Quand un état en vient à tuer, blesser ces citoyens, ceux qu'il a juré de protéger contre toute menace et eux même, c'est que quelque chose s'est brisé. Que la démocratie pour laquelle tant se sont battus est devenue hypocrite et intéressée, que la raison et la décence l'ont quittés.
Les forces de l'ordre et de son maintien démontre à chaque occurence d'une décision prise au nom de quelque motif que ce soit que la notion d'ordre est à mettre entre grosses guillemets, tout comme celles invoquées autour des motifs qui semblent en justifier l'existence.
Pourquoi un barrage, pourquoi des licenciements, pourquoi des réformes, pourquoi des expulsions, pourquoi ...
Chaque situation est unique mais les similitudes constatées entres beaucoup d'entre elles témoignent d'une incapacité à l'honnêteté, au discernement lucide nécessaire à la gestion de conflit de la part de toute instance décisionnel.
Oui, nous avons cette liberté de dire et crier qu'on n'est pas content d'une situation, d'une décision. Oui, nous avons la capacité d'être violent face à ce qui peut révolter, insurger. Nous sommes maitres de notre destin, de nos vies mais pas de chacun de ces aspects. Et c'est une bonne chose que d'être encadré, accompagné, reprimandé par l'autorité de l'état.
Cependant, si ce n'est pour quelques groupuscules se fondant malheureusement dans la masse, nous ne nous rassemblons pas qu'à peu et pas pour rien, et toujours avec l'intelligence de prôner la pacifisme, l'abscence de violence à la personne, qu'on défende des idées ou un éco-système. Oui, nous allons nous en prendre à des locaux, des machines, des installations pour la simple raison que l'homme a toujours tiré satisfaction dans le fait de saccager, que ce soit son foyer sous un accés de colère, ou des villages entiers sous le coup d'un devoir inculqué.
La est tout le paradoxe de la situation.
On est en mesure de parler de guerre quand des gens luttent pour préserver un espace, une idée, une cause, une croyance, une survie des mois durant face à des semblabes dont l'intérêt et les enjeux de la cause les dépassent totalement. Ces semblables sont créés de toute pièces, éduqués, entrainés, armés, équipés, payés pour répondre à des conflits qui dépassent le cadre de ceux dans lesquels ils sont mobilisés. La preuve en est l'absurdité des conséquences de la présence de ces hommes face à des manifestants.
Un oeil arraché, de la paralysie, des membres cassés, d'autres démis, un décés pas plus tard que ce week end. Il y a une incohérence flagrante à vivre et croire dans ce monde, tant il y a un écart de méthode et de motivation dans les luttes du quotidien. Une telle violence fait ressurgir ce qu'il y a de pire dans un être humain. A l'accoutumance et l'habitude s'ajoute la lassitude face à ce qui peut durer. Et il est important d'admirer le courage, la lucidité et la patience tenace de ceux qui se battent pour ce en quoi ils croient et ne pas recourir à de telles méthodes. Personne n'est jamais tout blanc ou tout noir, il y a toujours des minorités qui ternissent l'image et le propos de la majorité, et ce dans les deux camps. Mais l'uniforme semble octroyer un pouvoir qui rend majoritaire les excés et abus constatés.
J'ai vu sous mes yeux des mouvements impliquant les deux parties, j'ai vécu les échauffourés des conflits d'idées face au tonfa de l'autorité, j'ai constaté les tâches de sang sur le sol et les pompiers s'occuper des bléssés. Je n'ose imaginer ce que vivent ceux qui se battent en ce moment pour qu'une terre reste entière, d'un coté comme de l'autre, l'usure des corps et des esprits.
Le fait est que je n'ai pas participé à une manifestation depuis plus de cinq ans pour la simple raison que tant de force déployée pour contrer une idée me parait disproportionnée et qu'entreprendre un tel combat demande une force de caractère que je n'ai plus. Je suis lâche par peur pour ma vie, et parce que cet écart rend l'ensemble vain. J'admire cependant aujourd'hui ceux qui l'entreprennent et le tiennent. Il est indispensable que ce soit fait. L'argent n'est rien face au coeur. Je déplore les dommages humains parce qu'inutiles et trop nombreux, tout comme l'obstination à appliquer ces ordres et à les outrepasser.
Je ne suis qu'un homme avec sa perception, sa voix et ceci est ma façon d'encourager le combat.