DĂCOUVREZ DANS SON INTĂGRALITĂ LA NOUVELLE LAURĂATE DU PNE SAISON 5
Daredjane est auteure, slameuse, scénariste et musicienne.
Elle partage sa vie entre lâĂ©criture, les spectacles de rue et de scĂšne, et lâanimation de diffĂ©rents ateliers quâelle a longtemps conduits Ă Paris avant de les dĂ©velopper dans les CĂ©vennes (Ă©criture, cinĂ©ma, stop motion, percussions, polyphoniesâŠ).
La veuve noire
Dans le mĂ©tier, on mâappelle la veuve noire.
Pourtant je suis blonde de partout, mĂȘme de peau, et mĂȘme mes yeux, ma mĂšre disait caramel, mais en vrai, ils sont blonds.
Non, le surnom, câest rapport Ă ma spĂ©cialitĂ©.
Les condamnés à mort.
Leur derniĂšre volontĂ©, câest moi.
Ils ont une heure, juste avant leur exĂ©cution, ils choisissent ce quâils veulent, Ă part la drogue ; la drogue, câest interdit, normal, câest lâĂtat qui paye !
Croyez-moi si vous voulez, 43% demandent juste une clope ou une bouteille, 32% un bon gueuleton, 24% une pute. Le pourcent qui reste, câest ceux qui veulent voir leur famille⊠leur femme, leur mĂšre, leurs enfants⊠Mais ils sont pas nombreux, câest trop dur, tous ces cĆurs dĂ©chirĂ©s.
Alors quâavec une pute, câest lâoubli garanti.
Et comme câest que des blacks, ils veulent tous une blonde.
La premiĂšre fois, jâai flippĂ©, jâai cru quâil allait me tuer, avec ses grosses mains et sa grosse bite, et toute sa haine. Il nâavait plus rien Ă perdre.
DĂšs que le gardien a fermĂ© la porte sur moi, jâai vu son regard vriller, câĂ©tait comme sâil voulait se venger de toutes les humiliations quâil avait subies dans sa vie.
Je crois quâil Ă©tait innocent.
Ils le sont presque tous.
Il mâa traitĂ©e de tout, tout de suite, de chienne blanche, de sac Ă foutre, de trou, jâai souri en retour, jâai fait tomber ma robe Ă mes pieds, jâĂ©tais toute nue dessous, plantĂ©e sur des talons dorĂ©s de dix centimĂštres, et jâai dit : ça va aller, je suis lĂ pour toi, profite, demande-moi ce que tu veux.
Jâai bien vu que ma blondeur nue le dĂ©stabilisait un peu, lâarrogance rose de mes tĂ©tons surtout, il avait du mal Ă regarder ailleurs. Il mâa crachĂ© au visage, jâai souri. Jâai essuyĂ© ma joue dâun doigt sans le quitter des yeux, et jâai sucĂ© mon doigt lentement.
Sa queue a surgi dâun coup de la fente de son pyjama bleu, et pour le coup, câest moi qui nâai pas pu regarder ailleurs, je nâen avais jamais vu de si grosse, une putain de matraque. Il a vu ma peur, il sâest jetĂ© sur moi dâun bond, comme un fauve, il mâa retournĂ©e, plaquĂ©e au mur sale de la cellule, collĂ© une main sur la bouche, lâautre sur la chatte, et il a soufflĂ© dans mon oreille en glissant un long doigt dans ma fente, et un pouce dans ma bouche : maintenant, je vais dĂ©foncer ton petit cul de salope, tu peux mordre, mais pas crier.
Je ne sais pas si câest son odeur de bĂȘte, le poids de son corps, sa phrase, son doigt, ou la pression de sa bite sur mes fesses, mais je me suis ouverte dâun coup, comme un fruit trop mĂ»r. Jâai tellement mouillĂ© que toute sa main sâest retrouvĂ©e trempĂ©e, il a lubrifiĂ© sa queue en la faisant coulisser dans sa paume et il me lâa enfilĂ©e lentement dans le cul, jusquâĂ la garde, en me donnant des claques sonores sur les fesses et en me pinçant le clitoris.
