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@la-gifle
Figure lynchienne
je caresse à leurs pieds       la déliquescence de la société humaine les chiens hurlent à gorges déployées
un abysse ténébreux flotte dans les cieux ses ondes basses fréquences traversent mon corps entier elles m'avalent tout entier
la noire profondeur de ce corps sans surface rend mon regard prisonnier de ses profondeurs opaques s'échappe ce qui semble être un chant m'invitant dès lors à plonger dedans
Image mentale
J’ai toujours été l’enfant poli, très poli, tellement poli que l’on peut aisément m’imaginer comme une pierre ou n’importe quel matériau que l’on pourrait polir, faire briller sous le soleil intempestif des injonctions sociales et familiales. J’ai tellement peur des autres, de les blesser ou de les inquiéter, de les contrarier que je me blesse moi-même. Je suis tellement affable et aimable que j’en suis venu à détester les gens. A l’intérieur, je me suis mis à tout haïr, même les fleurs, même le bonheur des autres, moi-même un peu, mais je préfèrerais que ce soit les autres, car ils ont l’air plus heureux que moi. Peut-être devrais-je en vouloir à mes parents, pourtant eux-mêmes sont si aimables ? Mais il est bien malheureux celui qui en veut au monde, mais qui n’a pas de bras, pas de bouche pour crier, hurler sa haine, celui qui est comme une pierre, muette et sourde, et bientôt d’un froid minéral. Alors j’ai décidé de quitter ce monde. Ne sachant pas l’affronter, je me suis mis à l’oublier, je me plais à me taire tout entier. Il ne reste que la tiédeur des corps qui se rencontrent. Ces chairs habitées de sang et d’esprit deviennent à mes yeux embués des muscles flétris, s’entrechoquant dans un bruit qui résonne comme un martèlement dans la nuit. Tu m’accompagnes dans ce rêve éveillé, moi qui ne dors jamais, toi dont la peau brûle mes doigts glissants. Tu es là en chaque instant, tu me regardes me liquéfier en cette matière grise, informe, si ce n’est celle donnée par les autres. Ce nouveau corps minéral peut-il seulement accueillir mon esprit ? En lui, tout mon désir prend forme, et si je deviens part du monde, j’en serai tout autant invisible, peut-être même indivisible ? Plus de corps, plus d’esprit, ni de chaleur ou de rancœur, juste une présence, sans conscience. Rien ne me manquera jamais, si ce n’est tes yeux et le soleil qui vient faire danser leur insolente iridescence. Mon esprit chute enfin, et il n’y a là nulle question de ténèbre ou de lumière, mais uniquement un corps sans référent, entouré d’un drapé uniforme d’une couleur sans nom. Une chute sans temps ni référent n’en sera finalement pas une, mais plutôt comme une apnée souveraine, c’est comme fermer les yeux et penser à l’horizon. Sans début, sans fin, flotter au milieu du néant, sans aucune crainte, ni violence. Tu n’as pas pu m’accompagner, mais je t’entends, ton souffle est rauque et ta semi-présence fait enfler ce sentiment de déchéance bienheureuse. Le bonheur se trouve ici, c’est-à -dire nulle part, là où y quiconque n’ose s’aventurer car bien trop peur de s’y faire chier. Dans une attente sans temps, une salle vide, où les chaises ont été remplacées par des murs spongieux, où la lumière n’a pas de source mais irradie de toutes parts. Je suis calme, mes membres sont devenus d’une dureté opaline, mon regard s’est cristallisé au loin, et le bruit dans ma tête a disparu pour laisser place à l’absolu du silence. Je trouve ce gris d’une beauté effarante, tant il est nuancé, ça me plaît, je t’en ai déjà parlé mais tu préfères l’ocre du sable de ces îles grecques où nous avons goûté à la liberté. Il devint pierre car il n’a rien su faire, car il a aimé regardé le monde mais n’a pas cillé quand celui-ci l’a interpellé, car dans une totale passivité, il s’est laissé avalé. Il est l’homme qui se couche face aux lions, en espérant qu’eux ne le verront pas, ou le croiront mort et en fermant les yeux, il s’offre tout entier aux prédateurs, la beauté de cette naïveté du monde finit littéralement par le dévorer. Il était donc plus simple de le quitter dans un doux abandon, pour en oublier sa chaleur, pour vivre de cette croyance toute idiote que quelque part existe un endroit de paix.