponsables. Je pense entre autres au Elephant Nature Park en Thaïlande, qui permet aux voyageurs de s’occuper d’éléphants réchappés. Personnellement, je crois que dans ce cas l’argent fait une plus grande différence que l’aide de quelqu’un qui n’a jamais vu un éléphant de sa vie, mais ça peut être une bonne alternative si vous tenez absolument à avoir le bras dégoulinant de bave éléphantesque au moins une fois pendant votre voyage.
Cela dit, l’important reste de se poser les bonnes questions et de ne pas faire aveuglément confiance sous prétexte que l’on est en voyage et que tout est joli.










