Retour sur la LGBTQI+ Pride de Lille - 1er juin 2019
Câest sous un soleilde plomb que sâest tenue cette 26Ăš Ă©dition de la marche des FiertĂ©s Ă Lille. Les Soeurs du Nord Ă©taient bien sĂ»r prĂ©sentes (on en a mĂȘme profitĂ© pour Ă©lever une nouvelle petite : Novice Satine !), et on prononcĂ© ce discours :
Chaque année, on nous demande une bénédiction, et chaque année, nous vous livrons un discours politique⊠Cette année, nous avons tenté de nous en tenir à la bénédiction...
Nous bĂ©nissons toutes les personnes qui ne donneront pas un pognon de dingue Ă Notre dame de Paris mais qui feront un don pour sauver le J'en suis j'y reste, Centre LGBTQIF de Lille. Nous avons besoin que ces endroits continuent Ă exister, car aujourdâhui encore, en 2019, nos communautĂ©s souffrent au quotidien de discriminations.
Nous bĂ©nissons toutes les personnes subissant de la sĂ©rophobie, qui chaque jour luttent contre le VIH et les dĂ©sinformations, les prĂ©jugĂ©s, les jugements, les « tâes clean ? », les stigmates sociaux de la maladie. Celleux qui continuent de souffrir de discriminations Ă l'embauche, de prĂ©caritĂ© sociale, d'isolement au travail et d'un manque d'accĂšs aux soins. Par an, câest  6000 nouvelles contaminations en France, 2 millions Ă travers le monde. Les HSH sont 28 fois plus exposĂ©s au risque de contamination que le reste de la population, les femmes trans le sont 13 fois plus: chaque annĂ©e, iels reprĂ©sentent 18 % des nouvelles contaminations dans le monde. BĂ©nies soient les associations qui luttent au quotidien, bĂ©ni soit le Fonds mondial de lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose qui, en plus de financer lâaccĂšs aux traitements antirĂ©troviraux des pays Ă faible revenu, met en place des programmes de soutien aux populations clĂ©s de lâĂ©pidĂ©mie dans les pays oĂč la rĂ©pression reste forte.
Nous bĂ©nissons toutes les personnes en prise avec les laboratoires, comme les trans qui subissent des ruptures de traitement depuis des mois. Nous ne bĂ©nissons pas le laboratoire Bayer, qui ne donne pas dâinformations sur le pourquoi de cette rupture. Nous ne bĂ©nissons pas certaines pharmacies rĂ©servant Ă leurs patients cisgenres les ampoules de testostĂ©rone disponibles, sous lâargument transphobe quâils en auraient plus besoin que les trans.
Nous bĂ©nissons toutes les femmes et toutes les personnes qui luttent sans relĂąche pour le droit Ă lâavortement dans le monde. Nos pensĂ©es vont Ă toustes celleux qui sont dans un Ă©tat proche de lâOhio, le moral Ă zĂ©ro⊠comme lâAlabama, ou le Mississippi, oĂč des propositions de lois scandaleuses visant Ă restreindre lâaccĂšs Ă lâavortement sont autant dâattaques meurtriĂšres mises en Ćuvre par des hommes blancs, cisgenres et hĂ©tĂ©rosexuels. Nous ne sommes pas dupes: ces propositions de loi sont le produit du sexisme et de la misogynie. Elles visent Ă©galement les personnes les plus prĂ©caires, qui seraient dans lâincapacitĂ© financiĂšre de se rendre ailleurs pour avorter, renforçant encore les privilĂšges et lâĂ©cart entre les riches et les pauvres.
