L'ESSOR DES VILLES ET LA DECAPOLE
LES VILLES D'ALSACE SONT NEES AU MOYEN AGE
Au 1400, l'Alsace compte plus d'une cinquantaine de villes alors qu'elle n'en possédait qu'une, Strasbourg, trois siècles auparavant. La plupart d'entre elles sont l'oeuvre de leurs seigneurs qui ont voulu imiter les Hohenstaufen. Leur particularité réside dans la possession de remparts qui leur confèrent une valeur militaire et dans l'octroi de franchises ("freyheiten") qui leur donnent un statut spécial. Pour développer les villes, les seigneurs leur ont accordé des avantages très substantiels, des impôts plus réduits, des droits plus étendus: les bourgeois ("burger") sont avant tout des hommes libres capables de s'administrer par eux-mêmes. Mais les résultats diffèrent d'une cité à l'autre : Thann, Rouffach ou Molsheim sont dirigées par des conseils ("rat") très autonomes et comptent plusieurs milliers d'habitants, tandis que certains bourgs demeurent microscopiques: Ferrette, Lichtenberg ou La Petite-Pierre.
LES VILLES IMPERIALES : UNE ELITE POLITIQUE
les villes qui dépendent directement de l'empereur sont au nombre d'une douzaine. Elles ont été fondées par lui ou se sont placées sous sa protection. Ainsi, après 1262, Strasbourg a-t-elle acquis le rang de ville libre impériale ("freie reichstadt") qui en fait une véritable république, ce qui est également le cas de Bâle. Les Strasbourgeois sont dirigés par des institutions complexes : leur conseil est dominé par les artisans qui disposent des deux tiers des sièges, tandis que l'administration municipale est assurée par quatre "stettmeister" en fonction pendant un trimestre, sous le contrôle de l"'ammeister" désigné par les métiers, et que des commissions spécialisées, les XV et les XIII, s'occupent respectivement des finances et des affaires extérieures. Strasbourg n'a pas d'équivalent puisqu'elle possède de vastes territoires et même quelques châteaux.
Les autres villes impériales sont soumises au grand bailli d'Empire ("reichslandvogt") qui réside à Haguenau. Dans le second tiers du XIVe siècle, les plus importantes d'entre elles, Colmar, Sélestat et Haguenau ont également donné le pouvoir aux artisans.
Les artisans au pouvoir à Haguenau en 1331 :
Traduction: "Nous les maîtres, le conseil et l'ensemble des bourgeois de Haguenau portons à la connaissance de tous ceux qui auront lu ou entendu lire cette lettre, que pour l'utilité et l'honneur de la ville et du pays nous nous sommes mis d'accord sur ce qui suit. Que les XXIV qui ont été désignés par serment par les métiers, et ceux qui leur succéderont, doivent venir dans notre conseil chaque fois qu'ils le veulent, pour procurer l'avantage et l'honneur de la ville, sans aucun empêchement. Que les XXIV et ceux qui seront élus ultérieurement désignent, pour les remplacer, chaque année, huit jours après la Pentecôte, XXIV autres issus des métiers ; et que ces XXIV fassent serment de rechercher le bien et l'honneur de la ville, et de se mettre au service du bon droit de chacun, qu'il soit riche ou pauvre... Et pour en faire un acte authentique et officiel, nous avons mis le sceau de notre ville au bas de cette lettre qui a été donnée le samedi avant la fête des saints apôtres Simon et Jude, en l'an 1331..."
LA DECAPÓLE
Au point de vue économique et au point de vue politique, ces villes ont les mêmes intérêts. Elles veulent conserver leur autonomie interne et garantir leur sécurité. C'est pourquoi, elles participent à des alliances provinciales ("landfrieden"), aussi bien pour assurer la paix que pour régler des questions monétaires ou juridiques. A partir de 13 54, les dix villes impériales sont associées au sein d'une ligue appelée ultérieurement "Decapóle" (= les dix villes, en grec). Cette ligue prévoit une coopération militaire, ce qui est particulièrement important pour lutter contre le brigandage. La solidarité politique se traduit en outre par une intervention mutuelle en cas de révolution municipale: il s'agit d'empêcher la noblesse de reprendre la première place dans les villes. Jusqu'au XVIIe siècle, la Decapóle sera la seule structure commune à l'Alsace tout entière. Pourtant, dès le milieu du XVe siècle, les Mulhousiens menacés par l'Autriche se rapprochent des Confédérés suisses dont ils deviennent les alliés à partir de 1515. A cette date, leur départ est compensé par l'adhésion de la ville de Landau, dans le Palatinat.