Jâai cru que ça nâallait jamais finir, jâai mordu sucĂ© mordu son pouce et pleurĂ©, pleurĂ© de douleur et de plaisir mĂȘlĂ©s, je nâai pas criĂ©, jâai fini par voir les yeux exorbitĂ©s du gardien qui sâĂ©tait collĂ© Ă la petite fenĂȘtre et devait se branler derriĂšre la porte, et jâai joui. Le fauve dans mon dos aussi, avec un feulement sourd.
Je nâai pas bougĂ©. Il sâest effondrĂ© sur ma nuque, en larmes.
Je me suis retournĂ©e vers lui, et jâai vu un enfant.
Je lâai dĂ©shabillĂ©, je lâai allongĂ© sur son lit de camp et je me suis blottie contre lui. On a fini lâheure enlacĂ©s comme des naufragĂ©s, sans un mot de plus.
Puis la porte sâest ouverte, jâai remis ma robe et je suis sortie. On ne sâest pas dit adieu. Le gardien mâa lancĂ© un coup dâĆil salace mais je lâai clouĂ© du regard. Je nâai pas dormi pendant toute une semaine.
CâĂ©tait il y a quatre ans.
Depuis, je me suis spĂ©cialisĂ©e. Je suis devenue la veuve noire. Jâaime ces hommes perdus, lâintensitĂ© de nos rapports, jâai mĂȘme du mal Ă baiser avec des mecs normaux, je me sens comme une bonne sĆur en plus sexy, je les aide Ă faire la paix avant de partir, je leur donne tout ce que je peux, câest ma façon de militer. Et ils me le rendent bien, mes condamnĂ©s, chacun Ă leur maniĂšre.
Je bosse dans cinq Ă©tats, il y a beaucoup plus dâexĂ©cutions que ce quâon croit. Et ça gagne pas mal, par rapport Ă la rue, y a pas photo.
Mais hier soir, je me suis grillée.
Il sâappelait Ben.
Plus que beau.
Renversant.
Métis.
Méprisé par les blancs, détesté par les noirs.
Adoré par les femmes.
On lâa accusĂ© du meurtre dâun mari jaloux, alors que câest lui qui avait failli se faire trucider par le mec, qui par ailleurs Ă©tait joueur, endettĂ©, bref, rĂšglement de comptes, rien Ă voir avec Ben.
Trois ans de couloir de la mort, et hier, fin de partie.
Ben mâa racontĂ© sa courte vie Ă toute vitesse, on avait peu de temps, il avait trĂšs peur de la chaise Ă©lectrique et le disait sans honte, câĂ©tait le premier Ă me parler sans fard, il mâa caressĂ©e en mĂȘme temps quâil se racontait, des mains de pianiste, ou de sculpteur, une douceur de printemps.
Il mâa dit : tu es si belle avec tes yeux caramel. Jâai dit : non, ils sont blonds. Ăa mâa fait penser Ă Maman et monter les larmes aux yeux, câest lui qui mâa consolĂ©e, il nâa rien demandĂ©, il mâa embrassĂ© les paupiĂšres, il mâa caressĂ© les cheveux, comme personne ne lâavait fait depuis mon enfance.
Mon cĆur a fondu sous sa main et lâamour mâa submergĂ©e, Ben, câĂ©tait lâhomme de ma vie, et câĂ©tait trop tard. Je nâavais que le temps de lui dire adieu, et câĂ©tait impossible.
Il mâa assise sur sa queue dressĂ©e et câĂ©tait comme une Ă©vidence, un prodige, lâemboitement parfait, vertige de nos salives et nos regards embrassĂ©s, nos bouches sâentredĂ©voraient sous le voile de mes cheveux, nos seins, nos ventres palpitaient de concert, il mâa demandĂ© de lâaider dans un souffle, jâai promis tout ce quâil voulait, sans comprendre tout de suite.
Il a embrassĂ© chacune de mes mains et les a positionnĂ©es autour de son cou, les pouces sous sa pomme dâAdam.
Il mâa dit : merci, tu es si belle avec tes yeux blonds.
Il a souri.
Et jâai serrĂ©.
Il nâa pas dĂ©bandĂ©. Je suis restĂ©e sur lui jusquâau bout. Ils ont dĂ» se mettre Ă deux pour nous sĂ©parer, lâarracher Ă mon Ă©treinte.
Il paraĂźt que je risque la peine de mort, mais je ne sais pas si câest vrai, jâattends toujours lâavocat.















