Marseille en images #2
On continue notre série consacrée au séjour du Détonateur à Marseille avec la visite des ateliers de la savonnerie Le Serail, dernière savonnerie artisanale de la ville.
Sade Olutola
PUT YOUR BEARD IN MY MOUTH

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Claire Keane
Game of Thrones Daily
The Bowery Presents

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gracie abrams
"I'm Dorothy Gale from Kansas"

@theartofmadeline
Cookie Run:Kingdom Official!
Misplaced Lens Cap
Aqua Utopia|海の底で記憶を紡ぐ
One Nice Bug Per Day
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@le-detonateur
Marseille en images #2
On continue notre série consacrée au séjour du Détonateur à Marseille avec la visite des ateliers de la savonnerie Le Serail, dernière savonnerie artisanale de la ville.
© Le Détonateur
Reconfiguration of a tree
Un projet de recherche du designer Thomas Vailly axé sur le pin maritime, révélant le potentiel de ce dernier en tant que matériau.
Après différentes recherches sur le matériau et ses applications, Thomas Vailly a proposé à cinq designers de reconfigurer une partie de l’arbre en produit.
Un beau projet qui prouve encore une fois qu’il existe des solutions visant à revenir à l’essentiel en développant de nouveaux matériaux naturels.
Petit aperçu en images !
Clogs by Lex Pott
woodwall room divider by David Derksen
Exercise in Pine I by Gardar Eyjólfsson
Sixpan by Studio Thomas Vailly
Boats by Lex Pott
Exercise in Pine II by Gardar Eyjólfsson
Photo by Floor Knaapen
Marseille en images #1
Première série d’images retraçant le passage du Détonateur à Marseille.
#1 La Cité Radieuse
© Le Détonateur
Studio Arhoj
Une série d’objets entre simplicité scandinave et culture traditionnelle japonaise.
Studio Arhoj est un studio de design fondé en 2006 à Tokyo et désormais basé à Copenhague. L’influence de ces deux cultures fait naître des objets en céramique aux formes simples, uniques et amusantes !
Petit aperçu du travail de ce Studio plein de talent !
Photos : http://arhoj.com
Design your own Halloween
Sweet Bike Company
On se remet en selle avec cette startup innovante qui vous propose le montage de votre vélo à la carte !
Les vélib n’ont qu’à bien se tenir ! Surfant sur la vague grandissante du marché du vélo et de la personnalisation, Sweet Bike Company vous offre la possibilité de monter votre vélo à la carte. Du cadre aux poignées, de la couleur au style, les combinaisons sont infinies !
Sweet bike Company, c’est d’abord un projet entre deux amis passionnés de vélo et très bricoleurs. À force de remonter les vélos des copains, Fred et Vincent ont l’idée de créer une plateforme innovante offrant une nouvelle façon d’aborder le vélo en ville.
“ Un vélo est plus qu’un moyen de transport à nos yeux.”
Si vous avez déjà le votre ou que vous souhaitez dépoussiérer celui de votre grand-père, l’atelier de Sweet Bike Company ne manque pas de ressource pour donner à votre vélo une seconde jeunesse !
À la fois design, moderne et audacieux, ce nouveau concept n’a pas fini de vous rendre fou de vélo !
plus d’infos sur http://www.sweetbikecompany.com
Le Kiosque
Un nouveau concept d’espace de vente innovant créé par les frères Bouroullec pour Emerige.
Le parcours Hors les Murs de la FIAC nous a encore réservé de bonnes surprises ! Cette année, c’est au jardin des Tuileries que Ronan et Erwan Bouroullec, représenté par la Galerie Kreo, ont présenté Le Kiosque : une commande de l’entreprise Emerige dans le cadre d’un projet de transformation du quartier des Batignolles.
Avec leur structure inhabituelle et innovante, impossible de passer à côté de ces deux “pavillons” dans les allées du Jardin des Tuileries ! Dès le premier regard, on y retrouve l’exigence, l’innovation et la délicatesse qui caractérisent le travail des frères Bouroullec.
Entre urbanisme, architecture et design, Le Kiosque est avant tout un espace autonome démontable et ultra-performant. Sur pied en à peine trois heures et pouvant se loger dans un semi-remorque pour être déplacé, sa modularité permet d’envisager de nombreuses possibilités d’utilisations. Ainsi, d’abord utilisé par Emerige comme espace de présentation de leur programme immobilier, il sera ensuite offert à la ville de Paris pour accueillir des projets sociaux et culturels accessibles au plus grand nombre.
Le Kiosque est un projet très innovant en terme de design qui a nécessité plus de trois ans de travail et de réflexion. Les frères Bouroullec se sont notamment “appuyés sur les compétences et les équipes de l’atelier La Machine de Nantes pour répondre aux nombreux défis techniques.”
Petite description de sa composition -
Une structure en acier thermolaqué vient intégrer de grandes baies vitrées sur trois faces et une porte sur la quatrième, le tout surmonté d’un vaste toit. Le toit déborde généreusement de la surface de la structure, créant ainsi un espace couvert tout autour du kiosque, une sorte de terrasse extérieure. Des lanternes sont disposées aux extrémités du toit apportant de la lumière le soir sur toute la surface couverte. Le Kiosque possède également des panneaux coulissants sur les longs pans permettant de laisser les baies vitrées apparentes ou au contraire de “fermer” intégralement la structure.”
