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@variationsdemots
epiphanies
J'ai parfois dit oui, j'ai souvent dit non, j'ai dit "je t'aime" sans y penser, j'ai dit des silences, j'ai dit "Ferme la !".
J'ai fermé la porte, j'ai ouvert des fenêtres, j'ai sorti les poubelles, j'ai embrassé mon frère, j'ai bu seul dans des bars.
J'ai appelé la nuit.
J'ai versé du sang en me battant.
Je n'ai pas beaucoup dormi.
Le monde a tourné à l'envers.
Moi sur le sol.
Je me suis rappelé mon paternel qui disait "tu croyais quoi ?".
J'ai revu mon grand-père qui posait des rails et qui buvait, pas forcément dans cet ordre d'ailleurs.
Je me suis souvenu des odeurs, des sourires en coin et de tous ces moments assis autour de la table.
J'ai écouté la vieille mémé parler du temps passé à Paris, où tout était meilleur, même elle.
J' ai regardé des photos de ma mère qui avait l'air heureuse !
J'ai fumé des cigarettes dans la véranda miteuse.
De la maison familiale.
Les politiciens m'ont dit que c'était de notre faute, mais je n'y croyais pas.
Je n'y crois toujours pas.
Cours vite, frappe fort et lis des livres disait mon maître.
Mais surtout, surtout, tu ne les laisses jamais te rattraper.
Ash
MAIS SURTOUT,
SURTOUT,
NE LES LAISSE JAMAIS TE RATTRAPER !
Lg Flo 🫶✌️
Tout le monde doit partir un jour, comme les feuilles que le vent emporte. Un doux murmure, un souffle léger, et pourtant, dans le cœur, demeure une discrète compréhension.
Chaque adieu fait partie de nous, silencieux et délicat ; mais dans chaque fin se cache aussi une nouvelle force.
Ainsi poursuivons-nous notre chemin, avec mélancolie et paix car dans le va-et-vient de la vie, nous apprenons ce que nous aimons vraiment.
Lg Flo
(Florian Teurer)
écrire pour rien
L'écriture est une passion solitaire On écrit d'abord pour soi J’écris d’abord pour moi En tout cas, c’est ce que je crois
Le regard des autres Leur reconnaissance Leur affection peut-être Leur autorisation à exister
Bien sûr que c’est important Bien sûr que ça compte Bien sûr que ça supporte Bien sûr que ça encourage
À être soi À continuer Se déployer Se révéler
Aujourd’hui Je n’y fais plus trop attention C’est qu’il a été important par le passé Ce regard, et je m’y suis abîmé
Le regard des autres Celui qui m’a jugé Ou qui a jugé mes écrits Mais c’était du pareil au même
Écrire était si personnel Que je ne savais pas recevoir les critiques
Critiquer mon écriture C’était critiquer ce que je ressentais Et essayais maladroitement d’exprimer C’était me juger, me faire me sentir nul
Cela m’a conduit au silence pendant longtemps
Et puis cela m’a mené aussi vers le désir de plaire De chercher un auditoire qui serait satisfait Que je lui donne ce qu’il attendrait
Mais quoi ? A quel prix ? De me contorsionner De me faire violence, de n’être plus… moi ?
À quoi donc pourrait servir l’écriture ? Certes, elle m’aide à exprimer mes mouvements intérieurs À cueillir ce qui a envie de s’exprimer en moi Et à en faire des jolis bouquets de mots
Jolis pour moi, je ne parle pas d’esthétique Jolis parce que justes, ajustés à ce qui vit en moi
Peu importe si ça n’est pas joli pour les autres Tel un journal intime, l’écriture a déjà rempli son office Et cela suffit
Et si d’aventure, ces mots viennent à exprimer Quelque chose que d’autres ont du mal à verbaliser Si ces mots viennent aider d’autres à cheminer Tant mieux
Et puis il y a une autre écriture Dans laquelle je peux m’amuser, tâtonner, tester Choisir un sujet et le triturer Choisir une forme, la reproduire ou la dénaturer
Le fais-je pour être lu, reconnu, applaudi ? Non, pas pour le moment Je le fais encore pour m’amuser
Mais je sens bien que je pourrais à nouveau Être déçu ou attristé ou vexé Si je me mettais à attendre de l’univers Un retour qui ne viendrait pas
En même temps, à quoi bon écrire Si ça n’intéresse personne Si les codes ne sont pas respectés Si le fond est terne ou insipide ?
