...And let it kill you
Plus tard. Bien plus tard. L'aiguille a fini sa course le long des micro-sillons noirs, la musique s'est arrêtée. Les doigts soulèvent précautionneusement le bras mécanique, reportent l'aiguille sur les débuts de l'œuvre pour qu'elle se remette à peindre la mélodie dans un air vide saturé de fumée. Les premières notes s'élèvent. La tête suit le mouvement, je détaille le plafond qui à nouveau s'efface sous mes paupières closes, transpercées par une lumière tamisée, orangée. Ça manque cruellement de bleu, mais c'est si complémentaire à mon univers. Allez, Jef... Qui est-il ? Je pense à autre chose, ce prénom qui commence en J, cette phrase qu'il répète aussitôt que je pense à lui, comme s'il avait peur que j'oublie. Comment oublier. « Rêver, croire et espérer sont des mots bannis ». Elle en parlait. Ah. Comme je sais que ces mots l'enrageaient, et c'était si bon, sans raison. Je pivote sur la pointe des pieds. Je ne suis pas danseuse moi, je ne suis pas fumée, je suis poussière. Comme elle, je nuis, je gâche, je salis, et je danse, faisant un pied de nez, mon pas de danse rien qu'à moi. Ni gracieuse ni sublime, ni fine ni somptueuse, juste émotive et d'émotions, faite de nerfs à vifs, une écorchée. Je danse. Si tu savais que je n'ai strictement jamais cru à ces mots. Ils sont l'antithèse de ce qu'ils démontrent, ils sont la division par zéro, l'impossible utopie de ce qui rendrait tout possible, pourtant. Croire, rêver et espérer, c'est là les maîtres mots de mon existence qui se rejette. Des danseurs. Un pas l'un vers l'autre, un rejet, réatirés rejetés aussitôt. Des vas et viens, des viens en moi et va-t-en. Espérer, croire et rêver. Il avait un autre dicton, qu'il ne répétait jamais, que nul n'a sans doute retenu. Sur ses fines lèvres, Joshua sourit. Comme il est beau quand il s'appuie contre le pied de la mezzanine, en appui sur un pied, et nous admirant valser, dansant sur sa voix qui nous guide. J'avais dit « Emmène-moi ». Ô Joshua, entraine-moi. Changez.
(26102013)
















