Week-end saint, pt. II - Bilbao, 25-27.03.16
AprĂšs nuit en demi-teinte (sommeil entrecoupĂ© jusqu'Ă 5h puis dormi comme un bĂ©bĂ© avec nombreux rĂȘves dont un trĂšs Ă©rotique jusqu'Ă plus de 9h malgrĂ© soleil tombant sur la carrosserie), desayuno au cafĂ© Bill&Boss â pour 4âŹ10 : tortilla con queso y jamon, un cafĂ© y un zumito d'oranges fraĂźchement pressĂ©es â soleil sur mes avant-bras glisse Ă travers la vitre pour m'inoculer sa joie chaude matinĂ©e tranquille dans un petit coin d'Europe latine Ă souhait - la musique pop douce et miĂšvre m'apaise et m'ouvre les portes d'une belle journĂ©e â j'en profite pour aller aux toilettes une premiĂšre fois â la porte ne ferme pas et je suis obligĂ© (crois-je dans la peur d'ĂȘtre surpris en mauvaise position) de la tenir en tendant mon bras â la lumiĂšre s'Ă©teint automatiquement au bout de quelques instants, ce qui rend l'entreprise plus pĂ©rilleuse encore â le jour est trop beau pour que je me laisse contrarier.
Sur le chemin pour le musĂ©e Guggenheim, traverse quartier populaire et population trĂšs variĂ©e (Afrique noire, Maghreb, AmĂ©rique latine et Europe se mĂȘlent plus quelques asiatiques le tout avec accents espagnols divers, rumeur indistincte basque aussi parfois) â m'arrĂȘte pour un demi-litre du jus d'orange pressĂ©e para llevar (1âŹ50) chez un primeur maghrĂ©bin et taiseux â me balade sur trottoirs pavĂ©s dessin du symbole de Bilbao (fleur composĂ©e de quatre pĂ©tales ronds et d'un cĆur rond plus gros) avec mon verre de jus d'orange â me rappelle puissamment Buenos Aires avec mon frĂšre, Bilbao semble pourtant, dans ce quartier, moins propre et entretenue et aisĂ©e (mots inexacts) que ce que j'ai vu de Baires (hors Boca pauvre et colorĂ©e â topos mais c'est vrai) â assis sur un petit banc d'une sorte de rambla  pour Ă©crire ceci rapidement face Ă mur d'affiches de concerts sur palissade pour travaux (boutique de sucreries appelĂ©e Mafalda, encore l'Argentine, Ă cĂŽtĂ©, façade verte et jaune inscription âMafaldaâ en gros et en bien plus petit âdulcesâ) â je repars, sac Herschel bleu roi dĂ©lavĂ© sur le dos (sens du dĂ©tail) â aussitĂŽt, un sans-abri s'installe et vide le contenu de son cabas sur le petit banc, non loin des deux hommes discutant tranquillement une canette de biĂšre Ă la main (ils seront probablement tout le jour lĂ , Ă boire et parler, l'ivresse sous toutes ses formes) â Egaña kalea.
Sur parvis du musĂ©e petite foule Ă©coute un groupe de rock type british batterie guitare Ă©lectrique chemises et slim jeans sous composition florale majestueuse (pensĂ©es de toutes les couleurs) reprĂ©sentant un gigantesque nounours ou caniche (je dĂ©couvrirai plus tard quâil sâagit en fait du chiot Puppy) paisiblement assis prenant la pose devant les touristes paparzzi â Ă cĂŽtĂ© de moi deux jeunes filles dont une avec les cheveux bleus, toutes deux en parfait accord vestimentaire avec les musiciens â ça, les musiciens et le bus touristiques Ă double Ă©tage sur l'avenue, me voilĂ Ă Londres (mais il fait beaucoup trop beau et trop d'espagnols manifestement pour que ce soit le cas, n'est-ce pas ?) â une classe de lycĂ©ens venus pour le Basque Fest file au musĂ©e â dans la foule, les sosies des gens que je ne veux pas voir surgissent de partout â Here my train is coming dit cet Ă©trange Hendrix ressuscitĂ©, donc me voy a visitar â un papillon se pose au bout de mes doigts â alors que je me dirige vers l'entrĂ©e, un groupe de musique traditionnelle basque vient concurrencer nos jeunes british sans la moindre gĂȘne (OKLM comme dirait l'autre).
