Entrevue avec Stéphane Dreyfus, journaliste à La Croix
Stéphane Dreyfus est journaliste culturoweb à La Croix. Amateur et connaisseur de cinéma, avec un penchant particulier pour l'animation, il nous narre son point de vue journalistique ainsi que ses prévisions pour l'avenir...
Cette interview a été l'occasion de discuter de son parcours, son rapport au cinéma, sa visite à Annecy, l'évolution d'internet, ses idées pour contrer les clichés liés aux courts métrages d'animation, le tout dans les grands locaux de La Croix.
Bonne lecture !
06 août 2013 | Bérénice Dormann
Entrevue avec Stéphane Dreyfus, journaliste à La Croix
Vous vous dĂ©finissez comme un journaliste « culturoweb », quâest-ce que câest prĂ©cisĂ©ment ? Cela englobe-t-il la rubrique nouvelles technologies, cinĂ©ma, musique, théùtre, idĂ©es cuisine, voyages et autres ?
Oui, câest un peu tout. Je suis un journaliste web Ă lâorigine. Depuis 6 ans je collabore rĂ©guliĂšrement avec le service culture et la rubrique cinĂ©ma, qui est Ă la charge dâArnaud Schwartz. Je suis 100% dĂ©diĂ© Ă la culture pour produire des articles multimĂ©dias qui touchent Ă tous les champs de ce service pour le site puisque le journal est passĂ© en bi-mĂ©dia depuis 1 an, ce qui veut dire que tous les journalistes sont amenĂ©s Ă travailler sur les deux supports. De façon un peu plus ambitieuse, je créé des vidĂ©os et des choses « un peu plus web » que de simples articles. Câest assez fastidieux. Pour rĂ©sumĂ©, je mâoccupe de la culture en gĂ©nĂ©ral et plus particuliĂšrement dans la rubrique nouvelles technologies, câest-Ă -dire le numĂ©rique qui touche Ă la culture comme le cinĂ©ma. Jâaime beaucoup le cinĂ©ma dâanimation, depuis toujours alors je me suis spĂ©cialisĂ© lĂ -dedans en allant Ă Annecy tous les ans et en essayant de voir ce qui sort au cinĂ©ma, en long mĂ©trage.
Quelles études, quel parcours avez-vous fait pour accéder à ce poste ?
Jâai fait de longues Ă©tudes dâhistoire, je suis allĂ© jusquâĂ la maitrise. Jâai commencĂ© un DEA, que je nâai pas terminĂ©. Jâai fait une maitrise science politique et jâai enchainĂ© par deux annĂ©es Sciences Po, Ă Paris. Je nâai pas fait dâĂ©cole de journalisme parce que jâavais dĂ©jĂ fait de longues Ă©tudes. Je savais ce que je voulais faire : de la presse Ă©crite ou internet. Jâai commencĂ© au Monde.fr il y a 12 ans. CâĂ©tait enrichissant car ça mâa apprit Ă voir tout le potentiel du web Ă une Ă©poque oĂč les sites internet nâĂ©taient pas trĂšs ambitieux.
Vous faites des critiques aussi bien sur des bandes dessinées telles que Blacksad que sur des films Kirikou et les hommes et les femmes, avez-vous une préférence de support et pourquoi ?
Pour la bande dessinĂ©e, on a une rubrique « art », câest-Ă -dire une personne qui reçoit toutes les bandes dessinĂ©es, ce qui nâest pas mon cas. Je suis tout de mĂȘme ce support parce que je lâapprĂ©cie beaucoup et parce que jâai des amis qui me donnent de bons conseils. Cependant, il mâarrive parfois de faire des articles uniquement pour le web, trĂšs rarement pour le papier. Par exemple, une fois je suis parti au Japon pour des vacances, alors jâai fait un reportage sur le manga que jâai publiĂ© Ă lâoccasion dâAngoulĂȘme. Câest trĂšs occasionnel.
Ce que jâaime le plus, trĂšs sincĂšrement, câest le cinĂ©ma dâanimation. Câest le domaine avec lequel jâai toujours ressenti le plus de plaisir que ça soit pour lâĂ©criture ou pour le visionnage. Le festival dâAnnecy est une bouffĂ©e dâoxygĂšne incroyable chaque annĂ©e parce que lâon voit des choses originales mais aussi bizarroĂŻdes. Câest un foisonnement dans une ambiance absolument gĂ©niale. Du coup, câest vraiment sur ce domaine-lĂ que je prĂ©fĂšre Ă©crire.
