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Aujourd'hui, départ pour un nouveau chapitre philosophique, théorisé depuis la Renaissance de l'autre côté des Alpes : la bella figura.
L'idée toute simple de ne jamais laisser passer une occasion d'ajouter un peu de grâce à un geste qui pourrait très bien s'en passer. Faites chauffer un café ou sortez une bonne bouteille et un verre avant d'embarquer, promis ce ne sera pas long.
On serait tenté de traduire cette expression par "faire bonne figure", mais ça n'a rien à voir avec le bluff, c'est une sorte de tension permanente vers le beau.
L'expression remonte à la Renaissance, où l'on développe l'idée que la forme est un "contenu". Castiglione écrivait déjà sur la grâce qui ne doit jamais sentir l'effort, cette aisance apparente qu'on travaille en secret pendant des plombes pour qu'elle paraisse naturelle.
La bella figura est la fille de cette pensée-là . Elle a juste quitté les cours des princes pour s'installer dans les cuisines, les rues, les files d'attente à la boulangerie et les couloirs infinis du métro. Repasser ses draps avant de les coffrer dans l'armoire dans le noir ?
On est pile dedans. C'est une façon de se "soigner" au quotidien par le beau (et l'ordre). On n'embellit pas sa vie parce qu'on va bien, on va mieux parce qu'on a embelli sa vie. L'ordre est inversé, et c'est tout le génie du truc (qu'on adopte plus ou moins naturellement).
Et c'est jamais une question d'argent, j'insiste dessus. Pas besoin d'avoir un 200m2 ou des sapes sur-mesure pour refléter une aura de cohérence et d'élégance. C'est tout l'opposé du bling par exemple, on parle d'une étincelle discrète à injecter dans sa vie de tous les jours.
Dresser une belle table pour soi ou ses proches, prendre quelques minutes pour bien repasser sa chemise, pour s'occuper de ses plantes, pour se faire un vrai et bon café et j'en passe. La bella figura n'a pas de fin et pas de méthode, c'est pas une extension à la Marie Kondo.
Il y a peut-être un point commun : l'idée que l'environnement matériel affecte l'état intérieur, et que le désordre extérieur nourrit le désordre intérieur. Mais Kondo tend vers la légèreté et le vide là où la bella figura, elle, cherche à densifier chaque geste de sens.
Finito.











