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@florentroidesicile
Que ce soit pour le prix, par envie d’une pièce rare ou par amour du vintage, le business des friperies cartonne. Même les grandes maisons de luxe s’inspirent du phénomène pour réinventer leurs collections.
Récit : Florent Vairet. Images : Anaïs Recouly
Portrait de Laila, jeune femme américano-iranienne, coincée en France et exclue de ses deux pays le temps d’un imbroglio administratif autour du décret anti-immigration.
Récit : Sofian Aissaoui. Images et montage : Florent Vairet
Des prix jusqu’à 40% moins chers qu’en grande surface, ce supermarché participatif invite ses adhérents à mettre la main à la patte trois heures par mois.
Adresse : Quartier Amiraux-Simplon, 116 Rue des Poissonniers, 75018 Paris
Récit : Manon Gayet. Images et montage : Florent Vairet
Le Cercle, 1984 à l’heure des réseaux sociaux
Le monopole sur l’information de Google, l’emprise technologique d’Apple et la main mise de Facebook sur notre vie privée. L’entreprise Le Cercle est un mélange de tout cela.
Aussi fascinante qu’innovante, cette multinationale californienne de 10 000 salariés est la fierté de l’Amérique et le but à atteindre pour tous les jeunes ambitieux du monde entier. Pas une semaine sans que Le Cercle n’annonce une avancée technologique qui change la face de l’humanité, et tant pis si la vie privée recule à chacune d’elle.
Cette entreprise prétendument humaniste séduit Mae Holland. Fille d’Américains de la classe moyenne d’une zone périphérique, elle vit son arrivée au Cercle comme la chance inespérée d’échapper à sa vie de médiocre fonctionnaire. Son entourage suit son ascension fulgurante avec assiduité et émerveillement.
Le Cercle sait mettre en avant ses employés modèles et Mae en fait rapidement partie. Prise au jeu de la gloire et la reconnaissance, elle devient l’ambassadrice de l’entreprise et expérimente devant les yeux curieux des internautes du monde entier toutes les innovations sorties des laboratoires de la multinationale. Star des réseaux sociaux, chaque semaine est une marche supplémentaire vers la notoriété. Mae est aveuglée par la gloire et elle ignore les signes précurseurs de son fourvoiement, sous le regard empathique du lecteur. Mae ne se rend pas compte que Le Cercle mange son intimité et détruit sa vie sociale.
Des caméras personnelles portées en collier ou des puces implantées sur les enfants, les patrons emblématiques de ce conglomérat prônent l’effacement de la vie privée au profit d’une société plus sûre. Chacun devient épié, la transparence devient l’exigence ultime. Si dans 1984 de George Orwell, l’Etat est mis en cause, il est justement absent de ce roman. L’espion n’est plus la puissance publique mais l’individu dont le pouvoir est décuplé par les réseaux sociaux. Chacun est amené à donner son avis sur tout et n’importe quoi. Les sondages en temps réel supplantent les votes au parlement. Le peuple fait la loi, à chaque moment. La dictature de l’opinion est à son apogée.
L’auteur Dave Eggers réussit un roman aussi haletant qu’angoissant. Il reprend la processus employé dans la dystopie 1984 mais ce dernier est une projection à 40 ans alors que Le Cercle nous plonge dans le monde totalitaire de demain, où l’impératif de technologie prend le pas sur tous nos idéaux humanistes. Le lecteur prend d’abord une distance avec la société du début du roman, qu’il croit loin de son quotidien, puis peu à peu, il voit les frontières entre ce roman dystopique et sa réalité s’effacer. Il réalise que tout existe en 2017, sauf que la loi joue encore son rôle de garde fou. La puissance du Cercle est telle que cette entreprise a pris le pas sur le pouvoir du législateur, le privée supplante le public.
A l’ère de la prolifération des objets connectés et des puissantes multinationales parfois incontrôlables, le livre a fait réagir à sa sortie en 2014 et son adaptation au cinéma, avec l’actrice Emma Watson dans le rôle principal, devrait en faire tout autant. Il sortira en salle le 28 avril prochain aux Etats-Unis.
Florent Vairet
Where is the extrême droite ?
Samedi 19 juin, Marine Le Pen était en visite au Salon du Bourget. Pour contempler les parades, elle a pris place dans la tribune d’honneur, avant d’être reçue par les officiels de l’armée et les directions de Dassault Aviation et Safran. Dédiabolisation achevée, la présidente du Front National est devenue l’égale de n’importe quel autre représentant politique.
Certes, le changement peut être perçu comme un simple ravalement de façade. Les énarques ont intégré le FN et lissent l’image du parti en plateau télé, une femme est à sa tête et le père xénophobe est écarté. Et pourquoi se contenter de ce niveau d’analyse ? Pourquoi ne pas acter que le changement est plus profond ? Ne serait-ce pas par complaisance intellectuelle, par simplicité dialectique que de maintenir le FN comme épouvantail de la république ?
Deux mots sur l’extrême droite. Elle se caractérise par une défense des valeurs de droite en s'appuyant sur un nationalisme et un traditionalisme très marqués, en les formulant de manière radicale notamment à l'encontre des tendances politiques libérales ou socialistes. - Jusque là on peut dire ok -. Son autoritarisme et son hostilité aux principes démocratiques peuvent conduire certains mouvements d'extrême droite à faire preuve de violence, voire de terrorisme pour imposer leurs vues. – Soyons honnête, mouais -. Les mouvements d'extrême droite sont aussi caractérisés par différentes manifestations de xénophobie, pouvant aller jusqu'au racisme.
Jugeons sur des faits et des déclarations, ouvrons le programme du FN et analysons les valeurs en question, nationalisme, autoritarisme, xénophobie.
Au chapitre nationalisme, il est inscrit qu’un protectionnisme économique serait rétabli pour se protéger avec les pays à très bas couts et l’obligation pour l’administration de se fournir aux entreprises françaises.
Immigration : Diviser par 20 l’immigration et toute personne rentrée illégalement sera expulsée.
Sécurité : Tolérance zéro, pour les violences contre les forces de l’ordre, les secours, les pompiers et les enseignants.
Justice : Rétablissement de la peine de mort, soumis à référendum.
Le bien fondé de ces proposition n’est pas ici l’objet de l’analyse, il est question de savoir si les propositions relèvent de la qualification d’extrême droite. Point d’évidence. D’autant plus que les débuts de chaque proposition (copiées collées ci dessus telles qu’elles sont dans le programme) plus catchy les une que les autres ont pour but de dire « nous on ne rigole pas ! » puis la fin de la proposition sert à réaffirmer le nouveau FN « bon on a déconné par le passé avec ces propositions, on les garde parce qu’il y a toujours les clients, mais en vrai on pense ça ». Le meilleur exemple est le titre en caractère 28 « TOLERANCE ZERO », puis en explication « pour les violences contre les forces de l’ordre, les secours, les pompiers et les enseignants ». Même Laguiller doit dire ok pour ça.