CONSTITUTION DE LA DECAPÓLE 1354
Nous, Charles (IV de Luxembourg), par la grâce de Dieu roi des Romains toujours amplificateur de l'Empire et roi de Bohême, faisons savoir qu'ayant constaté les maux, discordes et révoltes troublant actuellement le pays, les villes et les gens qui en Alsace nous appartiennent, à nous et au Saint Empire..., nous avons ordonné par la présente charte aux schultheissen*, bourgmestres, conseils, bourgeois et communautés des villes de Haguenau, Wissembourg, Colmar, Sélestat, Obernai, Rosheim, Mulhouse, Kaysersberg, Turckheim et Munster de s'unir par serment prêté à nous et à l'Empire, pour se porter aide et conseil réciproques contre qui que ce soit, à l'exception toutefois de nous, de l'Empire, de notre grand bailli* et de nos autres fonctionnaires en exercice.
S'il se produit dans l'une desdites villes un désordre ou une querelle, provoquée par des gens domiciliés dans la ville ou au dehors et que soient destitués par la violence des officiers du Conseil ou de l'Empire; même si la ville est entièrement gagnée (aux perturbateurs), les autres villes sitôt informées, qu'elles soient sollicitées ou non, interviendront avec toutes leurs forces pour porter aide à la ville ayant subi le préjudice. Elles tiendront pour responsables dans leurs corps et dans leurs biens, les auteurs du dommage, jusqu'à ce que le grand bailli, lesdites villes ou la majorité d'entre elles aient reconnu, fixé et fait réparer le tort causé.
... Si une ville se sépare des autres, la plaignante convoquera avec l'accord du grand bailli les autres villes et l'accusée en une assemblée à Sélestat. Les villes s'y rendront et avec notre grand bailli entendront la défense et la plaidoirie de la ville défaillante, celle-ci devant se conformer à la décision du grand bailli, des villes ou de la majorité d'entre elles. Toute ville qui refuserait obéissance, les autres s'uniront contre elle jusqu'à exécution de la décision.
LES JUIFS D'ALSACE AU MOYEN AGE
Résents dans la vallée du Rhin depuis l'époque romaine, les juifs s'étaient établis dans les villes où ils exerçaient les métiers de banquier et de marchand. Leurs communautés disposaient de synagogues, d'écoles, de bains etc. regroupés dans certains quartiers dont les noms ont subsisté (rue des Juifs à Strasbourg, notamment). Us étaient protégés par l'empereur, mais leur richesse et leur mode de vie les exposaient à toutes sortes de vexations. A partir de 1270, on assiste à plusieurs vagues de persécutions, en particulier vers 1338 et en 1349, au moment de la grande •peste. Dès lors, les survivants connaissent une situation difficile : ils sont expulsés des villes et s'installent dans les villages ou dans les bourgs. Ils vont jouer un rôle de premier plan dans les campagnes, en pratiquant le colportage ou le prêt d'argent.
La fin d'un repaire de brigands, le château de Schwanau, d'après une chronique strasbourgeoise du XIVe siècle :
"Cette année-là, le jour de la Saint Marc (24 avril 1333), les habitants de Strasbourg entrèrent en campagne contre Schwanau qui se trouvait sur une île du Rhin à la hauteur d'Erstein. On ne pouvait pas trouver de château aussi bien construit et aussi bien situé : un vrai nid de brigands. Le siège dura six bonnes semaines et s'acheva au début du mois de juin. Toutes les villes situées en amont, Berne, Lucerne, Fribourg et naturellement, les cités alsaciennes avaient envoyé des soldats avec du matériel de siège et des catapultes. Pour briser la résistance des assiégés, les gens de Strasbourg apportèrent des tonneaux remplis d'immondices et les projetèrent dans le château, de façon à souiller les puits et l'ensemble des maisons.
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Le château fut bientôt investi. La demeure des chevaliers s'embrasa et les brigands durent se réfugier dans la tour. Ils étaient au nombre de soixante, tant nobles que roturiers. A la suite de l'assaut, on en décapita quarante-huit (mais d'autres disent cinquante-trois). A un certain moment, les assaillants n'avaient pas hésité à se servir de prisonniers pour en faire des projectiles : c'est ainsi que deux captifs ficelés l'un à l'autre avaient été lancés à coup de catapulte pour épouvanter les assiégés.
