Encore un pari réussi pour Ronan et Erwan Bouroullec !
Parcours Hors les Murs, FIAC 2015, Jardin des Tuileries, jusqu’au 5 nov.
Pour en savoir plus www.bouroullec.com
© Studio Bouroullec
1930.S
Airball - Snarkitecture
L’agence Snarkitecture vous invite à jouer au basket au dernière étage d’un parking.
Le centre Airball est un concept inspiré du basket personnalisé et installé au 5ème étage du 111 Lincoln Road à Miami. Imaginé par les architectes Herzog & de Meuron, ce parking atypique construit en verre et en béton est rempli de lumière naturelle. À sa base, les espaces de vente offrent un accès libre à un espace public nouvellement transformé.
La pièce maîtresse de l’installation Airball est une arène blanche qui s’élève et invite les visiteurs à jouer au ballon en s’affrontant côte-à-côte sur deux matchs entièrement personnalisés. Ses lignes angulaires se marient parfaitement avec la lumière du jour et se fondent sans effort au design original du lieu, tout en conservant un style unique.
Connue pour ses installations rusées et novatrices, Snarkitecture remet constamment en cause les perceptions normatives. Ses deux fondateurs, Alex Mustonen et Daniel Arsham repoussent les limites de la conception architecturale avec une approche inattendue et inventive, créant des moments d’émerveillement et d’interactions qui permettent aux gens de communiquer directement avec leur environnement.
Blanc, lumière vive, teintes monochromes et illusions envahissent aussi bien leur travail de conception d’objets que leurs projets architecturaux d’envergure. Avec Airball, ils parviennent une nouvelle fois à prendre un élément familier et à l’élever à un niveau artistique jusqu’alors inconnu et inexploré.
Pour plus d’infos sur Snarkitecture http://www.snarkitecture.com
Photos by Noah Kalina.
Fruitleather Rotterdam
Un collectif de designers néerlandais a trouvé une solution à l’un des problèmes sociaux les plus importants de Rotterdam : les déchets alimentaires.
Chaque semaine se tient à Rotterdam l’un des plus grands marchés en plein air d’Europe. En une journée, ce sont l’équivalent de 3500 Kg de mangues imparfaites ou autres nectarines écrasées qui sont jetées illégalement sur ce marché.
Un jeune collectif de designers s’est penché sur la question pour tenter d’apporter une solution à ce problème. Après avoir collecté pendant des mois les fruits et légumes invendus et à travers un processus particulier, ils ont réussi à créer un nouveau matériau : Original Fruitleather Rotterdam.
En gastronomie, les chefs utilisent différentes techniques pour révéler les saveurs des aliments. L’une d’elles consiste à écraser, faire cuire et enfin faire sécher les fruits pour en faire des bonbons appelés Fruitleather.
En produisant cette technique à grande échelle, ces jeunes designers sont parvenus à créer un nouveau type de matériaux pouvant être utilisé de différentes façons et offrant la possibilité de concevoir de nombreux produits innovants. Ils ont ainsi créé un sac à main entièrement fabriqué avec Fruitleather qui montre bien les possibilités que peut offrir ce matériau.
Avec ce projet, ces jeunes créateurs veulent sensibiliser la population sur la question des déchets alimentaires et montrer qu’il existe des solutions pour enrayer ce problème.
Pour suivre leur aventure -
http://www.fruitleather-rotterdam.com
fb.com/fruitleather.rotterdam
Rencontre avec TH Manufacture
Jean-Baptiste Ceaux est le fondateur de TH Manufacture, une jeune maison d’édition d’objets faits à la main. Découvrez notre conversation au Salon Maison&Objet.
Tu as un parcours assez atypique. Peux-tu nous en dire quelques mots?
Je ne sais pas si mon parcours est vraiment atypique. Je me rend compte que les gens qui font de l’entreprenariat ont toujours des tas d’histoires différentes. TH Manufacture est ma deuxième carrière car j’ai longtemps fait de la banque d’investissement pour pouvoir vivre à l’étranger, notamment à Milan.
C’est là qu’est née ta passion pour le design?
Ma rencontre avec le monde du design a mis du temps à se développer. Lorsque l’on est entouré d’objets, c’est sur que ça finit pas rentrer dans l’oeil ! J’ai ensuite vécu à Hong-Kong, Londres et NYC. Lorsque j’ai arrêté la banque d’investissement, je ne savais pas comment intervenir dans le monde du design. Je n’avais aucune légitimité. C’est par le biais d’un ami qui montait sa boîte de design que je suis vraiment rentrer dans ce milieu. Je l’ai aidé à formaliser les choses et cette expérience m’a permis de mieux comprendre comment fonctionne l’industrie. J’ai découvert que les directeurs artistiques sont les personnes clés dans le processus de production car ils sont capables de traduire une intuition du designer en produit. Je suis fasciné par la production des objets et le travail dans les ateliers. Lorsque je vivais à Hong-Kong et que je ramenais des objets à mes proches, j’aimais raconter leur histoire et leur fabrication. Un lien très fort se créait lorsque j’offrais un objet. Les gens l’adoptaient, l’aimaient et en parlaient autour d’eux.