La mutation idéologique s’opère et les vieux chiens de garde aboient un voile sur les yeux. Et cette mutation ne se fait naturellement pas sans recomposition du paysage politique français. Le clivage ne se tient plus autour de la défense de l’égalité à gauche, celle de la liberté à droite. Il est désormais polarisé autour des problématiques de mondialisation et d’identité : Europe/Etat, Euro/Franc, TAFTA/Protectionnisme. Et ainsi le paysage politique ne se lit plus linéairement de droite à gauche mais reboucle auxdites extrêmes. Marine Le Pen croise d’ailleurs le fer avec les journalistes qui lui opposent à raison les similarités avec son ennemi historique Jean Luc Mélenchon. Retraite à 60 ans, revalorisation des bas salaires, sortie de l’euro, financement par la BCE, autant de sujets qui ne différencient plus le FN du Front de Gauche. La divergence majeure réside dans l’analyse de l’immigration.
Juguler, voir réduire à néant l’immigration ne veut pas dire racisme et homophobie d’extrême droite, mais simplement extrême. L’éviction du père est dans sa portée familiale et politique bien plus que de la communication, elle donne un des derniers gages possibles du changement, on n’attend toujours plus. "Il est toujours possible à un parti d'évoluer. Le FN ressemble de plus en plus à cette famille de partis européens de droite, populistes, radicalisés." selon le politologue Jean-Yves Camus.
En revanche, mutation idéologique n’implique pas forcément remplacement des militants. Comme je l’ai déjà écrit dans un précédent article, l’électorat est divers et varié mais une partie des militants restent fidèles à la doctrine du vieux Front National : racisme, homophobie et haine de l’Etat. Il n’en reste pas moins qu’il conviendrait de davantage juger Marine Le Pen à l’aune de son programme que de ses partisans. Car s’il est certain qu’elle ratisse large avec des discours populistes, il est temps d’actualiser les logiciels et de redonner aux mots tout leur sens.
« Certains considèrent qu'il est plus facile de faire comme si le parti de 2015 avait exactement le même discours que celui du XXe siècle. Je crois, pour ma part, qu'on ne construit pas d'opposition efficace sans lucidité ni honnêteté. », déclarait Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France.
Médias : Qui sont les téléspectateurs ?
« Trouvez-vous justifié que ce sujet soit si présent dans les médias ? ». La question est adressée à un politique et émane d’un journaliste.
Dans la course effrénée à l’information, les médias développent une duplicité dans son traitement. Alors qu’il leur incombe de relayer au mieux l’information, ils sont arrivés au point où ils se comportent comme des acteurs secondaires dans la chaine de l’information. Ils commentent leurs propres faits. Comme s’ils se sentaient déresponsabilisés de leur mission, l’information est lâchée, en l’absence de jugement sur le bien fondé de la transmettre. Cette duplicité leur permet de breaker les news à tour de bras, de manière justifiée ou pas, puisque dans un second temps, les journalistes analyseront ce traitement et ce deuxième temps constituera un deuxième débat. Et nous voilà perdu dans l’échelle de l’importance.
La récente polémique Valls en est le parfait exemple. Le Premier Ministre dévoile son plan “Tout pour l’emploi” à destination des petites et moyennes entreprises. Dans un contexte où le chômage grimpe inexorablement, ce plan étaie des mesures qui ont pour but de débloquer l’emploi et l’activité dans ces entreprises. Pour information, en 2011, la France compte 3,1 millions de PME, soit 99,8 % des entreprises, 48,7 % de l’emploi salarié (en équivalent temps plein). Elles réalisent 35,6 % du chiffre d’affaires et 43,9 % de la valeur ajoutée. Mais il semble que dans le même temps, Valls ait deux actualités, ce plan et la polémique sur son voyage à Berlin. Au diable l’avarice, le Monde réservera une Une à chaque événement, le mercredi à son Small Business Act , le jeudi à son voyage à Berlin. Et ainsi une polémique chasse des mesures économiques. Et les exemples viennent à profusion. Souvent jugée non constructive, l’opposition prise dans l’émulation de sa primaire fait maintes propositions, notamment par la voix de François Fillon ou d’Alain Juppé. Qui les connaît ? En revanche, tout le monde sait qu’ils ont été sifflés au congrès des Républicains.
Mon propos n’est pas d’enfoncer la porte ouverte qui consisterait à décrier qu’une polémique chasse l’autre, mais plutôt que les médias se défaussent de cette responsabilité. C’est bien entendu dommageable, d’autant plus quand le travail politique ou parlementaire, primordial, n’est plus relayé. On s’étonnera ensuite de la réprobation à l’égard de nos élites politiques. Le travail journalistique ne consiste pas simplement à relater les faits, mais à les hiérarchiser et les analyser. Traiter deux événements sur un quasi pied d’égalité participe à une banalisation, voire un rabaissement de l’action publique.
Dans ce scénario, les sondages sont leur arme de légitimation. Sous commande de médias, ils s’engouffrent allègrement dans les polémiques pour non plus les relater mais les enfler. « Les Français sont indignés de… » . On sonde en catastrophe des personnes qui n’ont aucune connaissance sur le sujet - mais aucune, même les journalistes ne savent si Platini a réellement invité Valls - et qui se voient poser une question qui leur donne une tribune inespérée pour manifester leur mécontentement de la gestion publique de leur argent. Le résultat est connu d’avance. Et les voilà en édition spéciale. Là le Français qui rentre d’une journée de travail, coupé de l’actualité, passe devant un kiosque sur lequel les unes sont tonitruantes. A peine rentré chez lui, il allume une chaine d’information pour se remettre à jour et voit le rouge et le bleu criards s’entremêler à la sirène de l’alerte ; il pense que Valls a égorgé Hollande.
Comment ne peut pas ainsi leur faire le procès de la superficialité dans leur traitement de l’information ? De nourrir une certaine démagogie ? Certains médias sont même arrivés dans une situation de quasi autosuffisance. Il suffit qu’un journaliste détecte un fait passé inaperçu, avec un potentiel polémique, que le rédacteur en chef déclenche l’édition spéciale, et ils ont un os à ronger pour la journée. Pas étonnant que les journalistes aient la deuxième profession la plus détestée des Français.
Florent Vairet
Mea culpa
Un matin d’hiver, plus frais et plus arrosé qu’un autre, je t’ai quittée. Malgré tout l’amour que j’ai pour toi, il me fallait voir ailleurs, exalter ma jeunesse.
