Avoir le dernier mot.
À voir le dernier mot, la dernière lettre, disparaitre le paysage, encore tout empreint de sa présence, prétexte un bégaiement fantômatique.
Tout est redevenu comme avant. Et pourtant...
Claire Keane

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Avoir le dernier mot.
À voir le dernier mot, la dernière lettre, disparaitre le paysage, encore tout empreint de sa présence, prétexte un bégaiement fantômatique.
Tout est redevenu comme avant. Et pourtant...
La disparition
Le temps de parole s’achève. L’écrit va s’éroder. Je pense à Gianni Pettena, à une phrase de lui, une simple succession de mots, qui s’accrochent à moi, j’y reviens, je passe toujours beaucoup de temps à la rechercher sur internet, je sais qu’elle contient ce que je ressens, mais ai toujours peur de perdre un mot, ou d’en modifier un, maintenant je l’écris, ici, je la retrouverais ainsi plus vite, l’idéal étant de la retenir, de la parole entendue, la figer, la noter : “energia, processo, scarto, dispersione”
Au Caillou-qui-Bique, on entre dans la dernière phase. Dispersion. Les lettres se désagrègent, perdent leur forme, la structure presque moléculaire ne retient plus rien. Les lettres cèdent. Le mot redevient rondins.
René est venu aidé, avec une scie à laquelle il tient -faite main- par lui. Increvable, en acier. Le manche, en bois tourné, un peu piqué. René, dans son atelier, accroche sa scie à un porte manteau.
Moi je porte un t-shirt, exhumé de la pile dans l’armoire, et qui se met à résoner. “Les amis du verbe” sur le coeur. Je demande à Rémi de prendre la photo. Une note, prise avec mon Stylus. Et se développant ici, chargés de le démonter, conscienceusement, le verbe à Verhaeren, “DITES”, au beau milieu du champ. “Les Amis du Verbe” Le t-shirt porte son histoire. “Scarto”. Ne sachant pas à ce moment-là que, la veille, les amis du verbe s’étaient encore une fois réunis à Laffite-Toupière. Le découvrant, là maintenant, en cherchant un lien ancien à coller: ici.
Seules deux lettres furent démontées, emportées. Pris par le temps, le dernier mot fut dit.
La suite jeudi.
Interactivity
De nouveau l’oeuvre a retrouvé sa nature interactive. Désormais flirtant avec l’ultra-lettrisme, elle a perdu son caractère très lisible et propre pour devenir une oeuvre qui porte en elle une féroce violence. On retrouve ce motif de cristallisation avec lequel dimitri vazemsky joue souvent dans ces oeuvres ( voir La Cabane du Lacérateur Anonyme sur les affiches lacérées, et comment la lacération est désormais contenu à la cabane...). L’acte de vandalisme est intégré dans l’oeuvre dès le départ, attendant les gloglos dont la réaction évidente est un pur réflexe réactif programmé jouant sur l’impression de liberté éprouvée durant l’acte de destruction, impression fausse puisqu’attendue et programmée. L’espace public n’a jamais été une galerie privée, ni un musée. Et la liberté pas si évidente à trouver.
On retrouve également les questions chères à l’artiste sur l’oeuvre comme bouc-emissaire, effectuant une canalisation d’une force: ici de destruction, portée sur un écran ( souvent à connotation culturelle comme ici le mot ÉCRIRE). Cette canalisation pointant ainsi l’effet de soupape, collective et sociétale. On reste dans le domaine de la représentation. Théâtrale. Du rejet. Voir à ce sujet cette vidéo “Pré-test à la littérature engagée” c/o dimitri vazemsky dans le cadre de Diction Directe, montrant un passage à l’action qui, pourtant, malgré tout, reste dans la représentation.
L’oeuvre désormais parle de l’oralité, d’un écrire qui lui aussi ne tient pas, comme une vanité, révélée. Cette force, appliquée à détruire l’écrit, pointe une force de destruction propre au langage et naturellement présente à l’oral.
Les mots, une fois prononcés, se fracassent dans le silence du courant. L’oreille seule, attentive, atteste de leur existence par l’écho.
De ce qui déjà n’est plus.
( photo c/o réné legrand, caillou-qui-bique, septembre 2015 )
(dites)
Trois formats c/o gregory édelein. Spécialiste de la parenthèse dans le paysage, venu apporter un clin d’oeil typographique le jour du vernissage, aux Primitifs Lettristes, soit dit en passant internationaux... le Chili dormant au premier plan d’une sieste bien méritée, quoiqu’accoutumée. Le travail de grégory edelein vaut le détour.... (entrée ici).
