25 moments qui vous obligent à voir (et revoir) The Avengers.
Devrais-je avoir honte? Après avoir vu The Avengers trois fois, j’ai réalisé que j’aime absolument tout de ce film, et qu’une critique ne pouvait pas se prétendre minimalement objective, même sous le couvert d’un enthousiasme évident. Au lieu de cela, je vous propose une liste : 25 moments qui vous obligent de revoir The Avengers.
1. The Hulk qui donne un coup de poing à Thor après avoir fait tomber un extraterrestre géant.
2. The Hulk qui réveille Iron Man.
3. Captain America qui dit à Hulk de « smash »
4. Hulk qui donne une petite raclée au méchant dieu Loki.
5. Thor qui dit que les humains sont « insignifiants et petits »
6. Le membre de l’équipage de S.H.I.E.L.D qui joue à Backgamon.
7. Captain America qui dévie une grenade dans le vide, épargnant Iron Man, pendant l’attaque sur le vaisseau de S.H.I.E.L.D
8. La séquence de « torture » de Natasha Romanoff.
9. Le moment où un policier autrefois sceptique obéit aux ordres de Captain America.
10. Iron Man qui arrive en Allemagne avec du « Iron Man » dans le tapis.
11. Phil Coulson qui découvre comment utiliser une arme à feu spéciale.
12. Tony Stark qui pique Bruce Banner.
13. Bruce Banner, nu, répond distraitement aux questions d’un garde de sécurité curieux.
14. Le sacrifice spatial d’Iron Man.
15. Thor saigne après un coup de Hulk et lui donne un solide coup de Mjolnir dans le visage.
16. « Tout ceci est horrible », constate Bruce Banner, arrivant dans les débris de New York sur une petite moto.
17. Bruce Banner dévoile son secret.
18. Captain America, contrairement à Thor, comprend une référence au Magicien d’Oz.
19. Hulk saute sur la coque d’un avion de chasse contrôlé par un pilote surpris.
20. La bombe à retardement qu’attrape Loki en plein vol, gracieuseté d’un gentil Hawkeye.
21. La chicane de superhéros sur le vaisseau du S.H.I.E.L.D tandis qu’un méchant Hawkeye prépare son attaque.
22. Le marteau de Mjolnir qui frappe le bouclier de Captain America.
23. Captain America, en parlant de Loki, un dieu, avec Natasha Romanoff : « Y a un seul Dieu, madame, et je suis sûr qu’il ne s’habille pas comme ça ».
24. Phil Coulson qui avoue à Captain America qu’il l’a regardé pendant qu’il dormait. Oups, non, qu’il l’observait pendant qu’il était inconscient.
25. La serveuse à la fin qui remercie chaleureusement Captain America, elle me fait pleurer à chaque fois.
Après un passage à Hot Docs le printemps dernier et un triomphe au Festival de cinéma de la ville de Québec (récompensé de deux prix; soit le meilleur premier film et le prix du public), El Huaso sort maintenant à Montréal, au cinéma Ex-Centris.
Carlo Guillermo Proto signe ici son premier documentaire en s’attaquant à un sujet des plus personnels : Son père.
Gustavo Guillermo Proto, retraité Torontois d’origine chilienne, souffre d’anxiété et de troubles de mémoire. Sa mère ayant souffert d’Alzheimer, Gustavo ne sait que trop bien ce qui s’en vient pour lui et se refuse à l’idée de devenir un poids pour sa famille. Ouvertement, il discute avec ses proches de son désir de mourir avec dignité. Son propre père s’était suicidé quand il était adolescent, il veut que les siens soient préparés plus que lui ne l’était à l’époque, conscient des raisons qui motiveront son geste et prêts à lui dire adieu. Mais avant de prendre une décision, entre deux rendez-vous médicaux, Gustavo part pour le Chili accomplir un rêve d’enfance et compétitioner comme « Huaso » dans un rodéo.
Se partageant entre Toronto, Montréal et le Chili, El Huaso est une œuvre intime, touchante, qui se questionne sur le droit pour un homme de choisir sa mort mais aussi sur la vie d’une famille dont le patriarche ne cède que trop régulièrement à la mélancolie.
Gustavo croit en sa cause et laisse son fils le filmer sans retenue, participant généreusement au film sans rien cacher. Carlo, lui, n’hésite pas à se mettre en scène et à dialoguer avec ce père qui n’entend pas d’autre logique que la sienne.
Un film qui, malheureusement, s’étire parfois un peu et aurait pu gagner à un brin plus de concision, mais qui, au final, fascine et même surprend.
Looper, de Rian Johnson : Science-fiction-spaghetti
Comment être original? Le cinéma n’a même pas 150 ans, et pourtant, chaque semaine, alors que nombre de films anonymes se ramassent à la pelle sur nos écrans, la question semble se poser avec encore plus d’acuité. Comment faire neuf? Comment ne pas redire, refaire, répéter? Comment trouver son ton?
Ces questions en tête (et on parie un gros dix sous qu’elles font sérieusement cauchemarder un nombre croissant de scénaristes et de réalisateurs), il faut sûrement être un peu fou, ou inconscient, pour décider de s’attaquer au genre maudit de la science-fiction, et à son thème favori : le voyage dans le temps. Maudit, car rien ne semble plus difficile que de réussir à s’y distinguer, dans cette science-fiction sur-visitée, à y apporter sa touche personnelle, son petit quelque chose à soi qui fera la différence. Les grands sont déjà passés par là (Marker, Kubrick, Gilliam…), ayant balisé le chemin que trop de tâcherons ont depuis arpenté sans y planter la moindre nouvelle pousse.
Pourtant, c’est bien cette route, cabossée par tant de passages miteux, que Rian Johnson (Brick, The Brothers Bloom) le courageux s’est mis en tête d’emprunter avec son Looper, choisi avec audace par le dernier Festival de Toronto comme bouchée apéritive. Une route sur laquelle il conduit alors à toute allure, empruntant parfois quelques détours longuets, mais qu’il maîtrise en faisant de la simplicité de sa conduite sa meilleure alliée.
Simplicité, car son Looper ne fait, narrativement parlant, ni dans l’esbroufe, ni dans l’épate-chaland. Un tueur à gages, en 2044, chargé d’éliminer des témoins jugés gênants par la Mafia et que cette dernière lui envoie depuis 2074 (oui, en 2074, les voyages dans le temps existeront, mais seront illégaux, seule la Mafia s’en servira, c’est comme ça, autant s’y habituer tout de suite). Mais, comme dans tout bon film de science-fiction, le paradoxe spatio-temporel doit être exposé pour pouvoir boucler la boucle, et notre pauvre Joe, looper de son état, devra bientôt assassiner… une version de lui-même de 30 ans de plus. Peut-on se sauver de soi-même? Pas de quoi se casser les méninges, Looper ne cherche pas à se croire plus malin que son spectateur et c’est très bien comme ça.
Là où ce film étrange, novateur et reconnaissable en même temps, réussit par contre à surprendre est dans l’audacieux changement de décor qu’il offre au genre. Finies les villes futuristes éclairées au néon bleu, les gadgets sur-sophistiqués, les fantasmes en plastique de petits garçons bercés à Star Wars. Bonjour, le réalisme crasseux de la campagne texane, entre champs de maïs à perte de vue et petite ferme isolée, où ces aventures au futur antérieur viendront faire gicler le sang (et il giclera, soyez prévenus). Entre la stylisation sexy inhérente au genre et le naturalisme campagnard, entre un hier fantasmé et un demain effrayant, Johnson invente une sorte de science-fiction-spaghetti franchement rafraîchissante, réellement originale.
Mais s’il le fait, c’est aussi en rendant hommage, sincère et senti, aux grands qui l’ont précédé. Parce que Rian Johnson, qui connaît visiblement son petit cinéma de genre sur le bout des doigts (dans Brick, tout le grand film noir et en particulier The Maltese Falcon y passait), est aussi un amoureux, un vrai, du cinéma. Cela se voit, cela se sent, cela fait du bien. Twelve Monkeys (Joseph Gordon-Levitt ayant pris la place de Pitt auprès de Bruce Willis), Matrix, Panic Room, The Sixth Sense, Children of Men, un ou deux films de yakuzas… les flashs sont nombreux, et évocateurs. Mais c’est aussi par ses « grandes » références que Looper épate. Un peu comme si Rian Johnson était le fils caché de Spielberg (l’enfance, le « normal » percuté par le surnaturel, la relation aux parents : de Close Encounters of the Third Kind à War of the Worlds, l’ombre de tonton Steven plane) et de Terrence Malick (impossible de ne pas penser à la Sissy Spacek de Badlands en voyant Emily Blunt sur le porche de sa maison, le fusil sur l’épaule) qui aurait grandi, un poster du James Dean de Giant collé dans sa chambre.
Un film de science-fiction qui ne s’emmêle pas les pinceaux dans ses propres théories fumeuses, qui rend hommage sans lécher les bottes et qui confirme les espoirs placés en un jeune réalisateur aux idées simples et originales. Voilà en effet qui boucle la boucle.
Critique de Helen Faradji.
Looper est en salles partout au Canada dès le 28 septembre.
Anaïs Barbeau-Lavalette a beaucoup voyagé au Moyen-Orient, que ce soit pour aller y apprendre l’arabe et étudier les sciences politiques à Birzeit ou pour tourner le documentaire Se souvenir des cendres sur le plateau d’Incendies. Et voilà que celle qui fut un jour embrassée par Yasser Arafat sort Inch’ Allah, un film tout personnel, cumul d’une décennie de voyages en Palestine.
Chloé, une obstétricienne québécoise, vit en Israël. Tous les matins, elle passe la frontière pour aller travailler en Palestine. Tissant des amitiés avec des femmes des deux côtés du mur, Chloé se trouve déchirée par un conflit qui n’est pas le sien, piégée entre deux allégeances dans cette guerre de vengeance, naviguant de plus en plus difficilement entre ces deux mondes.
