HEEEEEE ÇA GROOVE SOUS LA CANICULE ?
Je publie enfin la suite de cet ✨AU multilanguage kt✨après un looooong moment d'absence (j'avais un peur de me répéter dans mes écrits et qu'on tourne en rond autour du fait que personne ne se comprend...) Et là je remercie tout particulière @miung-dreamer (cadeau pour toi ☀️💖) qui m'avait inspiré il y a un moment déjà l'idée de ce petit texte ! Voilà l'équipe, passez un doux moment et attention à la canicule (ou les orages) prenez-soin de vous!!
Nos ombres qui dansent.
C’était le soir d’une fête spéciale, exceptionnelle.
Les domestiques et les cuisiniers avaient passé toute la journée à préparer un immense banquet. Tel un défilé ; les assiettes et les plateaux d’argent s’étendaient à l’infini, débordant de nourriture des morceaux de viande juteux, des fruits et des légumes de toutes les couleurs, des colonnes de pâtisseries et bien évidemment, le meilleur vin qui puisse exister, arrivant expressément de Rome. L’intérieur de la grande salle de réception du château avait été décoré par les armoiries des différents tribus, et clans : message de paix et d’apaisement. Une musique joyeuse résonnait sur les murs de pierre.
Les invités de ce soir venaient des Territoire du Nord. Ils commémoraient l’équilibre et l’unité des terres dans une quête commune et salvatrice. L’humeur festive enveloppait la demeure du Roi, tous étaient rassemblés en son nom et celui de l’harmonie neuve qui régnaient là où la guerre avait fait rage. Ils célébraient une nouvelle ère qui commençait.
Et pourtant Arthrhy était préoccupé. Son visage était fermé dans une expression ombrageuse, sa main ne quittant jamais le pommeau de son épée.
Il marmonna, la mâchoire crispée par une colère sourde, une anxiété grandissante.
« Non mais, une idée à la con, j’vous jure… »
« Ah pas faute de vous avoir prévenu… » lui répondit le seigneur Léodagan, assis à sa droite comme toujours, levant les épaules en évidence. « L es Pictes c’est un toujours un merdier à gérer, surtout quand les Orcaniens sont dans le coin… »
Une seule erreur diplomatique et la paix durement conquise était brisée.Certaines querelles n’avaient pas été entièrement réglées le royaume d’Orcanie et les tribus nomades Pictes, d’anciens ennemis, devenus alliés par obligation et non par nécessité. Une tension épaisse et électrique régnait dans la salle.
Le refus du roi Loth de venir à cette soirée s’était fait savoir par la reine-guerrière. Elle avait rassemblé sa garde, ainsi que les hautes figures auprès d’elle, et elles lançaient des regards furieux et indignés aux invités décorés de la bannière d’Orcanie.
Dame Séli parlait longuement avec elles ; essayant de les convaincre de ne pas agir imprudemment.
Arthrhy se méfiait de la véhémence de ces habitants ; il les connaissait grâce des récits de bataille et d’études. Parmi les autres celtes, les Pictes étaient considérés comme des païens, vénérant des Dieux très anciens, discutant dans une langue incompréhensible, oubliée. Il y avait des rumeurs terribles sur ces gens des guerrières sanguinaires au pouvoir magique puissant, un peuple toujours au bord de la révolte. Les Pictes avaient repoussé les Romains, avaient refusé de s’agenouiller devant la Croix. Ils s’en moquaient de l’épée de flamme, ou des prophéties qui proclamèrent Arthrhy Roi des Rois. Ils ne partageaient pas les mêmes croyances.
Leurs cheveux longs étaient parsemés de tresses, d’ornement de plumes et de pierres scintillantes. Leurs corps couverts de tatouages à l’encre bleue qui représentaient des symboles, sortilèges de force, de pouvoir, de protection, les emblèmes de leurs tribus respectives.
« Si jamais la garde picte décide de se foutre sur la gueule avec les Orcaniens, on est sacrément dans la merde. Vous risquez de vous faire détrôner salement. » Souffla ennuyé le Roi de Carmélide, masquant mal son inquiétude et sa nervosité.
« Merci du soutien beau-père… »
Arthrhy les observait méticuleusement, comme on surveille un animal sauvage, dangereux, du coin de l’œil dans l’attente de l’attaque, de l’embuscade.
Et puis, soudainement, la lourde porte s’ouvrit brusquement.
La délégation picte se leva, alertée par le bruit, prête à se défendre. Les Orcaniens tournèrent leurs têtes vers la seule possibilité de sortir, craignant voir des guerrières surgirent par milliers. Arthrhy retient sa respiration, sa main attendant l’ordre de dégainer son épée.
