petite poésie botanique du monde
au printemps le tulipier de Virginie s'embellit de jaune, par petites fleurs, extraordinairement éclatantes de près comme de loin, recouvrant tout son feuillage vert naissant ; et c’est cette même couleur qu’il retrouve ensuite à la propagation de l’automne mais sous une forme cette fois-ci feuillée et non florale par la douce et lente conversion du vert de ses feuilles à cette teinte dorée qui revient hanter sa silhouette tout entière ; lumière qui redouble dans la perte de celle des jours ; un arbre qui chante dans l'année par deux fois le même refrain qui nous permet de retrouver l'air exact de la lumière du soleil, que l'on peut alors se réciter en silence sous le déploiement des mouvements de ses branches qui forment tout un réseau précis dont l'avancée dans l'espace n'est liée qu'à la volonté des bourgeons et des feuilles de posséder toujours plus de lumière ; un arbre par deux fois jaunissant qui rassemble deux saisons infréquentables, pour faire chanter un souvenir, comme un écho d’automne au printemps, comme un remord de printemps à l’automne
© Pierre Cressant
(samedi 18 septembre 2010)