Quel a Ă©tĂ© votre ressenti sur lâambiance gĂ©nĂ©rale dâAnnecy cette annĂ©e ? Avez-vous un film, un rĂ©alisateur voire un moment qui vous a marquĂ© ?
Jây vais depuis 5 ans dĂ©jĂ . Cette annĂ©e, jâai trouvĂ© que la sĂ©lection de longs mĂ©trages Ă©tait moyenne par rapport aux annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Ce nâest pas liĂ© Ă Marcel Jean, qui est quelquâun de compĂ©tent, que jâai rencontrĂ©. Le marchĂ© de lâanimation est un marchĂ© cyclique donc il y a des annĂ©es moins bonnes que dâautres.
Cette annĂ©e ce que jâai beaucoup aimĂ© dans les longs mĂ©trages câest Jasmine dâAlain Ughetto. Ăa mâa beaucoup touchĂ©. Câest un film trĂšs intime avec une histoire qui est la sienne â son histoire dâamour avec une iranienne quâil a perdu de vue par la suite. Je trouve que la forme quâil a utilisĂ©e est ambitieuse du point de vue formel, un peu expĂ©rimental aussi. Câest de la pĂąte Ă modeler simple, basique mais il montre ses mains en train de la fabriquer pour justement montrer que cette pĂąte Ă modeler est vivante, quâelle a un cĆur qui bat Ă travers ses mains. Il y a un rapport fort entre le charnel dans la pĂąte Ă modeler et le rapport amoureux quâil a eu avec cette femme. Jâai trouvĂ© cela trĂšs beau mais les autres films mâont laissĂ© assez indiffĂ©rents.
Pour les courts mĂ©trages, jâai eu un coup de cĆur incroyable sur le cristal du court mĂ©trage. Le film du canadien, Chris Landreth qui sâappelle Le Jeu de lâinconscient. Câest un film complĂ©tement dĂ©lirant et drĂŽle qui a lâoriginalitĂ© de mĂȘler plein de techniques dâanimation. LĂ aussi la forme rejoint totalement le fond de façon admirable.
Vous avez parlĂ© dans lâune de vos critiques du film de Sachka Unsfeld Le Parapluie bleu, en quoi est-il « visuellement stupĂ©fiant » ?
Oui câĂ©tait assez scotchant. Ca rejoint ce sur quoi Marcel Jean a beaucoup insistĂ© : un programme « animation off limits » pour montrer que lâanimation sortait de ces frontiĂšres classiques, des dessins animĂ©s, de la pĂąte Ă modeler etc. Le Parapluie bleu est stupĂ©fiant parce quâon ne sait pas si lâon est dans un film en prise de vue rĂ©elle ou dans un film dâanimation. Câest assez Ă©tonnant et volontaire de la part du rĂ©alisateur, que jâai rencontrĂ©.
Lâhistoire est basique, simple et pas trĂšs originale mais la forme rend, pour le coup, le film vraiment touchant parce quâon est encore plus Ă©tonnĂ©s de voir des Ă©lĂ©ments de la ville sâanimer : les feux rouges, les gouttiĂšres et les parapluies. Câest lâune des choses les plus belles que jâai vu Ă Annecy cette annĂ©e.
Dâune façon globale, le cinĂ©ma dâanimation est mĂ©connu ou plutĂŽt mal connu, il est reliĂ© au clichĂ© « câest pour les enfants ». Dâailleurs Bill Plympton, qui est dessinateur de bande dessinĂ©e et rĂ©alisateur de films dâanimation amĂ©ricains, explique quâ « il est difficile de trouver de lâargent quand on ne fait pas des films dâanimation pour enfants. » DâaprĂšs vous, pourquoi ce clichĂ© existe-t-il encore ?
DâaprĂšs Jean Pierre Pagliano, historien du cinĂ©ma et critique de films dâanimation, dans son livre Le Roi et lâOiseau, voyage au cĆur du chef-dâĆuvre de PrĂ©vert et Grimault Ă©crit « un nombre dâanimateurs ont pris conscience que le dessin animĂ© pouvait Ă©veiller les consciences, marier rĂ©alisme et symbolisme et dĂ©gager une profonde Ă©motion ». Quâen pensez-vous ? DâaprĂšs vous que faudrait-il faire pour que le public ait une autre opinion du cinĂ©ma dâanimation ?