C’est ce que vous avez voulu montrer à travers TH Manufacture?
Toute l’idée de TH Manufacture est de réussir à créer ce lien entre les personnes qui créent et celles qui reçoivent mais aussi de lier l’idée du designer à la façon dont l’objet est fabriqué. Cette idée s’étant jusqu’à la fabrication de nos boîtes d’emballage, qui sont fabriquées en origami et pliées à la main par des personnes en situation de handicap. Le but est de transmettre quelque chose. Certains objets sont liés à des régions ou à des lieux. Un designer qui naît à Tokyo ne va pas créer la même chose que celui qui naît à Eindhoven. Cela permet de développer une réflexion et un dialogue très intéressants.
Vous partez donc d’une réflexion avant de choisir le designer?
Nous partons souvent d’un thème, comme la soudure ou le miroir, autour duquel nous axons notre réflexion. La manufacture, c’est un matériau et une technique qui révèle ce matériau. C’est un état d’esprit, une innovation technique et esthétique. Nous offrons aux gens la capacité de rentrer dans la collection en apportant un contenu et une histoire aux objets que nous fabriquons. Cela ne nous empêche pas de faire des choses en accord avec notre temps. Par exemple, Jeanne Bonnefoy-Mercuriali a appris la poterie en colombin avec les potiers de Sanaa. Pour son projet « jeux d’anses », elle a réinterprété des pièces antiques de transport de l’eau qui s’inscrivent dans l’esprit universel pour en faire un jeu qui devient le propre de l’objet. Elle a su embraser un héritage et le restituer pour en faire quelque chose d’extrêmement contemporain.
Comment s’organise le travail avec les designers?
Les designers ont une grosse part de liberté car ils doivent trouver leur espace. Nous sommes vraiment dans la rencontre et le dialogue. Certains se mettent en place naturellement et c’est ce qui nous intéresse. Nos objets ont un temps de développement assez long et les designers sont très importants car au moment de la recherche de la production d’un objet, il faut comprendre comment se comporte le matériau et comment il sera produit. C’est primordial d’avoir intégré ces informations car la technique va vraiment révéler le potentiel du matériau et le designer est là pour nous dire comment faire. C’est important d’avoir des gens qui ont une réelle connaissance du monde dans lequel ils sont aujourd’hui.
Quels sont les derniers projets sur lesquels vous avez travaillé?
Dans les nouveautés, il y a le projet de Max Lipsey sur le thème de la soudure. Max vit à Eindhoven près d’une entreprise qui fait de l’acier estampé pour des productions industrielles. Pour créer « steel vessels », il est venu souder des piètements en fer forgé sous ces récipients en acier qui normalement sont faits pour résister à la pression. Marteen Baptiste a également travaillé sur ce thème pour créer ses verres tripodes en verre soufflé. Il y a également les assiettes en porcelaine « Blues Notes » d’Eric Bibelot qui reprennent les codes graphiques des origines du label de jazz conçus par Paul Rand : le rond et le tiret.
Quels conseils pourriez-vous donner à un jeune designer qui se lance?
Il faut avoir pensé le projet dans son intégralité. Beaucoup de jeunes designers arrivent avec de superbes idées et ne savent pas comment les produire. Je pense aussi qu’il faut sortir de l’école avant que l’école se termine. Le design n’est pas qu’un travail de studio. C’est aussi des rencontres avec les personnes qui vont produire, distribuer et financer le projet. C’est bien plus intéressant et important que d’être dans son studio.
Consultez-vous régulièrement des blogs sur le design?
Non car je n’ai pas le réflexe de le faire. Je passe mon temps dans les musées car j’ai besoin de comprendre ce que je vois et de savoir d’où ça vient.
Plus d’infos sur www.thmanufacture.com
Photos : thmanufacture
Febrik
Nouvelle venue dans le monde du textile, Febrik crée des collections polyvalentes avec une approche novatrice.
Fortement encrée à Tilburg, aux Pays-Bas, Febrik est une marque de textiles d’intérieurs fondée par Renee Merckx et Jos Pelders. Leur ambition : concevoir une nouvelle génération de textiles en ré-explorant les techniques existantes.
En mettant leur collection au service des créateurs, elles visent à encourager les designers et les architectes à repousser les limites de la conception et à ne plus voir le textile comme l’étape ultime dans le processus de création.
Avec son propre département de conception et des installations de production en interne, Febrik conçoit des textiles de haute qualité en utilisant les dernières innovations techniques tout en prenant soin de minimiser son impact sur l’environnement.
“ Our aim is to do the most with the least possible side effects.”
Certaines collections attirent par leur contraste graphique audacieux. C’est le cas de Razzle Dazzle, créée par le designer Sylvain Willenz, avec son schéma de lignes complexe inspiré de la technique de camouflage qui protégeait les navires des tirs ennemis.
La structure tridimensionnelle et le stretch sont deux dénominateurs communs à toute la collection. Les tissus s’étirent naturellement et permettent aux designers de les utiliser différemment dans l’espace.