Finalement file dâattente trop longue â vais errer et visiter par lâerrance â Bilbao au fil de lâeau de ma sueur et de mes pensĂ©es â dĂ©jeuner paisiblement sur un quai â
Deux heures plus tard, MUSEO GUGGENHEIM â
EntrĂ© dans cette salle â vĂ©ritable tableau vivant dans lequel on pĂ©nĂštre, se meut et que lâon incarne collectivement â aprĂšs avoir contemplĂ© celle dâAndy Warhol et avoir Ă©tĂ© saisi par la nĂ©cessitĂ© dâĂ©crire mes impressions malgrĂ© la sueur, mon odeur, cheveux gras, pieds endoloris et humides dâheures de marche dans Bilbao. Le gardien de la salle Warhol mâa demandĂ© de ne pas lâappeler señor (il avait en effet Ă peu prĂšs le mĂȘme Ăąge que moi) et Ă©tait dĂ©solĂ© de ne pouvoir me fournir un stylo (un boli â ?). Je suis donc sorti et, dans la salle de La MatiĂšre du Temps, ai avisĂ© deux dames françaises qui ont acceptĂ© de mâoffrir ce stylo Pilot bleu Ă pointe fine â inestimable ! â Ă condition que je mâen serve et que je me souvienne dâelles (comme quoi, jeunes sĂ©nĂ©galais et vieilles françaises ont les mĂȘmes prĂ©occupations). Je suis assis dans un recoin du tableau de Richard Serra, des gens sâamusent Ă entonner des chants proches des chants dâĂ©glise â ou qui rĂ©sonnent comme tels avec lâĂ©cho â ce qui, avec la rumeur des palabres et des rires dâenfants, rend lâatmosphĂšre Ă©tonnamment grave et lĂ©gĂšre, profonde et innocente â lâensemble de cette installation, Ă mon propre Ă©tonnement, provoque mon admiration â vertige, sublime, perceptions, introspection, interactif, apaisement, inspirant, jouissif â deux jeunes femmes Ă la voix claire chantent merveilleusement une chanson dâAdele dont le titre mâĂ©chappe. Lâacoustique du lieu est incroyable. Ă lâintĂ©rieur des structures, sensation rassurante dâĂȘtre en soi, dans le cours mĂȘme de son existence et dâavancer en toute sĂ©rĂ©nitĂ© malgrĂ© les incertitudes.
      Warhol â Ombres. PremiĂšre impression : contemplation indiffĂ©rente. Puis, en mouvement et avec la qualitĂ© de lâespace amĂ©nagĂ©, ses recoins et ses vastitudes, la perception est malgrĂ© soi Ă©blouie, focalisation de la rĂ©tine en permanent ajustement. Essayer de comprendre lâart contemporain autrement que par ce qui est reprĂ©sentĂ©. Troublant.
      Dans lâinstallation de Jenny Holzer, la luminositĂ© intermittente et agressive des leds en mouvement ascendant constant me repousse brutalement. Mais jâaperçois des gens dans la lueur bleutĂ©e qui coule (vers le haut !) derriĂšre les poteaux quâescaladent les mots â car il sâagit de mots â et cela mâintrigue car je crois Ă un miroir, avant que je ne rĂ©alise le pourquoi du comment de lâinstallation. Les mots donc mâhypnotisent ensuite. Je lis et oscille entre plaisir et rejet face aux sens possibles du poĂšme infini, plurilingue et reflĂ©tĂ© â amour charnel, premiĂšre fois, chagrin, brutalitĂ©, non consentement, dĂ©sir, froide constatation, frĂ©nĂ©sie et pulsions, douleur indicible et pourtant dite, rupture, introspection agitĂ©e, amour, peur, regret, amertume, danger, ⊠et quand le rouge des leds placĂ©es Ă lâavant disparaĂźt, ne reste plus que lâapaisement du bleu en arriĂšre. Je ne vais pas voir de lâautre cĂŽtĂ©, que le mystĂšre demeure au moins Ă moitiĂ© (je crois que câest la mĂȘme chose en bleu, pour jouer sur la perception liĂ©e Ă la couleur de la lumiĂšre, de mĂȘme que le jeu sur la police, la scintillance et le rythme des clignotements). Je ne sais pas si jâaime cette Ćuvre. Elle est nĂ©anmoins dâune beautĂ© certaine quoique dĂ©plaisante.
Une question me taraude enfin : ce « je » est-il féminin ou masculin ?
