Avant toute chose, il est très difficile pour moi d'écrire ces lignes.
J'ai toujours aimé écrire, et encore plus lire. Bottero, Paolini, Rowling ça a toujours été un moyen pour moi d'échapper à mes tourments, de me projeter hors des journées de merde que je pouvais vivre.
Je préfère prévenir, le témoignage sera imagé, et parsemé de références et d'humour noir. Parce que si je ne tourne pas ce truc en dérision, ce sera impossible pour moi de le terminer. Il y a des risques que ce soit quelque peu fouilli, mais je ferai de mon mieux pour ordonner tout ça.
Merci.
Ma scolarité avant le collège était banale. Les problèmes que j'avais ne duraient jamais longtemps, on était assez naïf et on oubliait très vite nos différends pour redevenir les meilleurs amis du monde le lendemain.
Honnêtement, l'enfance que j'ai eu était une enfance on ne peut plus tranquille. Né et élevé dans une famille de classe moyenne, dans un village de 1000 habitants environ, pas trop loin des villes, j'ai passé 7 ans dans l'école municipale. Chaque année je retrouvais les mêmes personnes, nous nous connaissions donc plutôt bien.
C'est vers la fin de la primaire que j'ai senti arriver la merde. Et pas qu'un peu. Pour reprendre une expression du Ranger dans le Donjon de Naheulbeuk, c'était comme si « l'ogre avait chié à deux mètres de la porte ».
Les autres commençaient à parler amour, fringues, certains se rebellaient déjà contre leurs parents. Et moi, au milieu de tout ça, avec mes habits intersport à 10€, je me demandait bien de quoi allait être fait mes années collèges.
J'avais pour objectif de me faire de nouveaux amis, sans pour autant jeter les anciens. Depuis tout petit, je suis quelqu'un de gentil, un bon babtou fragile diraient certains. Mes parents m'ont donné une éducation dont je suis fier, basée sur le respect de l'autre, l'écoute et la patience. Malgré le fait qu'ils m'aient aussi dit plusieurs fois de me défendre si on me faisait du mal, chose que j'étais incapable de faire par peur de blesser l'autre, et qui aujourd'hui est toujours difficile.
Collège et Gentillesse vont difficilement de pair, c'est un fait avéré. Je l'ai très (très) vite appris à mes dépends.
La veille de la rentrée, j'étais excité, impatient d'apprendre. J'ai toujours aimé apprendre des choses, peu importe leur nature ou leur utilité. Ça pouvait aller de la chronologie de l'ère Préhistorique aux satellites de Jupiter. A cet âge là, j'avais trois métiers qui m'attiraient énormément : Égyptologue, Paléontologue, et Astronome. Parce qu'après tout, pourquoi pas ? J'avais le goût d'apprendre, et mon souhait était de rendre mes parents fiers de moi.
J'étais naïf, aussi.
L'année de 6eme est arrivée. Le début était relativement calme. On mets des noms sur les têtes, on apprend son emploi du temps, le nom des profs. Et puis, un jour, c'est comme si le coup d'envoi d'une Battle Royale commençait : chacun pour soi, le respect c'est has-been ma gueule.
En 6eme donc, j'ai été pris en grippe par un gars de ma classe. Cas typique du petit caïd paumé qui s'en prend à un gars rêveur, timide, tout aussi paumé que lui.
Forcément, moi et ma gentillesse maladive, nous n'avons pas trouvé les armes pour nous défendre. Aujourd'hui, si j'avais la possibilité de remonter le temps, je m’apporterait à moi-même une batte cloutée, un fusil à pompe, un couteau cranté et un peu de self-esteem.
Vous savez, la loi de la jungle s'applique à tout être vivant, et elle lui dicte une chose précise : la survie. Hors, dans le cas de nouveaux collégiens à peine sortis de l'enfance, « survivre » se traduit par une ascension sociale au sein de l'établissement (« T'es trop swagg la vie de oim ! ») et, également, une éradication pure et simple des plus faibles pour être sûr d'être au-dessus de la chaîne alimentaire.
Je me suis très vite retrouvé tout en bas de cette chaîne. Quand plusieurs types désireux de se sentir supérieurs croisent le chemin d'un autre type incapable de répliquer, fatalement, il se fait marcher dessus. De plus, avec sa position inférieure, beaucoup de monde s'écarte de lui, cesse de lui parler, ou se joint aux moqueries.
Je n'ai pas eu trop d'ennuis « physiquement » : pas de tête dans les toilettes, pas de coups, pas de sac vidé au milieu de la cours. Tout ce que j'ai enduré ou presque (gardez le ''presque'' en mémoire), ça a été des brimades, des moqueries à répétition, des regards méprisants et des blagues sur mon air rêveur (parce que j'avais vraiment une tête d'endormi, et ça revient encore de temps en temps aujourd'hui).
