Billie Jean : dans les coulisses du mix parfait de Michael Jackson
Derrière un morceau qui semble évident se cachent parfois des heures de travail, d'écoute et de décisions.
Lorsque Michael Jackson enregistre Billie Jean pour Thriller, il ne cherche pas simplement à faire une bonne chanson. Avec Quincy Jones, Bruce Swedien et les différents musiciens présents autour du projet, il construit progressivement un morceau dont chaque élément sonore va compter.
Et l'une des histoires les plus fascinantes se trouve justement derrière la console de mixage.
Une chanson pensée jusque dans les moindres détails
Billie Jean repose sur une production particulièrement dépouillée : une ligne de basse immédiatement reconnaissable, une batterie très présente, des éléments de synthétiseur de la voix de Michael Jackson.
Les sources consacrées à la production du morceau montrent notamment que plusieurs couches sonores participent à cette impression de simplicité. Le son de synthétiseur associé aux accords de Billie Jean a notamment été construit autour du Yamaha CS-80, avec plusieurs éléments superposés. (MusicRadar)
C'est justement ce qui rend le morceau intéressant : beaucoup de choses sont présentes, mais elles sont suffisamment maîtrisées pour que l'ensemble paraisse presque évidement à l'écoute.
91 mixes pour un seul morceau
C'est probablement l'anecdote la plus impressionnante racontée par Bruce Swedien.
Dans une interview accordée à Tape Op, l'ingénieur du son explique qu'il a réalisé 91 mixes de "Billie Jean". Michael Jackson et lui travaillaient alors sur le morceau lorsqu'ils ont finalement demandé à Quincy Jones de venir écouter leur travail.
Quincy écoute le mix numéro 91.
Puis il demande à entendre... le mix numéro 2.
"91 mixes... et c'est finalement le mix n°2 qui a été retenu."
Swedien raconte qu'après l'écoute, le deuxième mix s'est révélé supérieur au 91e.
Et c'est finalement le mix 2 qui a été utilisé sur le disque. (TapeOp)
Cette histoire résume assez bien le niveau de minutie qui pouvait accompagner la fabrication d'un disque comme Thriller.
Le dernier essai n'est pas nécessairement le meilleur.
Parfois, la bonne version était déjà là depuis le début.
Bruce Swedien n'était pas simple chargé de "faire sonner" les chansons.
Son approche du son était extrêmement précise. Dans la même interview, il explique notamment qu'à l'époque de l'enregistrement analogique, il cherchait à éviter que les lectures répétées de la bande originale ne dégradent certaines qualités du son.
Pour les séances de Thriller, il réalisait donc une copie de travail à partir du master et utilisait cette copie pour les overdubs, afin de préserver la bande originale jusq'au mix final.
Il cite précisément Thriller et Billie Jean lorsqu'il explique cette méthode. (Tape Op)
Aujourd'hui, cette histoire peut sembler très éloignée de notre manière de travailler avec des fichiers numériques. Mais au début des années 1980, la bande analogique faisait partie intégrante du processus de création.
Et pour un morceau aussi travaillé que Billie Jean, chaque détail comptait.
Un son de synthétiseur devenu immédiatement reconnaissable
Le fameux son de synthétiseur de Billie Jean possède lui aussi sa propre histoire.
Bill Wolfer, musicien et collaborateur de Michael Jackson, a expliqué à MusicRadar qu'il avait joué les accords du CS-80 sur la démo de Billie Jean puis sur la version destinée à l'album.
Selon son témoignage, Michael avait découvert un son que Wolfer expérimentait avec un Yamaha CS-80 pendant la tournée Triumph de 1981. Michael lui aurait ensuite demandé de retrouver cette sonorité pour Billie Jean. (MusicRadar)
Wolfer décrit un son combinant notamment des caractéristiques de cordes et de cuivres, avec une qualité presque vocale.
Mais il existe une nuance importante : les souvenirs des différents musiciens concernant les parties de synthétiseur ne concordent pas parfaitement.
C'est justement pour cette raison qu'il faut être prudent avec les récits qui circulent des décennies après les séances.
Quand les souvenirs se croisent
C'est un point que nous trouvons particulièrement intéressant.
L'histoire de Billie Jean n'est pas composée uniquement de faits parfaitement documentés dans une feuille de route unique.
Certains détails sont racontés différemment selon les personnes interrogées.
MusicRadar rapporte notamment que Michael Boddicker avait donné une version différente concernant les parties de CS-80, version contestée ensuite par Bill Wolfer. (MusicRadar)
Plutôt que de choisir arbitrairement un récit et de présenter l'autre comme faux, il est plus honnête de dire qu'il existe des témoigagnes contradictoires.
C'est aussi ça, faire de l'archive sérieusement : savoir distinguer ce qui est établi de ce qui relève du souvenir.
Lorsque l'on écoute Billie Jean, on entend quelques minutes de musique.
Mais derrière ces quelques minutes se trouvent des choix, des essais, des discussions et énormément de travail.
Michael Jackson, Quincy Jones, Bruce Swedien et les musiciens impliqués ont construit un morceau dans lequel chaque élément devait trouver sa place.
Et l'histoire des 91 mixes en est probablement le meilleur symbole.
Le mixe numéro 91 n'était pas celui qui allait rester.
Le numéro 2, lui, allait devenir celui que des millions de personnes entendraient.
Voilà peut-être ce qui se cache réellement au-delà du Moonwalk : la quantité de travail invisible derrière quelques minutes qui, elles, semblent parfaitement naturelles.
Tape Op Magazine - Bruce Swedien : Michael Jackson, Quincy Jones, Count Basie : interview de première main de l'ingénieur du son.
MusicRadar - Bill Wolfer et le son de "Billie Jean" : témoignage de Bill Wolfer sur les synthétiseurs et la production du morceau.
MusicRadar - The synth sounds of Michael Jackson's Thriller : éléments techniques complémentaires sur les sons de Billie Jean.
MusicRadar - The making of Billie Jean : contexte complémentaire sur la création et l'impact du morceau.