Elle siestait tous les jours depuis le 1er novembre. Rien ne pouvait l'empêcher.
En fait, tout pouvait la faire flancher: les trop longues explications du professeur, le discours désapprobateur de son supérieur au travail, devoir marcher de longues distances dans le froid ou encore la simple idée de se lever tôt le lendemain. Un rien l'affaiblissait. Elle se savait fragile et obéissait à sa paresse, légitime.
Elle se levait généralement tôt, prenait son temps pour se cuisiner un bon déjeuner pour tenir une bonne partie de la journée; des fruits, des oeufs, du pain. La seconde ingéré, son repas devait exiger trop d'énergie, elle ne pensait qu'à s'endormir à nouveau. Parfois, son horaire demandait qu'elle reste éveillée et elle faisait un effort supplémentaire, mais le minimum. En fournir davantage aurait probablement tué le petit peu de lumière qu'elle avait en elle.
Elle se levait tôt pour apprécier la petite lumière qu'elle pouvait obtenir du timide soleil d'hiver.
*
Un jour, il faisait plus doux. L'envie de faire l'épicerie l'a assaillie. Elle a enfilé son imperméable beige et ses bottes de pluie rouges. Direction, la fruiterie. Son ipod sur mode aléatoire reconnaissait son énergie retrouvée. Sa marche en parallèle de l'itinéraire de bus lui prouvait que d'être à pied était la chose à faire; l'autobus n'est jamais passé. Rapidement, elle dépassait par la gauche les couples qui flânaient sur les trottoirs ensoleillés. Le gravier sous ses pieds revolait tant ses pas s'enchaînaient avec rythme.
Elle ne cherchait pas à éviter les flaques, mais les affrontait. Ses bottes de pluie jaunes lui apportaient cette nonchalance sympathique. Parfois, elle mettait le pied dans une flaque et ça la faisait rire. Le genre de rire qu'elle ne pouvait retenir tant il la chatouillait. Un léger sentiment de renaissance redonnait un relief à ses pommettes. Le printemps s'annonçait.
Elle est ressortie avec une épicerie de fruits et légumes plutôt ambitieuse dans ses sacs réutilisables. Rien ne pouvait l'arrêter. Ce quart d'heure de marche s'annonçait une belle occasion de profiter encore de cette vitamine D. Et pourquoi pas aller faire un tour de vélo après? Elle a souri à cette pensée, puis a marché avec entrain jusqu'à son appartement.
En posant ses sacs sur le sol de son hall d'entrée, elle est prise d'un vague sentiment de nausée. Elle s'est assise, puis a pensé "Peut-être ai-je besoin de ma sieste quotidienne, ce n'est pas encore l'été". Ses draps lourds et tièdes attendaient son corps moyennement réveillé d'après-midi. On ne se défait pas d'une habitude aussi facilement.