Traduction libre du texte de Jessica OâNeill (au bas de la publication).
En tant que Canadienne et historienne, je vais expliquer quelques-uns des faits clés que vous devez connaßtre au sujet des tombes trouvées sur les sites des pensionnats autochtones, et qui font maintenant les nouvelles internationales.
Je vois beaucoup de commentaires de gens de partout autour du monde qui soit a) pensent que les faits sont grossis et politisĂ©s pour servir la gauche progressiste, ou b) nâavaient jamais entendu parlĂ© de cette partie de lâhistoire du Canada. Certains se demandent pourquoi on parle de « canceller » la FĂȘte du Canada. Alors parlons-en.
Je voudrais commencer par mentionner que pour les peuples autochtones, ce sujet engendre Ă©normĂ©ment de dĂ©tresse. Le dĂ©tournement cognitif dans les sections de commentaires sont Ă©galement inquiĂ©tants. Si vous ĂȘtes autochtone et Ă©prouvez de la dĂ©tresse face Ă ces nouvelles, vous pouvez appeler la National Indian Residential School Crisis Line (un ligne dâaide aux survivants des pensionnats autochtones et Ă leurs proches â cette ligne est bilingue) au 1-866-925-4419. Si vous ĂȘtes autochtones et croyez que jâai dĂ©formĂ© les informations, svp dites-le moi.
Pour le reste dâentre nous, permettez-moi de vous donner quelques explications. Vous ĂȘtes Canadien.ne et incertain.e de lâhistoire des pensionnats autochtones? Vous nâĂȘtes pas Canadien.ne et ne comprenez pas ce qui passe? Ceci est pour vous. Au Canada, le terme autochtone inclus les PremiĂšres Nations, les Inuit, et le peuple MĂ©tis. La Loi sur les Indiens de 1876 a donnĂ© au Gouvernement FĂ©dĂ©ral le plein contrĂŽle sur la plupart des aspects de la vie des autochtones. Beaucoup de cette loi est toujours en vigueur aujourdâhui.
Les pensionnats autochtones furent une politique mise en place par le gouvernement en 1880 avec lâadoption de la Loi sur les pensionnats Indiens. (Cependant, les efforts des missionnaires Français pour isoler et « Ă©duquer » les enfants des PremiĂšres Nations remontent Ă la fin du 18e siĂšcle.)
Ces pensionnats ont Ă©tĂ© conçus pour « tuer lâIndien dans lâenfant ». Les lois dictaient que les familles autochtones devaient envoyer leurs enfants dĂšs lâĂąge de 4 ans dans ces pensionnats. Il nây avait pas dâexception. Les officiers de la GRC ont usĂ© de la force pour arracher les enfants Ă leur familles lorsque celles-ci refusaient de sây conformer.
Les pensionnats Ă©taient souvent dans des endroits isolĂ©s ou sur des Ăźles, sinon les enfants tentaient constamment de sâĂ©chapper pour retourner dans leurs familles. Lorsque câĂ©tait gĂ©ographiquement possible, les parents campaient prĂšs des pensionnats pour essayer dâentrevoir leurs enfants mais Ă©taient chassĂ©s par la GRC sous menaces de violence.
Les pensionnats Ă©taient gĂ©rĂ©es par les Ă©glises. Approximativement 50% Ă©taient Catholique, et le reste Ă©taient de diverses dĂ©nominations protestantes, notamment Anglicane, MĂ©thodiste, PresbytĂ©rienne, Ăglise Unie, et Baptiste. Les enfants nâavaient pas le droit de parler leur langue ou de pratiquer leur traditions culturelles, de peur dâĂȘtre battus. La religion ne fut utilisĂ©e que comme une forme dâabus.
Les pensionnats Ă©taient surpeuplĂ©s et nâĂ©taient souvent pas chauffĂ©s. Les enfants Ă©tait sous-alimentĂ©s Ă cause de contraintes budgĂ©taires, et aussi comme une forme de contrĂŽle et de punition. Les agressions sexuelles Ă©taient dâune banalitĂ© Ă©coeurante et Ă©taient souvent utilisĂ©es comme punition. Plusieurs enfants autrement en bonne santĂ© dĂ©pĂ©rissaient Ă cause de la dĂ©pression et du dĂ©sir de retourner dans leur familles. Certains se sont noyĂ©s en tentant de rentrer Ă la nage. Dâautre sont morts gelĂ©s en voulant marcher jusquâĂ chez eux.