Il faut quâil y ait des films qui touchent un public plus large. Par exemple, les cinĂ©astes japonais sâadressent Ă tous les publics, du coup, tous les gens qui ont vu les films du studio Ghibli, Ă partir des annĂ©es 90, vont voir des films dâanimation par la suite parce que ce sont des films de qualitĂ© avec une esthĂ©tique sur le fond et sur la forme. Ce sont des films trĂšs riches. Il faut prendre exemple la dessus avec de jeunes rĂ©alisateurs qui fasse des films qui sâadressent Ă tous les publics avec des distributeurs qui aient le courage de les lancer. Il y en a en France, mĂȘme si ce nâest pas Ă©vident Ă trouver. Folimage est le seul vrai studio en France mais ils font des films plutĂŽt destinĂ© Ă un public dâenfants. Il y a Autochenille production de Joann Sfar, Antoine Delesvaux et ClĂ©ment Oubrerie qui ont fait Le Chat du rabbin qui est pour tous les publics ou encore Aya de Yopougon. Le souci câest que la production sâadresse encore essentiellement Ă un public enfantin. Â
On parle souvent de la violence Ă la tĂ©lĂ©vision pour contrer cela, il faut de lâĂ©ducation par lâimage dĂšs lâĂ©cole. Une appropriation des codes du cinĂ©ma dâanimation qui permet aux enfants de comprendre que ce nâest pas quâun mĂ©dium comme un autre puisquâil est difficile Ă rĂ©aliser et permet de crĂ©er des histoires de toutes sortes. Il y en a des films qui sortent mais ne rencontrent pas toujours leur public comme Couleur de peau miel, qui sâadressait Ă un public cible en particulier. Câest un film sur un enfant corĂ©en qui a Ă©tĂ© adoptĂ© en Belgique, câest lâadaptation dâune bande dessinĂ©e.
Pour les courts mĂ©trages, le problĂšme câest quâil nây a pas de canal de diffusion large en France. La premiĂšre annĂ©e oĂč je suis allĂ© Ă Annecy, cela mâa vraiment frappĂ© : tous ces films merveilleux quâon ne peut pas voir en salles câest vraiment dĂ©solant. Exception faite Ă Pixar et Disney. La solution peut-ĂȘtre internet, Ă lâĂ©poque jâavais fait un papier la dessus car il y avait des tentatives pour montrer des courts mĂ©trages en VOD de façon gratuites et parfois payantes.
Alors, selon vous, internet va devenir le premier support de diffusion pour les films dâanimation ?
La question se pose pour les films en gĂ©nĂ©ral parce que câest les mĂȘmes problĂ©matiques de chronologie des mĂ©dias, les mĂȘmes problĂ©matiques de public. Jâai lâimpression que ce qui marche sur internet câest les secteurs de niches. Donc justement des films plus ambitieux, plus formel sur le fond en lâoccurrence dâanimation peuvent avoir une seconde vie intĂ©ressante en VOD. Le problĂšme de ce moyen, pour le moment, câest la qualitĂ© mĂ©diocre et le cout par rapport aux DVD. Je ne sais pas, il y a un modĂšle Ă trouver peut-ĂȘtre de la SVOD donc de la VOD forfaitaire, Ă lâabonnement comme ce que propose Canal+ pour lâanimation. On en revient toujours, aux enfants, mais la chaine Gulli fonctionne trĂšs bien et passe de temps en temps de lâanimation. Alors les sĂ©ries ne sont pas forcĂ©ment gĂ©niales mais cela prouve quâil peut y avoir de la place pour une chaine, sur internet, qui serait uniquement dĂ©diĂ© au cinĂ©ma dâanimation et aux courts mĂ©trages. Au-delĂ dâinternet, il y a Ă©galement les tĂ©lĂ©phones portables puisque les gens consomment plus facilement les formats courts. Câest lâidĂ©e que jâavais quand jâai fait ce papier Ă lâĂ©poque mais je nâai pas lâimpression que quiconque se soit lancer. Il nây a quâaux Etais-Unis quâon commence Ă voir apparaitre des gĂ©ants de la diffusion sur internet comme Netflix. Il faut un modĂšle Ă©conomique trĂšs travaillĂ©.
Beaucoup de films dâanimation se tournent vers des plateformes de financement participatif. Chez CroqâAnime, nous avons dĂ©veloppĂ© un financement participatif sur le site Ulule, nous avons dĂ©jĂ 31%. Pourquoi le domaine quâest le film dâanimation a autant de difficultĂ©s Ă rĂ©colter des fonds que ce soit pour rĂ©aliser ou pour diffuser des films ?
