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@dordanae
les allongés
des impressions d’un long séjour à Florence - loin des foules
Elle l’interroge sur son collier
Je reviens du Père Lachaise, où je me balade à chaque fois ici à Paris, surtout quand il fait chaud, lieu idéal de paix et de fraîcheur sous les grands arbres.
J'ai passé deux heures avec un homme qui arrose tous les jours les fleurs des tombes du Père Lachaise, pour son plaisir. Simplement, je lui ai dit bonjour parce qu'il arrosait une tombe que j'ai déjà prise plusieurs fois en photo, c'est la tombe d'un enfant et souvent les plantes ruissellent quand j'y passe. Et puis ce médaillon avec cette grande photo d'enfant m'a toujours troublée. Il m'a répondu bonjour. C'est rare que les gens disent bonjour dit-il. Parfois je leur dis, et ils répondent pas.
Mon arroseur porte le médaillon en or de sa mère autour du cou et il est étonné que je lui demande où se trouve la tombe de Chantal Akerman, c'est rare franchement, avec un bon accent parigot. Moi, je me dis, c'est rare les gens qui savent qui c'est, au point de savoir qu'elle s'est donné la mort. Il va me la montrer parce qu'il y a deux divisions 49 et c'est pas simple. Plus tard, je lui pose une colle, il ne connaît pas Unica Zürn et Hans Bellmer à qui j'ai déjà rendu visite. Mais sinon, il les connaît toutes.
De toute façon, en général il aime pas répondre aux gens ou alors il les envoie dans les mauvaises directions, comme cette femme l'autre jour il l'a envoyée en bas, ils sont cons les gens. Et puis, par là, c'est un grand homme et là, une grande dame. Pissaro, Marie Laforet, Méliès, Nerval, Colette, Annie Girardot, Michel Delpech, l'inventeur de la locomotive, une tombe où le nom se révèle grâce à un miroir, les Roméo et Juliette, la tombe des parents de Mylène Farmer, un jour cette conne, elle a même fait fermer le cimetière pour venir voir ses parents.
J'aurais aimé tout retenir. Tout enregistrer.
J’vais te montrer un truc que je montre à personne. Et ça là tu vas voir, t'as de la chance, je l'ai montré que deux ou trois fois. Et puis, son ami d'enfance à qui il vient rendre visite depuis 2001 mais j'ai bifurqué avant pour rentrer, peut être par pudeur ou parce qu'il fait bien chaud aujourd'hui. Et les touristes qui sont insupportables et les guides aussi, il leur parle pas aux guides, ils racontent n'importe quoi sur les tombes, ils font toujours les mêmes circuits mais eux ils lui disent bonjour et puis lui il leur répond pas. Tu as du temps ? Oui, bien sûr, j'ai tout mon temps. T'es drôle toi t'es un peu comme moi je t'aime bien et puis j'adore tes cheveux, on dirait que t'as une perruque, comme ma meilleure amie, une jolie perruque. D'ailleurs son mec, je le fais pas rentrer chez moi, j'l'aime pas. Il la traite mal. Moi j'ai été avec deux femmes et elles m'ont quitté toutes les deux, parce que j'étais trop gentil. Bon moi je m'en fous, rentre chez toi j'ai dit. J'ai pas pleuré quand ma femme m'a quitté. Pas comme mon meilleur ami, quand il est parti, il me l'a fait à l'envers.
Il boîte en marchant d'un pas très vif et préfère les allées à l'ombre, parce qu'il ne doit pas se mettre en plein soleil. Je crois qu'il a une maladie de la peau qui dépigmente, ça se voit, il porte un short.
Et il parle. Son arrosoir en plastique vert à la main. Et puis pour finir je l'ai pris en photo avec l'argentique, je lui ai demandé si je pouvais. Et il a dit, jamais j'accepte ça. Et là oui. C'est devenu très calme d'un coup. Moi, jamais j’ai fait ça, demander à quelqu’un, comme ça.
Puis il m'a reparlé après, avant que je m’en aille, la photo de son médaillon autour du cou un peu mangé là tu vois, c'était ma nièce quand elle était toute petite et que ma mère la tenait, elle mordait sans arrêt le médaillon. Il y a des écritures en arabe gravées. Sa mère était algérienne, morte quand il avait 19 ans. Et lui s'appelle Nordine. Pas Nadine, quelqu'un l'a appelé comme ça ce matin, et il a pas répondu. On les lui a pas coupées quand même.
Je veux rentrer en Italie. Idiote, rentrer ? Oui, je suis une étrusque renaissante égarée au pays des frites. Ce n'est pas que je n'aime pas le métal gris d'ici. - Pense, lecteur - Italie, je m'allonge dans ta poussière, c'est Toi, mon pays. Je veux Ton soleil. Que tu peignes mon corps a tempera, que tu éclates des grains de raisin très froids en les pressant contre ma peau réchauffée par la sieste de l'après-midi, je veux des lucioles par-ci quand le jour fuit, entendre chaque jour au matin couler l'eau des fontaines, prenons garde sur les pierres mouillées, éparses là, des cigales au zénith, je rejoins mon ombre sous le grand hêtre et comme chaque jour, à la même heure, Dante dépose des vers dans mon cou - La mémoire de ce moment me baigne encore le corps de sueur - je me dénude et plonge en le froissant dans le quartier de lune immaculé, l'eau est noire pétrole, je suis païenne éternelle, je marche droit la nuit dans les rues d'Assise, j'épouse les canaux de Venise, m'évapore à Bagno Vignoni, dépose des fleurs à Monterchi, je cours, je fuis, je
- ta muse, ce pays,
oui.