C’est donc un matin d’hiver, le matin du premier jour de l’année. Je me suis envolé. The further the better. Taraudé par des questions, à quoi ressemble la vie loin de toi ? A quoi ressemble la vie avec des sourires et de la bienveillance ? Sans tes traditions qui me charment tant. Il faut dire que les motifs de l’exil ne manquent pas. Tu es si triste, l’avenir que tu proposes est si incertain que tout ici semble si morose en comparaison de l’ailleurs. Le moindre changement engage inévitablement des pourparlers infinis, pour un résultat souvent décevant. Je suis las de toi.
Le 2 janvier au soir, j’atterris. Je m’attendais à être anxieux, loin de toi, mais il n’en était point. J’ai tellement entendu parler d’elle, cette nouvelle. Elle est sans doute l’exact opposé de ce que tu es. Nouvelle, vivace, décomplexée et surtout so much fun.
L’Australie se tient devant moi. Ou plutôt tout autour de moi. L’immensité. Rien n’arrête le regard, tout semble plat, comme si vierge d’histoire. Des routes aux sourires, tout est sans limite. Affranchis des traditions de l’ancien continent, il s’est construit ici un monde délesté des travers qui font à la fois la beauté et le carcan de ton monde révolu. Ce que tu es ? I don’t care. Ce que tu fais ? Tell me more.
La carrosserie est britannique mais le moteur est américain. Les traditions sont là mais simplement pour le folklore. On les célèbre sans s’y arc-bouter. On a l’Encyclopédie mais elle est en téléréalité. Ici on sait d’où on vient mais ça n’a pas d’importance, on embrasse le changement, avec cette ouverture d’esprit qui fait sa renommée. On pourrait croire qu’elle est elle aussi sans limite, si il n’y avait pas un gouvernement conservateur, dont personne ne connaît un seul supporter.
Néanmoins, me connaissant insatiable et versatile, ses sourires et sa bienveillance n’ont évidemment pas suffi. Je repensais à toi. Rien à faire, Mme de Marelle s’accrochait à mon cœur. Chaleureuse plutôt qu’accueillante, profonde plutôt que sympathique, j’en venais à la conclusion que tes défauts faisaient tes qualités. Ton caractère acariâtre donnait du relief à ta personnalité. Ton inertie devenait trépidante. Du palais à l’auberge, tu as l’amour du savoir vivre. Ton diner entre amis se partage, se discute et s’envenime. Ta vie en société se partage, se discute et s’envenime. Tu crois te tirer une balle dans la botte avec ta solidarité forcenée, mais tu t’élèves plus haut que toutes les autres même si tu n’es plus sur le trône. Tu crois que tu es toujours la plus belle et ça te donne un charme fou.
Désormais sans le sou, tu gardes la pudeur des grandes de ce monde. Le déclin sans la décadence. « Périssent les empires, pourvu que les principes survivent à tous les naufrages et à toutes les destructions » telle pourrait être ta devise.
Attention tout de même à ne pas t’écrouler sur le poids de ton passé, tu pourrais finir comme un de tes rois, la tête sur le bois. En attendant, moi, j’ai foi en toi.
Je t’aime France
Florent Vairet
Ceux qui s’apprêtent à voter Front National aujourd’hui
Selon toute vraisemblance, le Front National de Marine le Pen devrait arriver en tête au premier tour de ces élections départementales. Ou du moins y faire un très bon score. Assurons nos arrières.
A l’aube de ce succès électoral, j’ai voulu enquêter, en bon journaliste d’appartement, sur les raisons de cette envolée et surtout en savoir davantage sur ceux qui s’apprêtent à glisser dans l’urne un bulletin FN, avant qu’ils ne soient tous amalgamés. C’est ainsi que je suis tombé sur un sondage intéressant qui nous en dit long sur le portrait de ces racistes.
Dans ce sondage sur l’image du FN réalisé par TNS Sofres en février 2015, on y apprend que les sympathisants (qui approuvent les idées du parti sans en être membres) du FN rejettent à 48% la sortie de l’euro prônée par la blonde, et 47% ne sont pas favorables à la préférence nationale (c’est-à-dire donner la priorité aux Français en matière d’emploi ou d’aides sociales). Autrement dit, deux mesures phares (et ô combien structurelle concernant la sortie de l’euro) du parti ne remportent pas l’adhésion de plus de la moitié de ses électeurs. Je me suis dit qu’ils étaient cons en plus d’être racistes.
Le FN réalise depuis des années ses meilleurs scores sur le pourtour méditerranéen et dans la grande région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Quelles sont les raisons, les points communs à ces électeurs frontistes de part et d’autre de la France ?
Les médias ont l’habitude de corréler le vote FN avec le taux de chômage. Et en effet, on peut y voir que les deux principaux foyers d’électeurs frontistes, ainsi que l’Est se trouvent dans des zones très touchées par le chômage (à droite).
Néanmoins, la Dordogne avec plus de 10% de chômeurs a voté moins que la moyenne nationale en faveur du FN. Et réciproquement la Manche qui connaît un chômage très faible a voté à plus de 25% pour le candidat frontiste.
La pauvreté est elle aussi un facteur souvent amené à justifier le vote Front National. Et là encore les deux phénomènes ont une géographie relativement commune.
Et une fois de plus, on peut trouver des contre-exemples comme le Lot et l’Aveyron, avec un fort taux de pauvreté qui ne se transforme pas en vote FN. A noter que nous retrouvons cette fois notre Manche qui, si elle est épargnée par le chômage, n’échappe pas à la pauvreté. Ça reste la Manche.
Et je pourrais continuer d’étayer les facteurs déjà connus, comme le lien entre le vote FN et l’insécurité. A chaque fois, la majorité des régions concernées confirment les grandes tendances, avec d’irrésistibles départements qui renoncent à appliquer la règle.
A ce stade, la conclusion parait évidente, lesdits racistes sont davantage dans le tourment que dans Mein Kampf. Même si le deuxième peut malheureusement prendre ses racines dans le premier.
Puis je me suis posé la question de savoir si d’autres raisons moins évidentes celles-là ne pouvaient venir expliquer, partiellement toujours, le vote Front National. Et c’est au pays des kangourous qu’une réflexion me vint. Sur mon île (australienne, pas sicilienne. Oui le Roi a pris du galon), l’espace n’est pas un problème. Plus la ville s’étend, plus ils sont contents de faire des heures de transport. Il n’empêche que je n’ai jamais ressenti la moindre agressivité dans ce pays (à part la mienne quand ils me demandent si je sais faire un café). Je parle ici de l’agressivité de société qu’on pourrait trouver en France au motif d’une congestion dans les transports ou d’une longue attente à l’hôpital. J’ai donc examiné la carte de la densité de France (je sens que je vous tiens en haleine, vous ne tenez plus sur place, mais que va-t-il nous dire MERDE !?) et je constate une fois de plus que la côte méditerranéenne, le Nord et l’extrême Est coïncident. Sur ce coup là, je n’affirme rien de peur de faire s’étouffer le vieux mec du Dessous des Cartes, mais je m’interroge sur un éventuel agacement de cette population dû à des problèmes provoqués par mauvaise gestion des densités humaines.