En 1907, le MinistĂšre des Affaires Indiennes publie le rapport du Dr. Peter Bryce, qui documente un taux de mortalitĂ© de 40 Ă 60% dans ces institutions, principalement Ă cause de la tuberculose. Le mĂȘme rapport dĂ©montre que 90 Ă 100% des enfants souffraient de forme sĂ©vĂšre dâabus physique, Ă©motionnel et sexuel. MalgrĂ© ces informations, les pensionnats restent ouverts pour 90 ans de plus.
Encore une fois, il sâagit de faits documentĂ©s. Rien de tout cela nâest Ă dĂ©battre. MĂȘme les plus droitistes des Canadiens acceptent que ce sont des faits.
Les cimetiĂšres que nous retrouvons en ce moment ne sont pas marquĂ©s. Certains incluent des fosses communes, dans lesquelles plus dâun corps sont enterrĂ©s en mĂȘme temps. Ces informations ne sont pas nouvelles. Les survivants des pensionnats autochtones nous rĂ©pĂštent quâils sont lĂ depuis des gĂ©nĂ©rations.
De 2008 Ă 2015, le Canada sâest engagĂ© dans lâune des plus importante Commission de VĂ©ritĂ© et de RĂ©conciliation jamais entrepris. Cette commission sâest conclue par 94 appels Ă lâaction, dont la plupart nâont jamais Ă©tĂ© mis en Ćuvre, Ă©rodant ainsi davantage la confiance des peuples autochtones envers le Canada. Plusieurs croient avec raison que la CVR ne fut faite que du bout des lĂšvres.
Lâappel Ă lâaction no 75 : « Nous demandons au gouvernement fĂ©dĂ©ral de collaborer avec les gouvernements provinciaux et territoriaux de mĂȘme quâavec les administrations municipales, lâĂglise, les collectivitĂ©s autochtones, les anciens Ă©lĂšves des pensionnats et les propriĂ©taires fonciers actuels pour Ă©laborer et mettre en Ćuvre des stratĂ©gies et des procĂ©dures qui permettront de repĂ©rer, de documenter, dâentretenir, de commĂ©morer et de protĂ©ger les cimetiĂšres des pensionnats ou dâautres sites oĂč des enfants qui frĂ©quentaient ces pensionnats ont Ă©tĂ© inhumĂ©s. Le tout doit englober la tenue de cĂ©rĂ©monies et dâĂ©vĂ©nements commĂ©moratifs appropriĂ©s pour honorer la mĂ©moire des enfants dĂ©cĂ©dĂ©s. »
Vous voyez, ils nous disaient que ces tombes Ă©taient lĂ . Jâai appris sur les cimetiĂšres des pensionnats autochtones au dĂ©but des annĂ©es 2000, dans des articles de journaux. Lâinformations a toujours Ă©tĂ© disponible. Personne nâĂ©coutait.