Dans mon cas, ce serait plutôt naïf ou puéril.
Marrant ça, c’est ce qu’on m’a reproché Lors de mes premiers écrits Et ça m’avait fortement vexé
Erreur d’appréciation de ma part On peut très bien écrire d’une manière simple Et dire des choses profondes
La preuve ? Je le fais assez souvent Dans diverses occasions Pour le plaisir ou pour le boulot Sans jamais signer ou bien sous un pseudo Et cela passe
Pourquoi je dis tout ça Pourquoi je dévoile en direct Mon processus de cogitation et d’expression - C’est tout un -
Parce que j’ai été touché Par la prose d’une personne que je suis sur tumblr Et l’expression de la solitude de l’auteur Qui espère être vu, être lu, recevoir un signe
L’écriture, comme mode de relation.
Je ne suis pas très bon à cet exercice C’est peut-être ce que je devrais travailler Mais au-delà de l’exercice de style Ce sujet de la solitude m’a renvoyé à pourquoi j’écris.
Je publie pour être lu, certainement, Au cas où ça intéresserait quelqu’un… Mais je n’écris pas pour être lu Toujours pas
Que ce soit dans un texte intime ou de fantaisie J’écris toujours pour accoucher de moi Et peu importe s’il y a du monde dans la salle de naissance De toute façon, il faut que cela sorte.
Bref, j’écris pour rien Juste pour cheminer
C’est ce que je viens de faire Dans ce long texte Où la pensée se déroule comme un fleuve Qui ne reviendra pas corriger Ce qu’il a pu rater plus haut
Bravo à vous Si avez lu jusqu’au bout !
Les mots ....
Il écrit comme le torrent coule.
Parfois, ça sort, ça pulse.
Une jouissance éphémère.
Douloureuse souvent.
Une putain d’écriture à la saveur poivrée.
Il étale ses mots sur la feuille.
Parfois ça brille comme un éclat.
Parfois le papier les boit et les recrache.
Il écrit.
Il voudrait que ça explose.
Éclabousse.
Alors il pense à l'amour.
Aux fureurs physiques.
Il écrit comme il désire.
Sans fard.
Avec excès, sans doute.
Une poésie brute, obsédée, dépravée.
Sans vers, ni rimes.
Sans début, ni fin.
Ininterrompue.
Puisque seul compte l’instant.
Quand les mots lui viennent…
Ash
Doux devoir d'écrire
Ça me manque un peu les 30 jours pour écrire, même si c'était exigeant d'écrire chaque jour. Heureusement, c'est arrivé pendant les vacances.
Depuis, je m'essaie ici ou là sur des appels à texte mais ce n'est pas le même challenge, pas la même ambiance intérieure.
Y aura-t-il une suite ? Y a-t-il un moyen d'entretenir la flamme ?
J’ai besoin d’être tiré en avant pour écrire. Comme si cela me forçait à mettre de l’ordre en moi, À ordonner le chaos et lui donner une direction.
Douce violence.
Quand les mots sonnent juste, c’est comme s’ils me donnaient des ailes pour me sortir de la torpeur et m’emmener plus haut. Ailleurs.
Un endroit où je suis bien, où je perçois servir à quelque chose, réaliser quelque chose. Peu importe pour qui et pour quoi, c’est d’abord pour moi.
Doux devoir d’écrire pour être moi.
Les Avatagés
— On y va, Mamie ? La navette va partir sans nous !
— Minute, j’arrive… où j’ai mis mon chat ?
C’est ainsi que commence l’histoire de Léonard, huit ans, cheveux blond en bataille, l’oreille toujours un peu rouge à force de tirer dessus quand il est impatient. Et il est souvent impatient, surtout depuis que sa grand-mère a décidé d’économiser sur les trajets interplanétaires.