      Le Nuage dâinconnaissance mâa plongĂ© dans un profond malaise â une reprĂ©sentation cinĂ©matographique donnant Ă voir quatre points de vue diffĂ©rents via quatre Ă©crans sur les quatre murs dâune salle plongĂ©e dans le noir et le son de plus en plus oppressant â je nâĂ©tais probablement pas dans les bonnes dispositions et je suis restĂ© plus longtemps que je ne lâaurais voulu. Encore une rĂ©flexion sur les perceptions, ce qui est en fait trĂšs intĂ©ressant, mais ici lâextorsion de la catharsis Ă©tait trop forte pour mes faibles rĂ©sistances du moment. Jâai dĂ» battre en retraite, sans prĂ©cipitations toutefois.
      Lâarchitecture mĂȘme du musĂ©e â escaliers, recoins, renflements et boursouflures â semble ĂȘtre pensĂ©e pour pousser Ă la rĂ©flexion, la curiositĂ©, lâinteractivitĂ© et les circonvolutions de lâĂąme prise au piĂšge dans sa geĂŽle de chair. Beau, ludique et sensible. Sommes-nous, tous, une cellule mouvante dâun tableau pluridimensionnel et Ă©volutif ? Il y a du Shakespeare ici. Mais cessons lĂ , je nây connais rien Ă rien et je remercie mille fois les dames qui mâont donnĂ© ce stylo si prolixe ! Dans ce tableau, on notera avec intĂ©rĂȘt que le 26.3.16, vers 15h, jâai fait tomber mon exemplaire basque du guide papier du musĂ©e depuis lâun des innombrables balcons intĂ©rieurs â il nây a pas de petites aventures â et cela alors mĂȘme que je voulais noter quelque part lâexistence de ces balcons.
      Louise Bourgeois est trĂšs certainement tarĂ©e. Des Ă©toffes et des formes presque humaines dans des cages qui me laissent perplexe â au mieux â et je nâai pas vraiment la curiositĂ© de vouloir comprendre. Les thĂ©ories de la rĂ©ception ont â aussi â enfantĂ© des monstres â mais Ă©videmment je manque quelque chose : allez les trouver par vous-mĂȘmes. La magie du lieu opĂšre nĂ©anmoins dans la salle prĂ©sentant de grands dessins â bon⊠nâen parlons pas â et, en son centre, lâinstallation intitulĂ©e Cell (The Last Climb), qui a lâintĂ©rĂȘt de nous laisser la possibilitĂ© de nous Ă©chapper. Je suis dur⊠mais Louise Bourgeois est une compatriote, morte de surcroĂźt, paix Ă son Ăąme â que la mienne puisse en dire autant. Ă lâextĂ©rieur, pourtant, lâaraignĂ©e gĂ©ante aux longues pattes effilĂ©es et inquiĂ©tantes, Mother, me plaĂźt Ă©trangement. Probablement pour ce quâelle mâĂ©voque dâOttawa-Gatineau et de mon passage au Canada, pour lâambivalence du nom et de lâĆuvre aussi, par connivence avec moi-mĂȘme, surtout. IntĂ©rĂȘt pour les courtes histoires de He disappeared into Complete Silence. Je suis sĂ»r que jâaurais aimĂ© rencontrer Louise Bourgeois, jâaime son humour. Câest dâailleurs sous cet angle que jâaurais dĂ» apprĂ©cier ses autres Ćuvres.
      Etait-ce une femme particuliĂšrement torturĂ©e, dâun sens de lâhumour extrĂȘmement aiguisĂ© et subtil, ou bien les deux Ă la fois ? Mon hermĂ©tisme nâest pas absolu et sans retour mais je peine Ă faire les efforts nĂ©cessaires â et je reste trĂšs extĂ©rieur Ă ces folies â Lâescalier vers nulle part appelĂ© No escape mâa beaucoup fait rire : je suis persuadĂ© que la majeure partie de lâart de Louise Bourgeois est dâĂȘtre une farceuse et que les visiteurs qui sâabandonnent Ă la mascarade de la contemplation, feinte ou non, de ses Ćuvres en font en fait partie malgrĂ© eux. Well done, Louise Bourgeois, nombreux sont les mouchillons empĂȘtrĂ©s dans ton absurde toile â ça ne peut dĂ©cemment pas ĂȘtre sĂ©rieux de toute façon et le sĂ©rieux est dĂ©cidĂ©ment un art du ridicule. Je devrais ĂȘtre moins sĂ©rieux donc, ou je vais devenir, et je le suis dĂ©jĂ , infiniment ridicule. Bon, je nây arrive pas, le what the fuck lâemporte et je suis de plus en plus loin de parvenir Ă observer tout ça avec bonne foi. Me najo. Nombreux sont ceux qui, gĂȘnĂ©s, rient et finissent par sâĂ©chapper. Lâart de Louise Bourgeois doit ĂȘtre pertinent, puisquâil est clivant.