En Chloé, Évelyne Brochu porte le film sur ses fortes épaules avec beaucoup de courage et de fougue, mais aussi beaucoup de retenue. Celle que nous avions surtout remarqué avec son rôle dans Café de Flore vient décidément de s’imposer comme le talent à surveiller dans les prochaines années.
Courageuse, Anaïs Barbeau-Lavalette l’est aussi. Partie tourner en Jordanie en famille, son nouveau né sous le bras, Barbeau-Lavalette parle d’expérience et sait nous communiquer avec beaucoup de sensibilité son rapport avec la culture de là-bas. Un jour, un enfant est mort sous ses yeux à Ramallah, écrasé par une jeep israélienne. La réalisatrice ne l’oubliera jamais et se sert d’Inch’ Allah pour nous parler de son trouble, de sa colère, de ces deuils qui sont trop nombreux dans cette région.
Anaïs Barbeau-Lavalette et son interprète sont une belle équipe, la comédienne suivant les pas de sa réalisatrice, découvrant le Moyen-Orient un peu à travers ses yeux. Ensemble, elles font un film sensible et humain, empathique, qui ne cherche pas de coupables, qui est capable de franchir le mur sans porter d’accusations. Avec Chloé, nous connaissons la colère et l’indignation devant l’horreur de cette guerre, devant ces actes qui nous semblent injustifiables. Mais il est dur de prendre parti alors que les deux côtés de la médaille sont si justement dépeints…
Là où Incendies tablait sur l’épique, sur la tragédie à plus grande échelle, Inch’ Allah s’intéresse plutôt à l’intime, au drame plus privé des femmes Israéliennes et Palestiniennes, leur donnant une voix peut-être trop rarement entendue. Elles sont mères, elles sont femmes, elles gagnent leur vie comme elles le peuvent… Et les chances de se rebeller se font trop rares, se font trop minces, sont trop risquées.
On tourne aussi la caméra vers ces enfants qui grandissent trop vite, à ces hommes qui sont impuissants à protéger les leurs, à ces familles brisées à jamais. L’envie est forte de fermer les yeux, de s’évader, on voudrait que Chloé rentre à la maison. Mais comment retourner dans son confort, tourner le dos au malheur et faire semblant qu’on ne sait pas ce qui se passe là-bas? Chloé fait le choix de faire partie de ce monde qui a besoin d’elle mais pour qui, en même temps, elle ne peut pas faire grand-chose.
On peut toutefois questionner certaines psychologies de personnage, ne pas être parfaitement convaincu par l’enchainement des évènements, par les méandres du scénario qui tire un peu sur de grosses ficelles. Mais qu’on achète ou pas, le tout s’avère puissant.
Barbeau-Lavalette offre une réalisation sobre mais sensible, qui, surtout, atteint à mi-parcours un état de grâce, avec une scène d’accouchement tout simplement parfaite.
Le formation humoristique Picnicface s'est lancée le défi de réaliser un long métrage, après leurs nombreuses vidéos à succès sur Youtube. Après le très populaire “Powerthirst” (qui est devenue une réelle boisson énergisante) et des délires hilarants comme “Cash Money Monsters” et “The Midlife Crisis”, les comiques d'Halifax ont commencé à produire des sketchs pour The Comedy Network et College Humour. Ils ont ensuite visé nos grands écrans, et ont débuté le financement, en 2010, du long métrage Rollertown, une comédie déjantée située dans les années 60 en pleine gloire du Disco.
Léo (Mark Little) est un jeune patineur talentueux, mais il est incapable de rentrer dans l'académie de patins à roues alignées, une académie prestigieuse à laquelle les riches ont aisément accèes, comme Julia (l'adorable Kayla Lorette), de qui il tombe amoureux dès le premier regard, et son copain Davis (Scott Vrooman), son rival riche et particulièrement pathétique.
Les jeunes de la ville s'amusent tous à Rollertown, en dégustant les hot dogs gratuits que distribue le gros DJ sur la piste de danse, mais leur établissement préféré risque de se transformer en arcade suite aux ambitions de Gregs (George Basil), un mafieux proche du maire de la ville, père de Julia.
Il existe une cruelle ironie dans cette oeuvre comique: tandis qu'elle est l'initative d'un groupe de jeunes talentueux, c'est surtout le comédien Pat Thornton, plus âgé, non affilié au groupe, qui brille et vole la vedette dans le rôle de Beef, le garde du corps incompétent de Gregs. Il a un impeccable sens de la livraison et du faciès ridicule. L'autre vedette est Brian MacQuarrie dans le rôle du grand-père un peu trop enthousiaste par rapport aux ceintures. Certes, Mark Little, qui interprète Leo, joue parfaitement le jeune innocent un peu niais et charmant. La plupart des personnages qu'on retrouve dans le film, comme Léo, sont des ajouts hilarants dans une petite vidéo de cinq minutes sur Internet. Dans un long métrage, ils s'essouflent, ou plutôt, deviennent un peu monotones.
En tant qu'admirateur de longue date de Picnicface, j'étais ravi et surpris de voir que leur initiative a porté fruit: cela a été pour eux un long travail de financement. Or, si j'apprécie le film avec la patience et la fierté d'un ami qui voit son copain finalement réaliser un rêve de longue date (en remarquant les références aux gags qu'on retrouve dans leurs vidéos), le cinéphile en moi est insatisfait par une trame narrative peu convaincante, une cinématographie ordinaire et un montage un peu lent, un peu inefficace. Habitués à des petits sprints qu'ils réussissent parfaitement sous forme de vidéos sur le web, ils n'ont pas le souffle nécessaire, avec les quelques blagues hilarantes ici et là, pour compléter le marathon qu'est un long métrage.
Nul doute que les membres de Picnicface possèdent du génie, mais ce génie ne se traduit pas nécessairement dans les salles de cinéma. Ils ont probablement tous le talent pour briller dans des projets de longue haleine d'autres créateurs, mais Picnicface est à son meilleur dans des courts sketchs sur Internet.
La torontoise Ruba Nada n’en est pas à ses premières armes. Après plusieurs courts-métrages, elle sort en 2000 et 2001 les longs-métrages indépendants I Always Come To You et Unsettled mais devra attendre à 2005, avec la sortie de son film Sabbah, pour commencer à être reconnue sur la scène cinématographique canadienne. En 2009, c’est la consécration : Cairo Time remporte le prix du meilleur film canadien au TIFF. Trois ans plus tard, Ruba Nada revient au festival des festivals pour la première d’Inescapable en grande soirée de gala, è peine deux semaines avant la sortie officielle de son film. Claudia Hébert a attrapé cette charmante et charismatique réalisatrice au vol, juste avant son passage sur le tapis rouge.
En quelques mots, qu’est ce qu’Inescapable?
Inescapable est l’histoire d’un homme arabe, maintenant Canadien, qui apprend que sa fille a été kidnappée à Damas. Il doit donc retourner dans son pays d’origine et la raison pourquoi il n’y est jamais revenu en 25 années est liée avec les raisons de la disparition de sa fille.
Comment avez-vous développé cette idée?
Je suis canadienne, née à Montréal, mes parents sont syriens, je suis donc arabe et nous avons vécu à Damas quelques années durant mon enfance et cette époque a vraiment laissé une forte empreinte en moi. Et donc, je ressentais le besoin de situer une histoire dans cette fascinante… brutale… et incroyable ville. J’ai commencé à écrire le scénario il y a six ans, alors que je voyageais avec mon premier film. J’étais au Moyen-Orient quand j’ai passé un coup de fil à la maison et mon père, qui n’était pas vraiment content de savoir que je voyageais seule, m’a dit : « Ne disparais pas… Ne me force pas à venir à ta rescousse ». Et moi de mon côté, je me suis dit «Oh! Mais quelle bonne idée… » Et alors j’ai commencé à écrire Cairo Time, Inescapable ainsi que mon prochain film, tous en même temps.
Mais voilà qui est très efficace!
Ouf… Bon, c’est une façon de voir ça!
Vous avez beaucoup tourné à l’étranger… Comment ça se passe?
Tourner à l’étranger est toujours très difficile. C’est plus cher, c’est plus compliqué… J’essaie toujours d’amener mon équipe canadienne avec moi mais… tu dois faire confiance à beaucoup d’étrangers, à beaucoup de différents producteurs… Tu es toujours en train de t’acclimater. J’ai vraiment hâte de revenir à la maison et de tourner en Amérique du Nord!
Il était impossible pour vous de tourner en Syrie… Ou êtes-vous allé?
J’ai un passeport syrien, il m’était donc absolument impossible de tourner là-bas! (NDLR : La réalisatrice est donc considérée comme Syrienne par les autorités du pays et non comme Canadienne. En cas de troubles pendant le tournage, l’ambassade canadienne ne pourrait rien pour elle). Nous avons cherché des lieux de tournage en Jordanie mais c’était encore trop dangereux, surtout avec l’arrivée du Printemps Arabe. Nous sommes donc allés à Johannesburg et… en tant que réalisatrice, je suis absolument obsédée par les détails et j’ai donc pris toutes les photos de mon enfance à Damas et je les ai répliquées dans absolument chacune des scènes, chacun des lieux de tournage, pour ne pas compromettre le visuel de mon film. J’avais une vision très claire de Damas… et donc j’ai triché… j’ai absolument tout triché!
Et vous avez tourné un thriller!
