#SersToidetesCouilles(PourdeVrai)
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#SersToidetesCouilles(PourdeVrai)
#SersToidetesCouilles (PourdeVrai)
A voir dĂ©filer les posts et les jours, sâimpose la sordide conclusion que 40 Ă 60% de mon entourage fĂ©minin - et une bonne partie des potes homos pour alourdir un peu plus la barque de la honte - ont Ă©tĂ© victimes dâabus, dâinsultes, de harcĂšlement, bref de cet exaspĂ©rant jeu de pouvoir entretenu et portĂ© par une certaine vision de la virilitĂ©, qui ne serait que testostĂ©ronĂ©e, langue gluante et chibre frĂ©tillant, et incarnĂ©e par une armĂ©e dâhommes violents, maladroits, grossiers, vulgaires, idiots, dangereux, menaçants, assassins â kikou Bertrand C. et les Inrocks â en bons hĂ©ritiers de siĂšcles façonnĂ©s par un mĂ©lange de religions mal digĂ©rĂ©es et dâatavisme valant pour argument dâautoritĂ©.
Me too⊠Me trop⊠Mytho⊠On a envie de croire quâil ne sâagirait que de menues vĂ©ritĂ©s, de rĂ©alitĂ©s grossies et/ou enlaidies pour Ă©tayer un flux gĂ©nĂ©ral et alimenter la foire au dĂ©versement favorisĂ©e par les rĂ©seaux sociaux. Pourtant un simple soupçon dâhonnĂȘtetĂ© intellectuelle suffit Ă forcer le constat : rien de ces # en cascade nâest faux, exagĂ©rĂ© et inutile, pas de mytho derriĂšre ces Me too de trop, juste des bouches qui sâouvrent et dont le musellement jusquâalors arrangeait tout un chacun.
Il y a 10 ans jâavais Ă©crit une piĂšce sur la condition de la femme, 5 personnages qui finissent en tĂŽle pour avoir pĂ©tĂ© le nez - et pas seulement - de leurs oppresseurs, lesquels, forts de leur sexe, jouaient Ă affaiblir un genre tout entier. En prison, en attente de jugement, en proie Ă ce frottement du lĂ©gitime avec le lĂ©gal, elles interrogeaient le sort que nos sociĂ©tĂ©s leur rĂ©servaient. Ce projet Ă©tait nĂ© du dĂ©sir de rendre hommage Ă celles qui mâavaient Ă©levĂ©es et de leur dire mon inaltĂ©rable, immanquable, puissante et Ă©ternelle solidaritĂ©.
Je ne suis pas une femme. Jâai Ă ma modeste mesure Ă©prouvĂ© en tant que petit pĂ©dĂ© pas trop moche le mĂȘme sort en casting, avec un rĂ©al un peu con, avec un prod monstrueusement vulgaire qui mâa harcelĂ© de texto pour aller tourner en Belgique une sĂ©rie Espagnole dans laquelle il me voyait « jouer avec mes cheveux et mes lunettes parce que je suis trop sexy », et que toute lâĂ©quipe mâadore dĂ©jĂ , et quâil espĂšre que ça ne me dĂ©range pas quâil mâĂ©crive Ă minuit passĂ© pour me dire tout ce que je lui inspire, ou encore cet agent polonais qui me propose dâavancer ma venue pour le tournage dâune pub parce quâil voudrait me faire dĂ©couvrir la nuit varsovienne.
Mais en mĂȘme temps, je fais un mĂ©tier oĂč lâimage et la sĂ©duction sont Ă lâĆuvre en permanence. Cela aussi est Ă interroger. Et Ă condamner. Un mĂ©tier qui repose en partie sur le dĂ©sir Ă susciter, Ă stimuler, Ă entretenir. De mĂȘme quâil faut interroger le paradoxe de nos sociĂ©tĂ©s contemporaines ou lâon sanctifie lâhomme et surtout la femme dĂ©sirables, donc le dĂ©sir, donc la sĂ©duction qui y est associĂ©e, et oĂč lâon met par lĂ mĂȘme en danger celles et ceux qui en sont les Ă©tendards. Jeux de dupes. La collaboration se situe Ă tous les niveaux dĂšs lors quâest entretenue la moindre racine du mal.