Plus étonnant encore (non là ça vaut vraiment le coup, allez chercher ce qui sont déjà partis), qu’est-ce qu’est devenu le vote communiste ? A l’époque où le chef de file du parti communiste s’appelait Georges Marchais, les rouges faisaient 15,35% à l’élection présidentielle de 1981. Tout ça ne me rajeunit pas. Où sont-ils maintenant ? Pour qui votent-ils ? Marie Georges a douché leurs espoirs d’une statue de Staline place de la République et Jean Luc attire bien plus les téléspectateurs que les électeurs. Alors où ? Certes, un certain nombre des électeurs du PCF de 1981 ont depuis, si je puis dire, passé l’arme à gauche, il n’en reste pas moins qu’une fois de plus les cartes se superposent. Ils n’ont évidemment pas tous succombé à la voix suave de Marine le Pen mais visiblement, une partie du vote communiste se serait transformé en vote frontiste. Là ce n’est même plus que Lénine doit se retourner dans sa tombe, il doit faire des galipettes en faisant du tamtam. En admettant qu’une partie soit passée d’un bord à l’autre de l’échiquier politique et que le parti communiste soit l’antithèse du racisme, les électeurs frontistes ne seraient donc pas tous dans la catégorie dans laquelle on aimerait qu’ils soient.
Il reste (au moins) un recoupement qu’il serait malhonnête d’omettre pour tenter d’expliquer l’électorat frontiste, celui relatif à l’Islam. La carte suivante dépeint l’évolution de l’Islam sur le territoire français et permet de mettre en correspondance les fortes poussées du FN avec celles de la religion musulmane.
Alors oui le Front National reste sans doute encore le réceptacle des relents racistes et antisémites de la France. Et pour cause, le FN s’est construit dans les années 1970 sur un rassemblement des groupuscules d’extrême droite et reste le cadavre pas tout à fait moribond de ce passé sulfureux, que le Père le Pen s’évertue à maintenir en vie. J’ai moi-même mis un pied en ces terres nauséabondes au cours d’une opération infiltration Place de l’Opéra où j’ai pu voir une femme arborant fièrement un drapeau français, accolé à une pièce de jambon. Je me suis dit qu’elle devait beaucoup aimer Bayonne.
Donc oui le cadavre n’est pas mort, mais quel ne serait pas le terrible amalgame de colorer tout l’électorat de cette mouvance. D’autant plus que l’évolution observée sur la carte des lieux de culte adossé à un vote Front National peut en partie s’expliquer, non par du racisme, mais par une crainte d’une perte des valeurs traditionnelles. Car si on apprend dans ce même sondage que 95% des sympathisants FN pensent qu’il y a trop d’immigrés, 32% des sympathisants de gauche sont du même avis. Conclusion un tiers des électeurs de gauche sont racistes ?
Puis il y a tous les autres. Et la formule est laconique pour parler d’autant de personnes. Les désintéressés, les usés, les agacés du système, à qui on demande de venir voter pour un camp ou un autre sans bien connaitre les tenants et les aboutissants du programme. Telles sont les turpitudes du suffrage universel. Et j’insiste sur ce point, avec des médias bien souvent informatifs à défaut d’être explicatifs et une culture économique parfois trop maigre, comment peut-on penser impliquer les Français dans le choix des politiques ? Peut être incultes mais pas naïfs, ces Français désertent un débat public dans lequel ils n’ont pas leur place et se laissent happer par celle qui donne l’impression de se battre avec sincérité et pugnacité contre des caciques englués dans leur fonction. Peu importe ce qu’elle aboie.
Ainsi, les motivations pour voter Front National sont diverses et multiples. J’espère que des voix s’élèveront en ce sens pour couper l’herbe sous la botte des troupes, que j’entends déjà au soir de ce premier tour, pousser des cris d’orfraie sur une France raciste et repliée sur soi. L’électorat n’est plus réductible aux xénophobes des années 80, bien que cela en soit une composante (cf les dizaines de candidats départementaux épinglés). Il est avant tout la résultante d’un malaise, certes social, mais aussi et surtout politique que les partis traditionnels n’ont pas su enrayer, ou pire, ont provoqué. La marque FN reste un repoussoir, un exutoire de la colère de l’échec économique et de l’incompréhension d’un système lacunaire, un solide navire qui traverse les décennies et auquel se raccrochent les échoués en quête de réaffirmation de valeurs, parfois ostracisant, et d’âmes vierges de toute responsabilité.
Marine le Pen ne s’y est d’abord pas trompée en faisant marche arrière sur un changement de nom du parti, un temps envisagé. Il reste le garant de cette absence de responsabilité dans le constat actuel. Quid de cette image après une éventuelle accession au pouvoir...
Florent Vairet
De la précarité à Los Angeles, volet premier
Lecteurs du Roi de Sicile bonjour, ici Morgane Amouyal, votre envoyée spéciale à Los Angeles.
Le Roi me faisant l’honneur de m’accueillir en guest sur son blog, je vais tenter d’être à la hauteur en vous contant une partie de mes aventures à Los Angeles. Ainsi, après cet article qui s’ajoute à celui sur l’Australie publié par son Altesse, vous aurez un aperçu raisonnable de l’expatriation dans un pays anglo-saxon.
Me voici donc à Los Angeles, CA, USA, depuis le 29 décembre dernier, et ce jusqu’à mi-juillet, pour mon stage de fin d’études. J’ai attaqué le séjour en beauté par une phase dangereusement descendante, avec potentialité de dépression. On a relevé son apogée le lundi 5 janvier, avec une crise de larmes. Je vous dresse le tableau : moi, déambulant dans l’appartement, pas un ami, ni même un mate avec qui boire un 7Up, et me demandant à voix haute “qu’est-ce que tu fous là mongolienne, t’aurais pas pu rester en France tranquille au lieu de venir te terrer ici sans amis”. Oui, oui, je me suis bel et bien infligée cette tirade.
Bon, j’ai repris du poil de la bête comme on dit (si quelqu’un pouvait me dire qui est ce “on”, que je lui fasse la boule à zéro), et je dois dire qu’il y a d’la bonne vibe à LA.