Câest un secteur oĂč ce nâest pas toujours facile de trouver de lâargent et tout dĂ©pend de quel film on veut produire. La fabrication en animation coute plus chĂšre quâun film en prise de vue rĂ©elle parce que ça demande plus de travail, plus de main dâĆuvre, etc. alors ce nâest pas Ă©vident de trouver de lâargent en France dâautant quâil nây a pas de gros studios qui peuvent absorber la masse de travail nĂ©cessaire. De plus, les distributeurs de films dâanimation on les compte sur les doigts de la main. Ăa coute trĂšs cher en distribution parce que la compĂ©tition amĂ©ricaine est soutenue par des studios qui ont lâargent pour Ă©craser la concurrence du point de vue marketing et publicitaire. Pour pouvoir faire face, il faut vraiment beaucoup dâargent. Par exemple, Didier Brunner des Armateurs est un producteur reconnu car il a lancĂ© Michel Ocelot, Les Triplettes de Belleville, et a produit Ernest et CĂ©lestine. Jusque-lĂ il travaillait avec GBK et il y a eu un moment ou GBK nâa pas pu sâaligner parce que le producteur veut rĂ©duire son risque et sâassure que le distributeur avec lequel il va travailler pour pouvoir avoir une force de marketing et publicitaire suffisante. Du coup, en France il y en a trĂšs peu qui font appel au financement participatif au niveau de la diffusion.
Jâavais fait un papier sur le financement participatif cette annĂ©e aprĂšs Annecy ou on mâa expliquĂ© qu'un rĂ©alisateur en compĂ©tition avait Ă©tĂ© financĂ© en partie par Kickstarter. Ce site internet amĂ©ricain fonctionne parce que câest de la niche et que le monde de lâanimation est une bonne communautĂ©. Toutes les campagnes ne marchent pas mais dĂšs lors quâon sâadresse Ă une niche ou une communautĂ© soudĂ©e, bien animĂ©e et motivĂ©e ça fonctionne parfaitement. Je pense que câest les mĂȘmes problĂ©matiques que pour le cinĂ©ma en prise de vue rĂ©elle.
Est-ce un bon moyen de sensibiliser les spectateurs au film dâanimation que de mĂ©langer la prise de vue rĂ©elle et lâanimation comme dans Le congrĂšs dâAri Folman ? Comme vous lâavez dit dans lâun de vos articles, est-ce une bonne idĂ©e pour essayer dâeffacer les frontiĂšres entre ces deux genres et ainsi dĂ©montrer ou montrer que le film dâanimation est aussi du cinĂ©ma ?
Lâanimation prend plus de libertĂ© que les films en prise de vue rĂ©elle. Quâen pensez-vous ?
Jâai lâimpression quâil y a une inventivitĂ© folle quâon retrouve rarement dans le cinĂ©ma en prise de vue rĂ©elle. Câest difficile de faire des gĂ©nĂ©ralitĂ©s parce le cinĂ©ma en prise de vue rĂ©elle et le cinĂ©ma dâanimation ont tellement de choses diffĂ©rentes. En plus, on ne peut pas tout voir mais je trouve que dans lâanimation, il y a des choses qui sont Ă couper le souffle du point de vue formel et du fond. Câest trĂšs intelligent, drĂŽle et intĂ©ressant. Le court mĂ©trage de Chris Landreth est scotchant.
Cette annĂ©e, pour la premiĂšre fois, lors du festival, nous allons dĂ©cerner un prix musique. Pensez-vous que la musique ait une place vraiment importante dans les films dâanimation ?
Jây fais attention bien sĂ»r. Dans le cinĂ©ma dâanimation, je concentre mon attention sur les images, les techniques, le fond. La musique est lâun des Ă©lĂ©ments mais je nây fais pas plus ou moins attention quâun film en prise de vue rĂ©elle. Elle a tout de mĂȘme une place importante parce que parfois il y a des films dâanimation complĂ©tement muets. Par exemple, dans Paperman de Disney il y avait une musique trĂšs belle malgrĂ© le fait que le film est complĂštement muet. La musique est presque comme un personnage. Il y a quelques films dâanimation qui sont aussi des comĂ©dies musicales, le chef dâĆuvre câest quand mĂȘme LâEtrange NoĂ«l de monsieur Jack. Les musiques de Danny Elfman sont sublimes. Les Noces funĂšbres aussi Ă©taient trĂšs belles. Dans Coraline il y avait aussi trĂšs belles musiques et plein de parties musicales.
