: Dans les vestiges des grands pins ponderosas d’Oregon pousse le matsutake, un champignon qui compte parmi les aliments les plus chers au m
Sur les possibilités de vivre dans les ruines du capitalisme
"Ce n’est pas seulement dans les pays ravagés par la guerre qu’il faut apprendre à vivre dans les ruines. Car les ruines se rapprochent et nous enserrent de toute part, des sites industriels aux paysages naturels dévastés. Mais l’erreur serait de croire que l’on se contente d’y survivre.
Dans les ruines prolifèrent en effet de nouveaux mondes qu’Anna Tsing a choisi d’explorer en suivant l’odyssée étonnante d’un mystérieux champignon qui ne pousse que dans les forêts détruites.
Suivre les matsutakes, c’est s’intéresser aux cueilleurs de l’Oregon, ces travailleurs précaires, vétérans des guerres américaines, immigrés sans papiers, qui vendent chaque soir les champignons ramassés le jour et qui termineront comme des produits de luxe sur les étals des épiceries fines japonaises. Chemin faisant, on comprend pourquoi la « précarité » n’est pas seulement un terme décrivant la condition des cueilleurs sans emploi stable mais un concept pour penser le monde qui nous est imposé.
Suivre les matsutakes, c’est apporter un éclairage nouveau sur la manière dont le capitalisme s’est inventé comme mode d’exploitation et dont il ravage aujourd’hui la planète.
Suivre les matsutakes, c’est aussi une nouvelle manière de faire de la biologie : les champignons sont une espèce très particulière qui bouscule les fondements des sciences du vivant.
Les matsutakes ne sont donc pas un prétexte ou une métaphore, ils sont le support surprenant d’une leçon d’optimisme dans un monde désespérant."
"Faisant le constat que nous vivons dans un monde en ruine, Anna Lowenhaupt Tsing prend pour objet de recherche les situations de précarité qui sont devenues la norme... C’est dans ce contexte qu’elle suit à la trace le champignon matsutake, de sa production dans les forêts d’Oregon aux États-Unis à sa consommation, très appréciée, au Japon. Ce champignon a la particularité de vivre dans les « ruines » du capitalisme : les forêts de pins rouges abîmées par l’activité humaine très appauvries en humus. Il est donc un objet d’étude idéal pour « explorer l’indétermination et les conditions de la précarité, c’est-à -dire ce qu’est la vie sans promesse de stabilité ».
Son projet s’ancre dans les sciences studies, un champ d’études qui interroge nos pratiques scientifiques en dépassant les barrières disciplinaires et les grandes dichotomies qui construisent les catégories de pensée, principalement celle entre humains et non humains. Ses propos s’appuient en particulier sur la théorie de l’acteur-réseau développée par Madeleine Akrich, Michel Callon et Bruno Latour ainsi que sur les études féministes des années 1980, et notamment la théorie des points de vue situés de Donna Haraway. Une des questions fondamentales de ce champ de recherche est « de savoir “comment une recherche politisée comme la recherche féministe a pu faire avancer l’objectivité” ; elle est indissociable d’un appel à trouver une théorie qui pourrait expliquer et justifier cet avancement sur un plan épistémologique, et d’un effort politique pour promouvoir des sciences engagées…" [source : cairn.info]
Présentation par l'historien, éditeur et traducteur du livre d'Anna Lowenhaupt Tsing, Philippe Pignarre : "L’enquête de terrain commence dans les forêts dévastées de l’Oregon aux États-Unis, où les grands pins ponderosas ont été coupés pour alimenter l’insatiable industrie du bois, et se termine dans celles du Yunnan, où la marchandisation fait des ravages dans les campagnes, après être passée par la Laponie et le Japon. Le sujet du livre ? Le matsutake, un champignon très cher au Japon qui ne pousse quasiment plus sur l’archipel nippon et qu’il faut donc importer. Anna Tsing va explorer les mondes que ce champignon éclaire ou même fabrique. Le matsutake n’est donc pas un prétexte ou une métaphore mais une loupe pour observer le monde."
âś“ https://journals.openedition.org/gradhiva/3583
âś“ https://usbeketrica.com/fr/article/champignon-fin-du-monde-capitalisme-futur-matsutake
âś“ https://laviedesidees.fr/Fragile-comme-un-matsutake.html