Au lieu de prendre une navette comme tout le monde, Mamie Olga a opté pour un forfait de téléportation discount, vendu par un site louche avec un slogan prometteur :
"Sauter de planète ? Moitié prix, triple fun !"
— Mamie, elle est bizarre, ta machine...
— Elle est pas bizarre, elle est juste… créative. Tiens, passe-moi le chat.
Mais il est où d’ailleurs le chat ? Léonard cherche le minet, qui ne s’appelle pas Minet mais Fractal, un vieux sphynx fripé comme une chaussette oubliée dans un coin de l’espace-temps. Fractal n’aime ni les voyages, ni les gens, ni les paradoxes quantiques. Encore une fois, ce vieux grognon a disparu.
— Fractal ?!
Un bruit de pas feutré, le son sourd du chat qui saute sur la table.
— Ah non, Fractal ! Ne touche pas à ça !
Mamie Olga se précipite sur sa télécommande à tout faire. Une vieille boîte en métal cabossée, couverte de boutons, dont plusieurs portent des étiquettes ridicules : « NE PAS APPUYER » en six langues mortes.
Trop tard. Avec un sourire malicieux, le petit monstre, a sauté sur la table et appuie sans faire exprès sur un gros bouton rouge marqué « Zbloop ++ ».
Un grand "FLOMP" sonore, comme un pet de géant dans une casserole. Puis, plus rien. Silence.
Quand Léonard rouvre les yeux, il est debout dans un couloir qui sent la lavande tiède et le fromage de pied. À côté de lui, Mamie Olga tient une huître en laisse.
— Mamie ? C’est quoi ça ?
— Hein ? Oh non… C’était Fractal il y a deux secondes.
Léonard regarde l’huître, l’huître le regarde. Enfin, si on suppose que c’est un œil. Peut-être un nombril. Elle émet un petit glouglou offensé.
— Et toi ? T’as pas changé ?
— Je crois pas… Si ?
— Tu as une jambe en bois.
— Hein ?!
Effectivement. La jambe gauche de Léonard est maintenant une prothèse en bois verni, sculptée de motifs floraux, avec une petite roulette en dessous qui grince légèrement. Très chic. Très pirate. Très involontaire.
Mamie soupire.
— Encore une conversion aléatoire de matière… Bon, c’est pas grave, ça repousse normalement. L’an dernier, ton oncle s’est retrouvé avec une main en velcro pendant six mois. Très pratique pour ranger les chaussettes, cela dit.
Mais Léonard n’écoute pas. Il est fasciné. Au bout du couloir, une dame en peignoir transporte un saxophone-flamant rose. Elle le salue d’un "bonjour" chanté et disparaît dans un mur.
— Mamie, on est où ?
— J’ai peut-être mal mis les coordonnées. Mais tu vas voir, c’est super. On est dans un centre de transit multidimensionnel de classe D.
— Classe D ?
— D comme… "Démerdez-vous". J’adore cet endroit. Il est vivant.
Vivants, les murs le sont peut-être aussi. Ils ondulent légèrement, comme des méduses mal lunées. Des panneaux d'information clignotent en morse contrarié.
Dans la salle principale, une foule étrange s’agite : un homme avec une tête de clé USB crie qu’il a perdu sa femme (qu’il confond avec une passoire), une vieille dame engueule son chihuahua transformé en presse-agrumes, et un panneau lumineux clignote en boucle :
"Veuillez ne pas manger les objets transformés. Ils peuvent contenir des souvenirs d’enfance."
— C’est n’importe quoi, Mamie ! C’est pas un vrai service !
— Bien sûr que si. Regarde, y’a une boîte de doléances !
Effectivement. Une grande boîte en carton, sur laquelle est écrit :
"Mettez vos plaintes ici. Nous les transformerons en compost émotionnel."
Léonard, qui aime les mots mais pas trop le compost, décide qu’il en a assez.
— Je veux rentrer. C’est nul, ta téléportation ! Je veux mes jambes ! Je veux Fractal, pas un sushi qui bave !
L’huître fait un bruit offensé et crache une bulle en forme de point d’interrogation.
Mais Mamie, elle, a déjà ressorti sa télécommande-à-tout-faire.