Invitation au voyage
L’invitation, une nouvelle émission de la RTBF, consacrée au projet: cliquer ICI.
Un mot
“Il est des mots qui sont d'une volonté telle que se plaire à leur musique ou leur geste, lentement, aimante l'esprit entier. Je vécus avec l'un d'eux, toute une année,compagnon assidu le matin, hôte le soir. Je me laissai séduire par sa vie profonde et dardante, et maintenant encore il est là devant moi, taciturne, effrayant, comme un grand malade, qui, certain, par la seule fixité de ses regards, d'être obéi, impose : - « Ecrivez. »
Le jour de notre rencontre, il n'était qu'un assemblage quelconque de majuscules, une chose froide, en bois. J'avais lu cela sur une enseigne. Des linges ballants à un balcon y mirent le soudain coup de vent de leur ombre, et ce passage comme d'une aile, cassée néanmoins par la victoire définitive du soleil, le fit ressortir de son immobilité. Bien qu'après il retombât dans sa léthargie de matière, pour moi, peut-être pour moi seul, il était quelque chose qui m'avait fait signe. Je le recueillis tel quel et le déposai en un tiroir de ma mémoire, là, jusqu'au moment de nuit que je destine, avant de m'endormir, à regarder sous la flamme paiement jaunie de la lampe, mes impressions de chaque jour.
J'eus peine à me ressouvenir: les lettres dégrafées gisaient à droite, à gauche, comme les petits ressorts d'une mécanique très vieille, pleine de poussière. Mais la rue où je les avais trouvées jointes, la forme de l'enseigne, le badigeonnage de la façade et surtout la minute d'ombre sur la murale page du soleil dressèrent le mot, glorieusement entier. Je le vis surgir, et cette fois, avec sa personnelle et inquiétante volonté de durer pour ma méditation et mon angoisse.
Je le répétai plusieurs fois de suite, machinalement, ne m'inquiétant ni du sens ni de son âme. Chaque syllabe, sonna comme un timbre d'instrument particulier, les signes se mirent à dessiner leur silhouette, ils me furent un graphique décor, complice de l'harmonie fondamentale des voyelles. Pour satisfaire mon irrésistible désir, je me plus à chanter un air monotone et sans presque le vouloir, le mot s'adaptant à la musique, le mot ! m'apparut profondément noir.
Je le vis devant moi comme une chose d'ébène fourbie aux angles, avec des mains de lumière. Une forme de catafalque lentement se dégagea, barrée de croix. Etymologiquement il ne désignait ni un cercueil ni une draperie, mais des sons de cloches et d'orgue, et des échevellements de torches jetaient leur drame à travers. Il évoquait des soirs de Dies irae interminables, clamés interminablement en des ténèbres de cryptes ou d'absides par des prêtres, sous l'oblique tranchant d'effrayants luminaires.
Peu à peu - et mon absurdité étant de voir s'aggraver l'intensité de la vie - je le vis se mouvoir et acquérir comme une apparence humaine. Du catafalque encore braséant devant mes yeux, il m'avait semblé voir se dégager une forme bientôt confondue avec la fumée multicolore des cierges. Je ne m'étais trompé guère, puisque tout à coup voilà que m'apparut une figuration d'abord vague, bientôt vivante, la même que j'avais prévue latente entre les lettres du mot.
Désormais quelqu'un, il ne se sépara de moi. Assidu comme un ami, mais aussi comme un mesureur scrupuleux de mes pensées et de mes actes, tandis que je réfléchissais, je sentais mon cerveau illuminé et comme violé : il traversait mes yeux. Je ne m'éprouvais plus librement penser. Les funèbres certitudes, les à tout jamais déplorablés cogitations, la mort ! décidaient de mes réflexions. Je marchais par des allées de pierres sur des linceuls de dalles blanches. Au bout, il était là toujours, corps d'ébène, avec ses yeux comme des clous d'argent. Et non seulement le soir, mais le jour, en face du merveilleux soleil suspendant des prismes aux franges des nuages. II dominait ma vision et mon oreille n'entendait que son pas.
Dites, les pressentiments morbides, les vêtements de deuils inconsciemment portés, les larmes douces de Dieu savait quel trépassé, la peur de clartés soudainement éteintes, les silences atrocement gardés, les sourires, hélas ! les hypocrites sourires crispés en masques sur l'intimité de ma toujours pâle terreur. Il m'arrivait de n'oser point ouvrir une porte : derrière il était là, debout - d'hésiter à gagner mon lit : dans le froid des draps froids, il était là, couché. Quand me battaient les tempes, j'écoutais des marteaux battre de la folie, et c'était comme en des temples de marbre nocturnes qu'on sonnait à ténèbres, qu'on sonnait et sonnait à ténèbres, interminablement, pour ma raison.