C’est intéressant car au moment d’écrire le scénario, je n’ai jamais vraiment pensé au genre… Je ne me suis jamais dit « Cairo Time est une romance, Inescapable est un thriller… ». Pour moi, tout vient des personnages, c’est toujours avec eux que j’aborde une histoire, et je suis donc devenue obsédée par cet homme et sa quête désespérée pour retrouver sa fille. Et c’était facile pour moi de me mettre à la place de cette personne et de me demander « Qu’est-ce que MOI je ferais? Jusqu’où j’irais pour sauver ma sœur? Ma nièce? Mon neveu…? » Et j’ai jeté absolument tout ça sur le papier et c’est seulement à la fin que j’ai eu la surprise : « Oh! Un thriller! Cool! »
Mais il est tout particulièrement rare de voir une femme aux commandes d’un thriller!
Je sais! Et ça me désole! Après Cairo Time, je recevais des tas de scénarios du même genre et je me disais « C’est ridicule! Je ne veux pas faire ça encore! ». Et donc, je pense que si je veux faire un film de science-fiction, ou un film sportif ou un thriller, et bien je vais devoir l’écrire moi-même! Je n’en étais pas vraiment consciente à l’époque, j’étais seulement poussée par mon obsession avec cette histoire… Mais inconsciemment, je pense que je savais que personne n’allait prendre un risque avec moi avec quelque chose du genre et que, en tant que femme, j’allais devoir m’en occuper moi-même… … malheureusement.
Vous avez écrit votre scénario bien avant l’arrivée du Printemps Arabe…
C’est amusant parce que pendant cinq ans, j’ai essayé de convaincre les gens des réalités de ce pays et je rencontrais beaucoup d’ignorance et me faisais répondre « Mais c’est où la Syrie? C’est en Europe? ». Et au cours de la dernière année et demi, j’ai réalisé que je devais absolument garder mon histoire avant le Printemps Arabe, car il n’y avait aucune façon pour moi de rester en phase au jour le jour avec le climat politique. J’ai donc décidé de situer mon film en janvier 2011 et d’en profiter pour offrir un peu de contexte sur ce qui ce passe là-bas, de mettre en lumière ce pays. Et aujourd’hui, beaucoup de gens me disent « Hé, savais tu qu’il y a toutes ces agences policières secrètes à Damas? » et je les rassure : « Oui; pas d’inquiétude, tout ça est dans le film! ».
C’est la deuxième fois que vous tourniez avec Alexander Siddig…
Je ne sais pas si vous avez déjà rencontré Alexander, mais c’est un être humain magnifique... J’ai écrit Cairo Time pour lui et lui ai donné le script d’Inescapable alors que nous tournions au Caire et lui ai demandé s’il voulait le rôle. Pour moi, il est un peu l’homme arabe quintessentielle. Il y a quelque chose avec lui de masculin, de posé et quelque chose de retenu dans ses performances qui pour moi, possède une certaine pureté d’esprit qui m’émerveille. Je l’aime tellement… Et ce rôle est pourtant si différent de celui qu’il interprétait dans Cairo Time!
Nous devons parler de Marisa Tomei…
Je sais!
…Parce que…
Elle est incroyable! C’est complètement fou!
Comment s’est-elle retrouvée sur le projet?
Je l’ai rencontrée rapidement pendant une fête il y a quelques années…
Je suis syrienne, j’ai grandi entourée de femmes syriennes et une chose importante à savoir, c’est que la Syrie est une société très séculière. Ce n’est pas un état islamique : ils croient en l’éducation des femmes, en la place pour des femmes fortes dans la société. C’est rare de voir des femmes syriennes porter le hidjab… être couvertes. Une grande erreur est de penser qu’elles ne sont pas comme nous. Et pourtant! Elles sont à la mode, magnifiques, intelligentes, éduquées, pétillantes, elles ont des opinions fortes et elles ne sont PAS subordonnées. C’était très important pour moi d’écrire un personnage comme ça.
Quand j’ai rencontré Marisa, j’ai fait… WOW! Je l’ai approchée avec le script et spontanément elle a dit oui. Elle a eu cette idée d’aller au Moyen-Orient, à Beirut, histoire de juste respirer l’air arabe et elle l’a fait! Elle est partie pour Beirut pour trois semaines et en est revenue une femme arabe! C’était fou!
Et pour l’accent arabe…?
Elle est incroyable… En fait, je lui ai donné des cassettes avec la voix de ma mère. Les gens ont tellement une idée fausse de ce qu’est un accent arabe… Marisa a vraiment une bonne oreille pour les accents. Elle revenue de Beirut et elle me parlait Arabe! Elle est italienne : sa langue est peut-être plus adaptable à cet accent…
Je ne peux pas croire que nous n’avons déjà plus de temps!
Hé! Je suis une femme arabe : Je pourrais parler toute la journée! Appelle-moi cet automne et on refera ça pour vrai…
-Inescapable est à l’affiche à Toronto(Varsity) et à Montréal (Cinéplex forum) depuis le 21 septembre.-
Après le succès de son premier film Away From Her (récipiendaire de sept prix Génie et deux nominations aux Oscars), Sarah Polley décide d’écrire un film proche d’elle, de sa génération et ce, au sein de sa ville, Toronto. Sans se soucier de ce qu’en diraient les critiques qui attendaient au détour ce deuxième film, elle se fait plaisir et accouche de Take this waltz -inspiré de la chanson éponyme de Léonard Cohen - projet qui se questionne sur la durée de l’amour passionnel.
Lou et Margot sont mariés depuis cinq ans quand Margot (Michelle Williams) croise Daniel (Luke Kirky) lors d’un voyage au Nouveau Brunswick. Coup de chance, ils sont assis côte à côte dans l’avion qui les ramène à Toronto. Coup de bol. Daniel est le nouveau voisin d’en face de Margot. Fatiguée de disputer l’attention de son mari (Seth Rogen) avec ce poulet qu’il cuisine sans cesse pour son livre de recette à paraître, Margot s’ouvre de plus en plus à Daniel…
D’un côté, Margot a un mari avec qui elle entretient une complicité gamine profonde, mais auquel elle n’a rien à dire au souper au dessus de la table. De l’autre, un homme qui la désire et qui éveille en elle des envies enfouies depuis trop longtemps, bien que Margot n’ait pas encore passée la trentaine.
Pour son film, Polley a choisi des couleurs vives, vibrantes, contrastées, radiantes dans la chaleur de l’été. Maîtrisant bien son outil, elle s’impose définitivement comme une réalisatrice talentueuse, s’amusant avec ces sensuelles prises sous-marines, ces flous, sa mise en scène charmante.
Michelle Williams y est charmante et hautement sympathique en jeune femme perdue et mal avec elle-même, bien qu’un peu agaçante dans son immaturité. Luke Kirby fait une job correcte, mais non transcendante en amoureux; Seth Rogen émeut et surprend dans un de ses rares rôles dramatiques et Sarah Silverman est forte et amusante en sœur alcoolique de Lou.
On s’agace un peu du destin bien arrangé avec le gars des vues, ainsi que des modes de vie exagérés de ces personnages au mode de vie plutôt bohème : Une maison et des lofts de cette taille au cœur de Toronto ne sont pas habituellement compatibles avec la bourse d’un auteur raté ou d’un tireur de rickshaw. La riche direction artistique se fait bohème à l’extrême, au point d’en être trop réussie, d’être victime de sa perfection et de n’être qu’un décor de magazine et non un lieu habité.
Mais ne boudons pas notre plaisir. Take This Waltz a des failles, mais vise tout de même très juste. Un film réussi, rafraichissant, audacieux et bien de sa génération, qui se pose une question de plus en plus universelle, dans cette société où le mariage ne constitue maintenant plus une fin en soi.
--Critique de Claudia Hébert.
Take This Waltz est disponible en DVD dès le 25 septembre.
Le Festival Cinédanse Montréal inaugurait jeudi sa première édition avec THE CO(te)LETTE FILM du réalisateur britannique Mike Figgis, une adaptation cinématographique de l’œuvre de la chorégraphe Ann Van den Broek. Priscilla Guy décortique l'oeuvre, y trouvant panache et potentiel, mais peut-être trop peu de synergie entre caméra et chorégraphie.
Trois femmes sont « exposées » au centre d’une plateforme surélevée dans un non-lieu à aire ouverte: néons, froideur et ambiance crue sont au rendez-vous. Incarnant différents clichés de beauté, de sensualité, de perversion et de soumission dans un propos féministe mis en mouvement par Van den Broek, elles défilent, posent, s’exposent et s’exhibent pour un auditoire d’une vingtaine de figurants chiquement vêtus, silencieux et voyeurs, majoritairement des hommes. Nonchalamment accoudés aux bars entourant la plateforme, se chuchotant à l’oreille, il regardent le « spectacle ». C’est dans cette ambiance troublante que Figgis nous invite à entrer dans l’univers de ces trois femmes-objets qui, au cours de l’heure qui suivra, se démèneront dans un marathon violent entre hypersexualité, violence physique et psychologique, vulnérabilité et dérapages grotesques. Décoré du Grand Prix du Meilleur Film au festival Dance Camera West de Los Angeles, le film est maintenant présenté à Montréal à l’Excentris.
Si l’oeuvre a des qualités indéniables (direction artistique, scénographie, costumes et ambiance sonore superbes) et que la chorégraphie-choc nous traverse inévitablement par moments, la magie qu’on attend d’une cinédanse de cette trempe n’opère malheureusement pas. Malgré les mécanismes mis en place par Figgis, Van den Broek et leurs collaborateurs (captation 360 degrés, plans rapprochés, mise en scène étudiée et caméra en mouvement), on attend trop souvent le moment où la danse et la caméra s’effaceront pour laisser place à l’effet de leur combinaison.
