Il faut se faire casser. […] Comment on se fait casser ? Je dois vous faire une confidence: j'ai pleuré et ai eu beaucoup de difficultés à sortir de ma chambre à ma première semaine de Course. La piètre qualité de mon premier film peut en témoigner. Dar es-Salaam m'a accueilli en choc culturel avec sa chaleur insupportable, ses gardes armés, mon premier coloc qui a été poignardé et renvoyé dans son pays, le racisme auquel je faisais face en ville (personne ne voulait s'asseoir à côté de moi dans le bus), et d'autres colocs qui ont chopé la malaria. C'est en me faisant mettre en prison et interroger plusieurs heures que j'ai appris à jouer. Ils voulaient de l'argent pour me lobérer, je n'allais pas leur en donner. Game on. Ils m'accusaient d'un crime grave à leurs yeux, je n'avais pourtant que tourné des images dans un lieu supposément interdit. J'ai joué l'idiot, qui ne parlait pas anglais et je les ai eus à l'usure. Quand ils m'ont jeté hors de la prison, j'étais un autre homme. Ils ont sauvé ma course.
Yves-Christian Fournier, 1997-1998 Livre «Nos courses autour du monde», 2012, p. 247