Je me mis à lire des livres : les pages, sous la fièvre de mes doigts, s'agitaient d'un innombrable tumulte d'ailes fatales : les phrases de fer, avec les pointes de leurs lettres, sautaient du texte, hostiles comme des vrilles, et vers mes regards, droites. Des jours et des jours seul dans ma chambre et néanmoins redoutant cette solitude, de derrière mes fenêtres, souvent il m'est arrivé de tendre d'inlassables bras vers les nuages du soir que les automnes sculptaient et cassaient au vent du Nord et qui partaient en colère là-bas les uns comme les autres s'écraser dans la mer. Quelques portraits, je n'osais les fixer: les mains certes tenaient entre leurs doigts des fleurs banales : mais la bouche, mais les lèvres de quelle syllabe dite, de quelle syllabe lentement prononcée, étaient-elles donc mortes ?
Je vécus ainsi longtemps dans la chapelle ardente de sa présence, parmi des cierges et des flambeaux. A telle heure du jour, sa hantise me tirait violemment vers l'alcôve fermée où mon père s'était raidi en cadavre. Et moi-même, je me sentais m'en aller, cloué en bière, entouré de cierges, hélé par des tombes, descendu dans la terre, tandis que lui, le mot, on le plaquait noir sur noir, contre la pierre de mon cerveau.”
Etrange texte, en prose, de Verhaeren. Lettriste. Le mot a une présence, une matière. Une existence propre. J’avais donc décidé d’écrire ce mot “écrivez” au Caillou-qui-Bique... Et au dernier moment, les lettres toutes emmenées, je rejetais l’impératif. Et le donneur d’ordre... Restait, à chacun, à conjuguer. Le verbe. “Écrire”.
dits/sections
“Tant de pages, tant de livres, sources d’émotion, qu’on nous fait lire pour y étudier la qualité des adverbes ou la propriété des adjectifs.” Emil Verhaeren Cioran ( tuning léger c/o vazemsky)
Sur la photo du haut, une série de livres d’école, chacun retenant la page où se trouve, au programme, un texte d’Emile Verhaeren. En extrait souvent. Exliqué. Ou à expliquer...
Voici, ci-dessous, un florilège de questions pédagogiques aidant à saisir la poésie du texte en milieu scolaire. Pour ceux qui néanmoins voudraient revenir aux textes, illisibles ici sur les photos, veuillez suivre ce lien (fb) et lancer l’affichage en pleine page: ici
Poésie #85, “Nos belles lectures” Cours Élémentaire 1ére année, 1949.
“Comprenons la poésie. Le poète nous présente ses deux pigeons: voyez-les qui, comme deux sabots légers et clairs, trottent tout le jour. Ils sont les amis de la maison qu’ils animent et égaient. Puis voyez-les au colombier et au champ. Ils ont une nourriture de choix, et, toujours en amis familiers, ils viennent trouver le maître qui sème le blé dans le sillon. Dessinez les deux pigeons qui trottent, - qui picorent, - qui s’envolent...
Quelques questions sur le texte... Vers et Prose, Classe de Cinquième. Fernand Nathan 1958
Quel adjectif indique que ce berger n’est pas un novice? Quel effet est produit par la répétition de la conjonction “et”: a) au v.3; b) aux vers 17-18? Montrez, en citant des exemples, que ce berger est sensible à la beauté des paysages; qu’il est un peu sorcier. À quels vers, dans ce poème, vont vos préférences? Pourquoi?
“Dans ces strophes consacrées à un vieil arbre qui continue à vivre malgré l’hostilité des saisons, le poète nous invite à retrouver l’obstination méritoire d’un être qui s’accroche à la vie.”
“Quel effet produit le vers 25 après l’évocation de la force? “
“Comment se précise à la fin la valeur symbolique du saule?”
Français 4ème, Lagarde et Michard, 1961
Relevez ( v.33) deux mots qui semblent en contradiction; expliquez cette contradiction apparente.
Vers et Prose, Classe de Cinquième. Fernand Nathan 1958
Les idées: C’est le tableau émouvant des tristesses de la guerre et de l’invasion. 1. La fuite des habitants: le souvenir des jours paisibles ( le champ..., l’étable..., la messe); une expression originale: mes pas qui fuient... 2. Les incendies : Voyez les larges fumiers noirs qui fument. 3. Quelques traits particulièrement évocateurs et poignants : les pauvres gens qui entassent leurs meubles et leurs provisions..., leurs larmes..., les vieillards..., les mères ( les épithètes, - le dernier vers).