Jâai eu la chance juste aprĂšs Annecy dâaller chez Disney, Ă Los Angeles. On y Ă©tait allĂ© pour la ressortie en DVD du Livre de la Jungle et de la Petite SirĂšne qui vont ressortir Ă la rentrĂ©e. Ils ont fait venir Richard Sherman qui est compose avec son frĂšre, un duo de compositeurs et de musiques de films. Ils ont bossĂ© pour Disney pendant environ 15 ans et ils ont composĂ© une quantitĂ© de musiques de film Disney comme Mary Poppins. Il nous a fait un petit rĂ©cital des chansons du Livre de la Jungle â sauf « Il en faut peu pour ĂȘtre heureux, la seule quâil nâa pas Ă©crite â câĂ©tait chouette ! Mais câest lui qui a composĂ© cet air atroce quâest Itâs a small world after all. Il nous a chantĂ© ça, câest un truc qui colle Ă la tĂȘte toute la journĂ©e. Hormis ça, on se rend plus compte de lâimportance de la musique et des chansons.
LâannĂ©e derniĂšre, vous ĂȘtes allĂ© Ă la Japan Expo. Aimez-vous les mangas tels que Naruto ou encore One piece ? Quelles sont les grandes diffĂ©rences que vous ressentez entrer la culture nippone et la culture occidentale ?
Je ne suis pas un grand lecteur de mangas. Jâavais beaucoup de prĂ©jugĂ© sur les mangas parce que ça restait des feuilletons en sĂ©rie, un peu industriel, pas trĂšs intĂ©ressant. Cependant, jây suis venu via Taniguchi, qui fait une forme de manga, de roman graphique manga. Les diffĂ©rences de gouts du public entre les deux pays se trouvent dans les Ćuvres pour lesquelles il est connu en France et au Japon : ce nâest pas les mĂȘmes ! Jây suis venu aussi avec Miyazaki, qui fait de trĂšs beaux mangas notamment NausicaĂ€. Egalement par mes neveux qui mâont prĂȘtĂ©s One piece. Jâen ai lu 2-3, je me suis assez vite lassĂ© mais au dĂ©but jâai trouvĂ© ça trĂšs rigolo. Je suis pas du tout convaincu par le graphisme, que je trouve, en gĂ©nĂ©ral, assez laid sauf Taniguchi ou Miyazaki. Jâai lu par exemple, Les Gouttes de Dieu, cette sĂ©rie sur le vin, qui a Ă©normĂ©ment de succĂšs au Japon et en France. Câest assez connu et câest trĂšs marrant. Donc de cette sĂ©rie, jâen ai lu 3-4. Et lĂ je suis en train de lire une sĂ©rie trĂšs rigolote qui sâappelle Thermae Romae qui a un succĂšs dĂ©lirant au Japon. Câest lâhistoire dâun romain de lâempire romain, qui se retrouve projeter dans des faillesspatiaux temporelles, dans des bains publics du Japon moderne.
Pour les diffĂ©rences, ça se remarque tout de suite quand on arrive au Japon. On est sur une autre planĂšte. La sĂ©rie Thermae Romae est rigolote parce que justement on voit les diffĂ©rences et Ă la fois les ressemblances. Câest uniquement sur les bains, mais câest cette recette qui plait aux enfants parce que câest toujours des histoires initiatiques, un adolescent qui nâest pas comme les autres, qui est un peu cancre et qui sâen sort. LĂ -dessous, il y a aussi des codes moraux qui sont effectivement trĂšs diffĂ©rents avec un refus souvent du manichĂ©isme. Etonnement, câest ce que jâai dĂ©couvert avec Ghibli, câest des univers beaucoup plus ambigus que ceux en Occident. Les gentils et les mĂ©chants ce sont des affrontements de logique. Dans Princesse MononokĂ© de Miyazaki, ça mâavait vraiment frappĂ©. Câest-Ă -dire que le mĂ©chant nâest pas vraiment mĂ©chant, il peut ĂȘtre aussi gentil. Ca amĂšne Ă la rĂ©flexion et câest trĂšs liĂ© Ă la culture nippone avec le yin et le yang, avec ce cĂŽtĂ© quâon en nous un peu des deux. Faut savoir ĂȘtre un peu moins moraliste.