Et aujourd'hui, à Bruxelles - il fait beau, merci.
Portrait de ma mère.
'' je ne veux pas qu'on voit ma tête ''
D'accord maman.
Le trouble
De la pleine nuit
Expression à tendance lumineuse
paris et liverpool
Tramway à Bruxelles
Y a des jours où c'est plus facile à vivre cette oppression-compression-adaptation forcée de mon corps féminin dans le territoire masculin (cet espace mental et physique qui m'est imposé). Quels sont les remèdes pour ne pas devenir folle à force d'observer et lister ce qui est en déséquilibre : non-visibilité des femmes, violences (psychiques et physiques, de l'intime jusqu'à l'étatique, le politique comme champs de bataille de l'intime), torsions du langage (désirer devient souhait de propriété et/ou expression d'une domination non consciente), construction millénaire de La version de l'Histoire, espace public masculin, milieu artistique masculin, milieu politique masculin.
Juste, d'inverser, dans la rue, les cafés, les peintures, les publicités, les récits, en jouant à imaginer des femmes à la place des hommes et vice versa, amusez vous, c'est devenu un réflexe pour moi, je ne le supporte plus, tellement ce passe temps du quotidien a le mérite de révéler ce qui est, sous nos yeux, brouillé par le filtre '' patriarcat'' (gélate monochrome).
Si les hommes ne deviennent pas radicalement féministes sous prétexte qu'il y a certainement de leur point de vue logique des priorités de combat à mener avant celui ci, je crains qu'un dialogue se rompt définitivement car il n'est plus temps d'expliquer à quel point, de justifier, de s'excuser, de rassurer, tant les récits et les corps des femmes (mortes, tuées ou vivantes, regardez les ces déesses) sont meurtris par cette société que je sens, que je souhaite agonisante.
Il est temps de changer de point de vue, d'opérer une rotation du corps et de l'esprit, de ne plus trouver raison à ce qui ne se questionne en réalité pas, de ne plus créer débat ou de minimiser lorsqu'il y a simplement à fermer sa gueule et d'entendre, une bonne fois pour toute, sans commenter, d'accepter et d'accueillir ce postulat : c'est urgent, c'est vital. La radicalité s'impose. Tu me suis ou tu fuis.
IMPRESSIONS EXPOSITION FLORENCE CATS
GALERIE LA PART DU FEU
OCTOBRE 2019
Texte d’Elsa Guénot
Je m'y plonge.
Je plonge
dans le mensonge.
C'est délicat -
de nommer ?
Les feuilles volent, dans la pièce blanche, dans le courant
le courant d'air
frais, dans le gris de la ville ici.
Il a dû souffler
un peu
comme ça.
Danse, palmier, danse.
Et puis, plus fort. Ici le froid. Là-bas, très chaud je crois.
Les feuilles se soulèvent, lieux de transparence, lieux nus qui se découvrent à mesure
du rythme
des bourrasques.
J'ai en souvenir, la mer qui se retire,
J'ai, en souvenir diffus, des élans confus.
Du bleu qui devient gris
du vert qui s'endurcit.
Et une mélodie, est-ce la pluie qui frappe ? La porte qui claque ?
Je cherche du regard, ici ou là -
Je décide de rester face, je préfère.
Et je plonge dans l'écume irisée
je plonge pour ne pas, pour ne plus
sentir le vent s'engouffrer.
Je croise des mots au milieu du chemin
et des figures, des coraux arrachés et des récits d'aujourd'hui.
Je crois qu'Hector n'existe pas.
Ferme la porte, déposons-nous là.
William, Florence, Homère, gardiens du temps sur la lagune, sur le bitume.
La feuille, au vent, se soulève et s'apaise.
- expérimentation du geste d'accueil de l'Annonciation - => constat : geste flou [source et lieu : Fra Angelico - couvent San Marco]
Je crois que nous (les gens) manquons profondément de désespoir. Sinon, on (les gens) agirait autrement.
Une fois écrit ça, j'ai le hoquet.
Tentatives, sur plusieurs années, de création du contexte favorisant l'episkiazo. ------------------ -------------------
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Qu'est-ce que la folie ? LA FORCE SACREE QUI LANGUIT EN PRISON.
Dialogues avec l’ange, entretien 20. Gitta Mallasz.
bruxelles - rue neuve
Tâchez de garder toujours un morceau de ciel au-dessus de votre vie, petit garçon, ajoutait-il en se tournant vers moi. Vous avez une jolie âme, d'une qualité rare, une nature d'artiste, ne la laissez pas manquer de ce qu'il lui faut.
In Du côté de chez Swann, Marcel Proust.