P V L S Î R -Â THE DÎYS WE REMEMBER CRITIQUE | Jam And Marmelade
Dans l'espace, tout le monde les entendra chanter.Â
Avec son premier album, P V L S ΠR nous propulse en douceur à travers un voyage spatial fait de morceaux contemplatifs et bourrés d'énergie, non sans une once de solitude et de mélancolie.
Dans le morceau « Contact », conclusion de l'album Random Access Memories des Daft Punk en 2013, on pouvait entendre un astronaute conclure « I don't know whether that does any good, but there's something out there », aprÚs avoir aperçu un objet lumineux non identifié proche de la Terre. La suite du titre était un mélange puissant de synthés et d'orgues grandiloquents accompagnés d'une batterie frénétique. Mais surtout, il y avait ce son aigu, strident et continu, semblable à une fusée lancée à pleine vitesse. Avant de disparaßtre, comme absorbée par ces sons étranges présents dÚs la toute fin du morceau, pour finalement céder la place au silence complet. Comme si elle venait de se téléporter et de changer de dimension, avec à son bord, l'équipe des astronautes.
THE DÎYS WE REMEMBER , le premier projet de P V L S Î R , pourrait ĂȘtre la suite de ce morceau. Et se situerait dans une rĂ©alitĂ© parallĂšle oĂč, ces hommes de l'espace - incarnĂ©s par KĂ©vin Fauvel et Boris Collin â auraient composĂ© un recueil musical inspirĂ© de leur pĂ©riple spatial aprĂšs avoir Ă©tĂ© aspirĂ© par l'infini. Tel un testament d'ĂȘtres humains incertains de retrouver le chemin de la Terre ou mĂȘme de rĂ©ussir Ă y Ă©tablir un contact. D'oĂč ce titre, THE DÎYS WE REMEMBER, qui fait appel aux souvenirs, Ă la mĂ©moire, voire Ă l'introspection, et invite Ă se retrouver, et Ă replonger dans les sentiments les plus simples. Loin des prĂ©occupations superficielles de nos sociĂ©tĂ©s causĂ©es par le temps qui ne cesse de s'Ă©couler inexorablement.
Le temps semble d'ailleurs n'avoir que peu d'attache sur cet album. Comme si celui-ci était étendu au maximum pour accentuer cet état de contemplation qui parcourt plusieurs titres de l'album. Renforcé par l'habillage sonore général composé en majorité de nappes de synthés pour des ambiances vaporeuses, lancinantes, et pour une retranscription fidÚle du vide et de l'immensité de l'espace.
Pourtant assez homogĂšnes, les titres vont se distinguer par leur aspect visuel fort et vont permettre assez facilement Ă l'auditeur de s'imaginer lui-mĂȘme son environnement. Sommes-nous en train de survoler une planĂšte ? De quoi a-t-elle l'air ? Sommes-nous dĂ©jĂ en train d'explorer sa surface ? Ou dĂ©rivons-nous dans l'espace ? Combien y a-t-il de soleils ? De quelles couleurs sont-ils ? Les questions sont sans fin, tout comme notre imagination face aux diffĂ©rentes ambiances du disque. P V L S Î R tire bien Ă profit du thĂšme de l'espace ; sa grandeur tout comme notre fascination nous invite Ă nous rendre acteur de notre propre expĂ©rience d'Ă©coute. Des Ćuvres cinĂ©matographiques comme Interstellar de Christopher Nolan ou surtout Oblivion de Joseph Kosinski viennent alors Ă l'esprit : leurs OST, leurs dĂ©cors, leurs univers, participent Ă cet imaginaire et deviennent Ă la fois des influences et des clĂ©s qui permettent de se plonger encore mieux dans l'univers du duo.
