Le petit bonsoir… Voilà bien longtemps que ma plume n’a pas caressé le papier… Mais ce soir, c’est pour écrire des mots sur mes maux… C’est un décès, dans la famille, qui à lui seul a tout déclenché… Personne, et je dis bien personne, ne m’a prévenue… Et là, le boomerang de la vie me revient en pleine face… Je ne me suis jamais sentie à ma place dans cette famille… Et ça depuis toujours… Il faut dire que je n’aurais pas dû naître, enfin si l’avortement avait été légal à cette époque, cela m’a été dit en face par ma génitrice, oui, c’est le seul nom qui lui convient aujourd’hui… Elle : « Si l'avortement avait été légal, tu ne serais pas là, tu m’as gâché la vie, ma jeunesse, je ne te voulais pas ». Et ça, les yeux dans les yeux… Ce n'est pas tout, ce jour-là, d'autre chose, on était dit, mais on verra plus tard… Ça, c’est le premier retour du boomerang… Jamais à ma place, nulle part… Et pour cause… Dès l’enfance, je suis à part… Un père ultra rigide… Enfant, les repas de famille sont durs pour moi, alors que tous les enfants de la table vont jouer, en attendant le dessert, moi, si j’en veux, je dois rester à table, la seule enfant, à attendre le dessert… Je regarde les autres jouer, rire et interagir entre eux, se faire des liens sociaux en quelque sorte… Ils profitent du monde de l’enfance… Pour moi, c’est un monde de solitude, d’isolement et de non sociabilisation… Je suis enchaînée dans un monde d’adultes qui n’est pas le mien, une mise à l'écart, sous cloche, celle de la solitude… Et cela va me poursuivre toute ma vie… Jamais à ma place…
Revoilà le boomerang, tu te souviens, dit-il : tu as été bien malade, toute petite, les traitements, que tu avais du mal à avaler. L’anorexie enfantine défense certainement inconsciente, face à cette maltraitance psychologique et parfois physique. Oui, il faut savoir qu’elle m'a mordu jusqu’au sang de ses propres dires, il m'était interdit de recevoir des camarades à la maison, l’isolement était permanent. Seul le chien qu’un jour mon père a ramené était mon seul ami, c’est certainement pour ça, que je préfère encore les animaux aux êtres humains (sourire)… J’ai donc appris très vite à me réfugier tout au fond de moi, et à encaisser sans rien dire, et surtout sans rien montrer.
Le revoilà, les coups à l'école donnés par une maîtresse, ne seront pas les derniers, et là, je suis en CP. Plus tard, la clef de l’appartement autour du cou, avec un fil de laine, je vais et reviens de l'école toute seule ! Le boomerang continue de revenir sans relâche… Il y a tellement à dire, que je passe sur beaucoup…
J’ai grandi et là, tout va prendre une autre tournure, encore plus malsaine. Ce que me ramène le boomerang… Je ne peux pas développer, mais… L’homme qui va rentrer dans la vie de ma génitrice, lui… Par où commencer, de ce qu’il va me faire, me poursuit encore… Il n’a eu de cesse de me répéter, que je n'étais bonne à rien, sauf à faire le trottoir… Puis il y a eu ses assauts lubriques… Il cherchait à rentrer dans la salle de bains, à me coincer dans les coins pour mettre ses sales mains partout sur moi, jusqu'à ce jour ou sur la route de la pension, il a mis sa main entre mes cuisses, là, j’ai mis la main sur la poignée pour ouvrir la portière, ce qui l'a dissuadé de continuer. Vous vous rappelez les yeux dans les yeux… Donc je lui dis… « Ha ! Oui, je m’en doutais, mais bon, que veux-tu ? Voilà, pas de commentaires ! Là encore, j’enfouis tout ça, je mets un mouchoir dessus, comme on dit…
La maltraitance, n'était pas que là, elle était aussi au collège… Les coups pleuvent, les claques par ce professeur qui était le directeur, entre autres, mon décalé la mâchoire (ça, je l’ai su bien des années plus tard), je n’oublierais jamais son nom ! La mise à l'écart des autres élèves (peut-être due à mon passé, de ne pas savoir faire partie d’un groupe). Puis il y a eu, l'accusation de vol, à la pension… Là encore, aucune réaction, aucune défense, même lorsque l'on a su qui avait volé, par contre, j’ai gardé l'étiquette de voleuse, pas simple d’avoir des relations dans ces conditions. Il y a tellement à dire, qu'il faudrait des pages et des pages…
Le boomerang me rappelle… Je passe quelques jours avec elle et d’autres personnes, lors d’un repas chez des personnes, qui m’ont vu grandir avec tout ça… Une parole : « Je n’aurais pas voulu être à sa place, et j'étais contente de partir de là. »… Ce soir-là, encore aucune réaction… Pour moi, par contre, c'était enfin une reconnaissance de ce que j’avais subi durant toutes ces années.
Quand je regarde tout ça… Je comprends pourquoi je suis si fatigué aujourd’hui, je suis fatigué de me battre… La vie ne m’a jamais fait de cadeaux, jamais de répit… Jamais à ma place, jamais au bon moment… Toujours seuls, les hommes qui ont partagé ma vie, ont plus profité de mes largesses qu’autre chose, il y a plus de mal que de bien…Alors, oui, je ne suis pas la seule au monde à avoir vécu, ce genre de vie. Soit, mais peut-être ont-elles eu la chance, dans leur vie d'avoir, une personne à leurs côtés, à un moment donné. Moi non.
Aujourd’hui, je quitte l’endroit où je vis… Les meubles dans un garde-meuble, pour moi, c’est le principal, mettre à l’abri ce que j’ai eu tellement de mal à gagner… Mes papiers sont eux aussi faits et en ordre… Je vais là où j’ai toujours voulu être, je vais continuer à regarder ce qui m’entoure, et la plume viendra peut-être l’écrire… J’ai du travail, pour l’heure, j’ai un toit, mais jusqu’en septembre, après toujours du travail, mais pour le toit, c’est l’inconnu… Ou la vie me sourit enfin… Et je trouve mon havre de paix… Ou un petit toit en attendant… Ou je ne sais pas, la voiture (sourire) … Je ne sais pas, si j’aurais encore la force de me battre ou si la fatigue aura raison de moi …Peut-être, que je suis moins résistante, que d’autre allait savoir. Mais je sais une chose… En quittant cet endroit, qui m’enfermait là aussi dans la solitude, je me libère, d’une partie de mes chaînes, la cloche se fend… Et tous mes choix, à partir de là, se feront avec ce sentiment, quel qu’il soit…Doux rêves …