Nous n'oublions pas de bĂ©nir celles et ceux qui attendent... attendent... attendent encore... et qui a priori n'ont pas fini d'attendre qu'une loi autorisant la PMA pour TOUSTES soit enfin votĂ©e dans ce pays. Les gouvernements successifs se foutent de notre gueule et de nos projets parentaux : 2013 ? non, Hollande recule lĂąchement, trop tard, le train est passĂ©. 2017 ? Non, 2018. Enfin, en toute fin d'annĂ©e 2018. Et puis quoi ? ĂtĂ© 2019. Eh ben dis donc, on prend son temps, il y a apparemment des promesses de campagne plus urgentes que d'autres. Et maintenant ? Ah bon, courant 2020 ! C'est un gag ? Nous on n'en peut plus de cette attente et de ce mĂ©pris, nos vies sont en cours, nos amours et nos projets sont lĂ , on est prĂȘtes, mĂȘme si on ne rajeunit pas avec tout ça. Alors les Soeurs ne bĂ©nissent pas celles et ceux qui s'obstinent Ă nous rendre la vie difficile, en repoussant encore et toujours cette loi qui nous rendrait la vie plus facile, plus belle et plus juste. On en a raz le cul dâattendre alors quâon en voudrait plein les ovaires!
Nous nâoublierons jamais de bĂ©nir les travailleurs et travailleuses du sexe, subissant au quotidien des lois rĂ©pressives et patriarcales qui, au lieu de les protĂ©ger, les prĂ©carisent, les insĂ©curisent et les tuent. Vanessa Campos, assassinĂ©e lâĂ©tĂ© dernier au Bois de Boulogne, est le symbole tragique de toustes les prostituĂ©.e.s quâon pousse Ă la clandestinitĂ© et la vulnĂ©rabilitĂ©. Encore en 2019 on essaye de nous imposer quoi faire de notre corps, comment le vĂȘtir et jusquâĂ quel point, ce que nous devons cacher (on montre ses tĂ©tons) et ce que nous devons dĂ©voiler (on montre le voile).
Nous bĂ©nissons les folles et les camionneuses, les maquillĂ©.e.s et les enrobĂ©.e.s, les pailletĂ©.e.s et perruquĂ©.e.s, celles qui ne sâĂ©pilent pas et ceux perchĂ©s de la voix, les extravagantes, les bruyantes, les hystĂ©riques et les lyriques (quand on les nique), les queens qui font trop de maniĂšres et les kings qui nâen font pas assez. Celles et ceux qui, comme Bilal Hassani, dĂ©rangent par leur visibilitĂ© et Ă qui on reproche de donner une mauvaise image de lâhomosexualitĂ©. Nâen dĂ©plaise Ă Pierre Palmade et Matthieu Delormeau, la vraie bonne image de lâhomosexualitĂ©, câest de se battre pour ses droits, sa communautĂ©, contre le sida, contre les LGBTI phobies. Le reste, ce quâon porte, sa façon de se tenir, de marcher ou de parler, est accessoire et ne regarde personne. Nâoubliez jamais que si vous avez aujourdâhui le droit dâexister, câest parce quâil y a cinquante ans, ce sont des travelos, des tapins, des personnes trans, des camionneuses qui ont luttĂ© contre des forces policiĂšres haineuses, Ă New-York.
Nous bĂ©nissons StormĂ© DeLarverie, Marsha P. Johnson, Sylvia Rivera et les anonymes qui se battirent pour nos droits en 1969. Nous le crions haut et fort : « Stonewall nâĂ©tait pas un pique-niqueâ. Ă Greenwich Village, pas de balade bucolique, on hurlait pour se faire respecter et ce nâĂ©tait pas des coups de soleil, mais des coups de matraques quâon se ramassait sur la gueule. Puisque les flics ont frappĂ©, la rue sâest enflammĂ©e et sous les pavĂ©s se trouvait lâĂ©galitĂ©. Nos dĂ©sirs font dĂ©sordres surtout envers les forces de lâordre. Cinquante ans aprĂšs, câest toujours la mĂȘme chose. Quâon ne parle pas de bavures policiĂšres quand les seules victimes sont des minoritĂ©s ou lorsque les queer qui luttent contre la rĂ©cupĂ©ration commerciale et politique de la Pride sont nassé·e·s, comme Ă Bruxelles il y a quelques semaines.