Beaucoup de brimades sur mes habits et mon poids aussi (sans être en surpoids important, j'avais un petit gosse de 5 mois en guise de ventre). Sans rouler sur l'or, mes parents, en travaillant dur tous les jours, ont réussi à m'offrir à moi et mes deux sœurs une enfance et une adolescence à l'abri du besoin. Je suis très fier d'eux.
A l'époque donc, j'aurai très bien pu demander à ma mère (c'était surtout avec elle que j'achetais mes habits) de m'acheter un pull plus « à la mode », ou une nouvelle paire de baskets. En réalité, je m'en fichais. L'apparence n'était pas vraiment mon souci premier, j'étais plus accroché au souhait d'avoir de bonnes notes.
La 6eme, c'était l'entrée. Parce que la 5eme et la 4eme, mes aïeux… Je pense que John Rambo et son syndrome post-traumatique du Vietnam, c'est une promenade par rapport à ça.
En 5eme, les insultes, les brimades, l'habitude de baisser la tête qui revient. L'habitude d'encaisser, de souffrir. J'ai fait la connaissance d'une fille, à cette époque. A ce moment là, je ne pensais pas qu'elle serait la personne qui me permettrait de survivre.
Je ne donnerai pas son nom, j'ai toujours un côté parano et je préfère lui éviter un stalking intempestif, si quelqu'un venait à me reconnaître (sait-on jamais).
Aujourd'hui, elle est devenue plus qu'une amie. C'est devenue une sœur, une personne pour qui j'ai un immense respect et une affection sans bornes. C'est devenue ma confidente. Elle seule a reçu ce que j'avais sur le cœur. C'était l'an dernier, j'ai failli vomir et faire un malaise tellement le flot d'émotions était important.
En 4eme, je suis tombé amoureux. Un amour impossible, malheureusement. Remballez Shakespeare ou Corneille, je parle ici d'un amour rendu impossible car j'étais un pestiféré. C'est durant cette année là que j'ai vraiment commencé à traîner avec les autres pestiférés. Même si on est considéré comme de la merde, à plusieurs on est plus fort.
Et arrive le point de rupture. Le crash, l'accident, le dérapage, le seul moment de ma vie où j'ai frappé quelqu'un, où j'ai vidé mon chargeur.
C'était le 18 Décembre 2011, à 12h et quelques, toujours en 4eme. Une date que je risque peu d'oublier.
Vous savez, quand on impose à quelque chose un stress, une pression, ou autre chose qui le force à plier, à un moment il se produit un effet pas désiré. C'est de la physique, c'est inévitable, et c'est ce qui m'est arrivé.
Le fameux caïd qui m'avait pris en grippe au tout début de la 6eme n'étais jamais sorti de ma classe. Il avait donc eu 3 ans de brimades gratuites à m'envoyer.
Je ne me rappelle pas si il a prononcé un seul mot. Mais c'est son regard qui m'a fait péter un boulon : encore un regard de mépris, celui qui rabaisse, qui fait mal. C'était trop.
Je l'ai frappé plusieurs fois, je lui ai hurlé dessus, j'avais une fournaise de haine en moi qui venait d'être libérée. J'ai usé pour la première fois de ma vie de la violence.
Bien évidemment, l'Alpha du groupe doit défendre son honneur. Et quelle manière de le défendre ! A la sortie, avec tous ses potes. Il m'a collé deux droites, et rien d'autres. J'avais limite envie de rire. La souffrance physique, c'est rien en comparaison de la souffrance mentale. Lui avait la lèvre fendue, moi une joue de hamster. « Hamtaro la victime » aurait pu devenir mon pseudo. Il n'a jamais recommencé ses brimades. Il a été renvoyé une semaine, pour ma part j'ai eu 3h de TIG (Travaux d’Intérêts Généraux). Comprenez que j'ai aidé pendant 3h à nettoyer le self, à raison d'1h par jour.
J'ai beaucoup pleuré, voyez vous, au cours de ces années. J'avais et j'ai toujours la larme facile, je suis assez sensible, un peu fleur bleue… Pas le bad-boy qui fracasse des mâchoires en somme.
Je déteste la violence. Je suis un calme de nature, peu de choses me font monter la moutarde au nez, et ce depuis toujours. J'étais dégoûté d'en être arrivé là.