Mais aucun hurlement d’attaque pour interrompre les festivités. C’était la Reine qui entra, sereine et souriante. Elle se dirigea rapidement vers les dames Pictes. Elle les salua chaleureusement les unes après les autres dans cette langue avec des sons venant des profondeurs de la terre, mais aussi légère que le souffle du vent, une mélodie invraisemblable, magique. L’atmosphère se transforma.
Peut-être que les mots de son épouse apaisaient les craintes des guerrières, calmèrent leurs envies de vengeance, et prônèrent les idées de la paix.
Arthrhy était médusé, son regard ne pouvait se détacher d’elle.
Sa femme qu’il croyait incapable de diplomatie, idiote aux arts de la conversation, maîtrisait parfaitement la situation parmi les siennes. Elle leur offrait une confiance aveugle et sincère. Et les Pictes qui se sentaient menacées étaient rassurées en voyant une alliée du même sang, de la même famille. La Reine ne montra aucune peur, aucune mauvaise intention, alors les guerrières l’appelaient « Vanora » elles s’inclinaient, touchaient ses cheveux, ses vêtements ; comme une déesse, une créature féerique et bienveillante. Elle leur offrait une preuve de bon augure.
« Regarder ma fille, une vraie princesse picte, moi je vous l’dis. » Avoua le seigneur Léodagan avec une immense fierté, Arthrhy avait presque cru apercevoir un sourire au coin de ses lèvres.
Sans préambule, avec un groupe de femmes, la Reine se mit à se remuer en riant joyeusement. Elles dansaient en ronde autour d’elle, chantant avec des mots inconnus, et des mouvements étrangers aux coutumes d’ici.
Ghenifar portait une robe pourpre, ample, sertie de broderie au fil d’argent. Arthrhy était fasciné par les volants du vêtement de son épouse, qui virevoltaient dans l’air, léger et souple, ses cheveux sombres tourbillonnant autour de son visage, dévoilant quelques perles blanches parsemées parmi les mèches brunes. Elle avait toujours aimé danser lors des banquets. Elle semblait glisser de main en main, ses yeux mi-clos, et un sourire radieux sur ses lèvres roses.
Mais le Roi fut vite sorti de ses rêveries en entendant des cris, semblable aux hurlements des loups. Les soldates Pictes frappaient une pulsation vive sur leurs plastrons de cuir, et la ronde autour de la Reine devient plus rapide. Elles se mirent à fredonner d’une voix bizarrement aiguë, et riaient à gorge déployée.
Au milieu de ce vacarme ; sa femme dont les joues étaient plus rouges que le vin dans les coupes. Les autres conviés semblaient s’amuser de ce jeu ; ils battaient le rythme avec les couverts sur les tables, ils rejoignaient les guerrières dans leur hilarité, et chantaient des mots qui ne ressemblaient à rien aux oreilles d’Arthrhy.
« Qu’est-ce qu’il se passe encore », s’interrogea le Roi.
« Oh vous allez comprendre bien vite… » Lui répondit son beau-père, ne contenant pas la malice dans sa voix.
Ghenifar s’avança vers lui, toujours accompagné par les acclamations des invités.
Ses joues étaient en feu et elle se mordait la lèvre inférieure dans un geste nerveux. Elle inclina la tête devant son Roi, respectueusement, son silence timide, et ses yeux pétillants d’une émotion qu’Arthrhy n’arrivait pas à lire complètement.
Arthrhy se leva de son trône, presque peiné de voir son épouse dans cet état sans y comprendre la raison, et ce geste provoqua un mouvement dans la foule, des applaudissements et des rires.
« Mo thighearna… » Elle lui dit, sa voix aussi petite que possible, un murmure à peine audible. Elle n’osait pas rencontrer le regard de son mari, elle fixait le sol comme si les secrets de l’univers y étaient inscrits. Il reconnut le noble titre qu’elle lui adressait. Ghenifar lui parlait toujours de cette façon profondément respectueuse, une politesse extrême, mettant la distance raisonnable entre eux. Elle ne l’avait jamais entendu l’appeler par son prénom.
« An gabhadh tu dannsa còmhla rium » elle demanda, et la foule cria de joie, les couverts tambourinèrent plus fort sur les tables. Des clameurs de victoire accompagnaient les chants amusés des convives.
« C’est quoi vos conneries ? Attention, j’suis pas du tout d’humeur à… » Arthrhy foudroya Léodagan d’un regard, l’obligeant à faire office d’interprète. Il n’avait aucune envie de jouer les devinettes ou de comprendre ce dialecte rugueux du Nord.
« C’est une tradition picte, j’ai eu le droit au même bordel à mon mariage… » articula le roi de Carmélide entre deux éclats de rire.
