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La vente à la sauvette de paquets de cigarettes à 5 euros par des clandestins est désormais bien enracinée dans Paris. Alors même que leur contenu laisse à désirer... (Le Parisien)
Ces colocations qui n’en finissent pas dans des appartements cubiques, ces chaises Ikea sans passé qui n’ont pas d’histoire à raconter. L'étudiant subit un temps ralenti. L'existence traîne, elle tarde inutilement. Le bac, cinq ans, sept ans d’études inutiles. Ecrire sur des feuilles, attendre des cours, attendre des métros, des fêtes, des passages en caisse. Les déménagements. Tout est lent. Le permis de conduire, quitter la maison des parents, habiter avec une compagne, puis avec une autre… Le premier enfant, l’achat de la maison, la promotion professionnelle, la maison secondaire. Tout cela toujours effroyablement lent, prévu, laborieux comme une coulée de boue. Mais dans le même temps la société fonctionne sur un temps accéléré. Immigration, destruction, changement toujours, urbanisme affreux, éoliennes, hangars, gays, gender, migrants, gouvernance, éducation, lotissements, religion, turnover, rachats et fusacs. Tout s'éparpille de plus en plus, se transforme à n'en plus finir, de plus en plus peuplé, absurde, engorgé.
Lounès Darbois
Le barbecue jeune bourgeoisie.
Ah, tu n'as rien raté, sois tranquille! On est arrivé là bas à 18h, c'était le chaos. Les éviers, le sol, les murs, tout était humide et sale,... Des enfants couraient partout avec des tâches sur les vêtements, ouvraient les portes qui donnaient sur des balcons sans balustrade c'était hyper dangereux. Ils avaient rien préparés, rien à servir. On a lampé en 10 minutes toutes les bières qu'on avait apporté puis le barbecue a commencé avec des vieilles saucisses. Y avait une inexplicable odeur de plastique brûlé dans le jardin, et quel jardin! Un terrain vague en bordel avec des bûches détrempées en travers du chemin, on essayait de faire partir le feu avec des branchages, des types s'employaient à couper du bois avec une tronçonneuse hors service, le maître de maison avec des bottes de chantier faisait tout pendant que la femme se mettait une rince au vin rouge avec ses copines, étalée dans des transats comme des otaries échouées Les gonzesses n'ont rien fichu du tout, elles buvaient de l’alcool et engueulaient les maris confus occupés à langer des bébés. C'était l'échec complet, et on en est sortis épuisés car il fallait tout faire soi-même. A 11h30 on est partis c'était marre oh non tu n'as rien raté. Les gens ne savent plus vivre. Les deux conjoints travaillent 8 à 10 heures par jour, et quand on a dit ça on a tout dit. quelle famille, quelle société veux-tu bâtir dans ces conditions? Non seulement nos ancêtres travaillaient deux fois moins et étaient mieux payés si l'on transpose en pouvoir d'achat constant, mais ils étaient deux fois mieux structurés mentalement que nous.
Lounès Darbois
Qu’est-ce que Monsieur le Surintendant allait faire concrètement contre les racailles ? Les racailles continueraient à saloper toujours plus loin chaque mètre carré de la laborieuse, vertueuse, vénérable civilisation dont se réclamait Monsieur le Surintendant, quel que soit le nombre de conférences, tractages, manifestations qu’organiserait la Société des Bons Messieurs.
Lounès Darbois
Vous êtes l'un des derniers représentants de cette classe de Français qui a terminé ses études avant mai 68, et j'aime tout de ce que vous m'avez appris à votre insu. Vos imparfaits du subjonctif et vos jurons, le Gaffiot et le Littré aux reliures défoncées posés sur la table basse, et l'intégrale de Tintin et Milou sur l'étagère, au milieu des "Pléiades" et des "Belles Lettres". C'est vous qui m'avez donné à voir ce que la France a produit de plus beau, comme technique de vie pratique incarné dans les manières, les bâtiments et les jardins, ce côté Septième arrondissement, Quai d'Orsay, le feutré mais aussi le direct, les beaux appartements anciens si bien pensés, mais aussi la cuisine de brasserie au Saint-Estèphe, tout ce savoir accumulé que l'on retrouve en tout ce que vous touchez familièrement, concentré, vibrant, pertinent (vous avez certainement bon goût). Le Littré donne au mot usage une "pratique acquise par l'expérience". Depuis l'enfance je n'ai aimé que l'usage, les sentences des vieux, préférant sans même le comprendre, le classique à la mode. Par exemple le poli de la rampe d'escalier de votre immeuble de Guynemer, éclairé seulement par la verrière quand on éteint la minuterie, me laisse tout à fait rêveur et ce depuis l’âge de cinq ans. Je pourrais passer des heures à scruter les avenues du plan Truchet & Hoyaux encadré dans votre corridor. Une jeune fille bien habillée m'interpelle davantage qu'une jeune fille bien balancée. Le musée Guimet, l'aile Denon, les hauts volumes du palais de Chaillot, les détails ornementaux de la salle Pleyel, le laconisme, la citation sibylline, la diète, me semblent depuis que j'ai 5 ans les fragments des trois cariatides que j'ai trouvé chez Céline à 25 ans: la Légende, le Mystère, la Grandeur.
Lounès Darbois
Ces vacances insulaires attendues toute l'année sont peut-être les dernières. Une atmosphère de lassitude flotte dans l'air, une certaine pression antivitale semble exercer son poids sur les épaules des gens de la bourgeoisie, jeunes et vieux, que je ne vois plus fleureter comme il y a seulement un an, ni s'habiller décemment, ni se parfumer, ni plus rien faire de leurs privilèges. Quelque chose écrase cette "bourgeoisie blanquette de veau" dont je ne suis pas, que je côtoie à la marge, et pour laquelle je n'ai pas cette haine des refoulés à l'entrée puisque vous m'y avez si souvent accueilli.
Lounès Darbois