      SĂ©rie Mrs Lenin & the Nightingale de Georg Baselitz â aurais pu avoir la mĂȘme rĂ©action dâincomprĂ©hension et de fermeture que face aux installations de Louise Bourgeois mais le pictural suscite mon intĂ©rĂȘt et je dois avouer que chacun de ces tableaux pris sĂ©parĂ©ment me plaĂźt (en particulier celui dans lequel domine le blanc et oĂč lâon ne voit pas les visages des personnages pour se concentrer sur les pieds et les mains, no sĂ© porque) â jâimagine que je suis plus sensible au figuratif (est-ce vraiment figuratif ?). Jâaime aussi la potentialitĂ© narrative, que jâapprĂ©cie Ă©galement chez Louise Bourgeois (lâĆuvre totale de Louis Bourgeois Ă cet intĂ©rĂȘt pour moi, lâhistoire racontĂ©e, trouble et fascinante, plus une forme de dĂ©tachement humoristique, mais cela valait-il la peine de faire des trucs aussi spĂ©ciaux ??) â les titres de Georg Baselitz sont assez drĂŽles aussi, quoique particuliĂšrement absurdes. La critique est-elle constructive ? Jâai dit que jâaimais bien, jâaurais dĂ» mâen tenir lĂ .
      Du mal Ă apprĂ©cier les Ćuvres de Francesco Clemente Ă©galement (je prĂ©fĂšre Louise Bourgeois â du moins sa dĂ©rision). Des Ă©lĂ©ments intĂ©ressants dans les toiles (homme pleurant dans une barque sous laquelle nage un frĂšre naĂŻf de Moby Dick, par exemple) mais associĂ©s Ă dâautres, ce qui donne au tout un aspect cauchemardesque sens lâirrĂ©alitĂ© liante du songe. La fatigue mâempĂȘche dâapprĂ©cier, je pense. Heureusement, un couple de jeunes et belles lesbiennes ravit mes pupilles et me redonne foi en lâamour. Les pensĂ©es sont sans pourquoi et coq Ă lâĂąne, quây puis-je ? â je sens de plus en plus mauvais et mes cheveux sont de plus en plus gras.
      Ma premiĂšre Ćuvre de Jean-Michel Basquiat, MoĂŻse et les Egyptiens me déçoit incroyablement â le mythe Ă©tait venu Ă mes oreilles et les tableaux de maĂźtre sâeffondrent en dessins dâenfant. Je nâai plus la force de comprendre â lâart est exigeant â et je ferais mieux dâabandonner avant de me rĂ©pandre encore en ignorance et en irrespect pour mes devanciers. Pardon Ă tous, Ă Francesco Clemente, Ă Louise Bourgeois et Ă Jean-Michel Basquiat : je suis fatiguĂ©. Mais avouez quand mĂȘme que vous ne saviez vraiment plus quoi inventer (la force de lâart nâĂ©tant plus dans la qualitĂ© de la reprĂ©sentation, vous avez dĂ©cidĂ© dây aller Ă mort dans le concept et, franchement, ça demande beaucoup dâindulgence et de compassion). JâespĂšre que mes contemporains et ceux qui suivront auront plus de bienveillance que moi pour mes modestes vanitĂ©s â Ai Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© (quoiquâavec empressement vers la sortie) par Le DĂ©luge de Miquel BarcelĂČ. Jây ai vu beaucoup de pluie, jâai trouvĂ© ça trĂšs plaisant. Jâaime la pluie. VoilĂ pour moi, ce sera tout. JâĂ©teins ce quâil reste de lumiĂšre ? Adios Guggy, estoy cansado.
      Le comble est atteint avec la salle des « chefs dâĆuvres » (ce quâil faut pas lireâŠ) oĂč la seule honnĂȘtetĂ© qui subsiste rĂ©side dans le fait dâintituler sa toile Sans titre, car en donner un devient alors dâune absurditĂ© insoutenable â il y a plus dâart Ă chercher des formes dans la contemplation des nuages que dans cette salle. VoilĂ Â !