Nos amours, nos luttes, nos mĂ©moires et nos paillettes ne sont pas, ne seront jamais Ă vendre. Ă toutes les entreprises, Ă tous les partis qui disent ĂȘtre de notre cĂŽtĂ©: si vous voulez rĂ©ellement soutenir nos combats, retirez-vous de nos marches, respectez leur histoire militante et rĂ©volutionnaire ! Ce nâest pas en floquant des drapeaux arc-en-ciel que vous ferez avancer nos droits.
On nous a exhortĂ© Ă voter Macron pour Ă©viter Marine. Ătait-ce juste une demande de dĂ©lai supplĂ©mentaire pour mieux construire le boulevard Ă lâextrĂȘme droite ? Condamner pour dĂ©lit de solidaritĂ©, refuser un pavillon Ă lâAquarius, inscrire lâĂ©tat dâurgence dans le droit commun, vente dâarmes Ă lâArabie Saoudite pour la guerre au YĂ©men. Difficile de distinguer Jupiter de Le Pen. Nous nous inquiĂ©tons depuis des annĂ©es sur ce sujet et appelons Ă lutter contre la montĂ©e des fascistes partout en Europe.
En attendant, nous bĂ©nissons toutes les putes, les personnes trans*, les travelos, les racisé·e·s, les folles perdues et celles quâon a perdu au combat depuis lâan 0. Une pensĂ©e pour celleux qui perdurent Ă aller au front, les enragé·e·s, les acharné·e·s, tou·te·s les militant·e·s inconnu·e·s qui reposent sous nos arc-en-ciels et au Paradisco. Tou·te·s nos proches, oubliĂ©s des archives, puisque notre mĂ©moire est orale et que nos ancien·ne·s ne sont pas Ă©ternel·le·s. Ă celleux dont le cul est international et qui prĂ©fĂšrent se rapprocher pour sâembrasser plutĂŽt que pour sâengueuler. Nous bĂ©nissons les barbues, les pĂ©dales, les droguĂ©.e.s, les anarcho-syndicalistes, les immigrĂ©s, les tox, les femme voilĂ©s Ă voiles et vapeurs, les gouines, les inter-mi-tantes, les trans* avec ou sans passing. A tous les jeunes, vieux, grands, gros, gras, maigres, Ă toutes les folles, flamboyantes, fabuleuses, hystĂ©riques et intĂšgres, Ă toutes les femmes, les filles, les guerriĂšres, les timides, les taulardes, les poilues, Ă toutes les couleurs, Ă ceux dâici, Ă ceux dâailleurs, et Ă tout ceux qui sont perdus ; Ă tous les fous, les fadas, les furieux·ses, les fracassé·e·s, les fĂȘlé·e·s et les fier·e·s ; Ă toutes les salopes et les maladroits, aux grĂ©vistes, aux artistes, aux autistes, aux anarchistes, Ă celleux qui courent, celleux qui roulent, celleux qui sautillent, celleux Ă bĂ©quilles ;  à toutes les folles et les prisonniĂšres, Ă celleuxs qui luttent, Ă celleuxs qui se laissent pas faire. Nous bĂ©nissons les riens, les sans-dents, les pauvres, les voyous, les tapins, les chauves, les prĂ©caires, celleux dans la rue, dans les bars, celleux Ă qui la sociĂ©tĂ© ne laisse pas dâespoir.
Nous sommes lĂ car nous sommes en colĂšre, mais nous gardons lâespoir ! Câest pourquoi aujourdâhui, Ă vos cĂŽtĂ©s, nous allons marcher, crier notre rage et notre joie dâĂȘtre lĂ .
Rapprochez-vous, maintenant câest vous que nous allons bĂ©nir !