Personne ne m’avait prévenue qu’en naissant femme je serai confrontée à une peine innée : celle de devoir être responsable de la vaisselle, des courses, de la nourriture et que sais-je encore.
Ainsi naître femme t’oblige à répondre à certaines prérogatives et ce sans sourciller. Selon les hommes pour être une femme digne de ce nom qui mérite d’être mariée il faudrait savoir faire à manger pour son homme, laver et astiquer tout l’intérieur, et ce sans jamais se plaindre. C’est ainsi le rôle d’une femme dite « mariable ». Je n’ai jamais été ce type de femme car malheureusement je suis très flemmarde. J’aime ne rien faire et j’aime la contemplation.
Donc autant vous dire que la contemplation d’une pile de vaisselle sale n’a jamais été ma passion.
Je mène une vie de rêve avec mon compagnon mais il ne comprend pas ma souffrance de devoir remplir toutes ces charges pendant que lui a tout le loisir de contempler et de s’épanouir à autre chose. Je trouve ça tellement injuste et je me sens tellement incomprise à ce niveau-là.
Est-ce que cela fait de moi une mauvaise copine ? Une femme qu’on ne peut pas épouser ?
Cette souffrance à l’intérieur de moi me souffle que pour qu’un homme accepte d’infliger ça à sa femme tous les jours c’est qu’il ne doit tout simplement pas l’aimer.
En effet l’amour ce n’est pas essayer d’être le meilleur de soi-même pour que l’autre puisse donner le meilleur de soi-même également. Un échange coeur à cœur, force à force ; je me donne à toi toute entière tu te donnes à moi tout entier et ainsi nous nous complétons et nous formons un humain presque parfait ?
Mais pourquoi la femme devrait-elle être cette espèce d’éponge ménagère qui fait tout sans rien dire ? Pourquoi toutes ces responsabilités d’assumer un foyer à elle toute seule ? Pourquoi cette solitude ? C’est le contraire même de l’amour. Pour moi c’est comme une peine de prison. Travaux d’intérêt général jusqu’à la fin de ta vie. Qui aime réellement être assignée à ce rôle d’aide ménagère ? Qui réellement s’épanouit et s’élève en récurant quotidiennement les toilettes pour le confort de tous ?
C’est vraiment dur d’être une femme. Il faut rester jeune, belle sportive, ferme, être ambitieuse mais pas trop, n’avoir aucun poil, sentir bon, être douce, avoir du caractère, être belle, savoir faire le ménage, savoir cuisiner tous les jours et faire la vaisselle à la fin. Et le tout sans jamais élever la voix.
Est-ce donc ça être une femme ? Une punition ? Une damnation ?
Ce n’est pas comme ça que j’ai vécu femme. Je me revois enfant et parfois j’ai envie de pleurer. Tous les rêves et espoirs que j’avais sans me rendre compte de toute la difficulté que ça allait être d’être une femme et de toutes les obligations que cela incubait.
Je me sens si dépassée. J’ai tout le temps, tout le temps l’impression d’être trop ou pas assez. Quand j’étais petite je pensais simplement à réaliser mes rêves, à laisser aller mon imagination, sans réfléchir plus que ça à ma condition de femme. J’étais juste un être vivant qui essayait de trouver un sens, qui essayait de trouver un but dans sa vie et dans ses rêves. Je voyais le monde si vaste à explorer et le monde dans ma tête m’offrait tellement de possibilités illimitées.
Je ne sais pas à quel moment je me suis perdue. Je ne sais pas à quel moment je me suis contentée de cette vie moelleuse et molle. J’ai l’impression que rien n’a de sens et que tout n’est qu’un enchaînement de faits et moi au milieu je suis là sans réellement être là. Je vis vraiment ou je subis juste ce qui se passe ?
Je vis avec un homme qui me dit qu’il m’aime tous les jours. Oui il me le dit et je suis sûre qu’il le pense réellement. Mais quand il me voit faire la vaisselle, la cuisine, la litière, le ménage, pourquoi ne le fait-il pas avec moi ? Pourquoi il ne le fait pas de lui-même ? Pourquoi l’initiative ne part pas de lui ? Ce n’est pas son love language comme on dit maintenant il m’aime autrement.
Mais je ne cesse de lui répéter inlassablement que je ne veux pas de cette vie là pour moi.
Je n’ai pas envie d’être seule dans le bateau ingrat des corvées ménagères. C’est peut-être anodin pour lui mais ça ne l’est pas pour moi.
Je n’ai pas envie de passer à côté de ma vie, je n’ai pas envie de me réveiller un jour en me disant que j’ai gâché tout ce temps dans les corvées ménagères pendant qu’il s’épanouissait à côté de moi.
Je rêve de vibrer, de frémir, de vivre, de voir de belles couleurs, de souffrir aussi car la souffrance c’est la vie, voyager, découvrir, sauter, danser. Je rêve de vie.
Ce quotidien m’étouffe et je ne sais pas comment lui faire réaliser. Il ne voit pas le porblème quand il voit la vaisselle ou ses affaires traîner. Il ne voit pas le temps que ça me prend ? Il ne voit pas les efforts que ça me demande ? Comment après ça prétendre m’aimer ?