La 4eme a été la pire année de ma vie (en tout cas actuellement). Mon coeur ? Brisé. Mon mental ? Assez bas pour trouver du pétrole. Ma confiance en moi-même ? Elle s'était fait la malle avec mon envie de vivre. Je ne me scarifiais pas, parce que, comme je le disais, la douleur physique n'aurait rien résolu dans mon cas. De plus, ç'aurait été prendre le risque que mes parents découvrent le malaise. J'avais des envies suicidaires, de plus en plus fortes. C'est mon amie, par la parole, beaucoup de gentillesse, de patience et d'écoute, qui m'a tiré du merdier dans lequel j'étais. On discutait librement, de tout et de rien. On riait. C'était reparti. Elle m'a littéralement sauvé la vie.
Plusieurs choses m'ont permit de remonter la pente : cette fille, les mangas, et le Metal. J'en écoutait à pleines balles, des groupes comme Amon Amarth ou Avenged Sevenfold, ça me permettait d'extérioriser ma souffrance et la haine qui me tordait les tripes. Aujourd'hui encore, c'est un genre que j'apprécie énormément (surtout le Power Metal. Longue vie à Powerwolf).
Le collège était passé. Le gros de l'orage, diront nous. Entré au lycée, j'avais toujours une confiance en moi relativement basse. Et qu'est-ce qui coïncide avec un moral à plat ? La flemme, la fatigue, la non-productivité.
J'avais toujours réussi à m'en tirer au collège, sans avoir trop besoin de travailler (excepté dans les matières scientifiques).
Au lycée, mes notes ont dégringolé. Je ne travaillais plus. J'ai retrouvé un ami de primaire qui avait déménagé, et qui aujourd'hui est devenu mon meilleur pote.
J'ai également croisé la route de League of Legends. J'ai honte de dire que c'est en grande partie à cause de ce jeu que je zappais les devoirs. Ce qui est fait est fait, aujourd'hui j'ai drastiquement réduit mon temps de jeu et j'ai retrouvé un minimum le goût du travail. Parfois, je zappe d'un jeu à un autre, pour éviter de retourner dans une spirale de flemme.
Le lycée, en comparaison, s'est bien mieux passé, malgré le tableau peu ragoûtant décris au-dessus, et le fait que ma meilleure amie se soit orientée dans un autre établissement. J'en attendais beaucoup, de ce lycée. J'attendais une mentalité quelque peu plus élevé.
Aïe.
Encore une fois, beaucoup de mes camarades restaient dans la même optique de la loi de la jungle.
Retenez bien ça, les notes ne valent pas grand chose en terme d'intelligence. C'est uniquement de la mémorisation et de la restitution de connaissance. Certes, il faut apprendre des théorèmes (dans mon cas, j'ai fait un bac S), des formules, des schémas, des exceptions, mais au final, cela n'apporte rien quand on parle de maturité, de respect de l'autre, choses qui sont pour moi plus proche de « l'intelligence ».
Le lycée, pour reprendre la métaphore de l'orage, a été une bruine fine. Pas beaucoup de choses de joyeux. La confiance en soi qui baisse au même titre que les notes, les complexes, et cette peur de parler en classe, car le cœur risque d'exploser si on subit la moindre moquerie. Les nerfs à fleur de peau dès qu'on doit s'exprimer devant les autres, quel calvaire ça a été.
En 1ere, est arrivé quelque chose que je n'aurait JAMAIS cru possible.
J'ai commencé à pratiquer le tir à l'arc en 5eme, cela faisait donc 5 ans que j'étais dans mon club. Je me suis rapproché d'une fille qui débutait. En 3eme, elle avait 14 ans, moi 16. Nous avons commencé à sortir ensemble peu avant les vacances de Noël. Le plus beau Noël de toute ma putain de vie.
On est resté ensemble 6 mois. La rupture est arrivée. Je suis resté 2 semaines à l'état de larve, jusqu'à ce que ma meilleure amie me tire (encore) de ce pétrin en me mettant un pied au cul, pour me dire de me bouger et d'arrêter de broyer du noir. Ça a fonctionné. Un mois et demi plus tard, j'étais en couple avec une autre fille de mon club, d'un an mon aînée, mais l'histoire n'a pas duré longtemps, un mois et demi tout au plus. Aujourd'hui, je suis toujours en contact fréquent avec ces deux filles. Malgré la rupture, je les apprécie beaucoup, elles sont pour beaucoup dans ce que je suis aujourd'hui.
Nous voilà donc arrivé à la fin du lycée. Je décroche péniblement mon bac S au rattrapage (pile sur le sujet de Spé SVT que je maîtrisais sur le bout des doigts, karma de dingue).