Mais mes expĂ©riences ont finalement Ă©tĂ© plus drĂŽles quâeffrayantes, et jâappartiens malgrĂ© moi au genre des puissants, qui, si dĂ©sorientĂ©s soient-ils, nâen demeurent pas moins mĂąles et peuvent enrober lâhorreur dâune certaine distance et dâun second degrĂ© salutaire. Ce qui nâest pas le cas de la majoritĂ© de celles qui lâouvrent. Et on ne parle pas de lâĂ©norme majoritĂ© de celles qui se taisent.
En tant que reprĂ©sentant de la gent Porte-couilles, je suis convaincu que nous avons un devoir. Quâil faut au DeuxiĂšme Sexe de Beauvoir accoucher dâun Premier pour interroger les vices dâun univers construit sur le totalitarisme de la bite - dont nombres dâhommes souffrent par ailleurs, ne serait-ce que par la bĂȘtise de comportements qui leur Ă©chappent.
Le salut de notre sociĂ©tĂ© passera par une conscience masculine libĂ©rĂ©e de ses canons de virilitĂ©, sans pour autant renoncer ni Ă ses attributs, ni Ă sa jouissance â lâidĂ©e nâĂ©tant pas dâopĂ©rer une vaste castration mondiale quâon se rassure - mais de dĂ©velopper une conscience massive pour limiter, rééduquer, sensibiliser tout Ă la fois lâhumanitĂ©, lâintelligence et la dignitĂ© noyĂ©e sous un surcroit de testostĂ©rone. Nos couilles ne sont pas ennemies de nos cerveaux. Nos queues, mĂȘme si elles demandent un surcroit dâirrigation sanguine venant parfois priver le crĂąne dâune partie du flux dont il a besoin pour fonctionner Ă plein, ne sauraient empĂȘcher la rĂ©flexion, le bon sens et le ravitaillement du coeur. Ce nâest pas renoncer Ă soi que dâaccepter lâautre et de le respecter, ce nâest pas affaiblir un genre que de reconnaitre quâil nây a aucune faiblesse en ce domaine-lĂ , donc aucune logique de conquĂȘte qui tienne, ni aucune logique de pouvoir Ă asseoir, maintenir ou faire prĂ©valoir.
Il est certes difficile de sâĂ©riger contre des millĂ©naires dâhistoire façonnĂ©e par des siĂšcles de croyances plus ou moins occultes, difficile de mettre Ă mal ce que des gĂ©nĂ©rations entiĂšres se sont plues Ă consacrer et Ă valider. Mais il est trĂšs facile dâouvrir sa bouche, dâagiter ses neurones ou ses ventricules pour endiguer un peu du merdier ambiant. Balance tes synapses, utilise tes couilles qui ne demandent quâĂ enrichir le domaine de leurs compĂ©tences. Sans verser dans une dĂ©lation systĂ©matique et mesquine, il convient simplement de sâatteler Ă une attention quotidienne. Pour racheter le crĂ©dit perdu. Reconnecter le slip et la tĂȘte. Faire la paix avec son zizi et la zĂ©zette de la voisine.
Etre humain, ça a plus de gueule quâĂȘtre un homme. Et plus de sens. Ca demande peut-ĂȘtre un peu plus de rigueur et de courage. Donc MeToo, merde Ă la race porcine qui est dâailleurs bien moins crade que les sales types quâon lui associe, stop les ĆillĂšres et la mauvaise foi. Pour ta mĂšre. Ta sĆur. Tes copines. Et toutes les autres.
#SersToideTesCouilles(PourDeVrai)
Et big bisous.
