« Leave Twin Twin Alone » : réponse aux détracteurs de l’Eurovision.
Nous avons la mémoire courte. Rappelez-vous : nombre d’artistes plus ou moins connus (Amandine Bourgeois, Patricia Kaas, Anggun, Jessy Matador ou encore les Fatals Picards) se sont essayés ces dernières années, avec plus ou moins de succès, à l’exercice délicat de l’Eurovision. Pour autant, aucun d’entre eux n’a autant généré de débat - que dis-je de lynchage - sur la place publique. En 2008, Sébastien Tellier, icône barbu au demeurant, avait même réussi l’exploit de redorer furtivement, aux yeux d’une poignée de hipsters, le blason « ringard » du programme. Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, on se lâche.
A lire les commentaires irrespectueux - voire insultants - à l’encontre des Twin Twin ce soir là - et les jours qui ont suivi, j’ai pu constater qu’une certaine France avait manifestement « honte ». Honte que trois mecs « déguisés comme des clowns » nous représentent aux yeux du monde avec une chanson « aussi affligeante » que « Moustache », cliché français par excellence. Ah oui ?
A titre personnel, j’ai plutôt honte que Sébastien Patoche - pour ne citer que lui - pète et troue son slip en toute impunité dans les émissions d’Hanouna (et accessoirement dans le top iTunes). Mais bon, les goûts et les couleurs…passons.
J’entends déjà les critiques me dire qu’il y a des centaines d’autres artistes en France qui méritaient (bien plus) de participer au concours. Sûrement. Et croyez-moi j’en connais un rayon : je travaille depuis plusieurs années dans le secteur musical et tout spécifiquement auprès d’artistes émergents, tout univers confondus. J’écoute, dans le cadre de mes activités, plus de 3000 projets par an et oui, la scène indépendante française est riche, variée et dynamique. Mais ces artistes, que je soutiens pourtant au quotidien, n’ont pour la plupart pas leur place sur un concours comme l’Eurovision. Et cela n’a rien à voir avec la qualité de leur projet : il s’agit dans ce cas précis de coller à un programme populaire qui a ses codes.
Ce concours n’est peut être pas, pour nous qui avons apparemment une oreille musicale bien supérieure à la moyenne européenne, la référence du « bon goût » ; mais il n’a jamais eu la prétention d’être la vitrine des scènes indépendantes. En ce sens, j’estime que la sélection des Twin Twin à l’Eurovision était assez logique et pertinente, compte tenu de leur popularité grandissante, leurs personnalités singulières (critère qui a aussi permis à Conchita Wurst, femme à barbe autrichienne, de remporter l’édition 2014), leur énergie communicative et leur univers pop à la fois fun et décalé.
Qu’on aime ou pas les Twin Twin peu importe au final ; ils n’ont été à mon sens que les victimes collatérales d’un phénomène bien plus inquiétant : l’engouement non dissimulé de nos compatriotes pour l’Eurovision. Evènement le plus commenté sur Twitter le soir de sa diffusion (et probablement le plus relayé après coup dans les médias), l’Eurovision passionnerait en effet de nouveau les foules. Comme si tout d’un coup ce concours historique était devenu une affaire d’Etat, un évènement aux enjeux géopolitico-économico-sociaux de la plus haute importance. Mais enfin, doit-on (vraiment) prendre l’Eurovision (autant) au sérieux ?!?
Ce programme populaire (plus de 100 millions de téléspectateurs ndlr.), l’un des plus ancien au monde par ailleurs, reste avant tout une émission de divertissement. Et à ce titre, il me semble que les Twin Twin ont tout à fait joué le jeu. Ce ne sont pas des chanteurs à voix ni des auteurs à textes, mais ce sont sans doute les meilleurs « entertainers » de leur génération.
Et au fond, le résultat final parle de lui-même : nos voisins européens n’ont pas donné 2 points à la Moustache des Twin Twin, ils ont donné 2 points à la France et à son arrogance.
L.D















