Le monde selon Monsanto (arte)
Le Lobby est une structure organisée qui tente d’influencer les décisions officielles prises par des organismes détenant le pouvoir. Appelé également Lobbying, il peut être effectué par différents types de personnes ou groupes organisés de personnes comprenant des salariés dans le secteur privé, des entreprises, des législateurs, ainsi que des groupes de défense. Le but de cette activité serait de protéger ses propres intérêts face aux institutions détentrices du pouvoir.
Cette pratique tend à se développer de plus en plus dans de nombreux pays tels que les Etats-Unis et la Belgique, mais de façon moins importante en France. On peut noter que les deux capitales du Lobbying sont Washington et Bruxelles, toutes deux détentrices du pouvoir économique de leur communauté respective. Les estimations 2013 indiquent que plus de 20000 lobbyistes détiendraient leur bureau à Bruxelles. Dans les 20000, les fédérations commerciales européennes représenteraient un tiers de ces groupes, les bureaux de consultants un cinquième, et les entreprises plus de 10%.
Le groupe Monsanto, est une jeune entreprise avec des racines profondes.
Crée en 1901, elle produisait principalement du saccarose un édulcorant qu’elle vendait à une autre petite entreprise, coca-cola compagnie. Aujourd’hui, elle ne se concentre plus que sur l’agriculture et les agriculteurs du monde entier. Multinationale présente dans 66 pays, elle qui a toujours financé les campagnes électorales depuis 1989 aux Etats-Unis, affiche aujourd’hui un chiffre d’affaire de 13,5 milliards de dollars en 2012 ce qui correspond à une augmentation de 14% par rapport à l’année précédente malgré la crise qui touche le secteur agricole.
Aux Etats Unis, Monsanto est un pilier du secteur agricole, ses semences alimentent 93% du soja, 88% du coton et 86% du maïs aux Etats-Unis. Elle peut donc user de sa position de quasi-monopole pour effectuer du lobby dans les pays ou son hégémonie flagrante.
Récemment, la Firme multinational a encore su démontrer la puissance de son lobbying aux Etats-Unis, en faisant passer un amendement visant à protéger l’activité des biotechnologie et plus précisément la sienne.
Renommé le « Monsanto Protection Act » par ses opposants, l’article 735 de ce texte de loi, impose que :
« Dans le cas où une décision [d’autorisation de culture] est ou a été invalidée ou annulée, le ministère de l’agriculture doit (…), sur simple demande d’un cultivateur, d’un exploitant agricole ou d’un producteur, accorder immédiatement une autorisation ou une dérogation temporaire.[…] Au cas où la finalité commerciale de l’opération n’irait pas de soi, les autorités doivent s’assurer que les cultivateurs ou d’autres acteurs sont en mesure de déplacer, planter, cultiver, introduire dans le commerce les semences en question et les cultures qui en sont issues. ».
Un article aujourd’hui pointé du doigt par un grand nombre de révoltés, qui met en évidence l’étroite relation entre la firme et le Républicain du Missouri Roy Blunt, script du texte et suspecté d’en être à l’origine. Il fut d’ailleurs décrit par le magazine Mother Jones, le 4 avril, comme “l’homme de Monsanto à Washington”.
Dans son documentaire « Le monde selon Monsanto » tourné en 2006, Marie-Monique Robin soulève deux points essentiels du lobby de l’agroalimentaire aux Etats-Unis.
Tout d’abord, un grave conflit d’intérêt s’est encastré entre fervents de Monsanto et membre de la Food and Drugs Administration (FDA) qui réglemente et contrôle les denrées sur le continent. Monsanto obtient régulièrement des mesures tout à fait favorables à la mise sur le marché de ces nouveaux produits et pour cause.
Etrangement, depuis 20 ans, un grand nombre de scientifiques, conseillers et preneurs de décision au sein de la FDA ont travaillé pour Monsanto ou une de ces filiales. Un autre problème se pose quant à la transparence de Monsanto envers ses clients.
Il a été dévoilé, dans ce même reportage, que certaines études scientifiques effectuées donnaient des résultats plus qu’inquiétants concernant les effets secondaires de ces semences et hormones modifiés. Pour autant, l’entreprise n’a pas hésité à cacher ses informations au grand public. Informations que la FDA elle-même détenait d’études indépendantes et qui ont été totalement ignorées.
On peut se poser la question aujourd’hui de savoir si le lobbying politique est compatible à une conception morale et éthique de notre société et de son système démocratique. En clair, le lobbying n’est-il pas une menace pour l’intérêt commun ?
A première vue, nous serions tentés de répondre que les stratégies de lobbying sont très variées et qu’elles englobent une multitude de pratiques différentes. La nuance est donc à faire pour les différentes actions de ces lobbys. De plus, L’Union européenne ne présente pas aujourd’hui de législation en tant que telle qui régit la pratique du lobbyisme, à l’exception du Parlement européen.
Il est difficile d’espérer à un retour vers l’intérêt général de la part des grandes entreprises. L’évolution du monde et de son économie capitaliste hyperconcurrentielle fait que les intérêts se chevauchent mais ne sont jamais les mêmes. La RSE (Responsabilité sociale des entreprises) est une poudre aux yeux pour effacer les mauvaises actions des grands groupes, ces mêmes groupe qui usent et abusent d'ingérence dans les gouvernements mais qui font également fie de leur environnement. Nous pouvons cependant souhaiter la création de lobby luttant pour l’intérêt général, comme il en existe déjà au niveau écologique aux Etats-Unis.