Mais Los Angeles et piéton ne font pas bon ménage. Voilà donc pas que je me suis mise en tête l’idée d’être véhiculée. Et d’acheter ma voiture sur Craigslist (Le Bon Coin local), qui regorge de bonnes affaires, mais aussi de bons traquenards. Que n’ai je pas eu la brillante idée d’acheter ? Une Daewoo. Oui, une Daewoo. Non, ce n’est pas un micro-ondes, ni un aspirateur, même si lorsque j’ai tendu $1.150 en cash à Sana, la vendeuse mi taïwannaise-mi dents pourries, j’ai eu l’impression d’investir dans du gros électroménager. Bien m’en a pris. Apparence sympa et bruit mélodieux, je possédais la Daewoo. Seulement Sana n’a pas cru judicieux de me fournir un contrôle technique, et moi, ne sachant pas que la loi californienne l’exigeait, je n’ai pipé mot. Total, deux jours après : check engine light on. Well well well… J’ai donc demandé conseil autour de moi pour un garagiste, et j’ai été envoyée vers Jérômeleconnard.
Jérôme mérite un nouveau paragraphe. J’arrive donc dans son garage, et suis accueillie par ledit Jérôme aux côtés duquel tous les personnages réunis de la trilogie La Vérité Si Je Mens ne sont que de pâles représentations du cliché du juif. NON, LES LECTEURS DU ROI DE SICILE JE NE SUIS PAS RACISTE, J’AI MOI-MÊME DES AMIS JUIFS QUI SONT TOUT À FAIT FRÉQUENTABLES. Ah non, je suis moi-même juive. Reprenons. Je ne suis restée que 10 petites minutes dans le garage de celui en qui je voyais mon sauveur, mais quelles 10 minutes. Jérôme a eu le temps de, premier tiret à la ligne : - me proposer un sandwich pastrami-cornichons (j’ai versé une larme en pensant aux goûters chez ma mamie juive, lorgnant ainsi dangereusement sur une nouvelle phase descendante de la dépression) - me proposer du Canada Dry (qui boit encore du Canada Dry ? Qui a même un jour bu du Canada Dry ? Merci de me répondre par mail à l’adresse suivante : [email protected]) - me demander si je faisais Chabat - me dire que ce n’était pas bien de ne pas faire Chabat - me dire que cette fois-ci il m’aiderait, mais que je devais faire Chabat pour que la prochaine fois ce soit Dieu qui m’aide - me fixer rendez-vous au lundi suivant, et me dire au revoir-à lundi ma belle-Chabat shalom
Au revoir-à lundi ma belle-Chabat shaloooooom ? (à prononcer avec l’accent pied noir). Je suis donc revenue le lundi, ai récupéré mon gros micro-ondes, check engine light off, et cela a pris à peine deux jours pour qu’il redevienne on. Crise cardiaque. Pourquoi ? Parce que j’ai donné $200 à Jéjé pour rien, et que j’en ai marre d’ingurgiter du Mac&Cheese en boîte parce que je n’ai plus un franc. Mais le pompon sur la Garonne est que le Jérôme me demandait 300$ au début. Léléléléla comme dirait Elie Kakou. La femme de mon patron m’ayant coachée de manière intensive pour renégocier l’offre, j’ai réussi à obtenir un rabais de $100 à Jérôme, qui a accepté de faire, je cite, une « mitzvah », soit une bonne action en hébreu. Eh bien merci pour cette mitzvah. Car moi, en attendant, j’ai donné 200$ à Jérôme, et j’expérimente la précarité à Los Angeles dans mon micro-ondes toutes guirlandes allumées…
Morgane Amouyal
Le Tupperware
Intégrer la classe bourgeoise n’est pas chose facile. On a beau maquiller les héritages de la vie, il est des choses qu’on ne peut dissimuler bien longtemps. Le tupperware en fait partie. Mais oui vous savez, le rab du soir, ou pour les plus radins comme moi, quand on se dépêche de préparer un petit quelque chose le matin pour éviter d’aller débourser un déjeuner onéreux avec les collègues. Je vous propose une immersion larmoyante d’un pauvre en milieu bourgeois.
J’intègre ma nouvelle mission début août, et pour mon premier été à Paris, le ciel me faisait l’honneur de se montrer au beau fixe, me rappelant mes étés méridionaux. 12h34, il fait beau et chaud et le ventre de Baptiste commençait à gargouiller. En bon manager ranké B+, il se leva et proposa la délicieuse brasserie du quartier. C’est ma première semaine dans cette équipe, sous la pression hiérarchique et l’appel des terrasses ensoleillées, je dis oui. Bon le cadre était sympa pour briser la glace entre collègues. Le lendemain, Baptiste était toujours à l’initiative, pressé de tester la nouvelle salade de poulpe. Je dis oui. Puis le surlendemain, je dis oui aussi.
13,5 x 22 = 297.
13,5, le prix du plat le moins cher de la carte et 22 le nombre de jours ouvrés, ou le nombre de fois où je me suis vainement dit « restau tous les jours, faut pas déconner Marcel ». Ainsi 297 était peu ou prou au 31 août le montant de mon découvert.
Le 1er septembre devait sonner comme un 1er janvier, une résolution s’imposait. Fini le train de vie de nantis, de managers niveau apprenti, back to prolétariat, back to homemade pasta. On sort le tupper que maman m’a donné lors du grand départ, resté au fond du placard. Une fois astiqué, direction Google « pâte en sauce ». Parce que j’étais certes déterminé à défier l’ordre social mais après un mois de bistrot parisien je ne pouvais subir quotidiennement des pâtes à l’huile. Carbonara, quatre fromages, pistou, bolognaise, forestière, jambon huile d’olive. Ma détermination n’avait d’égal que mon découvert.
Me voilà parti, le sac plus lourd qu’à l’accoutumée. J’arrivais pourtant le même, mais avec un sourire plus poli, pour pas dire anxieux. Personne ne se doutait du fardeau que je portais emballé dans le sac Franprix. Toute la matinée durant, je cogitais à savoir comment j’allais dégainer l’objet de la honte. Alors que j’avais joué le bourgeois gentil employé pendant un mois, je changeais tout à coup de registre. Ces problématiques pécuniaires leur étaient si éloignées que ce changement susciterait forcément mépris et déroutement.
Puis, je me rappelais ma mère préparant quotidiennement la gamelle du paternel, et lui ne rechignait pas à avoir le tupper bien rempli pour combler la faim si tenace après une dure matinée de labeur. Fin du mélodrame.
C’est donc saisi de ce sursaut d’honneur familial que je décidai de mettre fin à l’imposture sociale et je déclinais donc la fameuse brasserie. Pis, le comingout fut d’aller jusqu’à sortir le tupper jaune 6 compartiments devant eux avant qu’ils n’allassent bourrer la bedaine. Le masque était tombé.