On en garde plutôt l’impression d’une documentation de la chorégraphie dans un nouveau décor que d’une adaptation de la pièce pour l’écran. La caméra de Figgis ne convainc pas, comme si ce dernier hésitait entre marcher sur des œufs et se lancer sans retenue dans l’arène sans que l’une ou l’autre des options ne soit significative, tandis que la chorégraphie de Van den Broek semble imperméable à nous, à l’écran, à une optique de réalisation. Rencontre d’esprits forts empêchant de transcender le matériel initial de cette cinédanse? Peut-être.
Quoiqu’il en soit, quelques scènes puissantes nous confirment qu’une poésie plus profonde et aboutie entre mouvement et cinéma aurait pu propulser ce film davantage. On pense entre autres à cette scène hallucinatoire où deux interprètes en manipulent une troisième, complètement nue, fracassant son corps contre le sol dans une énigmatique chorégraphie réglée au quart de tour. La peau claque vivement, les membres semblent désarticulés, la danseuse est complètement à la merci de la sauvagerie de ses collègues qui accomplissent leur tâche avec une froideur qui rend la scène d’autant plus inouïe. Ici, Figgis frappe fort en misant sur le potentiel cinématique de la chorégraphie et le pouvoir unique du médium du film avec la danse: les plans rapprochés nous offrent des points de vue intimistes qui auraient été impossibles dans une salle de spectacle, mettant en lumière les rougeurs sur les corps dues aux chutes répétées, les bleus et les marques laissées par cette danse violente. Le contraste entre le calme apparent de la caméra qui capte ces moments et la frénésie démesurée des interprètes décuple le malaise pour le spectateur. Autre élément clé : le son. Les respirations, les coups et les bruits de claques sur la peau font certes partie de la chorégraphie initiale, mais sont ici amplifiés, donnant une touche complètement effarante à la scène alors que résonne le chaos de ces sons dans un volume disproportionné. On vit un réel malaise. Heureusement, contrepoint crucial à l’équilibre de la scène, la chorégraphie de Van den Broek, finement articulée, emboîte le pas aux éléments mis en place par Figgis : malgré la violence des gestes du trio, la virtuosité technique de l’enchaînement profère au tout sa dose de surréalisme et de beauté qui permet de regarder chaque seconde avec étonnement au lieu de tomber simplement dans l’effroi. On nous prend en otage entre notre empathie devant cette scène cruelle via la réalisation de Figgis et notre fascination face à la maîtrise d’un mouvement chorégraphique efficace. Danse et cinéma se complètent, s’influencent, se tempèrent l’un et l’autre, forment un tout.
On profite donc de quelques scènes du genre où le médium hybride nous surprend avec son langage singulier. Nommons aussi la magnifique scène de party rave où stroboscope, respirations, rythme incandescent, montage ultra rapide et épuisement des interprètes dans une chorégraphie déchaînée font un effet fabuleux sur le spectateur (et sur son rythme cardiaque!).
En conférence de presse après la projection de mardi dernier, Figgis mentionne la peur de nombreux chorégraphes face au cinéma, celle que la caméra ou le réalisateur vienne « voler » leur danse et qu’ils n’aient plus de contrôle sur le produit fini. Étrangement, c’est plutôt l’inverse qui semble se produire dans CO(te)LETTE : la danse prend une place convenue/contenue, mais fait peu de compromis et occulte ainsi la pertinence du film en lui laissant surtout un rôle de documentation. La caméra reste en témoin, au mieux en support à la chorégraphie, à l’exception de rares passages. À ce titre, cet œil voyeur tombe vite dans une dynamique facile et gratuite par rapport aux danseuses déjà en proie aux regards des figurants et confinées à leur monticule… On pousse le concept une miette trop loin pour que ce soit intéressant avec cette caméra de reality show qui s’approche grossièrement des corps. On est vite saturé de la proposition et on attend que les possibilités du médium viennent nous élever ailleurs. Il suffit de penser aux films Contrecoup de Pascal Magnin ou encore Enter Achilles de Clara Van Gool et Lloyd Newson pour retrouver la puissance que dégage l’adaptation d’une chorégraphie pour l’écran réussie.
Ainsi, au final, on regrette dans CO(te)LETTE le potentiel cinématique de la chorégraphie de Van den Broek, trop peu exploité, et un apport plus subtil et clair de la caméra. Dommage, l’inverse aurait été délicieusement terrifiant, si l’on se fie à l’effet décoiffant des quelques passages de synergie entre danse, caméra, réalisation et montage…
Tout de même un film à voir en cette période d’effervescence pour la danse à l’écran, pour vous faire votre propre idée et pour apprécier les moments magiques qui s’y dévoilent.
--Priscilla Guy
Le festival Cinédanse Montréal a lieu du 20 au 23 septembre au Cinéma Impérial de Montréal. Consultez la programmation complète au www.cinedanse-mtl.com.
Priscilla Guy est chorégraphe, interprète et vidéaste basée à Montréal.
Passons rapidement sur l’idiote polémique alimentée par l’Église de Scientologie voyant dans cette rencontre entre Freddie, un pauvre gars revenu de la guerre alcoolique, obsédé et amoché, et Lancaster Dodd, un meneur d’hommes en train d’asseoir son emprise spirituelle sur une communauté de plus en plus élargie dans l’Amérique des années 50, une attaque contre sa petite personne. Là n’est pas le sujet de The Master. Ou plutôt, s’il l’est, c’est pour mieux dire une Amérique traumatisée, perdue, cherchant comment accroître sa domination impérialiste sur un monde en pleine reconstruction sans « passer pour le méchant ». L’Église elle-même, ni citée, ni mise sur le bûcher, n’y est qu’un prétexte à mieux raconter un pays, de ses idéaux fondateurs à son identité multiple, comme l’industrie du porno ou celle du pétrole l’étaient déjà dans les précédents films du cher réalisateur.
Alors, pourquoi un chef d’œuvre, ou presque? D’abord, parce qu’il y a cette mise en scène, somptueuse et raffinée, jouant jusqu’à donner le tournis de cette étrange texture donnée par le tournage en 70mm pour faire de l’image un lieu à la fois incroyablement proche de son spectateur mais aussi superbement lointaine, marquée de fond en comble par le mythe. Contre-plongées radicales, couleurs picturales et hypnotiques, composition de plans admirables, musique opératique de Jonny Greenwood rythmant autant que nourrissant le récit : dans tout l’arsenal stylistique déployé, rien n’est laissé au hasard, tout fait sens, tout fait beauté.
Mais c’est autant dans son imposante majesté que dans le détail furtif d’un ou deux plans que se révèle The Master. Celui d’un Joaquin Phoenix brisé, errant au bord de l’eau, l’air sensuel et défait d’un Brando moderne ou d’un Kowalski trash et qui immédiatement évoquerait une version contemporaine de On The Waterfront de Kazan. Celui encore d’un Philip Seymour Hoffman rugissant à la manière du Welles de Citizen Kane. Ou celui enfin d’une Amy Adams dont la froideur féroce enfin révélée sous le mignon minois n’est pas sans évoquer les grandes folles fatales du cinéma américain des années 50. Si The Master est probablement le film le plus référencé de Paul Thomas Anderson (ses années 50, précisément reconstituées, sont celles du cinéma, d’Hitchcock, de Preminger, de Kazan), il est aussi d’abord et avant tout un film de et à performances, comme a pu l’être le grand cinéma américain classique, marqué par ces comédiens passés par l’Actor’s Studio. Phoenix, Hoffman, Adams n’y « sont » pas, mais y jouent, au sens premier du terme, refusant le naturalisme discret à la mode ces temps-ci pour mieux nous emporter avec eux dans leur tornade d’émotions, leurs rugissements venus du ventre, leurs personnages rugueux et complexes. Les larmes montent, les frissons saisissent, les yeux se roulent… l’expérience est résolument physique.
Pourtant, le meilleur allié de The Master est aussi le temps. Celui dont on a besoin pour réellement comprendre ce qui nous est tombé sur le coin du nez. Si, au sortir de la salle, l’on peut se laisser aller à pinailler (le cinéaste semble trop au cœur du cyclone, sans réellement savoir comment transcender son sujet), au contraire de There Will Be Blood qui semblait s’imposer plus rapidement, ces doutes sont en effet rapidement balayés par le temps qui passe. Un, deux, trois, douze jours… peu importe. Faites-nous confiance, le film finira par gagner son chemin, comme Dodd réussit à tracer le sien dans l’esprit de ses partisans, pour mieux s’installer en nous, et se révéler progressivement dans sa puissance absolue.
Une beauté évidente, des acteurs spectaculaires, mais surtout une cohérence totale et un regard fascinant sur un pays partagé entre sa profonde vulnérabilité et son désir rageur de domination, sa paranoïa et son envie de croire, sa violence et son idéalisme, voilà ce qui fait de The Master le film d’un maître. De ceux qui resteront. Assurément.
Critique de Helen Faradji.
The Master est en salles à Toronto dès le 21 septembre, avec une sortie nationale prévue pour le 5 octobre.
Certaines personnes excellent rapidement dans un domaine spécifique, enchaînant les projets et les éloges au même rythme. Puis un jour, par manque de défi ou simplement pour réaliser un vieux rêve, ils décident de s’essayer à un poste différent. Tel est le cas de Paul Barbeau, producteur émérite de Reprise films et de la défunte boîte NúFilms. Après la neige est son premier film comme réalisateur, comme scénariste et comme acteur (en plus de le produire). Trop de chapeaux sur une seule tête?
S’inspirant librement de sa propre vie, Barbeau revisite la fermeture de sa compagnie de production et de la relation qu’il tente d’avoir avec son fils. Un long métrage ponctué de nombreux silences et de multiples questionnements existentiels de la part du personnage principal. Là où des cinéastes chevronnés, ou même de jeunes réalisateurs avec quelques courts derrière la cravate, nous aurait proposé un point de vue intense sur les relations père-fils et un regard personnel face à un échec professionnel, nous avons plutôt droit à un film approximatif dans lequel les émotions ne semblent jamais prendre forme.