La marque continue d’étendre ses collaborations et attire désormais des designers talentueux comme Patricia Urquiola ou encore Marc Thorpe.
www.febrik.com
photos : Febrik
Klaas Kuiken
Klaas Kuiken est un jeune designer néerlandais dont le travail se caractérise par le plaisir de l’expérimentation et de la recherche.
“ When I walk through a factory, new dreams automatically arise.”
Les oeuvres de Klaas Kuiken sont le résultat d’une fascination pour le processus de création et son influence sur le résultat final. Klass explore les mondes de la production et de l’artisanat en se demandant sans cesse comment les fusionner et ainsi créer un processus dans lequel l’individualité et la normalisation se convergent en un seul produit.
Son projet de vases Bottles collection s’intéresse aux irrégularités de la fabrication en série. pour souligner cette différence, il a développé sa propre technique de soufflage de verre, à l’aide d’un four, adapté par lui-même et d’un compresseur.
Klaas Kuiken est un concepteur mais dans son espace de travail, il devient un inventeur ou un artisan. Ces compétences lui donnent un regard différents sur les matériaux, les techniques et les processus de production.
Son travail a été présenté dans de nombreuses expositions comme la Beijing Design Week ou le Salone del Mobile de Milan.
Photos : Klass Kuiken
Jaune été
Rencontre avec Amandine Merle, co-fondatrice de l’éditeur Hartô
Découvrez ma conversation avec Amandine Merle, co-fondatrice de l’éditeur Hartô et entrepreneuse ambitieuse !
Peux-tu me parler de ton parcours en quelques mots?
Après mes études en école de commerce, je me suis orientée vers le conseil en stratégie à Paris. Durant trois ans, j’ai successivement travaillé en Suisse sur des problématiques de stratégie de croissance, dans les médias et dans la grande distribution. J’ai toujours eu envie de monter ma propre structure et je suis contente d’être passée par cette étape du cabinet de conseil, qui est très formatrice.
Tu t’es ensuite lancée dans le projet Hartô?
Oui. Je n’ai pas créé Hartô de zéro. En 2010, mon associé Alexandre Mulliez avait fondé hartodesign.com, une société de distribution de mobiliers sur internet, qui touchait déjà un peu à l’édition. En 2012, il a cherché à donner un nouveau virage à sa structure et m’a demandé d’en reprendre la gestion. Nous sommes passés pas une grande période de restructuration en nous intéressant à tout cet écosystème de l’édition et de l’industrie du meuble. Nous avons choisi l’édition car c’est un modèle à échelle humaine qui était plus en adéquation avec nos moyens. C’est vraiment cette réflexion avec Alexandre qui m’a amené à reprendre Hartô.
Tu ne t’orientais donc pas forcément vers le design?
Le design a vraiment été une découverte à ce moment-là. J’avais évidemment une affinité avec ce milieu qui touche à notre quotidien mais je n’avais pas de connaissance particulière en la matière à l’époque.
D’où vient le nom « Hartô » ?
À l’origine, Alexandre avait cette volonté de passer directement du projet du designer au consommateur, sans intermédiaire en terme de distribution. Il voulait apporter un renouveau dans la consommation du meuble en donnant un accès plus direct à des pièces mieux dessinées. En espagnol, « estoy hartô » signifie : « j'en ai marre, je veux passer à autre chose. » C’était une façon de s’opposer aux meubles en kit de la grande distribution et aux éditeurs faisant appel à des revendeurs qui rendent leurs collections parfois peu abordables. Il y avait cette envie de retranscrire quelque chose d’un peu révolutionnaire en démocratisant le meuble.
Il y a encore peu d’éditeurs de design en France. Vous êtes-vous inspiré d’éditeurs étrangers?
Les éditeurs nordiques comme Muuto ou Hay sont des modèles pour nous. Pas forcément créativement mais dans leur niveau de distribution et de développement de leur structure. Mais on se rend compte que beaucoup de marques font de l’édition en France, même si on ne le voit pas. Habitat en fait mais ne communique pas vraiment sur les pièces dessinées. Lorsque je suis arrivée chez Hartô, il y avait déjà plusieurs jeunes maisons d’éditions comme Moustache, Petite friture ou La Chance qui ont apporté un véritable vent frais dans le domaine du design.
Quelle est la philosophie de Hartô?
Nous voulions faire de Hartô un éditeur accessible et abordable. Cette effervescence du milieu de l’édition offrait l’opportunité de rendre plus accessibles des pièces dessinées par un designer et différentes de ce que l’on peut voir dans la grande distribution. Il y avait également une vraie volonté d’être optimiste, de créer un univers accueillant et gai. Nous nous sommes lancés en pleine crise économique, ce qui n’est pas très encourageant ! Nous avions envie de proposer quelque chose de frais qui dégage cette bonne humeur.
Quel est votre rapport à l’artisanat?
Nous sommes à la limite de l’artisanat. Notre fabricant bois n’est pas une grande usine mais plutôt un grand atelier. Nous fabriquons des séries qui dépassent les 20 pièces mais certaines étapes restent très manuelles. Nous aimons le travail de la matière. Malheureusement, nous ne pouvons pas faire appel à de petits artisans locaux pour fabriquer nos pièces car ce n’est pas possible économiquement. Je pense qu’il y a un équilibre à trouver entre cet idéal et la réalité.