— Tu vois, avec un peu de bonne volonté et beaucoup de boutons, on peut s’en sortir.
Elle appuie.
Un grand "SPLOSH".
Et les voilà ailleurs. Pas chez eux, non. Sur une plage de Saturne VI, où les crabes chantent des berceuses en finnois et les cocotiers donnent du jus de pizza. Léonard a retrouvé ses jambes. Mais il a maintenant des bras de spaghetti.
Mamie éclate de rire.
— Tu es très al dente, mon chéri ! Allez, on recommence. Troisième fois, ça passe toujours.
— Tu crois qu’un jour on finira quelque part sans que tu me transformes en plat de cantine ?
— Je fais de mon mieux. Et puis, regarde, au moins tu n’es pas devenu un accordéon comme ton cousin Marcel. Il a dû apprendre à respirer en fa dièse.
Mais Léonard, soudain, s’arrête. Il regarde autour de lui. Les gens changés, les objets absurdes, les animaux devenus instruments de musique… et lui vient une idée.
Une grosse idée.
— Dis, Mamie, si chaque téléportation modifie des choses… on pourrait faire exprès de devenir ce qu’on veut ?
— Hein ?
— Imagine… Je me transforme en bonhomme élastique, je vais partout. Fractal devient un dragon de poche. Toi, tu deviens une machine à cookies !
Mamie réfléchit. Elle regarde l’huître, qui crache une petite flamme bleue. Puis elle sourit.
— D’accord. Mais cette fois, c’est moi qui choisis les coordonnées. Je veux des ailes.
Et c’est ainsi que, quelques mois plus tard, un groupe étrange fait le tour des mondes. On les appelle Les Avatagés. C’est une contraction de Avatars et de Changés. On dit que le chef a des jambes normales, des bras en caoutchouc et un chapeau qui prédit l’avenir. Que sa grand-mère distribue des cookies qui rendent les rêves vrais. Et qu’un dragon minuscule siffle la mélodie du chaos sur un saxophone qui a des plumes.
Et voilà comment on transforme une téléportation bidon en avantage.
Tout ça, à cause d’un vieux bon de réduction… et d’un chat idiot.
Noemia Prada
hazolf
D'où je viens
Le sais-tu, toi, d’où je viens, le sais-tu ? D’une poussière d’étoile tombée sur la planète bleue, Du fond des mers, là où les cellules ont appris à flotter dans l’eau, De la division des espèces et de leurs aventures sur un sol ferme, De la vie dans les arbres à l’abri du froid et du soleil.
Le sais-tu, toi, d’où je viens, le sais-tu ? Je viens du ciel, du feu, de l’eau et de la terre, J’ai appris à me mouvoir, à grimper, à sauter, à me relever, Je me suis évadé à la conquête des grands espaces, Je me suis avancé toujours plus loin, curieux de tout.
Le sais-tu, toi, d’où je viens, le sais-tu ? J’ai oublié que le vivant ne faisait qu’un ; Dans ce désir, plus fort que moi, de me développer, je me suis élancé Et j’ai oublié que je venais moi aussi de la terre, Comme les arbres qui si longtemps ont été mes compagnons.
Le vois-tu, toi, que je suis comme un arbre ? Mille capteurs rendent ma peau sensible au vent et au soleil, La vie s’écoule en moi comme la sève d’un arbre Qui s’étend depuis les racines et jusqu’aux branchages, Et vient éclore en fruits internes ou en fleur à butiner.
Le sais-tu, toi, où je vais, le sais-tu ? J’ai appris à marcher, j’ai oublié d’où je viens, Mon tronc s’est animé, je porte en moi mon terreau et mes racines, Je reçois les nutriments en les portant de mes mains à la bouche, Et, quand je bois, il pleut en moi une source claire qui m’abreuve.
Le sais-tu, toi, où je vais, le sais-tu ? Je m’alimente parfois de produits qui ne viennent pas de la terre, Je méprise souvent cet environnement statique qui ne me sert à rien, Je cherche à m’envoler, à ne dépendre de rien, à être autonome, Et j’oublie d’où je viens, j’oublie que l’humus a fait l’humain.