Commençons par le début, soit le scénario. Si le manque d’originalité du sujet avait été comblé par des scènes marquantes ou des dialogues relevés, ce qui malheureusement n’est pas le cas, l’histoire aurait pu s’en voir bonifiée. Entre une séquence où Paul range son mobilier de patio et une autre dans laquelle il laisse un autre message à son fils, le spectateur reste distant face à ce drame ordinaire.
Enchainons avec la réalisation, position périlleuse où Paul Barbeau s’est réellement mis en danger. Voir travailler Sébastien Rose, Ivan Grbovic et surtout Maxime Giroux doit inspirer grandement, même donner des élans créatifs à ceux qui ont la chance de les côtoyer. Mais ce contact n’est pas une assurance de réussite à ceux et celles qui voudraient les imiter. Giroux particulièrement, possède une maîtrise impressionnante du non-dit, de cet espace-temps ouvert aux jeux d’acteurs professionnels, où il sait ajouter subtilement le détail nécessaire pour que la scène soit complètement réussie, pour que naisse la poésie. Après la neige est beaucoup trop sage, comme si Paul Barbeau n’avait pas complètement eu le courage d’expulser tout la rage créative qu’il l’habitait.
Finissons avec l’interprétation de Paul Barbeau. Le seul moyen de récupérer son scénario et sa mise en scène rudimentaires reposait sur la performance de ce producteur aux quatre chapeaux. Sachant qu’il a remplacé à pied levé son comédien principal, Louis-David Morasse, nous lui pardonnerons cet aspect du film. Car de l’écran au siège de cinéma, l’émotion ne se rend pas. Il reste devant nos yeux un non professionnel qui joue à jouer un rôle, du mieux qu’il le peut.
Après la neige est la preuve qu’un métier ne s’improvise pas; il s’acquiert suite à un apprentissage, parfois long, et une rigoureuse pratique. Exactement ce que Paul Barbeau a si bien réussi comme producteur. Ce chapeau lui va si bien.
Critique de Daniel Racine, blogueur pour CinéTFO et animateur à CINÉFIX sur CIBL 101,5FM à Montréal. Suivez-le sur Twitter: @DanRacine.
Cinédanse Montréal : Le mouvement sous toutes ses formes
Alors qu’on se demandait tous (pas vous?) pourquoi un festival de films dédié à la danse manquait toujours à l’appel au Canada, le tout nouveau festival Cinédanse Montréal tombe à point. Directement inspiré de Cinedans Amsterdam, un réputé festival du genre, Cinédanse Montréal, qui s’étend du 20 au 23 septembre, saura ravir tant les néophytes que les amateurs de danse, tous styles confondus.
En effet, son fondateur et directeur Sylvain Bleau dit s’adresser à tout le monde. Initié à la danse sociale dès son tout jeune âge et avide de partager sa passion du mouvement, il a su rassembler dans sa programmation tant des documentaires sur des artistes phares que des courts-métrages de création, passant par certains classiques du répertoire québécois. Convaincu qu’il nous faut comme société « retrouver nos sens… Pour mieux nous sentir, pour pleurer, rire et muer », il nous invite à redécouvrir Balanchine, celui qui a inspiré Vincent Cassel dans son ô combien terrible rôle de maître de ballet dans Black Swan, de même que l’iconique Diaghilev et ses Ballets Russes, sans oublier la regrettée et inclassable chorégraphe Pina Bausch (connue des cinéphiles par le Pina de Wim Wenders) avec ses interprètes foudroyants.
« C’est la danse, c’est nous, c’est le mouvement qui traverse les époques. Il faut être capable de vivre devant ces œuvres et de se laisser bercer parfois par ses peurs, par des moments d’égarement qui nous surprennent, mais sans se laisser envahir complètement, juste se laisser toucher. C’est ça le cadeau de la danse. (…) C’est le reflet sensoriel de la société. »
Sylvain Bleau, directeur de Cinédanse Montréal
Les artistes québécois ne sont pas en reste dans cette première édition, avec une brochette de tout jeunes adeptes de cet art hybride, ainsi qu’un documentaire sur les indisciplinés chorégraphes Dave-St-Pierre, Frédérick Gravel et Virginie Brunelle : Aux limites de la scène. Et pour les nostalgiques : l’incontournable Amélia de Édouard Lock/Lalala Human Steps.
Autre vedette en sol montréalais pour célébrer la danse à l’écran: le réalisateur Mike Figgis avec THE CO(te)LETTE FILM, une adaptation de l’œuvre choc de la chorégraphe Ann Van der Broek. Le film ouvrira d’ailleurs le festival ce jeudi 20h, un choix audacieux de la part de Bleau, considérant ce concentré de chair nue, de peau qui claque, de cuisses qui se frottent et de corps qui se fracassent contre le sol, aux sons de voix féminines qui déchirent. Une œuvre en phase avec la vague contemporaine en danse, crue et marathonienne, qui décape jusqu’à en couvrir de bleus les jambes des interprètes… Êtes-vous curieux maintenant? Pour les cœurs sensibles, rassurez-vous : rien de tout cela ne viendra teinter le sympathique documentaire Let’s dance présenté samedi soir à 19h, véritable portrait historique dansant juxtaposant des bribes de Fred Astaire, de Ginger Rogers et de Michael Jackson.
C’est donc ça, Cinédanse : le mouvement sous toutes ses formes. À l’écran, bien entendu.
--Priscilla Guy
Le festival Cinédanse Montréal aura lieu du 20 au 23 septembre au Cinéma Impérial de Montréal. Consultez la programmation complète au www.cinedanse-mtl.com.
Priscilla Guy est chorégraphe, interprète et vidéaste basée à Montréal. Lire son entrevue complète avec Sylvain Bleau sur son blogue, Regards Hybrides.
L'embarras du choix: Top 20 films les plus attendus de l'automne
Qui dit 'automne' dit explosion de nouveaux films! Et on ne risque pas de s'ennuyer cette saison: du nouveau P.T. Anderson, Tarantino, Sokourov, Spielberg, Haneke, Bigelow, Ang Lee et Peter Jackson tous à l'horaire, parmi tant d'autres. Notre blogueuse Helen Faradji nous décompte les films les plus attendus de la saison :
1. Django Unchained de Quentin Tarantino
Depuis le temps que Quentin Tarantino tourne autour du pot du western-spaghetti sans jamais s’y laisser prendre, une citation par ci, un clin d’œil par là, l’impatience est grande de le voir enfin s’y consacrer en grand. Prévu pour le 25 décembre (puisque rien ne dit plus Noël qu’une histoire d’esclave libéré associé à un chasseur de primes pour récupérer sa femme des griffes d’un affreux propriétaire terrien), Django Unchained qui pique son titre à un western de Sergio Corbucci (1966) devrait réunir les ingrédients fétiches du plus grand des fétichistes : ultra-violence, dynamisme cool, références à tous les étages et distribution à faire défaillir (Jamie Foxx, Christoph Waltz, Samuel L. Jackson, Leonardo DiCaprio et… Don Johnson!)
2. Faust d’Alexandre Sokurov
Chef d’œuvre, profonde beauté, sublime… la presse française, lors de sa sortie, n’a pas mâché ses mots pour décrire le nouveau film du maître formaliste russe Alexandre Sokurov. Lauréat du lion d’or à Venise en 2011, enfin distribué en nos terres, cette réinterprétation du mythe façonné par Goethe, Faust, conclut la tétralogie consacrée par le cinéaste au totalitarisme, après Moloch (sur Hitler), Taureau (sur Lénine) et Le soleil (sur Hirohito). À nous, donc, de nous laisser tenter par la beauté du Diable.
Faust sera également diffusé sur les ondes de TFO en décembre de cette année.
3. The Master de Paul Thomas Anderson
Comment pouvait-il faire mieux que son odyssée There Will Be Blood? En poursuivant inlassablement son exploration majestueuse et minutieuse de la psyché collective américaine! À coups d’affiches, superbes, et de bandes-annonces, intrigantes, Paul Thomas Anderson a assurément fait de The Master le film le plus attendu de la rentrée. Sachant qu’en outre, son portrait d’un leader spirituel et de son disciple dans l’Amérique des années 50, a d’ors et déjà froissé l’Église de Scientologie, on ne peut que parier gros sur sa potentielle charge subversive. Les rumeurs (ils ont déjà gagné au festival de Venise) font en outre de Philip Seymour Hoffman et de Joaquin Phoenix des sérieux prétendants au titre d’acteurs de l’année.
4. Frankenweenie de Tim Burton
Un jeune garçon, désespéré de voir son chien mort, décide de le ramener à la vie par de sophistiquées expériences scientifiques. L’histoire semble familière… Normal, elle avait déjà été traitée par Tim Burton en 1984 dans le court-métrage qui avait établi son nom comme celui d’un réalisateur à l’univers gothique aussi innovant que précis. De retour à la case départ, donc, pour Burton qui a pourtant décidé de s’auto-revamper en transformant Frankenweenie en conte d’horreur en stop-motion, à la façon de son magnifique Nightmare before Christmas. Aux voix, on retrouvera quelques fidèles burtoniens : Winona Ryder, Michael Keaton et Martin Landau. Mais pas Johnny Depp !
5. Holy Motors de Leos Carax
Un prologue, un épilogue, un départ, une rencontre, 8 rendez-vous… et des spectateurs médusés. Au dernier festival de Cannes dont il fut une des sensations, même s’il en rentra bredouille, le nouveau film de l’enfant maudit du cinéma français Leos Carax (Les amants du pont-neuf) enchanta autant qu’il divisa. Une arnaque ou du génie? Une imposture ou un chef d’œuvre? Un coup de chapeau émouvant au cinéma ou une bête pochade sans queue ni tête? Un film à sketch reliés entre eux par un acteur fabuleux (Denis Lavant) ou une actrice mythique (Edith Scob)? Chacun se fera son idée, mais on reste persuadé que les quelques minutes d’hommage au film noir et à la comédie musicale par une Kylie Minogue revue façon Jean Seberg est déjà un des plus beaux moments de cinéma de l’année.