L’écart se creuse petit à petit…
Nous avons trouvé un modèle très efficace avec ce fabriquant, qui a la bonne taille pour que nous restions un client important et pour lui permettre de suivre nos volumes qui augmentent. Nous grandissons ensemble et ce n’est pas à l’ordre du jour de changer ce modèle. Mais je ne sais pas si un éditeur qui grossit n’a pas malheureusement vocation à s’éloigner de l’Europe lorsque les volumes augmentent.
Hartô souhaite donc rester une entreprise à échelle humaine?
Oui mais je souhaite que l’on se développe davantage. Je pense que cela n’empêche pas de garder un jardin très créatif, plus expérimental en continuant à développer des pièces plus exigeantes en terme de finitions et de procédés de fabrication. Il ne faut pas arrêter car c’est ce qui fait que l’on vous reconnaît et que l’on vous identifie en tant qu’éditeur.
Comment choisissez-vous les designers avec lesquels vous souhaitez travailler?
Au départ, il a fallut trouver les premiers designers nous-mêmes, par connaissances ou réseaux d’écoles. J’ai vraiment fait confiance à Pierre-François Dubois et Pauline Gilain, les directeurs artistiques, pour les sélectionner. Le Salon Maison&Objet de septembre 2013 nous a donné une première visibilité et une couverture presse qui nous a permis d’aller voir les designers avec lesquels nous avions envie de travailler. Nous avons fait nos premières collaborations avec Guillaume Delvigne, Annika Frye ou encore Julien Phedyaeff. Aujourd’hui, nous recevons beaucoup de propositions et nous pouvons sélectionner les pièces que nous aimons. Nous allons chercher un designer lorsque son travail nous intéresse et que nous savons que notre collaboration aboutira, sur brief, à un projet qui nous correspond. Je pense au Studio BrichetZiegler, à Guillaume Delvigne, Benjamin Graindorge ou encore Charles Seuleusian.
Gustave/Charles Seuleusian/2014
Lucien et Suzanne/Guillaume Delvigne/2014/Photo Mario Simon
Leur expérience vous permet de savoir ce que vous attendez d’eux. C’est plus difficile avec un jeune designer qui n’a pas encore beaucoup de choses à montrer.
Peut-être que nous nous laissons trop influencer par le poids de cette expérience. Leur travail est plus dense et nous permet de mieux appréhender les directions dans lesquelles ils peuvent aller. Cette maturité fait qu’ils arrivent à mieux cerner ce que nous recherchons.
Quelle est la part de liberté du designer dans le développement d’un projet?
Cela dépend du niveau de précision dont il a besoin. Guillaume Delvigne a créé Lucien et Suzanne uniquement pour nous et sans brief précis. Nous avons eu un coup de coeur et nous savions que ces pièces ne seraient pas aussi commerciales qu’un bureau par exemple. La plupart du temps, lorsque nous cherchons une pièce dont nous avons vraiment besoin dans la collection, Pierre-François et Pauline la dessine eux-mêmes. Mais je crois que nous sommes encore suffisamment jeunes pour prendre des risques et ne pas tout calculer. Notre collaboration avec Benjamin Graindorge était un challenge pour nous car il a un univers très poétique qui s’associe plus au haut de gamme ou au travail de galerie. J’ai vraiment apprécié cette collaboration.
Tapis Noé/Benjamin Graindorge/2014
Quelles sont les matériaux qui reviennent de façon récurrente dans vos collections?
Les grosses pièces iconiques de chez Hartô sont faites en bois. Lorsque nous utilisons une autre matière, comme le métal, elle est souvent associée au bois. Nous avons quelques pièces faites uniquement en métal comme le système mural Alfred ou le miroir Modeste mais ce sont des accessoires, de la décoration. Nous travaillons actuellement sur de nouveaux matériaux, dont le verre mais toujours associés au bois.
©Thierry Caron
Justement, sur quoi travaillez-vous en ce moment?
Nous développons plusieurs projets avec Amandine Chhor et Aïssa Logerot, dont un sortira en septembre. Nous travaillons aussi avec Thomas Kral, notamment sur des accessoires et des luminaires. Nous aimerions beaucoup réussir à développer des luminaires. C’est un peu notre point faible jusqu’à maintenant. Nous avions présenté un prototype lors de la première collection qui a été abandonné pour des contraintes de coût.
Suspension Petite Claude/Annika Frye/2013
Combien de temps un projet met-il à se développer?
J’ai l’impression que plus nous grandissons, plus cela prend du temps. Nous avons sorti notre première collection en moins de six mois, avec une dizaine de pièces. C’était un énorme challenge. La deuxième collection est sortie quatre mois plus tard avec huit nouvelles pièces. Nous parvenons depuis à maintenir ce rythme de huit nouveautés par salon avec à chaque fois un peu de textile.
D’où viennent les prénoms que vous donnez à chaque pièce?
C’est assez aléatoire mais nous essayons toujours de donner un peu de sens aux noms. C’est le cas pour Elise et Zélie, avec ce jeu de symétrie entre les deux prénoms ou encore Modeste pour un miroir. Les bureaux Honoré et Victor portent des prénoms d’écrivains.