Pendant ce déjeuner plutôt guindé face à mon écran, j’imaginais leur discussion désabusée :
“On y a pourtant cru en celui-là…
- Il nous a bien eus l’enfoiré !
- Si ça se trouve, il est syndicaliste…”
Florent Vairet
Les Français melbourniens : grandeur et raffinement
En arrivant dans la capitale culturelle de l’Australie, j’étais empli d’espoir quant à mes rencontres. J’avais choisi Melbourne plutôt que Sydney, de peur d’y trouver dans la seconde les attributs classiques d’une grande métropole. Une ville certes belle, dynamique et rayonnante, mais une ville parmi les villes.
Melbourne jouissait dans mon esprit d’une image particulière, alimentée par les dires d’une amie, symbole de culture mais aussi d’un mode de vie atypique, calme et passionné. Elle est aussi connue comme la plus européenne des villes australiennes. Courageux mais pas téméraire, il me fallait retrouver quelques repères.
Cette quête de repères m’amena à me tourner vers la communauté française de Melbourne, afin d’y tisser quelques camaraderies mais surtout les prémisses d’un réseau professionnel, qui était jusqu’alors aussi développé que celui d’un gamin/ mon petit cousin en ZEP.
Mais quelle ne fut pas ma surprise de constater que l’Australie était le réceptacle de ce dont la France ne savait que faire. Vêtu de mon costume quasiment trois pièces et de mes santiags lustrées, me voilà parti pour cet événement des Français de Melbourne. L’endroit semblait branché. Arrivé quelques minutes après l’heure pourtant rappelée quatre fois sur le mur Facebook par l’event planner, j’angoissais d’une éventuelle réflexion. Debout en haut de l’escalier, il me restait à trouver ce groupe de Français, encore jamais rencontré. Je balayais du regard l’assistance. Pot de départ d’un cabinet d’audit, verre entre amis de banlieues, networking d’une école d’avocat,… Je ne trouvais pas les Frenchies. Puis je compris. Les banlieusards en claquettes et chapeau de paille, c’était pour moi.
Je m’approchais quand même et choisis d’adopter l’attitude du mec délicieusement au-dessus, mais naturellement avenant. Deux minutes. C’est le temps que cette mise en scène a duré. Je me suis retrouvé assis à coté d’un technicien d’ascenseur (point de sous métier, Papa était afficheur publicitaire), mais quand il commença à me parler charpentes et murs porteurs, je préférais simuler un malaise vagal.
Devant cet effroi qui m’envahissait, je devins soudainement timide. La peur de devoir étayer une autre conversation sur la plomberie ou la qualité du charbon australien me tétanisait. J’optais pour le sourire poli, le sociologue en immersion. J’observais. Et ce n’était pas jojo. Colliers de barbe et chaines en or qui brillent, pas de pacotilles étaient légion. Mais je restais concentré sur la nouvelle mission qui était la mienne, analyser sociologiquement la meute. Le chef était sans doute l’exemple le plus éloquent. Ma clairvoyance était sans faille quant à la terre française qui l’avait fuie. C’était une terre aride et sans avenir, sur laquelle il n’aurait pu prendre la tête d’aucune horde comme celle-là. Là il avait percé et il en jetait. Fallait le voir fier comme un pape, nous apporter les shooters qu’il avait ardemment négociés, armé de son gilet gris fermé comme H&M les vendait en 2007 et de ses mèches sur lesquelles il avait été généreux en pento.
Plus sérieusement, j’ai été surpris de découvrir la réalité des motivations qui sont celles des jeunes Français d’Australie. Evidemment, la situation est plus hétérogène, mais je ressens un trait commun qui est l’attrait pour un marché du travail australien plus florissant et surtout moins rigide que le marché français, qui, lui, leur avait fait que trop sentir que leur profil était compliqué et que l’évolution professionnelle serait longue et laborieuse. Il n’en reste pas moins qu’ici les chapeaux de pailles ont un emploi et pas moi, donc je profite de cet article pour lancer une campagne de crowdfunding en vue d’acquérir une gourmette.
Florent Vairet
Exit le journal, place au Petit Journal
En quelques années, Canal + a réussi le pari de faire de son émission d’information et de divertissement un rendez vous incontournable, en particulier chez le jeune public.
Perché à une moyenne de 1,95 millions de fidèles, le Petit Journal de Yann Barthes a réalisé jeudi 22 janvier une performance en hissant son émission spéciale Edwy Plenel à 7,3% de part d’audience. Ce bon score est le résultat d’une formule qui a su trouver son public, lycéen et étudiant principalement, autour d’un mix entre information et divertissement.
Ces deux piliers constituent l’ADN du show depuis toujours. Il faut se rappeler qu’à ses débuts, le Petit Journal occupait une simple chronique dans le Grand Journal. Puis, le jeune homme a gagné en notoriété tant le contraste était grand entre son humour corrosif et la douce émission de Michel Denisot, devenue informe à force d’angles arrondis.
Le gimmick de l’émission est simple, traiter avec dérision de l’actualité et appuyer sur ce qu’elle a de plus absurde. Naturellement, la formule est plébiscitée par les jeunes qui y voient là une manière plus caustique d’aller vers l’information que le journal de Claire Chazal. Cela remet d’ailleurs en question le désormais postulat selon lequel les jeunes se détournent des médias traditionnels. Ils se désintéressent peut-être davantage de programmes devenus vieillissants et inadaptés à leur génération que de la télévision en elle-même. Bref je tergiverse, revenons à Yann et ses petits jeunes. Cela tombe bien, ce créneau de téléspectateurs correspond au cœur de cible de Canal +, qui fait donc du Petit Journal une des marques fortes.
Et c’est consciente de ce rôle sociologique et du public conquis, que la chaine a décidé de muscler l’émission et de la faire gagner en crédibilité. « Avec Yann Barthès, nous voulons que Le Petit Journal devienne un JT complet pour la nouvelle génération. » déclarait Maxime Saada, directeur adjoint du groupe Canal +, au Monde le 24 juin 2014.
Message reçu, l'émission se substitue quasiment à la grande messe du 20h auprès d’une partie des jeunes. Elle balaie largement l’actualité et n’hésite pas à mettre entre parenthèses sa dérision le temps d’un numéro, durant lequel on peut voir le très très spontané Martin Weill à la frontière turco-syrienne ou aux côtés de la mère de l’otage japonais exécuté par Daech.