6. Argo de Ben Affleck
Dans Wag the Dog en 1997, Barry Levinson nous avait déjà fait le coup d’inviter Hollywood dans le camp politique pour mettre son art formidable du storytelling au service d’une fausse guerre. Voilà que Ben Affleck se frotte à son tour à ce délicieux mélange à l’exception notable que son Argo relate une histoire… vraie, restée classée secret défense pendant plus de vingt ans. En 1979, alors que l’Iran bouillonne, plusieurs Américains travaillant dans leur ambassade sont pris en otage. Six d’entre eux s’échappent et trouvent refuge chez l’ambassadeur canadien. Pour les sortir de là, l’ambassadeur les travestit en équipe de tournage hollywoodien venu faire là un repérage pour leur film de science-fiction, Argo. C’est l’opération Canadian Caper. Après Gone, baby Gone et The Town, plus de doute à avoir : c’est le Affleck réalisateur qui nous plaît.
7. Camille redouble de Noémie Lvovsky
Sensation discrète, mais sensation tout de même de la dernière Quinzaine des réalisateurs à Cannes, le nouveau film de l’actrice-réalisatrice Noémie Lvovksy (Les sentiments, Faut que ça danse!) pourrait bien aider cette dernière à gagner la notoriété qu’elle mérite ailleurs que chez elle. Chronique sentimentalo-fantastique des amours perdus et retrouvés, le film plonge dans la vie de Camille, 40 ans, récemment célibataire, replongée dans la douce année de ses 16 ans avec la chance de refaire ou non les mêmes erreurs. Tendrement drôle, ou le contraire, Camille redouble est le genre de petites surprises fraîches et douces que le cinéma sait aussi réserver.
8. No de Pablo Larrain
En 1988, le général Pinochet demandait par plébiscite à son peuple le droit de rester 8 ans de plus au pouvoir. Pour ne pas rater leur chance, les partisans du « Non » engagent un jeune publicitaire formé aux idées d’efficacité nord-américaines… Pour conclure sa trilogie sur la dictature chilienne, après Tony Manero et Santiago 73 post-mortem, Pablo Larrain utilise caméras d’époque et images d’archives, confie un rôle complexe et émouvant à Gael Garcia Bernal et signe, surtout, un film politique en diable, oscillant entre l’allégresse de voir un pays goûter enfin à la démocratie et l’amertume de constater les dégâts causés par l’invasion du champ politique par la publicité. La confirmation d’un talent.
9. Killing Them Softly d’Andrew Dominik
La mafia, un homme de main, des parties de poker qui tournent mal, des malfrats à chaque coin de rue… L’Amérique vue par Andrew Dominik (The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford) n’est certes pas recommandable mais sous son vernis d’ultra-violence stylisée (Ray Liotta, la musique de Nancy Sinatra…et un Brad Pitt déchaîné), c’est aussi à un constat triste et empreint de mélancolie que ce beau film parfois boursouflé nous conduit : l’Amérique est pourrie au cœur, la cruauté lui est inhérente, la morale l’a désertée depuis longtemps, depuis que les dollars se sont mis à régner et aucun espoir, fut-il celui des élections de 2008, n’est réellement vivable…
10. Silver Linings Playbook de David O. Russell
The Fighter nous avait réconcilié avec l’approche virile enfin devenue sensible de David O’Russel (Three Kings). Un prof paumé et probablement fou revenu vivre chez ses parents, une ex-femme fâchée, une jeune fille mystérieuse, un papa fou de foot… que vaut ce Silver Linings Playbook? Beaucoup! Entre la rudesse sociale de The Fighter, la chaleur humaine de Rain Man, l’humour d’une comédie sociale et les vibrations de Dirty Dancing, Silver Linings Playbook est un feel-good original et attachant où l’on aurait presque envie d’habiter. Et surtout, il nous convainc enfin que Bradley Cooper (qui a piqué le rôle principal à Mark Wahlberg) vaut mieux que son joli brushing et ses dents blanches. Une des belles surprises de l’automne.
11. Skyfall de Sam Mendes
Évidemment, l’idée de découvrir tout nouveau James Bond, a fortiori le 23ème, met une bonne partie de la planète dans un état d’excitation proche de la transe. Mais sachant que celui-ci se penchera tout particulièrement sur le passé de M., qu’on y retrouvera le charismatique et puissant Daniel Craig et surtout que Sam Mendes (American Beauty, Revolutionary Road), l’un des auteurs les plus fins et les moins spectaculaires du cinéma américain est cette fois derrière la caméra, Skyfall promet encore plus que les autres. Tellement qu’on serait presque prêt à pardonner l’abandon par notre cher espion de son mythique martini. Presque.
12. Superstar de Xavier Giannoli
L’histoire, adaptée d’un roman de Serge Joncour fait à elle seule saliver. Un beau matin, Martin, un travailleur anonyme, est assailli dans le métro. Tous le reconnaissent et lui demandent des autographes. Martin est devenu une célébrité, sans qu’il n’en sache rien. Mais lorsqu’en plus, on sait que devant la caméra s’uniront Kad Merad, délaissant enfin ses habits comiques, et la charismatique Cécile de France sous l’œil attentif et toujours vif de Xavier Giannoli (À l’origine), on est en droit d’attendre beaucoup de cette fable fantastico-sociale que l’on devine mordante et un brin cynique sur la dérive de nos sociétés accro plus que de raison à la médiatisation à outrance.
13. De rouille et d’os de Jacques Audiard
Il y a deux ans, il nous avait chaviré avec Un prophète, réussissant un tour de force carcéral d’une puissance rare. De rouille et d’os, adapté d’un recueil de nouvelles de Craig Davidson, n’a peut-être pas la grandeur de son prédécesseur, il n’est reste pas moins un film d’une grande beauté. Formelle, bien sûr, Audiard étant un metteur en scène à la précision et à la sensibilité redoutables. Mais humaine, surtout, le film organisant avec une délicatesse brutale, si cela se peut, la rencontre entre deux êtres fragiles, paumés, dont les bleus au corps ne cachent que péniblement ceux à l’âme. Matthias Schoenarts en père célibataire sans repère et Marion Cotillard, en dresseuse d’orques amputée des deux jambes, y forment un duo de cinéma rare, comme on n’en voit que peu au cinéma. Sauf chez Jacques Audiard.
14. Life of Pi d’Ang Lee
D’un côté, un véritable best-seller évoquant l’histoire du fils d’un gardien de zoo échouant sur l’océan en compagnie de quelques bestioles. De l’autre, un cinéaste rare mais toujours juste, capable de marier divertissement et finesse comme peu d’autres. Comment se passera la rencontre entre Ang Lee (The Ice Storm, Brokeback Moutain) et Yann Martel? Tout reste à deviner, sauf la présence au générique de l’inégalable Gérard Depardieu!
15. The Hobbit de Peter Jackson
Avec sa trilogie Lord of the Rings, Peter Jackson a battu tous les records et pénétré le panthéon des cinéastes sacrés (comme il y a les vaches sacrées). Pas fou, le néo-zélandais a donc décidé de remettre le couvert en s’attaquant aux origines du mythe : l’histoire de Bilbo Baggins, le Hobbit, telle qu’imaginée par J.R.R. Tolkien. Après des rebondissements dignes d’un de ses films (Guillermo del Toro devait réaliser, puis non, puis oui, puis non encore), le menu s’avère tout de même de choix : heroïc fantasy, acteurs bien connus des amateurs (Wood, Blanchett, Bloom, Weaving, McKellen, Lee et Serkis en Gollum) et maniaquerie bien connue de Jackson pour rester le plus fidèle possible à l’œuvre du maître.
16. Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow
À peine annoncé, Zero Dark Thirty qui relate la traque et la capture d’Ossama Ben Laden en 2011, sent déjà le souffre. Accusé d’être pro-Obama par les Républicains, maudit car il aurait été conçu à partir d’informations secrètes données par la CIA, le film qui met en vedette Jessica Chastain, Chris Pratt ou Edgar Ramirez (le formidable Carlos d’Olivier Assayas) montre en tout encore une fois l’extrême réactivité d’Hollywood aux événements qui secouent les Etats-Unis. Mais, au-delà des rumeurs, on reste surtout mystifié par la capacité inégalée de Kathryn Bigelow (The Hurt Locker) à piétiner les plates-bandes des cinéastes les plus machos avec l’allégresse d’une première communiante.
17. This is 40 de Judd Apatow
Pete et Debbie, nous les avions rencontrés et laissés en mauvaise posture en 2007 dans Knocked Up. Mais ils n’étaient pas les stars! Les voici adulescents et quarantenaires, tout prêts à frapper le mur de la réalité. Judd Apatow, souvent conservateur, souvent macho, souvent extrêmement drôle a probablement autant de partisans que de détracteurs. Mais reste que sur le papier, l’idée de This is 40 qui réunira donc Paul Rudd et Leslie Mann est une des plus agréables, originales et intelligentes qui ait frétillé dans le monde de la comédie américaine depuis longtemps. Réaliser une suite, mais en oubliant les personnages principaux pour se concentrer cette fois sur leurs à-côtés? On en rêvait, Apatow l’a fait!
