Est-ce que j'en ai envie ?
9 mai - J'en sais rien, "dude". J'ai la tête à l'envers. Est-ce qu'on peut aimer quelqu'un et souhaiter ne pas l'aimer alors qu'aucun argument ne pourrait légitimer ce vœu ? Est-ce qu'on n'est pas en train de s'abrutir avec des doutes/craintes au rabais, là ?
C'est des dingueries de poète maudit dans tous les sens. Et bien sûr que je ris d'un mélange de plaisir et de déplaisir. Et bien sûr que je détourne le regard de mon téléphone comme s'il pouvait voir mon visage vulnérable. Et puis bien sûr que j'aime quand on joue. Et bien sûr que je le laisse me porter alors que seuls Fitzwilliam et Axushi avaient le droit. Encore un truc à la con, tu diras (encore une histoire avec mon simili père). Et bien sûr que je trépigne de frustration et d'admiration parce qu'il sait exactement quelle question poser, quand, comment. Parce qu'on ne fait pas plus sagace et que malgré les années il me connait quand même encore beaucoup. Il voit tout. Il lit à travers chaque ligne. Il me reprend sur chaque terme. Chaque "je ne sais pas" est une affaire d'état. Chaque concept est creusé jusqu'à la moelle. Chacun de mes regards est observé attentivement. Chaque tentative de me dérober un peu est relevée, commentée, questionnée. ça fait même l'objet de presque colère, de presque angoisse alors que je ne suis même pas à toi. C'est fou. Tes "dis-moi" interrogateurs, le visage sans expression, impassible mais absolument calme. Tes "je t'aime" qui n'en sont pas mais quand même un peu.
C'est beau. Tu sais, c'est ce dont j'ai rêvé toutes ces années, plus ou moins tout le temps en essayant de m'en défaire. T'as tout. C'est normal, Seÿ est un dérivé de tes caractères. Mais c'est totalement impair. Je n'ai pas d'autre mot: c'est impair. Il y a du larsen sur la ligne.
J'ai envie d'être libre, aussi. Est-ce qu'on est libre quand on est en couple ? /Quand on veut prendre soin de quelqu'un et que ça devient un devoir ? J'ai toujours pensé que oui, pour mon propre cas. Mais je suis déjà saturée de javel en ce moment. J'ai pas 34 bras. Je peux pas à la fois récurer mes infâmies au karsher et tenir la main d'autrui. Je pourrais.... Mais il faudrait des gants contre les propriétés acides du produit et ma propre saleté. Et là, ça commence à faire beaucoup de contrainte. Je m'autorise pas à éprouver l'éventuel.
10 mai - La plupart des gens ont une connexion relativement immédiate à leurs vécus corporels, sensoriels. Moi ? Non. Mais ça dépend, en fait. ça a toujours été compliqué le corporel, et ce: particulièrement avec toi. Je n'ai jamais éprouvé autant de culpabilité à coucher avec quelqu'un, ça m'a toujours prise et c'était un absolu. Le reste n'est pas vraiment compliqué dans nos interactions. Enfin si, c'est parfois compliqué parce qu'on discute de manière si lyrique que par moment je ne sais plus discerner la part d'affect véritable de la part de beauté artistique, au sens strict. Après tout, on peut très bien dire "j'irai par la forêt, j'irai par la montagne. je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps" et vouloir seulement signifier "tu me manques un peu". Je veux bien prendre le risque de mal comprendre, et tu poses tellement de questions qu'un jour il n'est pas improbable que j'y parvienne aussi. Mais j'ai tellement surinterprété tes paroles sans le voir, j'ai tellement présumé comprendre: que maintenant je ne veux plus présumer de rien et ça m'empêche d'apprécier tes harangues. Qu'est-ce à dire que tu veux te délester de quelques madeleines pour ton anniversaire ? Est-ce que je dois le prendre personnellement ? Je pose la question, tu me réponds qu'on a l'avantage d'avoir des madeleines en commun. Venant d'une personne normale, ça voudrait dire "arrête d'être une madeleine, soi à moi". Sheesh et damn. Il dit que souhaiter avoir envie c'est déjà une envie en soi. Oui, non, j'en sais rien. Mais il a raison au sens où je ne perds rien à adopter ce mindset et que la fonction contenant est assez claire. Je pourrais passer des heures à tripoter ses cheveux. Ai-je envie de vraiment plus ? Mon sens de l'éthique est à coucher dehors. Littéralement. C'est à dire que, je ne sais pas. J'peux pas cacher ma douleur avec lui, il voit tout. Et je me sens envahie, quand ça arrive. Il faut vraiment que je me concentre fort pour pas vriller. Et c'est aussi avec lui que j'aie le plus mal. Bon, on m'a aussi pas mal shamé sur les éventuels désirs que j'avais pu avoir à son égard, y'a aussi le fait qu'on était quand même jeunes. Je peux regarder. C'est ok de regarder parce que c'est lui. J'ai pas aimé qu'il récuse mes explications. Peut-être qu'il a raison, que je me trompe. Mais en tous cas ce n'est pas toi que j'ai l'intention de tromper, c'est juste l'information qui ne remonte pas jusqu'à ma conscience. Ma morale me tire en arrière violemment. Peut-être que j'ai trop souffert à travers toi. Pas par ta faute directement. Tu n'y peux rien, pour la plupart de mes maux. Tu me l'as bien fait remarquer. Et ça avait un aspect ludique de coucher avec toi quand on était plus jeunes. Mais mon corps se rappelle de cette sensation. Et j'ai vivement méprisé quant t'a dénié mes peurs en lien avec le sexe, surtout qu'il m'a semblé discerner une forme de dédain "t'as eu plusieurs mecs, c'est bizarre que t'aie encore ça". Hey Ernest j'suis désolée d'être bizarre parce que J'AI ENCORE CA. Je suis la première à en souffrir, ne me shame pas parce que j'ai peur d'avoir mal. Je t'ai dit en plus que c'était particulier, le rapport que j'avais avec toi là-dessus. J'aime jouer avec toi, j'aime quand tu dis que c'est moi la chienne, avec ta mine ennuyée à la passion vindicative. Mais c'est des trucs qui sont hyper conceptuels. Et tu joues sur des éléments qui pour une personne normale ne poserait pas problème. Mais par exemple, ton comportement quand tu étais ivre, ça m'a complètement sidérée. J'arrête pas d'y songer. Tu t'es excusé, t'as dit que tu le pensais pas, plusieurs fois. T'as dit que c'était l'expression de tes peurs plus que d'une pensée arrêtée. Okay, d'accord. Okay. Je te pardonne. Mais mon corps sait.