Cependant. Réussir à attirer le jeune public vers l’information est évidemment une prouesse, louable à bien des égards mais le format de l’émission soulève tout de même une inquiétude. Le Petit Journal reste pour certains l’unique canal d’information. Or, même si je ne crois pas à une généralisation systématique de leur part, baser la connaissance de l’actualité sur une émission qui tourne en dérision l’information, en particulier politique, pose le problème de l’image que ces jeunes-là se font de la société. Le Petit Journal excelle à faire ressortir toute l’absurdité de l’actualité mais franchit parfois la ligne rouge. L’émission s’est déjà faite épinglée pour avoir distordu la réalité ou tronqué abusivement un discours. La politique ou l’économie, malgré leurs turpitudes, restent des sujets d’importances majeures et les appréhender uniquement par le prisme du divertissement est problématique. La Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels ne s’y est pas trompée. En 2012, elle n’a renouvelé que 6 des 12 cartes de presse attribuées à l’équipe du Petit Journal, accusée de trop verser dans l’infotainment.
Le problème du divertissement dans l'information est que le premier agit sur le second comme exhausteur de stupidité mais aussi et surtout comme réducteur de sens. Non la journée d'un politique ne se résume pas à être sur son iPad pendant les sessions parlementaires. Non ce n'est pas anormal qu'il y ait de la communication en politique. Oui c'est normal qu'un sportif porte des sponsors. Ces méthodes que le Petit Journal use pour tenter de faire passer ces choses pour cachées ou antidémocratiques sont inutiles, sinon dangereuses et démagogiques. Tiens la démagogie, c’est pourtant son combat ? A croire que l'information médiatisée pousse à quelques communs travers, bien difficile à éviter.
Néanmoins, en mettant en évidence les errements des politiques, en juxtaposant leurs contradictions d’hier et d’aujourd’hui, Yann Barthes renforce l’impératif de cohérence qui pèse sur les hommes publics, et rien que pour cela, vive le Petit Journal.
Florent Vairet
Le faviez-vous ? L’Australie a légalement enlevé des milliers d’enfants aborigènes.
Dans le but d’assimiler les populations autochtones, les gouvernements australiens successifs ont orchestré des rapts par milliers jusque dans les années 70, 1970.
Une initiative civilisatrice comme le XIXème siècle en a vu passer sur le Vieux Continent. Une de plus où l’homme occidental a voulu bien faire, et de bonne foi. C’est en 1869 que la première loi fut votée, permettant au Gouverneur de l’Etat du Victoria d’enlever les enfants aborigènes à sa tribu pour les mêler aux familles civilisées dans le but d’assimiler ce peuple, qui, pour tant premier sur le sol, dissonait avec le peuple blanc, les Australiens.
Et l’argument de bonne foi ne peut être ébranlé par la Cour car la volonté était bienveillante, ils voulaient redonner la chance de réussir à des aborigènes dont le destin n’était que plumes et maquillages. C’était leur politique sociale, nos internats d’excellence à nous.
«L’assimilation est le but. Jusqu’à ce que tous les aborigènes vivent comme tout Australien blanc», explique en 1937 la Conférence du Commonwealth sur la situation des indigènes.
Pragmatisme anglo-saxon. Un territoire, deux peuples, so il y aura un peuple. Le but est clairement affiché, éradiquer les les coutumes aborigènes pour que ces derniers adoptent les valeurs australiennes et qu’ils se voient offerts éducation et prospérité.
Mais pour faire partie du casting, il fallait quelques attributs. Comme celui d’avoir un des deux parents blancs, cela permettait une rentrée plus crédible dans la nouvelle famille. Et à croire que les blancs étaient férus de petites aborigènes car quasiment toutes les tribus d’Australie ont été touchées par ce fléau des enlèvements, au point de former une Stolen Generation, selon l’expression consacrée.
Arrêtée seulement dans les années 1970, le résultat de cette politique n’est pas glorieux. D’une part, sur le programme en lui même qui au lieu de dispenser une scolarité de qualité selon l’esprit de la loi, parquait souvent les enfants dans des dortoirs où ils servaient de bras à l’industrie agricole. D’autre part, le résultat sur les personnes en question est évidemment catastrophique. Sommés de couper tout lien avec la famille, ces enfants ont pour la plupart échoué à se reconstruire.
Depuis, l’Australie a publiquement présenté ses excuses en 2008, par la voie de son premier ministre Kevin Rudd et a mis en place Link-Up Services qui vise à aider les enfants de la Stolen Generation à retrouver leur famille.
La question des aborigènes est en Australie toujours extrêmement sensible. Ô combien compréhensible. Comment ne pas se sentir coupable quand on a massacré des hommes, prospéré sur leur sol et que la pauvreté dans laquelle le modèle occidental les a jetés, explique en partie qu’ils représentent 28% de la population carcérale, pour 3% de la population totale ? Donc sujet touchy.
Et je l’ai appris à mes dépens, quand lors d'une soirée, je me suis prêté à une blague vaseuse sur les aborigènes - comme j’aurais pu la faire en France sur un arabe voleur - mais là une personne qui, heureusement m’estimait, m’a lancé un regard terrible qui voulait dire « mais t’es malade, enchaine, enchaine ! ».
Sur ce sujet, je conseille le film The Sapphires, dont l'image est extraite, qui traite de la question à travers une comédie musicale pleine d'humour.
L'Australie, un eldorado
Comme le savent tous les followers de ma blogosphère, les lecteurs de Var matin et du New York times, me voilà fraîchement débarqué à Melbourne avec la ferme idée de vivre quelques mois dans un pays anglophone détendu et vivant, et loin de la ligne 9. Mais point de fun sans quelques bucks. Car c’est sans chômage et donc avec CV que je m’en vais braver le chill australien et ses cafés.
Nous voilà prêt. Moi, mon vélo, mon casque sur la tête, mes auréoles et la cinquantaine de CV redesignés dans le sac. En effet, le CV a du subir une transformation. Mes passages à l’EDHEC, Accenture et TF1 se sont vus reléguer en bas de page, sur une ligne, pour faire la part belle à ma très enrichissante expérience en supermarché et au restaurant l’Imaginaire, où j’ai pu proposer le menu, prendre les commandes, les servir, les encaisser, nettoyer les tables avec de l’Ajax, tout en étant focus on providing excellent customer service. 6 bullet points sur le CV.
Franchement j’étais prêt à tout donner. Bon ok j’ai un mauvais anglais mais je suis propre sur moi, je sens bon (malgré les auréoles sus-mentionnées) et je pense savoir comment aborder des recruteurs. D’autant plus qu’on m’avait rabattu les oreilles avec « un petit job en Australie ? easyyyy ». Ok donc dans ma tête c’était ea-sy. Je me suis même pris une semaine de vacances en arrivant, convaincu que la semaine suivante, j’aurai un job après quelques CV distribués.