Ghenifar prit le bras d’Arthrhy, attirant enfin son attention vers elle.
Son cœur battait à la chamade dans sa poitrine, comme un oiseau essayant de sortir de sa cage. Elle passa sa langue sur ses lèvres sèches, cherchant les mots en brittonique qu’elle avait appris pour lui faire comprendre sa demande. Arthrhy ne put s’empêcher de baisser les yeux, suivant le mouvement de cette langue, presque imperceptible, complètement innocent, mais il eut l’impression qu’un feu brûlait sur ses joues.
« Vous, dansez avec épouse »
Le Roi resta muet, interdit.
Encore une tradition barbare et absurde. Il détestait danser.
Il chercha déjà un moyen de refuser poliment son invitation ; lui explique sans faire offense. Mais il se rendit compte bien rapidement du silence assourdissant dans la pièce qu’il ne pouvait d’accepter.
Elle espérait, le souffle court, ses yeux brillants, et il se demanda si elle l’avait toujours regardé comme ça, avec autant de dévotion et de désarroi. Tous attendaient la danse du Roi et de la Reine, le couple seigneurial qu’ils formaient, l’illusion d’un amour pur, chaste, exemplaire.
Masquant mal son malaise, Arthrhy posa sa main sur la sienne.
« Bon bah, allons-y alors… »
Il l’entraîna au centre de la pièce sous les yeux de tous. Il n’avait aucune idée de la sorte de danse qu’elle attendait, il ne connaissait pas les coutumes de ses origines. Il répéta les gestes qu’on lui avait appris, une autre femme dans un pays en ruine, un souvenir lointain maintenant qui semblait appartenir à une vie passé. Il se rappelait dans la cour de la villa, le soleil sur sa peau, le chant des hirondelles, l’odeur du miel, la paume d’Aconia posée son épaule, ses yeux d’ébène pénétrant, hypnotisant. Il pouvait presque entendre la chanson qu’elle fredonnait du bout des lèvres pour donner le rythme.
Mais ce soir, ce n’était pas Aconia dans ses bras, mais Ghenifar ; sa main gelée dans la sienne, et l’autre, maladroite, contre sa clavicule, et peut-être pouvait-elle sentir le sang pulser dans ses veines.
La musique changea, une mélodie joyeuse, pleine d’espoir et de promesses. Ils effectuèrent ensemble les premiers pas, le corps de sa femme suivant attentivement ses mouvements. Jamais ils n’avaient été aussi proches.
Il pouvait détailler les mystères de son visage ; la courbe de son nez, ses cils voilant ses iris noisette, la forme de sa bouche, cette teinte rosée sur ses joues. Elle gardait son regard figé sur son médaillon, elle n’avait pas l’audace de lever les yeux vers lui.
« Vous ne vous débrouillez pas trop mal. » Il murmura, se pencha vers son oreille pour lui confier ce secret. C’était un geste fou, démesuré, mais il n’avait pas pu s’en empêcher.
Elle sursauta contre lui, surprise de ce rapprochement étrange, tendre. Elle redressa la tête, ses pupilles tremblaient de ce sentiment immense et innommable qui grondait en elle.
« Vous être pas trop mal non plus. » Elle lui répondit avec un demi-sourire, discret, effronté. Son accent faisait vibrer les mots dans sa bouche, comme un sortilège.
Et elle s’éloigna de lui, quittant ses mains et ses bras.
Les clameurs redoublèrent de force et les mélodies s’élevèrent avec entrain. Dans un éclat, la musique changea de nouveau, une cadence endiablée, les tambours résonnaient dans sa cage thoracique, la harpe s’arrangeant étrangement bien avec la guitare et le souffle des bombardes.
Il resta les bras ballants, incapable de bouger, les yeux rivés sur sa femme.
Elle virevoltait, les pans de sa robe dévoilant légèrement le haut de ses chevilles, sa peau laiteuse, elle ressemblait à un mirage, à une apparition divine, ses hanches qui ondulaient sous le rythme des applaudissements et des chants. Elle tournait, et sa voix s’envola, limpide et mélodieuse, dans cette langue indéchiffrable qui appartenait à une tribu lointaine et secrète. Rayonnante de son sourire espiègle, petite princesse indomptable et sauvage, trop jeune pour le devoir qu’on lui imposait, le rôle qu’elle devait supporter.
Elle revient vers lui, plus proche que jamais, leurs corps entrants en contact, comme un coup de tonnerre qui déchirait le ciel. Elle riait, son regard ne quittant jamais le sien pétillant de cette passion destructrice qui pourrait tout ravager, déclencher des guerres et mettre le monde des hommes à feu et à sang, cette émotion si pure, si intense. Sa femme, la sienne, devant les dieux anciens et le nouveau, comblée et amoureuse.