Elise et Zélie/Studio BrichetZiegler/2014/Photo Baptiste Heller
Avec quels designers aimeriez-vous travailler à l’avenir?
J’aime beaucoup le travail de Ionna Vautrin et Caroline Gomez. Il y a également Margaux Keller, Bina Baitel et j’ai récemment découvert une designer textile qui s’appelle Lisa Lapointe.
Vous n’êtes pas contre le fait de faire appel à des designers moins connus?
Non pas du tout. Il nous arrive de découvrir de jeunes designers au détour de blogs ou de lectures. Mais je fais vraiment confiance à Pierre-François et Pauline pour sélectionner les designers. J’ai conscience que ce ne sont pas mes compétences. Ça fait partie de mon quotidien et de ce que j’aime aussi mais j’essaye le plus possible de ne pas contrarier leurs choix.
Consultes-tu régulièrement des blogs sur le design?
Je consulte davantage la presse papier que les blogs. Je regarde évidemment Dezeen ou Wallpaper. C’est souvent par newsletter de designer que je me retrouve redirigée vers des blogs et des choses que j’aime. Mais je dois reconnaître que je lis davantage la presse économique.
©Thierry Caron
Quels conseils pourrais-tu donner à un jeune designer qui se lance?
Je pense qu’il faut être pragmatique, très peu de designers parviennent à vivre de l’édition uniquement. C’est pour beaucoup d’entre eux un plaisir, une passion et non quelque chose de très lucratif au début. En tant qu’éditeur, nous voyons très vite si un projet peut nous intéresser ou non. Mon conseil aux jeunes designers qui nous envoient leurs projets spontanément serait de ne pas perdre de temps et d’insister pour avoir un premier retour rapide de notre part, car nous sommes en mesure de le donner. Petite parenthèse, j’apprécie de recevoir des projets par courrier papier. C’est un mode de communication qui coupe un peu le quotidien et ça peut faire la différence. Mon second conseil est d’entretenir la relation une fois entré chez l’éditeur et proposer des projets régulièrement.
As-tu eu un coup de coeur en matière de design ces dernières semaines?
J’ai découvert récemment MSDS Studio, deux designers canadiens au Salon de Stockholm. Ils ont une vraie personnalité qui ressort dans leur travail. C’est aussi ce que nous cherchons à mettre en avant avec nos collaborations.
Où pouvons-nous retrouver Hartô prochainement?
Nous seront présents sur les salons Blickfang en Allemagne puis à Maison&Objet en septembre prochain. Vous pourrez également bientôt retrouver l’intégralité de la collection sur madindesign.com.
Spring, spring, spring
Rencontre avec Stéphane Arriubergé, co-fondateur de Moustache
De l'invention du Wall Sticker à la création de l'éditeur Moustache, Stéphane Arriubergé tente de démocratiser le design en proposant des objets d'une grande diversité qui ne rentrent pas dans la tendance. Rencontre avec un précurseur inspiré.
Peux-tu me parler de ton parcours en quelques mots?
J’ai d’abord fait des études de droit, qui m’ont surtout permis de mieux me cerner moi-même et de réaliser que ce n’était pas un domaine qui m’intéressait en soi. Je me suis donc dirigé vers l’histoire de l’art puis l’architecture d’intérieur. En 2003, j’ai travaillé pour Habitat, aux côtés de Tom Dixon, sur une partie de la collection qui était censée communiquer les nouvelles valeurs de la marque. Je devais réfléchir à une collection de papiers peints. Cela m’a semblé très compliqué à l’époque car la question du motif et de l’ornementation avait un peu disparu de la sphère domestique. J’ai plutôt cherché une alternative au papier peint et un moyen de réintroduire cette question ornementale et décorative d’une manière plus contemporaine, plus ouverte et surtout qui donnerait la main à l’utilisateur. J’ai inventé les wall stickers. L’idée était d’inviter des illustrateurs et designers aux univers extrêmement fort à dessiner une banque graphique qui serait confiée à l’utilisateur final. Tom Dixon était très enthousiaste à l’idée de développer cette collection mais le sticker était un nouveau standard sur le marché qui n’avait probablement pas sa place chez Habitat. C’était un produit censé être ultra-démocratique, vendu à un prix qui ne l’était pas du tout et ce fût un véritable échec commercial. Malgré cela, il y avait un enthousiasme assez considérable autour de cette collection et je sentais que ce produit avait un avenir.
C’est à ce moment-là que tu as créé Domestic?
Oui, j’ai décidé de quitter Habitat pour lancer moi-même cette collection en lui donnant surtout un prix très abordable qui permettrait à tout le monde d’acheter un sticker et de le poser dans sa maison. J’ai créé Domestic avec Massimiliano Iorio. Notre intention de départ était de lancer et d’animer cette collection mais nous avions plutôt envisagé le wall sticker comme un produit parmi d’autres. Et puis le succès nous a emporté dans une espèce de frénésie du Wall sticker! La collection est passée de 25 à 400 modèles en moins de 2 ans. Nous avons travaillé avec plusieurs artistes venus des quatre coins du monde. Ce fût une expérience extraordinaire! Après 5 ans, nous avons tenté de lancer de nouveaux produits à travers Domestic, notamment des collections d’objets en porcelaine décorée. Mais notre marché nous interdisait d’une manière extrêmement ferme de passer à d’autres productions.