Le 27 mai 2021, la Nation Tkâemlups te SecwĂ©pemc a engagĂ© les services dâune Ă©quipe de radars Ă pĂ©nĂ©tration de sol et ont confirmĂ© ce qui Ă©tait dĂ©jĂ connu. Les restes de 215 enfants reposent sous le sol. « Nous avions un savoir dans notre communautĂ© que nous avons pu vĂ©rifier. Ă notre connaissance, ces enfants disparus sont des morts qui nâont pas Ă©tĂ© documentĂ©s. » DĂ©clare Kukpi7 Rosanne Casimir. « Certains nâavaient que 3 ans. »
Le 4 juin 2021, 104 tombes potentielles ont Ă©tĂ© dĂ©couvertes par la Nation Sioux Valley Dakota au pensionnat Brandon Indian au Manitoba. De ce nombre, 78 sont possiblement documentĂ©s (mais cela ne veut pas dire que ces enfants nâont pas Ă©tĂ© maltraitĂ©s ou ne sont pas morts de maladies Ă©vitables). La Chef Jennifer Bone dit « Nous devons honorer la mĂ©moire des enfants qui ne sont jamais rentrĂ© chez eux en tenant le Gouvernement Canadien, les Ăglises et toutes parties impliquĂ©es responsables de leurs actions inhumaines. »
Et plus rĂ©cemment, jusquâĂ 751 tombes non marquĂ©es ont Ă©tĂ© localisĂ©es prĂšs du site de lâancien pensionnat autochtone de Marieval en Saskatchewan, associĂ© Ă la Nation Cowessess. Encore une fois, certaines de ces morts ont possiblement Ă©tĂ© documentĂ©es, mais cela nâen diminue pas lâhorreur. « Ce fut un crime contre lâhumanitĂ©, et une agression contre les PremiĂšres Nations. » dit le Chef Bobby Cameron de la Federation of Sovereign Indigenous First Nations en Saskatchewan.
Je ne suis pas qualifiĂ©e pour mâĂ©tendre sur le trauma gĂ©nĂ©rationnel qui a ravagĂ© les communautĂ©s autochtones. Des gĂ©nĂ©rations de gens sont aux prises avec lâalcoolisme et la toxicomanie, et ceci est un rĂ©sultat direct de la Loi sur les Pensionnats Indiens. Pourtant, ils subissent la critique de plusieurs autres Canadien.nes.
Pour les non-Canadien.nes qui lisez ceci, sachez que le racisme manifeste envers les autochtones au Canada est commun et souvent socialement acceptable. (Je sais, ça va Ă lâencontre de notre rĂ©putation internationale.)
Finalement, vous verrez aussi des gens argumenter que ces tombes sont le rĂ©sultat de maladies, comme si câĂ©tait plus acceptable. Vous verrez mĂȘme des gens affirmer que le nombre de tombes nâest pas si Ă©levĂ©, car lâespĂ©rance de vie Ă©tait plus courte Ă cette Ă©poque. Oui, la tuberculose et les maladies infantiles ont causĂ© plusieurs de ces morts, mais ces maladies se sont rĂ©pandues dans des institutions sales et surpeuplĂ©es, sans que rien ne soit fait. Les petits corps sous-alimentĂ©s et souhaitant ĂȘtre chez eux ne pouvaient combattre la maladie. Ils sont donc morts seuls, pleurant pour avoir leur mĂšre.
Et ils ont Ă©tĂ© enterrĂ©s Ă lâendroit quâils dĂ©testaient le plus, sans que leur mort ne soit documentĂ©e nulle part. Certains parents nâont jamais su ce qui Ă©tait arrivĂ© Ă leurs enfants, ils ne sons juste jamais rentrĂ©s Ă la maison.
Pour contrer ces arguments de mauvaise foi à propos des maladies et du « nombre pas si élevé de tombes », nous pouvons nous regarder du cÎté de sources contemporaines, comme le rapport Bryce. 90 à 100% des enfants ont été maltraités. Les pensionnats ont documenté un taux de mortalité entre 40 et 60%.
Bien sĂ»r, le taux de mortalitĂ© infantile au Canada en 1907 Ă©tait Ă©levĂ©, avoisinant les 25% Ă 30%. Cependant, ce taux de mortalitĂ© inclut les dĂ©cĂšs de nourrissons, qui est beaucoup plus Ă©levĂ© et qui biaise lâinformation. Une estimation trĂšs conservatrice place le taux de mortalitĂ© par la tuberculose, dans les pensionnats autochtones (enfants entre 4 et 18 ans), environ trois au quatre fois plus Ă©levĂ© que dans la population gĂ©nĂ©rale.
Souvenez-vous aussi que ces tombes ne reprĂ©sentent pas la totalitĂ© des enfants qui sont morts dans les pensionnats autochtones. Nous avons de nombreux tĂ©moignages oraux concernant des prĂȘtres, religieuses et professeurs incinĂ©rant des corps (surtout ceux qui avaient Ă©tĂ© battus et maltraitĂ©s Ă mort) dans des fournaises, ou en disposant autrement.