18. Cloud Atlas de Tom Tykwer, Andy et Lana Wachowski
C’est à la fois le projet le plus ambitieux et le plus désolant de l’année. D’abord, parce que Andy et Lana (oui, il est devenu elle) Wachowski sont de retour, 4 ans après le flop de leur Speed Racer et qu’ils s’associent de façon fort surprenante à Tom Tykwer (Cours, Lola, cours) pour mieux adapter le best-seller de science-fiction de David Mitchell. Ensuite, parce qu’on s’y balade sous l’impulsion d’un monteur devenu fou entre le XIXe siècle, l’Écosse des années 30, San Francisco dans les années 70, Londres aujourd'hui, la Corée dans la futur et Hawaï à la fin des temps, en compagnie de Tom Hanks, Halle Berry, Jim Sturgess, Ben Whishaw, Jim Broadbent, Hugh Grant, Bae Doona, David Gyasi, Susan Sarandon, Keith David, James D'Arcy et Hugo Weaving, tous maquillés comme des bêtes de foire. Une choucroute indigeste, mais tellement effarante qu’elle en devient (presque) drôle !
19. Lincoln de Steven Spielberg
On le sait, Steven Spielberg est capable du meilleur (Munich) comme du pire (Amistad) lorsqu’il lui vient en tête de faire du cinéma « sérieux ». Mais ce Lincoln, évocation de la bataille de la Guerre civile menée par le 16e Président des Etats-Unis a de sérieux atouts dans sa manche. À commencer par une admiration sans bornes de Spielberg pour John Ford qui devrait ici payer et par la distribution du film, une des plus belles de l’année : Daniel Day-Lewis, Sally Field, Tommy Lee Jones, Joseph Gordon-Levitt, Jackie Earle Haley…
20. Amour de Michael Haneke
Ils s’aiment. Ils sont octogénaires. Et elle tombe malade. Le genre de maladie dont on ne se remet pas. En organisant le ballet de deux corps vieillissants, en observant droit dans les yeux l’amour rester plus fort que toutes les convenances, en délaissant son habituelle cruauté pour une tendresse âpre et rugueuse et surtout, surtout, en confiant ces rôles magnifiques aux grands Emmanuelle Riva (Hiroshima mon amour) et Jean-Louis Trintignant (Z), Michael Haneke a remporté sa seconde palme d’or après Le ruban blanc. Autant de raisons qui ne peuvent que donner envie de se frotter à ce grand moment de cinéma.
Ça y est. Déjà arrivé à la fin de notre temps dans le boudoir CinéTFO, Claudia et Chris se remémorent les hauts et les bas des neuf derniers jours. Grandes déceptions, petits bijoux à découvrir et entrevues chouchous!
Le TIFF se poursuit jusqu'à dimanche, où on s'attend à voir les résultats du vote pour le choix du public (anciens lauréats : American Beauty, Eastern Promises, Slumdog Millionaire, The King's Speech) ainsi que le prix du meilleur long-métrage canadien (anciens lauréats: My Winnipeg, C.R.A.Z.Y., Les invasions barbares).
Claudia prend l'avion pour le Festival de cinéma de la ville de Québec et Joseph travaille débilement à la préparation de notre nouvelle émission Plein les vues, pendant que Chris se lance, tête première, dans son lit. Pour des mises à jour de leurs aventures, n'oubliez pas de nous suivre sur Facebook et sur Twitter: @cinetfo.
À la prochaine, TIFF. Ce fut toute une expérience.
Après de nombreuses séries télé à succès (Minuit le soir, 19-2) et deux films sortis la même année (Les 7 jours du Talion et 10½), Podz, alias Daniel Grou, est l’un des rares cinéastes québécois qui peut se vanter d’avoir une signature visuelle identifiable dès la première séquence de l’une de ses œuvres. Tant dans ses choix de teintes de l’image que dans ses mouvements de caméra (ses lents travellings sont désormais légion), Podz est un talentueux ingénieur de l’image et un habile architecte de la narration. Un surdoué qui travaille bien et vite. Mais est-ce que le résultat de ses travaux dépasse le savoir-faire? En télévision sans l’ombre d’un doute, mais en cinéma malheureusement non.
Les 7 jours du Talion, rare film de genre québécois réussi, lui permettait de mettre en valeur ses forces (efficacité de l’intrigue, esthétisme clinique très contrôlé) sans agacer le spectateur avec certaines lourdeurs techniques souvent prononcées. Toutefois, dès 10½, le canevas de la méthode Podz commençait à transparaître déjà beaucoup trop, l’émotion se voyait atténuée par la mécanique cinématographique. Et c’est encore plus évident dans L’affaire Dumont. Il est pratiquement impossible de ne pas imaginer ses notes personnelles dans les marges de son story-board. La musique arrive toujours en crescendo au moment où le personnage vit un sentiment de tristesse et tellement d’autres procédés explicites qui construisent ce film. Rien ne semble laissé au hasard. Et sans le hasard, il y n’y pas de magie, de poésie, de passion. Il s’agit alors de fabrication. Cela donne des longs métrages bien exécutés dont les spectateurs garderont trop peu d’impressions en sortant de la salle. Beaucoup de travail, trop peu d’émotions.
Que reste-t-il lorsque les machines pour faire du cinéma semblent vouloir quitter le hors-champ? Les acteurs. Podz ne s’en cache pas, il s’agit là de sa matière première comme réalisateur (lire notre entrevue avec Podz). Et heureusement pour nous, il dirige ses comédiens en respectant les nuances du jeu de chacun, tel un mécanicien qui connaît les subtilités de tous ses outils devant lui. Son approche individuelle des protagonistes permet à Marc-André Grondin (solide en Michel Dumont) et surtout à Marilyn Castonguay (impressionnante dans le rôle de Solange Tremblay) de briller devant sa caméra. Car la véritable lumière de l’histoire vraie de Michel Dumont, c’est Solange et l’amour sans borne qu’elle a pour son mari. Elle qui se battra corps et âme pour prouver que son Dumont a été faussement accusé de viol. Et si Solange est la véritable héroïne, Marilyn Castonguay est l’huile qui permet à la mécanique de Podz de bien tourner, d’avoir un semblant de cœur.
Voir la bande-annonce:
Critique de Daniel Racine, contributeur à CinéTFO et animateur à CinéFIX sur CIBL 101,5FM à Montréal. Suivez-le sur Twitter: @cinefixcibl
L'affaire Dumont sera en salles au Québec dès le 14 septembre. Aucune date de sortie en Ontario n'est prévue pour l'instant.
A Liar's Autobiography - The Untrue Story of Monty Python's Graham Chapman
À sa mort en 1988, l’humoriste Graham Chapman a laissé dans le deuil ses cinq Monthy Pythons. Après une série télévisée culte (Flying Circus), trois films et de nombreuses tournées, Eric Idle, John Cleese, Michael Palin ainsi que Terry Jones et Gilliam dirent adieu à leur ami et camarade en même temps qu’au collectif loufoque qui avait lancé leur carrière à tous. Attendant en vain le retour de Chapman d’entre les morts, les Pythons décidèrent même un jour de l’amener avec eux sur scène de force, traînant et malmenant l’urne contenant ses cendres lors d’une performance en 1998...
Aujourd’hui, le clan participe à A Liar’s Autobiography un projet d’animation en 3D, basé sur les mémoires de Chapman, écrites trois ans avant sa mort, publiées sous le titre A Liar’s Autobiography (Volume VI) et enregistrées sur cassette dans une lecture de Chapman lui-même.
Ce sont ces bandes audio qui sont à la base du projet, le film étant narré par Chapman lui-même, de façon posthume. Le visuel, lui, est assuré par quinze équipes d’animateurs, chacune étant en charge de donner vie à une section différente des hauts et des bas, réels ou imaginaires, du comédien fumeur de pipe, homosexuel et alcoolique. Les autres Pythons (sauf Idle), prêtent tous leur voix au projet, autant pour eux-mêmes que pour divers personnages.
Les méthodes d’animation changent donc constamment, dans ce film éclectique et disparate, sans cesse bondissant d’une époque à l’autre, d’un souvenir ou d’un rêve à l’autre. D’un côté, c’est très riche et original. De l’autre, ça manque un peu d’unité et casse souvent le rythme, s’égarant parfois dans des méandres moins réussis, moins excitants ou juste en rupture trop complète avec le reste.
Mais pourquoi bouder son plaisir sur une pièce aussi charmante et unique? Les trois réalisateurs, Ben Timlett, Jeff Simpson et Bill Jones (fils de Terry Jones), ont fait un boulot magnifique en traitant la vie et les mensonges de Chapman avec le burlesque, l’humour et parfois la gravité que le sujet méritait. Insérant ici et là un brin d’images d’archives, A Liar’s Autobiography n’hésite pas à aller dans les zones les plus sombres de la vie de Chapman, traitant sans complaisance l’alcoolisme de celui qui interrompit fréquemment le tournage de Holy Grail par ses crises de delirium tremens.
Bel hommage créatif mais qui s’étire parfois un peu, ce docu-fiction qui frise parfois le travail de l’expérimental est un vrai petit bijou pour les fans -de Chapman en particulier et des Monthy Pythons en général -prêts à se lancer dans le courant de cette fantaisie pas si mensongère.
C’était hier soir que le festival de cinéma de de la ville de Québec donnait son coup d’envoi pour la deuxième édition de l’évènement prenant place au sein de la Capitale Nationale québécoise. Sur le tapis rouge, défilaient les artisans du film d’ouverture, l’Affaire Dumont, et devant le Capitol, se pressaient les curieux, les festivaliers et la presse québécoise.
Pour dix jours, Québec sera l’hôte de quelques grandes premières comme par exemple le Avant que mon cœur bascule de Sébastien Rose. Autres films québécois au programme, Après la neige de Paul Barbeau, Columbarium de Steve Kerr, Bestiaire de Denis Côté et Inch Allah, l’œuvre d’Anaïs Barbeau Lavalette étant présentée en clôture.