(Jâai tout donnĂ© sur Fotor pour ce subtil montage)
Tout est dit dans la baguette
Trop frais
A madame Vallaud-Belkacem et aux copains des ministĂšres.
A la direction des Universités de France.
A mes élÚves bien chers.
  Trop frais
 Dans une universitĂ© dâIle de France, Ă CrĂ©teil pour ĂȘtre plus prĂ©cis, un prof, ses Ă©lĂšves et la troupe de la fac se sont vus interdire de scĂšne pour le spectacle de fin dâannĂ©e parce quâils avaient choisi dâaborder la question du terrorisme. Ensemble, ils avaient pris le parti de rĂ©flĂ©chir sur ce sinistre phĂ©nomĂšne, sur ses implications, son histoire, ses formes contemporaines et les solutions possibles pour lâĂ©radiquer. Et pour le dire en moins de dix-huit mots : la fac a pas aimĂ© lâidĂ©e, yâa eu zĂ©ro nĂ©go et un bon gros vĂ©to. Un poil plus tard, dĂ©guisĂ© sous un appel Ă candidature fantoche, le gentil prof qui sâĂ©tait dĂ©foncĂ© avec passion pendant 6 ans, qui avait fait jouer quelques-uns de ses Ă©lĂšves sur le plateau du théùtre de la Bastille, en tournĂ©e, raflĂ© des prix et fait rencontrer une des plus grandes dramaturges contemporaines[1], a Ă©tĂ© virĂ©. Mais yâavait Ă©crit cordialement Ă la fin du mail. CâĂ©tait sympa.
   JusquâĂ juin dernier, jâĂ©tais prof de théùtre Ă la fac de CrĂ©teil. Trop frais. Genre enseignant trentenaire qui se marre avec ses Ă©lĂšves et qui leur apprend un peu de son boulot entre deux vannes et trois rĂ©pliques de Victor Hugo. Dans mes cours on se marre beaucoup. Parce que mes Ă©tudiants, je les aime, parce que mon boulot je lâadore, et parce que leur transmettre un peu de ma passion, câest un gros kiff. Donc bonne ambiance quoi.
 Mes Ă©tudiants, je leur parle comme Ă des professionnels. Ca aussi ils aiment. Je leur demande la mĂȘme chose quâaux comĂ©diens que je mets en scĂšne, ou que je voudrais quâils soient, ou que je voudrais quâon voit. Sinon je mâennuie Ă les regarder.
 Avec les meilleurs, ou les plus fidĂšles, ou les plus kamikazes, je sais pas, on a mĂȘme montĂ© une troupe. Le théùtre du CrĂ©teil Soleil. CâĂ©tait notre blaze. Un clin dâoeil au centre commercial de CrĂ©teil PrĂ©fecture (câest sur la fin de la ligne 8, toi-mĂȘme tu sais â du rĂȘve en barre sur 4 Ă©tages) et un kikou Ă lâamie Mnouchkine qui se trouve Ă quelques encablures de tram sur le pĂ©riph.
 Mes supers Ă©lĂšves, ils jouent, ils cherchent, ils proposent, et moi je les mets en scĂšne, je corrige, je rythme. On travaille ensemble. Ils sont tellement bons mes supers Ă©lĂšves, quâils se sont frottĂ©s Ă des textes pointus, engagĂ©s, couillus, clitorissĂ© comme dirait Benyamina. Et ils lâont fait avec fougue et passion. Du coup ils ont gagnĂ© plein de prix dans plein de festivals. Le premier ils lâont dĂ©crochĂ© dans celui oĂč Thomas Jolly a fait ses armes dixit lâorganisatrice. TrĂšs chic. Puis ils ont jouĂ© au théùtre de la bastille. Moi-mĂȘme jây avais jamais foutu les pieds Ă part en tant que spectateur. Pour fĂȘter nos petits triomphes, on a dansĂ© au Grand HĂŽtel de Cabourg aprĂšs avoir un peu bu. Sinon on allait au Mc Do. Trop Frais.
