Les thématiques de genre et de sexualité se traduisent pour moi par quatre grands sujets: au niveau du genre, il y a mon identité déjà, la manière dont je me définis. D’autre part, il y a la manière dont ma place dans la société est définie en fonction du sexe auquel j’appartient. La sexualité ensuite peut être abordée sous l’angle de l'orientation sexuelle ou sous l’angle des pratiques sexuelles. Tout ça est selon moi très différent bien qu’intrinsèquement lié.
En ce qui concerne mon identité de genre, en fait je n’en ai aucune idée. Je suis de sexe féminin, mais le genre reste assez relatif. Il y a de multiples manières d'être féminine, dans lesquelles je ne me reconnais pas toujours. En fait je ne me suis jamais posé la question parce que non seulement c'est difficile à théoriser, mais en plus je ne sais pas ce que ça pourrait m'apporter. En général d'ailleurs je n'essaie pas non plus de me définir, je n'en ai ni besoin, ni envie: je trouve que ça met les gens dans des cases.
Quant à ma position en tant que femme dans la société, je n'ai jamais vraiment théorisé les choses comme sexistes ou non. J’ai toujours pressenti des injustices de manière très instinctive, presque épidermique, depuis toute petite. Je peux réagir du coup de manière très explosive parfois, sans pour autant pouvoir mettre en avant les arguments qui justifient ma réaction. C'est difficile d’expliquer les évidences. Toujours est-il que je constate que plus j'avance, plus je suis capable de poser mes idées, construire mes opinions, aiguiser mon regard quitte à condamner des comportements qui jusqu’alors serait restés banalisés.
Je suis consciente que les centres d'intérêt des hommes et des femmes, par construction sociale, se développent différemment, je ne m’en offusque pas au quotidien. Par contre, je vois un réel problème dans le fait que si tu t'intéresses à quelque chose qui est traditionnellement associé à l'autre sexe, on part automatiquement du principe que ce n’est pas normal. Là je suis en train de rénover mon appart et on me dit des trucs du genre «Ha bon? Tu sais faire ça?» «C'est un gros chantier quand même…». Pourtant j'ai toujours été un peu bricoleuse, ça ne change rien. Si j'avais été un mec on m'aurait rien dit. On part du principe que si tu entreprends quelque chose de physique, manuel ou technique, tu es moins capable qu'un homme. Et je me demande si ça entraine pas une sorte de déterminisme, dans le sens où les femmes finissent elles-mêmes par croire à ces a priori, qu'elles ont intégrés, et donc n'essaient pas.
En termes d'orientation sexuelle, toutes mes histoires valant la peine d'être mentionnées étaient avec des femmes. Mais je détesterais que ce soit un élément central autour duquel je me construirais identitairement, ou que les autres me définissent avant tout comme cela. C'est entre autre pour ça que je n'ai aucune tendance communautariste: assez naturellement je n'ai jamais voulu intégrer un milieu LGBT, même si ça aurait pu être un moyen assez simple de rencontrer du monde chaque fois que j'arrivais dans une nouvelle ville. Par rapport à moi et à ma manière d'être ça me paraîtrait un peu artificiel. Les rencontres elles se font comme ça, parce qu'on a des affinités, mais qu'il y ait un déterminisme de mon orientation sexuelle sur mon groupe social ou mon comportement, ce n'est pas quelque chose que je souhaite, ou que je recherche. Par contre, en vieillissant, je constate que mon cercle social se compose davantage de personnes hetero, homo, qu’importe, qui ont une sensibilité envers ces questions.
Et enfin pour les pratiques sexuelles, je ne veux pas me mettre de cadre. Je trouve que le sexe est un terrain d'expérimentation. Et je me rends compte que mon orientation sexuelle ne détermine pas forcément une pratique sexuelle fermée. Je suis persuadée que ma sexualité à 30, à 40 ou à 50 ans sera différente, elle évolue. Le spectre des possibles est gigantesque, il y a encore plein de choses à découvrir.