J'embraye avec un DUT MMI (Métiers du Multimédia et de l'Internet), à la base pour faire du web. Je me découvre une passion pour le design et le graphisme. Loin de mon passé bien sombre, je peux respirer, être moi-même. Je suis accepté comme je suis. C'est grisant, j'arrive à m'imposer, à parler sans craindre un conflit. Après 7 ans où on m'a appuyé sur le crâne en voulant me cacher l'horizon, j'arrive à trouver mon chemin, et ça fait un bien fou.
J'ai encore aujourd'hui des regrets, par rapport à cette période de 7 ans de malheur (juré, c'est le chat qui a fait tomber ce miroir…).
Premièrement, le fait d'avoir joué le charognard et rit du malheur d'autres personnes qui subissaient au final la même chose que moi. Ça n'a heureusement pas duré longtemps, mais le mal est quand même fait.
Ensuite, le fait d'avoir attendu si longtemps pour en parler. Sérieusement, vous qui lisez ça. Parlez. Vos parents, un ami proche, quelqu'un en qui vous savez que vous pouvez avoir confiance. N'attendez pas grand-chose de la part des profs ou de l'administration, pour la plupart ils ont fait l'autruche et ont esquivé le problème.
Enfin, le regret d'avoir porté si longtemps attention à toutes ses remarques.
Aujourd'hui je vis ma vie, et rares sont les personnes dont l'avis sur moi compte. Pour changer de peau, j'ai commencé la musculation, j'ai étudié la nutrition, toute sortes de choses que j'avais mis en suspens ou que j'évitais, par dépit. En l'espace d'un an, j'ai mûrit à une vitesse affolante. Prendre la parole n'est aujourd'hui plus un problème, alors qu'en Terminale, c'était l'enfer sur terre. J'ai travaillé cet été, ce qui m'a mit face à la réalité, qui n'est pas toute noire.
Si vous êtes vous actuellement victime, ou ancienne victime : vous avez tout mon soutien. Ne vous découragez pas. Cette période, c'est une tartine de merde qu'il faut avaler en souriant. Soyez fiers de vous-même. Remettez-vous en question, évoluez, ne stagnez pas, ne vous enfermez pas dans une bulle toute moche pleine de doutes. Au contraire, éclatez là. Interdisez formellement aux autres de vous juger. Analysez ce qu'on vous dit, décryptez, apprenez à vous connaître, à savoir ce que vous voulez, faites le tri dans vos pensées, ne laissez pas un bordel d'émotions négatives vous noyer. C'est un travail long, fastidieux, mais il apporte énormément.
Faîtes du sport, trouvez vous une activité qui vous plaît vraiment, et bossez dessus. Dans mon cas, le tir à l'arc a été la première chose dont j'ai vraiment été fier, lorsque j'ai vu les fruits des entraînements. Ca fait du bien au moral de savoir qu'on est bon à quelque chose.
Si vous êtes bourreau (hé, ça peut arriver ! ) : rabaisser quelqu'un pour se sentir important, n'est qu'un moyen temporaire d'échapper à la réalité. Je dois avouer que j'ai toujours, quand je vois les témoignages écrits ici, une bonne envie de me déplacer pour vous mettre face au réel en vous retapant le portrait à coup de pelle. Ce n'est pas parce que la personne que vous insultez ne réponds pas qu'elle s'en fiche pour autant. Au final, ça vous apporte quoi, cette situation de bourreau ? De la satisfaction ? Vous arrivez à vous regarder dans le miroir le matin ?
Voilà ce que je pense : vous avez, tout comme vos victime, la peur du rejet. Vous avez juste les boules de vous retrouver sans amis, donc vous suivez aveuglément une masse de gens qui de toute façon aura bien peu d'importance dans votre vie future. Prenez en conscience.
Si vous êtes témoin : ne laissez pas quelqu'un qui hurle à l'aide seul dans sa merde. Par pitié. Il est difficile d'aller vers les gens et de leur parler vrai, de s'ouvrir à eux et de se lier. C'est un réflexe compréhensible, mais il faut aller au-delà de ça. S'il vous plaît. Il n'y a rien de plus noble que de soutenir quelqu'un qui en a cruellement besoin. Ne détournez pas le regard en pensant que ça ne vous concerne pas : dans le cas inverse, vous seriez heureux que quelqu'un vous aide.
Ce texte est une trace de moi que je laisse là pour apporter ma pierre. Ça fait presque deux ans que je visite régulièrement Losers Et Alors, croyez moi que ça m'a fait relativiser plus d'une fois. C'est aussi une façon d'assumer ce que j'ai vécu, de ne plus le vivre comme une honte, et de transformer toutes ces années de merde en quelque chose de bien.
Merci d'avoir lu.