 Badre, Cyprien, Mehmet, Laura, Anouck, Sihem, ChloĂ©, Alihou, Shayma, Ali, Bastien, Anne, Tatiana, Arnaud, Audrey, Maxence, AnaĂŻs, Marie-Jocelyne, Mame AntaâŠ. La ribambelle de leurs noms ça fait comme un poĂšme. Ou un drapeau quâa plus dâĂ©clat que trois couleurs. Jâaime les Ă©couter se prendre la tĂȘte sur du Musset, jâaime les engueuler quand Ă chaque dĂ©but de semestre, aprĂšs avoir tapĂ© « monologue théùtre » dans Google, tous commencent par me rĂ©citer maladroitement la partition dâEdouard Baer dans AstĂ©rix, jâaime quâils dĂ©couvrent Tchekhov et butent sur les noms imprononçables de ses personnages, jâaime quâils sâenivrent du souffle puissant de Wajdi Mouawad, de la magie de Pommerat, sans oublier Hugo, Shakespeare et les autres gĂ©ants. Jâaime aussi quâils me surprennent avec des films, des sĂ©ries improbables. Je me rappelle, Jennifer un jour Ă jouĂ© une scĂšne de Glee. Epique. Mehmet, avec son accent indescriptible et gĂ©nial, a revisitĂ© le solo de Norton dans la 25Ăšme heure. Grosse claque. Badre et Taieb ont Ă©crit des textes quâaucun invitĂ© relou de cette mauvaise rentrĂ©e littĂ©raire nâĂ©crira jamais. Vraiment, ce cours, eux comme moi on est tous dâaccord, il est trop frais.
 En fait ce qui est magique, câest que des petits loulous timides, souvent totalement incultes en matiĂšre théùtrale, qui sont lĂ pour apprendre Ă parler sans rougir, ou parce quâil y avait plus de place en option foot, qui ont rĂ©sistĂ© au cours de prĂ©sentation, au style exigeant, frontal, second degrĂ© et amical que je propose et qui parfois dĂ©route â parce que certains partent en courant, on va pas se mentir â eh bien tous ces jeunes adultes qui Ă©taient encore quasi ado la veille se retrouvent Ă se dĂ©passer, Ă sâengager, Ă rĂ©flĂ©chir sur le monde au travers de textes puissants et via lâun des actes les plus courageux qui soit : monter sur scĂšne. Â
 Et puis les attentats, Charlie, lâHyper Cacher, la tuerie de novembre, une majoritĂ© de mĂ©dias toujours plus affligeants dans leur traitement, dans leur putasserie, dans leur bĂȘtise. Les raccourcis qui pleuvent sur twitter, Facebook et ailleurs. Je pleure. Je me hĂ©risse. Jâai besoin dâen parler avec eux. Câest urgent. Et câest dĂ©licat.
 Sofia, Anissa, Julia⊠Chaque annĂ©e, dans la classe, il y a quelques jeunes filles voilĂ©es, quelques jeunes garçons au duvet mi hipster, mi halal, dâautres qui partent plus tĂŽt le vendredi parce que câest shabbat, ou parce quâil y a mariage dans le Sud Ă Arcachon. La religion est lĂ , un peu plus quâĂ St Paul oĂč je vivais Ă lâĂ©poque. Elle se voit, se pratique, se dĂ©fie aussi, mais, je le sais, elle nâa rien Ă voir avec les infamies perpĂ©trĂ©es.
 Alors je me demande : ça leur fait quoi ? Moi qui ne crois pas, pas en ça : je leur demande. Jâai besoin de les entendre. Câest viscĂ©ral.