Mais le Festival de cinéma de la ville de Québec, c’est aussi l’occasion de voir le Antiviral de Brandon Cronenberg (Cannes, TIFF 2012), le Alpeis de Yorgos Lanthimos, le À moi seule de Frédéric Videau et même le Faust de Aleksander Sokurov.
Côté documentaire, vous pouvez attraper El Huaso (Hot Docs 2012) de Carlo Guillermo Proto, Anton Crobijn inside out de Klaartje Quirjns ou encore Steve Jobs –The lost Interview de Paul Sen.
Pour les amateurs de danse contemporaine, courez voir The Co(Te)lette, une adaptation signée Mike Figgis de la pièce dansée de Ann Van Der Broek.
Finalement, quelques programmes de courts-métrages sont à l’horaire. De plus, de nombreux courts-métrages sont présentés en première partie des programmes longs, vous offrant donc deux films pour le prix d’un à chacune des projections!
Et sur la place d’Youville, trône une bulle où il fait bon prendre un verre (Tapis Mauve TFO le 14 septembre), discutez avec des cinéastes et des acteurs (5à7 rencontres) et profitez du festival, tout simplement!
En grande première au Festival de Cinéma de la Ville de Québec (FCVQ), L'affaire Dumont relate l'histoire de Michel Dumont, accusé et condamné en 1990 pour une agression sexuelle dont il nie sa culpabilité. Notre blogueur Daniel Racine s'est assis avec le réalisateur Podz (Daniel Grou) avant la première pour discuter d'influences, de thérapie et de pourquoi il voudrait partir un ciné-club.
Pourquoi avoir choisi la fiction pour raconter le destin de Michel Dumont plutôt que le documentaire?
Je suis un gars de fiction et pas de documentaire, ça c’est la première réponse. La deuxième c’est que je pense qu’avec le documentaire on n’aurait pas pu entrer autant dans l’émotion de l’histoire d’amour au centre de cette histoire-là. Le documentaire nous aurait éloignés de ça.
Qu’est-ce qu’il y avait de cinématographique dans cette histoire?
Pour moi l’être humain est cinématographique en partant. Moi je ferais un film uniquement sur un visage si je le pouvais. Dès qu’on rentre dans l’émotion, avec des gens qui sont pris avec des forces plus grandes qu’eux, pour moi c’est foncièrement cinématographique.
Contrairement à plusieurs réalisateurs, vous n’écrivez pas vos scénarios. Comment fonctionnez-vous pour choisir vos projets?
La façon que je choisis un scénario c’est simple. Je le lis et c’est comme une histoire d’amour. C’est vraiment comme quand tu vois une fille et tout à coup il y a un coup de foudre. C’est vraiment ça! Des fois ce n’est pas la bonne fille. Des fois c’est une fille qui va te faire souffrir. Tu es mieux de la quitter un peu avant. Des fois c’est l’amour de ta vie. Je suis content parce qu’avec les scénarios il peut y avoir plusieurs amours de ta vie.
Avec le temps, vous avez développé un esthétisme de l’image qui vous est propre. Que l’on pense à Minuit le soir, 19-2 à la télé et Les 7 jours du Talion et 10½ au cinéma, votre signature forte est reconnaissable.
C’est drôle, parce que les gens qui ont vu ma nouvelle série Tu m’aimes-tu? m’ont dit c’est du Podz. Pourtant c’est différent, il y a une approche différente. Si tu regardes mes deux premiers films, Les 7 jours du talon, c’est un film très âpre, cadré, super formel, beaucoup de dolly et de travelling. La caméra était souvent assez fixe. Et dans 10½ c’est caméra à l’épaule quasi documentaire. Il y a comme deux styles mais tout le monde me dit que les films se ressemblent.
Je suis content que ma tête ressorte dans mes films et mes séries télé. Je suis content qu’il y ait une parenté. Si tu regardes un film d’Hitchcock c’est un film d’Hitchcock. Ou un film de Scorsese c’est un film de Scorsese. Ce n’est pas comme quelqu’un d’autre. Ou Paul Thomas Anderson c’est un film de lui. Terrence Malick…
Donc c’est ça : je pense que c’est la tête plus que l’approche formelle.
Est-ce qu'on peut dire que vos acteurs sont votre matière première dans vos films?
Ça devrait être la matière première de tous les cinéastes d’après-moi. Tu as beau avoir tous les effets spéciaux, tous les beaux discours que tu veux, si ça ne se passe pas dans le visage d’un comédien, d’un être humain auquel on peut s’identifier, qu’on peut haïr, vivre une émotion avec lui ou contre lui, tu n’as rien.
Ça j’ai appris ça de Bergman. Bergman est capable de tourner une femme sur le bord d’une fenêtre et te faire pleurer…et elle ne fait rien. L’émotion est tellement présente. À force d’étudier des cinéastes comme lui, qui aiment l’être humain, c’est de là que j’ai pris ça. C’est ça qui rend la chose valide à mes yeux. Il faut parler de l’être humain.
Parlons de Marc-André Grondin. Disons que peu de gens auraient pensé à lui pour interpréter Michel Dumont. Qu’est-ce qui vous a convaincu que vous faisiez le bon choix en lui donnant le rôle?
C’est drôle parce que la première personne qui m’a parlé de Marc-André Grondin c’est Gina Desjardins qui est, coïncidence, ma blonde. Elle m’a parlé de lui et elle me disait qu’elle l’avait vu dans un party, qu’il était un peu weird. Elle connaissait le projet et elle pensait qu’il pourrait être bon pour le rôle.
2 jours après, il était à Montréal avec une copine française mutuelle. On s’est texté et nous nous sommes vus. Effectivement, il était dans sa bulle, il était gêné. Marc-André dans la vie a toujours l’air de porter toute la misère du monde sur ses épaules. Spontanément ce soir-là je lui ai dit “J’ai un scénario pour toi; je pense que tu pourrais interpréter ce rôle-là”. Je lui ai envoyé et il a trippé. On s’est parlé et ça a marché. C’était simple de même.
Dumont c’est un gars à qui tout arrive. Ce n’est pas un protagoniste actif, c’est un protagoniste passif. Ça c’est tough aussi en soi. Je voulais quelqu’un de foncièrement sympathique qui incarne cette bonté-là, parce que Michel Dumont c’est un bon gars, avec peu de mots, avec juste une présence. En même temps qui est capable de porter tout ce poids-là et toute cette misère-là sans jamais vraiment faire d’éclaboussures ou d’explosion à la Jack Nicholson dans A few good men. Qui pouvait avoir toute cette amertume-là, cette rage-là, et pouvoir la jouer en-dedans.
Marc-André c’est un gars très timide, réservé, qui joue tout pour lui, en-dedans. J’ai vu ça, un gars qui pouvait porter ça. C’est pour ça que je l’ai pris.
Dans vos 3 longs métrages, vous abordez des sujets difficiles comme le viol, la pédophilie, la mort, le deuil, la vengeance. Pourquoi ces thèmes reviennent souvent dans vos films?
Je ne sais pas, il faudrait que je fasse une thérapie. (Ou c’est peut-être mes films qui sont ma thérapie?) J’ai un besoin en moi d’explorer ce qui me fait peur, ce qui m’angoisse. Un peu comme Patrick Sénécal quand il a écrit Les 7 jours du Talion. Il avait peur que sa fille se fasse pogner par un fou.
Moi aussi j’ai peur de ses choses-là. J’ai besoin d’explorer ça pour essayer de mieux les comprendre, les saisir…
Pour ne plus en avoir peur?
J’pense t’arrête jamais d’en avoir peur mais peut-être juste de l’apprivoiser. Pour que ça devienne une partie de ton quotidien, que ça te fasse moins freaker.
Aussi j’ai comme une mission de montrer au monde ce qui les entoure. C’est un côté que j’aime moins de moi mais j’ai comme le besoin de dire “regarder comment ça se passe la vie”. Peut-être que ce n’est pas ma job. Peut-être que mon prochain film ça va être plus un Walt Disney.
Quelles sont vos rêves en réalisation : un genre que vous aimeriez aborder, un lieu où vous aimeriez tourner, des comédiens avec lesquels vous voudriez travailler?
C’est sûr si je pouvais faire un film avec Dustin Hoffman, Al Pacino et Liv Ullman…
Tous ensemble!
Tous ensemble dans le même film. Je pense à un Expendables 3 avec toute cette gang-là. Écoute, j’avais le rêve de faire Anna Karenine.
Y-en-a un qui sort bientôt!
Ça vient de sortir à Toronto. Je suis vraiment, vraiment déçu. Je suis sûr que ça va être un bon film. J’avais vraiment ce rêve-là, de faire un film sur 3 femmes. Je vais peut-être écrire ma version.
Et un film d’époque?
Un film d’époque ça m’a toujours intéressé. L’affaire Dumont c’est un peu un film d’époque aussi. C’est fou ce qui a changé en 20 ans, tu n’as pas idée. Il faut que t’enlèves les satellites de partout quand tu tournes à l’extérieur.
Quels cinéastes vous allument en ce moment?
C’est sûr que Michael Haneke me rejoint vraiment beaucoup. C’est peut-être parce que ma mère est allemande. Paul Thomas Anderson, je suis vraiment curieux de voir The Master. Il y a beaucoup de cinéastes vraiment talentueux qui sont là.
Mais malheureusement on vit une drôle d’époque. Tous les blockbusters américains qui bouffent tout. Les autres films deviennent de plus en plus en marge. C’est très bizarre comme époque.
J’aurais aimé avoir cet âge-là en 1975. Il me semble qu’à cette époque-là, les films avaient vraiment leur place, il y avait des ciné-clubs; le cinéphilie était en vogue. Aujourd’hui ça l’est moins et je trouve ça triste. Je vais peut-être partir un ciné-club!
L'affaire Dumont sera en salles au Québec dès le 14 septembre.