Il eut soudain une pensée épouvantable qui le transit d’angoisse, car à cet instant il voulait franchir cette frontière, briser son serment, et adorer cette femme, la rendre heureuse.
C’était une idée déraisonnable, délirante, impossible. Il était terrifié, des fourmillements dans ses doigts, ses genoux ne demandaient qu’à se prosterner devant elle.
Sa compagne se déposa lentement au sol, la tête gracieusement inclinée. Arthrhy se dirigea vers elle, conduit par une volonté autre. Son cerveau complètement vide, ensorcelé par cette danse et le chant de Ghenifar. Il ignorait lui-même ce qu’il allait faire une fois proche d’elle.
Il tendit le bras pour qu’elle puisse se relever. La foule applaudit, sifflant de bon cœur.
Ghenifar leva les yeux vers lui, et il était comme foudroyé par la tendresse, la dévotion qu’il recevait. Il en était parfaitement indigne.
Il déposa un baiser sur sa main, et la terre s’arrêta de tourner.
Les étoiles brûlaient dans le ciel, mais aucun feu n’était comparable à celui qui étincelait dans les yeux de Ghenifar.
Ils restèrent peut-être un millième de seconde de trop à se regarder l’un l’autre, un moment d’oubli où Arthrhy n’était plus prisonnier de Rome et de ces fantômes. Juste une seconde suspendue, perdue. L’idée terrible de lui voler un baiser naquit dans son esprit. Il sentit ses oreilles brûlées, et une bouffée de chaleur le força à se racler la gorge avant de prononcer le plus respectueusement possible.
« Merci ma Dame. »
Ghenifar comprit, aucune des langues qu’elle connaissait ne pouvait l’aider à trouver une réponse. Elle espérait que ses yeux pouvaient parler à sa place.
Arthrhy n’arrivait pas à lâcher sa main, alors il l’emmena avec lui vers son trône, sans rien dire. Il marmonna pour lui-même « C’est mieux comme ça… Les gens sont contents et puis voilà… » C’était des excuses, des mots sans importances. Arthrhy préféra ignorer le regard étonné de son beau-père, il voulait sentir la chaleur de la paume de sa reine contre la sienne. C’était grisant, merveilleux, terrifiant.
Ils passèrent le reste de la soirée l’un à côté de l’autre, et les invités auraient pu croire que le Roi était véritablement amoureux de son épouse. Ils ne se parlèrent pas plus que ça, juste main dans la main. Arthrhy était agglutiné à son trône, enseveli sous des conversations diplomatiques stériles et il buvait le vin des Romains pour apaiser le dessin des hanches de sa femme qui ondulaient sous la musique. Ghenifar l’admirait du coin de l’œil, un sourire ravi qui ne quittait pas son visage. Ses amies d’enfance venaient la voir, riant avec elle, et complimentant sa danse et son chant. Elles parlèrent dans leur langue mystérieuse du nouveau Roi.
Parfois, par inadvertance, leurs regards se croisaient, et la foule devenait nébuleuse, une masse informe, irréelle. Le brouhaha incessant se dissipait, ne laissant place qu’aux battements de leur cœur. Elle lui souriait toujours, comme s’il n’existait que lui parmi les ombres sans noms, avec cette même tendresse débordante, cet amour plein d’espoir.
Il avait une furieuse envie de l’amener danser encore ; qu’elle puisse tourbillonner et que son rire fasse fuir les démons et la colère. Mais il n’en fit rien. Il était un lâche, un idiot. La douleur et le désir tenaillaient ses entrailles ; il n’arrivait pas à maîtriser l’ardeur de son regard quand il la contemplait, et pourtant tout son corps était victime d’un poids terrible, immobilisé sur son trône.
À un moment, il oublia ses promesses, ses devoirs, et ses idées contraires. Il se pencha vers elle, et il murmura pour qu’elle seule puisse à le comprendre.
« Je suis content d’avoir dansé avec vous. » Le sourire de sa femme était si radieux qu’il aurait pu en tomber amoureux. « Vous… Vous êtes une excellente danseuse. » Il rougit violemment comme un gamin en entendant l’ardeur de ses propos.
Ghenifar eut un joli rire, pétillant, sans moquerie ni malice, juste une joie pure et sincère.
« Merci. »
Arthrhy, bêtement heureux de ce moment de bonheur que le destin lui accordait.
Si gouverner l’impétueuse et divergente Bretagne était son fardeau, celui d’être un époux n’était pas aussi horrible qu’il l’avait imaginé… Peut-être qu’il pourrait s’y habitué ?