Sticker A Mountain for a President/Domestic
D’où la naissance de Moustache?
Nous avons décidé en 2009 de créer une autre marque qui allait nous permettre de développer des produits qui ne soient pas forcément liés au mur. Moustache est née.
Pourquoi avoir choisi ce nom?
Trouver un nom a été très compliqué car nous avions une idée très précise du message que nous souhaitions véhiculer. Nous avions envie de communiquer sur le fait que nous étions une jeune entreprise d’édition française et d’apporter un peu de pérennité aux objets en renouant avec des rituels et des usages qui ont disparu aujourd’hui, comme la transmission des objets au sein d’une famille. Nous avons donc cherché un signe qui fasse référence à la génération de nos grands-parents, celle d’après-guerre, durant laquelle les gens ont dû se remeubler. La moustache était vraiment un signe français et masculin à cette époque. C’était une manière d’identifier une génération dans la population française. La moustache est aussi un signe fort et très graphique qui s’écrit quasiment de la même manière dans toutes les langues.
Quelle est le « Pitch » de Moustache ?
Au milieu des années 2000, nous nous sommes rendu compte que le design était en train de prendre un autre chemin, notamment à travers l’émergence de beaucoup de galeries. Nous avons toujours eu envie de défendre des projets avec une diffusion et une cible de clients plus larges. Nous recherchions une sorte de simplicité en terme de production car nous étions trop jeunes à l’époque pour nous engager dans des productions extrêmement complexes. Malgré cela, nous avons fait attention à ce que les projets aient une dimension culturelle forte et qu’ils s’inscrivent dans l’histoire récente des objets manufacturés. Nous essayons de faire des propositions prospectives et innovantes pour un marché qui s’attend plutôt à ce qu’on lui offre des produits faciles à vendre et à produire.
Quel est votre rapport à l’artisanat?
Nous ne nous interdisons pas du tout de passer par l’artisanat lorsque c’est nécessaire. Je pense par exemple au projet Ceramic Feeld, un plumier en cuir imaginé par Benjamin Graindorge. Ce projet nécessitait le savoir-faire d’un sellier, toutes les pièces sont faites manuellement. C’est un projet innovant, qui devait forcément passer par l’artisanat et qui raconte une histoire que la sellerie n’a pas encore raconté. Dans ce cas-là, c’est quelque chose que nous acceptons et que nous sommes contents de faire. Mais l’artisanat au sens traditionnel des Arts Décoratifs ne nous intéresse pas vraiment.
Ceramic Feeld/Benjamin Graindorge/Moustache
Sur quels critères choisissez-vous les designers avec lesquels vous souhaitez travailler?
Nous n’avons pas de critère prédéterminé pour choisir les personnes avec qui nous souhaitons travailler. Les choses étaient peut-être différentes au début. Nous choisissions des designers représentatifs du design français tout en nous intéressant à différentes démarches, parfois même opposées et en essayant de créer un équilibre avec des propositions aussi diverses que celles d’Inga Sempé, Matali Crasset ou encore François Azambourg. Nous trouvions intéressant de réussir à les rendre fusibles dans une ligne éditoriale.
L’éclectisme fait partie de votre philosophie?
Oui, l’idée était d‘être éclectique et de créer une homogénéité à travers le travail d’édition. Je pense qu’il est possible de faire travailler des gens très différents, dont on n’imagine pas que les objets puissent participer d’un même ensemble cohérent. Nous avions un point de vue sur le travail de chaque designer avec un cahier des charges très précis. Nous fonctionnons par coup de coeur aujourd’hui car la collection a une existence dense. Par exemple, nous avons rencontré Jean-Baptiste Fastrez alors qu’il exposait à la Villa Noailles. Nous avions été très intéressés par ses bouilloires électriques. Ionna Vautrin nous a semblé être la meilleure représentante des designers qui acceptent à nouveau de dessiner, de s’interroger sur la force que peut avoir une forme dans le dessin. Il y a aussi Ferréol Babin dont j’ai découvert la lampe sur Facebook. Nous avons modifié quelques détails mais elle est presque identique au premier dessin. Il y a certains projets sur lesquels nous intervenons beaucoup, d’autres quasiment pas.
Scarabee/Jean-Baptiste fastrez
Aurore Lamp/Ferréol Babin
Justement, comment s’organise le dialogue avec les designers dans le processus de création?
Là encore, c’est très différent en fonction de la personnalité et de l’âge des designers. Lorsqu’ils ont eu le temps de développer une vraie démarche, nous savons ce que nous voulons leurs demander. Avec un jeune designer c’est différent. Il y a encore peu de choses à voir. Nous ressentons parfois une émotion avec un ou deux objets mais il est encore trop tôt pour savoir comment la démarche va s’organiser. Le « brief » est alors moins précis. Ce qui n’est pas du tout un problème car cela donne parfois lieu à de belles surprises !
Avez-vous des sources d’inspirations qui reviennent de façon récurrente?