Vous devez savoir que ces dĂ©couvertes vont continuer. Il y a eu 139 pensionnats autochtones au Canada, et prĂšs de 150 000 enfants les ont frĂ©quentĂ©s pendant une pĂ©riode de plus de 117 ans. Mais ces tombes ne sont pas la seule horreur. La vraie horreur câest le fait que nous Ă©tions au courant de ce qui sây passait depuis des gĂ©nĂ©rations, et nous avons laissĂ© cela se produire jusquâen 1997. La honte appartient aux pensionnats eux-mĂȘmes. Les tombes ne sont quâun rappel physique de ce qui sây est passĂ©.
Tout cela nâa rien Ă voir avec la « gauche » ou la « droite ». Rien de ce que jâai Ă©crit ne fait lâobjet dâune dispute. Ce sont des faits. Le Gouvernement FĂ©dĂ©ral, la GRC, les polices locales, les cours et plusieurs Ă©glises ont travaillĂ© ensemble pour maltraitĂ© systĂ©matiquement et pour Ă©radiquer des gĂ©nĂ©rations entiĂšres dâenfants.
Si cela vous rend inconfortable, câest normal. Mais rester assis Ă se sentir coupable nâaide personne, surtout pas les peuples autochtones. Au lieu de cela, soyez constants Ă contester ces commentaires Ă propos de lâespĂ©rance de vire au 19e siĂšcle et ceux qui disent que ce nâĂ©tait pas des fosses communes. DĂ©fiez les gens autour de vous qui utilisent des insultes raciales ou de la rhĂ©torique anti-autochtone.
Si vous ĂȘtes Canadien.ne, Ă©crivez Ă votre dĂ©putĂ© et demandez quâil y ait rĂ©ponse Ă ces 94 appels Ă lâactions concluant la CVR. Partagez et amplifiez les messages des peuples autochtones et incluez la ligne de soutien aux survivants. Ăcoutez ce que vos communautĂ©s autochtones locales demandent, et aidez les de toutes les façons qui vous sont possible â ceci inclus de donner gĂ©nĂ©reusement aux survivants des pensionnats autochtones.
Et au moins pour cette annĂ©e, considĂ©rez de ne pas participer aux « cĂ©lĂ©brations » de la FĂȘte du Canada. Mais que vous cĂ©lĂ©briez ou non est moins important que dâinsister pour un changement systĂ©mique, donner aux survivants et rĂ©flĂ©chir au 92 (sic) appels Ă lâaction.
Sources (en anglais) au bas de la publication originale.
The TRC Calls to Action http://trc.ca/assets/pdf/Calls_to_Action_English2.pdf The Truth and Reconciliation Final Report https://nctr.ca/records/reports/
The Calls for Justice from the Inquiry into Missing and Murdered Indigenous Women and Girls https://www.mmiwg-ffada.ca/final-report/
History of the Schools: https://reconciliationcanada.ca/.../history.../background/
The Bryce Report http://www.fnesc.ca/.../2015/07/IRSR11-12-DE-1906-1910.pdf
Tk'emlĂșps Press Release https://tkemlups.ca/.../05-May-27-2021-TteS-MEDIA-RELEASE...
Wikipedia Residential School Entry https://en.wikipedia.org/.../Canadian_Indian_residential...
Ashinabek Overview of Residential Schools http://www.anishinabek.ca/.../An-Overview-of-the-IRS...
The TRC Index of Missing Children and Unmarked Burials https://nctr.ca/.../01/English_Volume_4_Index_Revised.pdf...
Food used as punishment in Residential Schools https://foodsecurecanada.org/residential-schools-and...
Research on Indigenous Kids in Care - CTV article https://www.ctvnews.ca/.../foster-care-replaced...
The Horrors of St. Anne's - CBC article https://newsinteractives.cbc.ca/.../st-anne-residential...
Thank you to Marie-Claude Dufour for her translation.