A moi d’ajouter: observer dans les commentaires, l’étrangeté des italiques, les points de suspension...
La lecture littéraire et le français, Certificat d’études primaires et classe de fin d’études, Fernand Nathan 58ème édition 1929.
La Guerre des Mouchoirs, Français Classe de 3ème, 1962.
“Ce poème consacré à l’effort reflète assez bien les tendances générales de son lyrisme; le sentiment qui anime cet hymneau travail, la vision finale d’une humanité réconciliée sont l’expression d’une foi sociale pleine de ferveur.“
“Appréciez, dans la strophe 2, la diversité des couleurs et la valeur expressive du rythme des v.9 et 14.” “Expliquez vont et vont ( v.22)” “Montrez que les v.33-35 sont dignes d’un peintre et d’un sculpteur;”
Application
Une application “emile sur paysage”, créée pour l’Espace Muséal Emile Verhaeren de Roisin, vous permettra de suivre le chemin des pierres. Elle est disponible sur Apple Store, ici, et sur Android- ici.
Embarquez-là avant votre départ, chez vous ou à l’espace muséal. Installez-là et gardez le téléphone à la main. Impossible de se perdre, il connait la route.
La surprise est ailleurs. Sonore.
( photo c/o rémi vimont )
Writing Case
écrit/écrin
(photo c/o rémi vimont)
juxta
Emile traverse des paysages et écrit. Dans Impressions, cette phrase, pensée. Le livre est photocopié un siècle plus tard par René, un coup de stabilo jaune pointe. Survival of the fittest. Les marques en marge sont miennes. La photo et la main aussi. Pour résumer, à l’aide du “c/o”, abbreviation postale du “care of”, on a:
“La poésie” c/o Emile Verhaeren c/o Mercure de France éditions MCMXXVI c/o une édition papier de ce livre c/o René Legrand lisant, photocopiant, stabilotant c/o dimitri vazemsky, margeant, photographiant, tenant - dernier corps dans l’histoire c/o Emile sur Paysage c/o Mons 2015.
socle
La question du socle est essentielle à la sculpture contemporaine.
“L’écriture sur paysage est une continuité de cette question du socle dans l’art. Le mot, posé sur un contexte, transforme le paysage en support à la création: l’écriture. Le paysage, par le mot qui y est inscrit, est en quelque sorte réifié, devenant socle minimal, écrin, comme la page d’un livre. Presque aussi signifiant, en terme de lieu et de connotation, que le socle en musée. Ou dans les temples. Prenez cette photo, in situ, (une photo de rémi vimont, reprise par vazemsky dans son blog ) , où l’on voit l’artiste lui-même, sur un socle primitif de rondins. Photo anodine de chantier mais où l’on retrouve grand nombre de questions prisées par vazemsky. Le tas de rondin, le socle, de bois, nous ramène à l’étymologie italienne du mot, zoccolo, du latin soculus, dont le sens est proche de sabot, la chausse mais aussi le sabot animal. L’autre étymologie primitive pointée, celle-ci non plus linguistique mais visuelle, est celle de la tour de guêt. L’élévation pour mieux voir. Le point de vue. Et ainsi la naissance du paysage. Par cette élévation, le paysage autour est convoqué autrement, à la base de l’installation. La photo, prise lors de l’installation de DITES pour le projet Emile Sur Paysage au Caillou-qui-Bique, invoque aussi le dernier livre sur lequel vazemsky travaillait, “Yves Klein la Sculpture et le vide” de Nicolas Charlet. Livre entièrement réalisé par vazemsky, mise en page, conception, illustration. Klein étant le premier, avec la fameuse photo où on le voit arpenter l’exposition “Le vide”, à questioner l’artiste et la présence de son corps, mais ipso facto: le contexte et le socle. Le grand interogateur du socle étant, sans aucun doute, Bertand Lavier. Il est presque inutile de rappeler que ce projet en lui-même porte cette question en son titre “Emile/Paysage” et que l’on retrouve posée à la fin du livret édité pour l’occasion. “Emile... Existe-t-il encore dans ce paysage. Dans ce paysage où j’ai puisé mon verbe. Dites, existe-t-il encore? Où l’ai-je plaqué sur le paysage?” Emile SUR paysage. Le paysage comme socle pour Emile. “Entre ici Emile”. Et dans l’interstice ouvert, dans l’ombre d’Emile, Vazemsky s’immisce... avec amour. Au sens où Cioran l’entend, “allier à un tempérament de vampire la discrétion d’une anémone”.
