Deux ans, quatre mois, trois jours et onze minutes.
[ Ă M. ]
Il y a deux ans, quatre mois, trois jours et onze minutes, je ne savais pas que les secondes, les minutes, les heures, pouvaient ĂȘtre offertes. Je ne savais pas non plus que le temps ne se perd pas, qu'il ne fait que nous apprendre et nous faire grandir. Je ne savais Ă quel point le prĂ©sent portait aussi bien son nom.
Je ne savais pas qu'on pouvait commencer une journĂ©e en Ă©clatant de rire puis la terminer en pĂ©tillant de joie, entre les deux ĂȘtre sans cesse Ă©claboussĂ©e de bonheur, et sâendormir dans le creux dâun corps qui semble avoir Ă©tĂ© fait pour soi.Â
Je ne savais pas que le temps pouvait parfois se suspendre, que les heures pouvaient passer comme des minutes et les minutes devenir des secondes. Je ne savais pas Ă quel point j'allais aimer ces rendez-vous hebdomadaires et ces trajets en train oĂč la distance s'effrite tout doucement. Je ne savais pas que jâaurais pu attendre toute une semaine avec dĂ©lice de pouvoir t'embrasser.
Il y a deux ans, quatre mois, trois jours et onze minutes, personne ne m'avait vraiment vue, ou seulement ce que j'avais bien voulu montrer. On ne m'avait jamais mise face Ă moi-mĂȘme ni fait enlever le voile que j'avais devant les yeux. On m'avait laissĂ©e me complaire dans mes illusions, me rendant sourde, muette et aveugle Ă la rĂ©alitĂ©. Aujourd'hui, ce que je vois et ce que j'entends ne me plaĂźt pas toujours mais je sais que c'est rĂ©el, et que si j'y mettais un peu plus du mien, c'en serait bientĂŽt fini de tous ces mirages.
Il y a deux ans, quatre mois, trois jours et onze minutes, je ne savais pas qu'on pouvait sentir l'amour monter comme une vague en regardant simplement quelqu'un dormir, ni le bonheur vous submerger soudainement, comme ça, pour un tout petit rien, pour un sourire que tu m'aurais rendu ou ta main sâĂ©garant dans mes cheveux.
Je ne savais pas que le dĂ©sir qu'on peut avoir pour quelqu'un pouvait ĂȘtre constant, qu'on pouvait ressentir toute l'Ă©lectricitĂ© contenue dans l'air dans l'effleurement de la peau de l'autre, dans la tendresse d'une caresse et la douceur d'un baiser.
Je ne savais pas qu'on pouvait voyager sans bouger dâun iota, qu'on pouvait aller au bout du monde simplement en Ă©coutant une voix nous raconter avec nostalgie les endroits oĂč elle est allĂ©e.
Il y a deux ans, quatre mois, trois jours et onze minutes, je ne savais qu'on pouvait aimer sans dire je t'aime à tout va, que les sentiments ne s'expriment pas seulement avec des mots. Je ne savais pas que je pouvais les contenir pour mieux les démontrer, maladroitement certes, mais avec tout autant d'intensité.
Je ne savais pas qu'au lieu de pleurer sur mon sort, je pouvais voir les mauvaises choses qui me sont arrivĂ©es comme de bonnes choses, qu'elles pouvaient ĂȘtre une occasion pour moi de grandir, de m'accomplir et de devenir celle que je suis vraiment.
Il y a deux ans, quatre mois, trois jours et onze minutes, je savais dĂ©jĂ qu'on pouvait se perdre dans un regard. Aujourd'hui je sais qu'on peut soi-mĂȘme s'y retrouver et aimer la personne qu'on y voit, comme un reflet qui ne mentirait pas.
Je ne savais pas que la vĂ©ritĂ©, aussi cruelle, douloureuse et gĂȘnante soit-elle, pouvait ĂȘtre un cadeau, un dĂ©part, un recommencement et qu'elle, elle seule, compte vraiment.
Je ne savais pas qu'on pouvait voir l'autre ressentir et vivre les choses diffĂ©remment de nous, et en apprendre davantage sur soi-mĂȘme.
Il y a deux ans, quatre mois, trois jours et onze minutes, je ne savais pas que tu allais compter pour moi, que tu mettrais du baume sur mes petits et mes gros bobos intĂ©rieurs, et de la couleur dans mon quotidien. Je ne savais pas que tu allais me rendre mes forces et me donner encore plus l'envie d'aller en avant et de toucher Ă mon but. Je ne savais pas que je m'en ferai pour toi, que j'aurais eu lâenvie irrĂ©pressible et profonde que tu rĂ©alises ton rĂȘve, qu'on t'entende et qu'on t'Ă©coute, qu'on te considĂšre, qu'on t'estime et qu'on admette haut et fort que tu as de l'or dans les doigts.
Il y a deux ans, quatre mois, trois jours et dix minutes, je ne te connaissais pas, ou tellement peu. Je ne connaissais pas tes contours, ni ton regard, ni la forme de tes mains.
Je ne savais pas que tu allais remettre ma vie sur le bon orbite, semer des cailloux non pas derriĂšre tes pas, mais devant les miens, pour que je me retrouve, pour ne pas que je ne me perde de vue.Â
Tu auras mis deux ans, quatre mois, trois jours et onze minutes  pour te faire malgrĂ© toi, ta petite place dans mon cĆur. La formulation est naĂŻve et quelque peu niaise, mais tellement vraie.
Et je suis tombĂ©e en amour pour toi Ă la minute oĂč j'ai terminĂ© d'Ă©crire ces lignes. En dĂ©pit de toi, de moi, des autres.Â
Il y a deux ans, quatre mois, trois jours et onze minutes, comme au jour d'aujourd'hui, je ne sais pas plus que toi ce qu'est l'amour, le vrai. Mais comme disait la chanson, ça y ressemble. Ăa m'aura poussĂ© Ă te dĂ©voiler ces mots, en tout cas.
[BohoxIndigo]
Ecrit Ă©coutant lâalbum âDown The Wayâ dâAngus et Julia Stone