      Câest dĂ©finitif, il nây a plus aucun respect depuis que Jorge Oteiza a commis la sculpture intitulĂ©e BoĂźte vide avec grande ouverture (2005). JâespĂšre au moins que lâacier utilisĂ© provient du recyclage.
      Je ne suis toujours pas parti et heureusement, dans la salle suivante les Ćuvres dâAnselm Kieffer me rassurent â ses tournesols terriblement dĂ©sespĂ©rĂ©s et dĂ©boussolĂ©s de broyer du noir et blanc, sortant de ce qui semble ĂȘtre un cadavre sous le sol, le ciel immense de ses CĂ©lĂšbres ordres de la nuit, lâincroyable jeu sur le relief et la minĂ©ralitĂ© de Terre de deux fleuves, soulignent mon inextinguible besoin de sens et de concret. Je suis aussi impressionnĂ© par lâhyper rĂ©alisme de Marine, une huile sur toile de Gerhard Richter reprĂ©sentant le ciel et la mer au sein de ce qui semblait pourtant ĂȘtre une photographie : mĂȘme les dĂ©fauts de focalisation sont saisissants â Jâai mal aux pieds mais jâen ai trop fait pour ne pas aller au boutâŠ
      « Le monde comme une peinture gigantesque » me disent les voix espagnoles de lâaudioguide tandis que jâobserve les diffĂ©rents dĂ©tails de Barge (1962-1963), de Robert Rauschenberg. Cette Ćuvre mâintĂ©resse beaucoup, bien que mes limites en matiĂšre dâabstraction aujourdâhui frustrent ma comprĂ©hension de lâensemble. « Expressionisme abstrait » ont-ils affirmĂ©. Bon. Au risque de me montrer particuliĂšrement contradictoire, jâapprĂ©cie les Ćuvres de cette salle, y compris la sĂ©rie de tableaux constituĂ©s de ce qui semble ĂȘtre de lâĂ©talage dĂ©sordonnĂ© et Ă pleine paume de peinture au milieu dâune toile. La cohĂ©rence, comme le sĂ©rieux, est dĂ©risoire â puisque ça mâarrange. Mais je ferais mieux de ne plus rien Ă©cire : Les Neufs discours sur commode (!!!) de Cy Towbly sont en fait faits avec du crayon et du crayon de cire â donc ferme-la.
      En vrai, je crois que lâart que je prĂ©fĂšre est celui dĂ©licieux qui consiste Ă admirer les jeunes femmes, quâelles soient immobiles ou en mouvement, dĂ©sirables ou non (dĂ©sirables bien sĂ»r ne convient pas, ce ne peut-ĂȘtre une remarque objective, ni un qualificatif appropriĂ© pour dĂ©signer lâĂȘtre dâun ĂȘtre humain, mais, au risque de dĂ©plaire, câest un critĂšre qui mâest cher, puisquâil en dit beaucoup, en particulier Ă propos de moi) â et je prĂ©fĂšre regarder celles qui me plaisent, cela tombe sous le sens. Bref, Ă mort les fresques et vive les femmes. Pardonnez lâhomme qui sâexprime dans les limbes de son Ă©puisement physique, ça joue sur son mental. Je crois que jâen ai fini pour ce bon vieux Guggenheim et les effluves de mon t-shirt clamant Cali â pourtant achetĂ© Ă QuĂ©bec â me dĂ©sespĂšrent. Une biĂšre ?
      Au rez-de-chaussĂ©e je me rends compte que jâai dĂ©jĂ rĂȘvĂ© de cet endroit (y compris des leds de Jenny Holzer et des drĂŽles de fleurs-ballons colorĂ©s Ă lâextĂ©rieur. Le dĂ©jĂ -vu est puissant. Jâavais dĂ» voir tout ça dans un film. Mais comment ces choses-lĂ fonctionnent-elles ? Il est temps que je mâĂ©vade, le rĂ©el se dĂ©sagrĂšge.
â Au sous-sol je fais un dĂ©tour par les sanitaires â Torse nu, du shampooing blanchissant mon crĂąne, deux hommes sâĂ©tonnent Ă peine de me voir me laver les cheveux.
â Alors que je sirote ma pinte en terrasse du musĂ©e, les nuĂ©es sâavancent avec fracas â un orage Ă©clate.