25 janvier 2015, 18h03, 158 CV distribués, pas un rappel. OUESKONVA KESKONFAIT ! Pourquoi m’a-t-on dit EASY ? J’ai laissé l’inscription cotorep sur le CV ou quoi ? Serai-je le seul frenchie à rester jobless dans ce pays ?
J’avais pourtant perçu quelques signes précurseurs qui me laissaient entendre que la bataille ne se gagnerait pas non sans mal. Dès ma première distribution, j’ai du parfois attendre que le manager finisse un entretien avec le candidat qui me précédait. Il y a donc quelques demandes. Mais je garde une certaine sérénité, mon CV comporte quand même la mention « grande école de commerce ».
Et me voilà, chaque jour, à arpenter les rues de Melbourne, CBD, Brunswick, Fitzroy, Saint Kilda, North Melbourne. Les incompréhensions s’accumulent autant que les jours. Parfois, on me demande de laisser mon CV bien que je comprenne que je ne fasse pas l’affaire. Comme cette fois où cet étrange échange a eu lieu :
« Hello.
- Hi man how are you ?
- Fine, fine. I am looking for a job, do you plan to hire ?
- Hum maybe. Do you have experiences in cafés ?
- I have an experience in a restaurant, in South of Fran…
- Sorry, we take applications only from guys with experiences in cafés. Good luck !
- :) »
Donc un garçon de restaurant n’a pas les compétences pour faire, servir et encaisser un café. Ok. J’aurais pu ne pas généraliser cette incompréhension si je n’avais eu une seconde mauvaise expérience. Donc bis repetita, je rentre dans un café, la manager réceptionne ma demande et finit par rentrer dans les détails sur la façon dont faire le café, avec son accent j’aitoujoursl’hamburgerdhiersoirdansmabouche. Je la fais répéter et je comprends bel et bien qu’elle me demande si j’ai une compétence particulière, requise pour faire du café. Sorry Ma’am, I don’t have the master in making coffee.
A croire que nous ne valons pas grand-chose sortis de notre pré carré hexagonal.
Quoi qu’il en soit, je ne suis pas découragé et continue d’imprimer mes CV par dizaines. Même si je dois confesser que parfois j’agis comme si je l’étais… Sur seek.com.au, j’ai candidaté pour travailler sur une chaine d’usine de viande. Non mais pourquoi pas. Mais là où l’égo s’est fait mal mené a été lors de ma candidature à Sodexo, pour être serveur dans les bureaux des grands cabinets. Ces mêmes serveurs que je dédaignais du coin de l’œil quand mon jus d’orange n’était pas assez frais, à l’époque où je portais un costume chez Accenture.
Ces cabinets appliquent le « up or out ». Je me suis appliqué le « up or down ».
Florent Vairet
L’open space : get rich or die tryin'
« Et alors Florent on n’avait plus de chemises propres aujourd’hui ?
- Euh oui, mais plus de repassées... Mais ça va, c’est pas comme si j’étais en t shirt…
- Enfin t’aurais pu aussi venir en string à ce moment-là. »
Telle était la limite que je m’étais interdit de franchir: venir en string. A part ça, j’étais décidé à toutes les repousser. La tenue, qui est dans le milieu du conseil l’habit qui fait le moine et la grasse facturation, me semblait être l’arme la plus accessible pour une révolte. Car en effet, une rébellion cubaine en bonne et due forme n’était pas envisageable, a-t-on déjà vu un Mélenchon aux universités d’été du MEDEF ou un Kerviel à la fête de l’huma (ah non, ça c’est possible). Non, il me fallait trouver une attaque assez perfide pour ne pas tangenter le licenciement tout en soulageant ma conscience insoumise.
La tenue rassemblait tous ces attributs, car toute remarque était délicate mais leur agacement voulu était aisément perceptible. Si je repoussais chaque jour les limites du possible en matière vestimentaire, l’idée était bien entendu de les emmerder jusqu’à l’os. Un jour les converses, un autre le jean, à chaque jour ma petite révolution. Mon plus beau coup naquit un jour de mai, où mon exaspération de ce job de merde atteignait son apogée.
Levé 7h41, petit déjeuner avalé à 7h52 et cravate nouée à 55, j’étais sur le point de partir, avec la rage de me voir un jour de plus me fourvoyer dans cette vie qui n’était pas la mienne. Quand en me dirigeant vers la porte, je croisai le regard de mes nikes jaunes et bleues. Tel un oisillon rongé par cette envie d’envol aux beaux jours, d’un coup de pied, je jetai les Minelli et enfilai mes sneakers et fermai la porte avant que l’audace ne me quittât. Une fois dans la rue, je vis mon reflet dans une vitrine et je ris. Mon plus beau costume noir avec des baskets jaunes et bleues. Je voulais l’affront, il sera à l’heure. Armé de cet accoutrement qui en réalité signifiait “A mort le capitalisme”, je partais faire le djihad dans mon open space, avec comme seules armes mes souliers. Gattaz n’a qu’à bien se tenir.
Une fois aux portes de l’enfer, je n’en ramenais plus large. Je décidais d’opter pour l’attitude décomplexée du pécheur qui ne se rendait pas compte de l’offense. Du moins avant l’entrée. Car passé le portique, je compris que les foudres s’abattraient rapidement sur moi en ce beau jour de mai. J’accélérai donc le pas, sautai dans l’ascenseur encore vide et appuyai pour refermer les portes au nez de mon collègue que je sentais guère loin. Il préfère les escaliers. Puis il fallut pénétrer dans le salle au Graal, l’open space. Dans mon malheur, Jésus avait anticipé ce jour de lutte historique et avait placé mon bureau tout près de la porte d’entrée, m’évitant ainsi une défiance générale. Cette distance était d’environ 10 mètres, que je fis en trois pas furtifs, dans un mouvement de honte. La révolution avait du plomb dans l’aile. Désormais assis, il me fallait cacher l’objet de l’hérésie. S’engageait alors un marathon des jambes tendues, pour en limiter la vue. La journée passait et chaque heure était une victoire du bien contre le mal.
Mais voilà, l’heure arriva où l’on finit par réclamer l’esclave que j’étais au milieu de la salle. Je rassemblai mon courage et me levai. Je scannai du regard les personnes à fort impact sur carrière. Cependant, le danger ne vint pas de là où mes baskets et moi ne l’attendions et nous fumes pris en traite. Là, se tenait Nadira, senior manager, une lionne éthiopienne régnant sur sa savane aride me vit sur son terrain de chasse, debout, chaussé comme voulant être publiquement défroqué. Montrer une photo de Julie à Valérie n’aurait provoqué plus de haine. Mais dans un mélange contradictoire de haine et de mépris, elle tourna les talons, s’en allant vers d’autres gazelles à croquer.
Hasta la victoria siempre.
Florent Vairet