Ainsi des titres comme « Dear God », « The River » ou « Billion Hommes » pourront donner l'impression de survoler des paysages gigantesques, constituĂ©s exclusivement de nature, avec des cours d'eau et de la vĂ©gĂ©tation Ă perte de vue, tandis que « CP 1919 » ou « Won't Let Go » semblent avoir Ă©tĂ© composĂ© en apesanteur pendant que le vaisseau des deux camarades flottait au milieu des Ă©toiles sans destination prĂ©cise. Mais si le disque sait si bien user de la contemplation, il n'en reste en aucun cas prisonnier et sait livrer des moments trĂšs efficaces Ă de nombreuses reprises. Difficile de faire plus explosif que « Heroes » pour dĂ©buter son album avec sa batterie surpuissante, ses quelques notes cristallines de claviers entĂȘtantes, accompagnĂ©es de synthĂ©s abondants et accrocheurs. Sans oublier les claviers addictifs de « People », l'imposant « Closer » ou l'impressionnant « Innocent » et ses airs de synthwave mĂ©langĂ©s Ă des orgues massifs et sa batterie assourdissante. On se croirait en pleine guerre intersidĂ©rale aprĂšs avoir enclenchĂ© la vitesse lumiĂšre.
Cette pluralitĂ© dans les compositions traduit bien les diffĂ©rents sentiments que P V L S Î R souhaite exprimer au sein de cet album. Mais ces Ă©motions ne seraient pas aussi fortes sans la voix de Boris Collin et son chant Ă la fois puissant et sensible. Capable Ă la fois de s'Ă©poumoner tout comme de susurrer pour une interprĂ©tation toujours impeccable et touchante. MĂȘme lors des titres plus imposants, elle trahit une solitude certaine, avec comme seule rĂ©ponse, l'Ă©cho de sa voix qui rebondirait contre les parois de son vaisseau. Le cĂŽtĂ© synthĂ©tique de la musique du duo marque encore plus ce lien homme-machine et cet isolement spatial.
Et lĂ oĂč la musique de P V L S Î R aurait pu ĂȘtre noire, pessimiste, voire misanthrope avec ce recul sur notre sociĂ©tĂ© Ă la maniĂšre d'un Dr. Manhattan contemplant la Terre seul sur sa planĂšte et avec l'attrait du groupe pour la science-fiction (genre qui regorge d'histoires dystopiques), The Days We Remember est un disque lumineux, bourrĂ© d'Ă©nergie et rempli d'humanitĂ©. Un regard aux noms des morceaux de la tracklist suffit Ă saisir les thĂ©matiques abordĂ©es par le groupe, plus tournĂ©es vers le questionnement que vers le jugement, jusqu'Ă l'agnosticisme avec « Dear God ». Un album qui n'en oublie pas d'ĂȘtre soignĂ©, comme avec ce thĂšme utilisĂ© dĂšs l'introduction (« The Days ») et repris lors de la conclusion (« We Remember »). Les nommer ainsi revient d'ailleurs Ă englober tous ces sentiments ensemble et Ă amplifier leur message, formant un rĂ©el tout, avec un dĂ©but et une fin, avec P V L S Î R n'ayant plus rien Ă ajouter. Comme si ce projet Ă©tait vraiment destinĂ© Ă errer dans l'espace une fois confectionnĂ©, jusqu'Ă ce que quelqu'un parvienne Ă l'intercepter, pendant que ses deux crĂ©ateurs continueraient de jouer encore et toujours.
Suffisamment riche pour laisser l'auditeur penser lui-mĂȘme son imaginaire et celui dans lequel Ă©volue le groupe, THE DÎYS WE REMEMBER est un projet touchant, qui se laisse Ă©couter sans peine. Le seul risque Ă©tant d'en ressortir apaisĂ© et Ă la fois avec l'esprit bouillonnant, prĂȘt Ă embarquer dans le premier vaisseau spatial venu. Au final, difficile de vraiment catĂ©goriser la musique de  P V L S Î R, mais en mĂȘme temps, rien de plus normal venant d'un duo qui a tout le temps la tĂȘte dans les Ă©toiles.
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