Les nocturnes - Premier passage
Douze coups, disent-ils? J’entends plutôt ton heure qui sonne et qui révèle une nouvelle aube. Il me semble que mon port de quiétude s’assombrit sous la brume cendrée - ton voilier part en me laissant derrière. À l’instant, je me rappelle les noires du piano aux touches cassées. Ce decrescendo vers l’obscurité qui était au coeur de ma décadence m’évoque maintenant ta détérioration.
L’amour que je porte n’est plus qu’un fil transparent qui s’écoule au fond d’un abysse. Entends-tu cette rivière de musiques ? Tu sais, là où il fait bon de vivre ? C’est notre sanctuaire de souvenirs où se cache notre passion exubérante. Sous cette pluie torrentielle, je sens la chaleur ardente me masser les tensions comme jamais. Une goutte roule sur ma joue; or, je ne sais plus s’il s’agit des larmes ou du déluge. Est-ce bien cette averse qui nous emprisonne dans le tourbillon du désespoir ?
Voilà ce qu’est de mordre dans la vie à pleines dents. Croque l’innocence les yeux fermés, avant qu’il ne soit trop tard ! N’oublie pas de respirer l’air frais du printemps encore jeune, avant de sentir la nostalgie par le parfum de l’automne. Et, quand le froid commencera à te brûler l’esprit, n’oublie pas ce cycle perpétuel qui te ramènera toujours vers moi.