Nous sommes très ouverts sur les matériaux mais nous ne souhaitons pas devenir des spécialistes, probablement en réaction à l’histoire de Domestic. Nous avons plutôt envie d’explorer ce que le réseau de nos producteurs peut nous offrir sans rien nous interdire. Par exemple, La chaise Strap de Scholten&Baijings, est liée à la découverte d’un fournisseur de sangles français au savoir-faire très particulier, capable de gérer le dessin d’une sangle quasiment au pixel près. Concernant le choix des couleurs, nous faisons toujours attention à ce qu’elles ne nuisent pas aux autres produits mais d’une manière assez naturelle.
Strap Chair/Scholten&Baijings
Sur quoi travaillez-vous en ce moment?
Nous sommes en train de développer une gamme de luminaires avec Ionna Vautrin. C’est un projet très intéressant car ce sont des produits qui développent un volume considérable avec des moyens de production relativement simples.
Y a-t-il certaines typologies d’objets que vous aimeriez exploiter?
Oui mais nous n’avons pas du tout envie de s’y attaquer d’une manière attendue. Nous serions assez intéressés de développer des sièges confortables sans le faire de façon traditionnelle. Ce sont des sujets que nous avons lancé auprès de certains designers avec qui nous travaillons et sur lesquels nous avançons doucement car nous souhaitons apporter quelque chose d’innovant à cette question du confort.
Malgré le succès et les sollicitations, Moustache reste une entreprise à échelle humaine.
Absolument. C’est aussi dû au caractère des projets que nous développons, qui n’ont pas toujours une dimensions commerciale immédiate et nécessitent plus de pédagogie. Nous voulons que les gens comprennent et s’approprient les produits.
Vapeur/Inga Sempé
Vous arrive-t-il d’imaginer Moustache dans 10 ans?
Moustache dans 10 ans, non. Moustache dans 5 ans, oui! Ce n’est pas si loin lorsque l’on voit le temps que mettent certains projets à se développer. Nous nous projetons, en espérant un développement à la fois de nos produits mais aussi de notre chiffre d’affaire pour nous permettre de densifier notre collection. Notre principal objectif est de réussir à garder le cap et à faire persister notre liberté de travailler sur des projets qui nous semblent intelligents, innovants et qui apportent quelque chose de nouveau.
Vous êtes également très présents à l’étranger…
Aujourd’hui, nous avons un réseau d’environ 200 points de vente et nous réalisons presque 80% de notre chiffre d’affaire à l’étranger. Nous avons eu moins de difficultés à nous développer sur certains marchés étrangers qu’en France. La chaise Bold, par exemple, qui apporte un confort nouveau, a mis beaucoup plus de temps à exister en France.
Chaise Bold/Big-Game
Comment expliques-tu cela?
D’une manière culturelle. La France a une très forte tradition des Arts Décoratifs qui empêchent les gens de s’intéresser à des choses qui sont dans des codes plus éloignés. Le pourcentage de gens qui consomment des objets dits contemporains est très faible et c’est quelque chose qui a tendance à ne pas beaucoup évoluer en France. Il y a beaucoup de nostalgie dans la consommation du meuble et des objets et un manque de confiance dans ce que la production contemporaine peut apporter dans nos vies. Il y a des pays comme le Danemark ou la Suède, dans lesquels c’est plus naturel.
Quels conseils pourrais-tu donner à un jeune designer qui se lance?
Je sais que débuter dans ce métier est très difficile. Je pense que le plus raisonnable aujourd’hui est de développer à la fois des objets pour l’édition, qui mettent beaucoup de temps avant d’être rémunérateurs et de développer des stratégies connexes qui consistent à faire de la scénographie, pourquoi pas de l’architecture d’intérieur ou encore se mettre au service de certaines marques. Je pense qu’il faut résister sur le plan de l’édition d’objets en essayant de dessiner et de concevoir des objets qui ont un véritable intérêt culturel sur le marché. Pour cela, Il faut organiser sa liberté et réussir à construire un vrai projet personnel fort tout en s’assurant une vie plus confortable. J’ai aussi d’autres conseils plus pratiques! Je pense que lorsque l’on a envie de travailler avec un éditeur, il faut s’intéresser à son histoire et essayer de faire une proposition qui soit adaptée. Je reçois beaucoup de mails adressés à Moustache qui pourraient être adressés à n’importe quel autre éditeur. Il faut toujours prendre en compte le contexte et l’environnement.
Consultes-tu régulièrement des blogs sur le design?
Assez peu, malheureusement car je manque de temps. Je consulte parfois Dezeen, qui est pour moi une espèce de répertoire de ce qui apparaît tous les jours sur le marché. Cela n’a pas forcément un intérêt culturel mais plutôt un côté «mise à jour.» Les blogs comme Dezeen ont été très importants dans notre histoire car ils ont montré nos produits et nous ont permis de faire passer des messages auprès d’un public très large. Mais je trouve cela plutôt intéressant de développer un blog comme le tien. Surtout s’il décide de s’intéresser à des questions plus profondes.
As-tu eu un coup de coeur en matière de design ces dernières semaines?
Je suis toujours intéressé par le travail de Ronan&Erwan Bouroullec. C’est une référence quasi systématique, une espèce de boussole. Je pourrais dire la même chose de quelqu’un comme Konstantin Grcic, un designer allemand dont j’admire le travail depuis longtemps.
Merci stéphane !
www.moustache.fr