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PIERRE R A REVU POUR VOUS PLAYTIME DE JACQUES TATI (1967)...
Playtime donc, le chef d'oeuvre (oui quand même plutôt ça) moderniste de Jacques Tati, où entre le faux quartier de La Défense construit spécialement pour le film du côté du Val-de-Marne, les centaines de figurants (dont 1 ou 2 acteurs de second rôle un peu connus) et les centaines de voitures (dont des dizaines de Simca 1500) le réalisateur marginal et inspiré a plongé profond financièrement. Cette dénonciation, enfin cette satire ironique, de la modernité architecturale et entrepreneuriale, avec ses figurants cravatés ou (pour les dames) permanentées, nous rend paradoxalement nostalgique de la dite modernité, parce qu'elle est " clean " (et blanche même si c'est un orchestre jazz afro-américain qui déclenche la tempête finale). Oui nous aimons bien ces halls lumineux peuplés d'élégantes visiteuses (ou démonstratrices) de salon commercial sans oublier ces touristes yankees caquetantes, sorties tout droit d'une série américaine " sixties ". Et nous adorons ces appartements privés donnant sur la rue en format de vitrines illuminées. Même avec en contrepoint le bon sens rigolard et la dégaine décontractée des prolos parisiens (aussi lointains aujourd'hui hélas que les cadres et employés en costumes stricts) qui tournent autour de cette cité des affaires et de l'avenir, on reste un peu sous le charme moderniste - aujourd'hui furieusement rétro-moderniste - de cet univers. Sinon Tati fait dans le contrepoint lui aussi, avec sa tenue complète de M. Hulot trimballée dans une variante rigolote d'Alphaville.
Si la première moitié du film fait penser aux Temps modernes de Chaplin - en version bureautique -, la seconde, avec cette soirée inaugurale et catastrophique d'un restaurant-dancing de prestige, évoque forcément The Party, le fameux film pop - et surfait dans notre souvenir - de l'Américain Blake Edwards (d'ailleurs sorti l'année suivante). Du coup Tati est un peu dans l'air du temps pop mais ça ne désarme pas sa veine comique subtile. Cette soirée chic et dansante regorge en effet de gags, dont celui - forcément involontaire à l'époque - de la présence parmi les danseurs en smok' du jeune (moins de 20 ans au moment du tournage) Patrick Balkany. Sont-ce les buildings de Playtime qui lui ont donné le goût de l'immobilier de prestige ? En tous cas réussir à l'identifier dans cette foule branchée (on disait plutôt " dans le vent " ou " à la page " à l'époque) et comme saisie de démence mondaine, a été comme une gâterie supplémentaire...
https://youtu.be/i_7cjxkl8co?si=do9xc_FTk759w31I