En étant un journaliste « culturoweb », vous pensez que le support digital dépasse ou va dépasser le support physique ?
Câest une vaste question ! Il y a plein de thĂ©ories lĂ -dessus. De mon point de vue, je pense que les deux supports sont complĂ©mentaires et que le papier a encore de longs jours devant lui dĂšs lors quâon est un peu plus attentif aux attentes du lectorat et publier des choses sur le net sans avoir la volontĂ© de faire du clic avant tout. Je pense que le papier continue Ă exister sous des formes diffĂ©rentes et que le web va se dĂ©velopper mais en Ă©voluant diffĂ©remment parce quâil y a des sites qui sont trop des copies conformes de ce quâon trouve sur le papier et qui ne sont pas passionnantes. Je pense quâil y a une rĂ©ponse adaptĂ©e pour chaque journal en fonction de son public. Nous, on a un lectorat qui est relativement aisĂ© et donc du coup qui acceptent de payer pour nous lire en papier et maintenant de plus en plus en numĂ©rique. Il y a toujours une vigilance extrĂȘme Ă lâĂ©gard du gratuit chez nous comme on a un lectorat qui reste limitĂ© les revenus publicitaires ne sont pas Ă©normes. Il faut trouver un modĂšle, ce qui fonctionne câest la niche encore une fois. Dans tous les cas, le papier va continuer dâune façon ou dâune autre. Jâen suis persuadĂ©. AprĂšs peut ĂȘtre quâon passera Ă des supports diffĂ©rents Ă des tablettes souples ou du papier Ă encre Ă©lectronique. Je nâai pas dâattachement viscĂ©ral au papier ni dâadmiration bĂ©ate pour le web mĂȘme si câest un mĂ©dium gĂ©nial, qui offre â tout comme lâanimation â plein de possibilitĂ©s, beaucoup plus quâil ne lâest maintenant. Du coup câest lâoccasion de sâinterroger sur nos pratiques journalistiques mais je nâai pas du tout la solution !
Vous ĂȘtes Ă©galement critique de cinĂ©ma, Comment avez-vous aiguisez votre sens de la critique ? Par tous les films que vous avez visionnĂ©s ou par quelquâun qui vous a inspirĂ© ?
Jâai toujours aimĂ© le cinĂ©ma, câest ma grand-mĂšre qui mâa initiĂ©. AprĂšs jâai lu Les Cahiers du cinĂ©ma pendant 10 ans, ça mâa appris Ă regarder un peu diffĂ©remment les films surtout du point de vue formel. AprĂšs pendant mes Ă©tudes Ă Sciences Po, jâai choisi tous les cours possibles et inimaginables en rapport avec le cinĂ©ma. Du coup, jâai Ă©crit quelques papiers pour former mon point de vue critique. Câest Ă La Croix que jâai vraiment Ă©crit. Arnaud Schwartz, qui dirige la rubrique, mâa beaucoup guidĂ© parce quâĂ©crire des critiques cinĂ©ma Ă La Croix câest un peu particulier car dĂšs quâon touche des sujets qui sâapprochent du sensible il faut savoir dire les choses en prenant toutes les prĂ©cautions dâusage pour ĂȘtre que le lecteur ne puisse pas reprocher dâĂȘtre allĂ© voir un film quâil trouve rĂ©prĂ©hensible du point de vue moral ou du point de vue de la violence, etc. Ce nâest pas de lâauto censure mais une façon de dire les choses diffĂ©remment.
AprĂšs je lis mes collĂšges, les Cahiers du cinĂ©ma, parfois Positif et puis je lis la presse cinĂ©ma quotidienne. Je vais voir des films pour le journal : de lâanimation, des blockbusters, des grosses productions hollywoodiennes â câest un cinĂ©ma qui mâamuse et que je trouve intĂ©ressant.
Avez-vous un message pour CroqâAnime ?
Restez motivĂ©s comme vous ĂȘtes ! Je trouve que vous avez une sĂ©lection de films intĂ©ressante Ă chaque fois. Câest gratuit et donc super parce que câest typiquement le genre dâĂ©vĂšnements qui peut permettre au grand public de voir de lâanimation quâon ne peut voir quâen festivals, souvent payants. En plus, ça permet de sensibiliser les gens aux courts mĂ©trages, choses que lâon voit peu dâhabitude !
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