La ville étouffait sous un ciel de cuivre,
Les volets mi-clos retenaient mal le jour,
Et dans l’air immobile où les heures se livrent,
Même les vieux secrets devenaient plus lourds.
Elle marchait pieds nus sur le carrelage tiède,
Le ventilateur brassait des rêves lents,
Son mari sommeillait dans l’ombre un peu fade
D’un été trop connu, trop calme, trop présent.
Alors la canicule, insolente maîtresse,
Glissa contre sa peau des pensées interdites ;
Un parfum d’inconnu, une étrange tendresse,
Le désir de partir avant la fin des rites.
Le soleil aux rideaux dessinait des mirages,
Des épaules croisées dans un café du port,
Des regards prolongés, des messages sans âge,
Et ce frisson discret qu’on croyait déjà mort.
Elle n’aimait pas moins celui qui partage
Les dimanches tranquilles et les hivers passés ;
Mais la chaleur ouvrait derrière son visage
Une fenêtre obscure aux possibles blessés.
Car certains mois d’été, quand le bitume ondule, Quand les nuits ne savent plus offrir le sommeil,
Le cœur cherche parfois, sous la lune incrédule,
Un autre incendie que celui du soleil