On ne sait jamais, dans la longue collaboration vazemsky/vimont, si les photos sont posées où non. Rémi Vimont suivait et participait aux montages, s’arrêtant qaund la lumière semblait correcte à l’écriture photographique pour attraper des scènes de chantier. Plus que photographier, il entre dans le système en cours, le projet, et écrit, en images, à l’intérieur de celui-ci. Les séries de photos produites permettent de mettre en avant cette question de l’identité de l’artiste, chère à vazemsky, une identité prise dans l’action engagée. Réelle. Non posée. Si faire se peut. ” D. Laurent dans “Dimitri Vazemsky, l’artiste et son double”.
Ce que je pourrais ajouter que le critique ne sait pas, et qui sans doute joue un rôle important dans cette question de socle, est, qu’à un moment de mon existence, je portais lunettes écaiilées, teddy et creepers, des blue suede shoes à semelles compensées, qu’à d’autres époques plus éloignées on eût appelé “cothurnes”. Très prisées dans le théâtre antique pour rehausser l’hybris du héros tragique.
Pareidolia
“Paréidolie!”. Voilà des plombes que je cherche ce mot. Le Caillou-qui-bique est une paréidolie.
Le visage dans le caillou. La forme est assez prononcée, précise, pour se voir attribuer un dessein, une signification, un motif. Une ressemblance.
La métaphore n’est pas très loin, sauf que la métaphore relie deux éléments signifiants entre eux, deux signes déjà existants, rassemblés par un rapprochement, un lien. Ici non, il y a création de sens ex-nihilo, là où... à “vrai” dire, il n’y en a pas. Ou presque. En tout cas l’auteur est absent. C’est le regard même qui mentalement sculpte la roche d’un sens. Un visage.
Relier plusieurs paréidolies entre elles peut conduire à l’apophénie. Ajouter un zeste de divin et la hierophanie surgit.
“And I’ll see you in the branches that flow...”
La citation en gras, si cliquée, opère une synesthésie.
Rik Hemmerijckx, du Musée de Sint-Amands, m’a pointé une paréidolie d’Odilon Redon illustrant un poème de Verhaeren. Mais, ipso facto, on en peut représenter une paréidolie... puisque derrière ce visage dans le rocher, pointe l’intention d’Odilon.
Par contre on peut l’attraper, comme ici: ( cliché argentique datant de septembre 1992, dans les Weppes):
La paréidolie n’est pas propre à l’humain. La machine aussi peut en être “victime”. La preuve sous iphoto. Le programme, dans les branches, a detecté un visage “sans nom”.
Et la machine se met à chantonner.... “And I’ll see you in the branches that flow...”
Chop chop
“I’m gonna make me a good sharp axe Shinning steel tempered in the fire Will chop you down like an old dead tree Dirty Old Town, dirty old town...“
Ewan MacColl, Landscape with Chimneys
Herbs
Il pleuvait. On remballait. Un groupe k-wayté s’engage dans le chemin, cueille, observe, ouvre cahiers, colle, note. On les aurait bien suivis pour en savoir plus, noms, fonctions, usages, des lamiers, orties, lierre terrestre, herbes à robert, et autres renoués et cie.
photos c/o rémi vimont
Seen on tv
Cliquez ici pour accéder au reportage et à une publicité locale.
Depuis plusieurs semaines, des artistes ont pris possession du bois du Caillou-qui-Bique à Roisin. Ils se sont imprégnés du lieu et de l'âme du poète Emile Verhaeren qui a résidé en ces lieux. Dans le cadre de Mons 2015, ils créent notamment des installations en bois ainsi qu'une application mobile qui vous permettra d'entendre le poète.
Dimitri Vazemsky se définit comme un éditeur sur paysage. Il s'inspire des lieux pour y insérer des mots, en général en lettres rouges. A Rpoisin, il y aura bien un mot en rouge mais aussi deux autres directement créés à partir du matériau trouvé sur place. Les artistes ont eu l'autorisation d'abattre des frênes malades pour obtenir des rondins qu'ils transforment en lettres. L'occasion de découvrir autrement le circuit de spierres, récemment restaurés, l'occasion aussi d'entendre la voix d'Emile Verhaeren grâce à la géolocalisation et une application mobile. Les installations resteront en place jusqu'en septembre.
Emile fleur de peau
Où l’on constate, après des semaines de travail physique pour donner du volume aux dits d’Emile Verhaeren, l’apparition d’un stigmate. Le portrait du poète, à fleur de peau. Signé Vallotton.
Ci-dessus, le bûcheron lettriste chilien Andres Costa Maluk. Ci-dessous, un témoignage de Rémi Vimont, de son propre avant-bras.
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