Les rĂ©ponses fusent. La consternation va sans dire. Les analyses plus ou moins hĂątives mais pleines de tripes et de volontĂ© sont autrement plus Ă©loquentes. Les plus bavards, les plus choquĂ©s, qui sont souvent les plus pratiquants et les plus Ă©clairĂ©s, en parlent avec une intelligence admirable. Cette mĂȘme intelligence que les mĂ©dias quels quâils soient refusent de montrer. Cette mĂȘme dignitĂ© quâon planque Ă la faveur de consultants dĂ©biles ou dâimams sĂ©lectionnĂ©s par on ne sait quel tour pervers pour nous faire croire que les personnes dâorigines maghrĂ©bines en 2016 parlent toutes avec un accent Ă couper au couteau et ne savent pas conjuguer les verbes.
 A force dâĂ©changes, jâen viens Ă leur dire quâil faut leur donner la parole. Que quiconque commence Ă dĂ©conner en rĂ©duisant lâensemble dâune communautĂ© - qui dâailleurs ne se revendique pas forcĂ©ment comme telle - Ă la barbarie dâune poignĂ©e dâilluminĂ©s aura les idĂ©es aussitĂŽt remises en place Ă leur Ă©coute. Il faut que ces jeunes flamboyants soient entendus. Quâils soient vus.
 Mais comment ? Et comment Ă©viter les innombrables Ă©cueils ? Ecrire ? Improviser ? Choisir des textes sur le sujet ? Je ne sais pas encore mais jâai leur feu vert, alors on sây colle. Câest libre pour commencer, chacun y va de sa trouvaille. Lâatelier du vendredi a carte blanche. On verra ce quâon retient et ce quâon coupe. Quant Ă la troupe elle sâattellera Ă la piĂšce que je veux leur Ă©crire, en me nourrissant de plusieurs de nos conversations. Ce sera sĂ»rement bordĂ©lique. Mais ce sera beau. ForcĂ©ment. Parce que 46 jeunes de tous horizons sociaux, de toutes origines, pleins de neurones alertes, de solutions simples, de discours tout Ă la fois rassurants et galvanisant, plein dâhumour, de recul et de colĂšre aussi, câest une leçon de vie et dâespoir sans pareil.
 Puis lâĂ©chĂ©ance du spectacle approche. Je termine dâĂ©crire la piĂšce pour la troupe et aimerais y intĂ©grer les Ă©lĂšves du vendredi tout en gardant quelques-uns des extraits quâils ont sĂ©lectionnĂ©s et produits. Du coup je leur envoie le texte et les inclus dans la distribution. Je demande Ă la fac de faire suivre.
 Pour la plaquette du festival, il faut faire un bref résumé[2]. Et donner le titre aussi[3]. DÚs le lendemain, ça bug. Au regard du thÚme abordé, on doit faire valider par la direction dit la nouvelle jeune louve ultra zélée de la vie étudiante. Par mail hein, surtout pas de coup de fil, ce serait dommage de se parler.
 Ok. Fair-play. Allons-y.
 Retour quasi immĂ©diat. La direction sâoppose au projet de spectacle. Quoi ? Comment ? Jâai pas du comprendre. Les mots vont pas ensemble ? Une fac ? Un cours de théùtre ? Un pays dâexpression libre ? LĂ oĂč des millions de personnes ont marchĂ© aprĂšs le 7 janvier pour justement revendiquer le droit de lâouvrir ? A quelques kilomĂštres dâune place de la RĂ©publique oĂč des centaines de personnes se retrouvent toutes les nuits depuis plusieurs semaines pour tenter de penser autrement et valider leur droit inaliĂ©nable de sâexprimer. Non, vraiment, jâai pas du comprendre. Je relis. Mais non, câest bien ça, câest veto. Pourquoi ? Parce que théùtre = divertissement dit la jeune dame. Festival de fin dâannĂ©e = fĂȘte. Et puis, aprĂšs ces Ă©quations indigentes, les valdas sont finalement lĂąchĂ©es. Public dĂ©licat â comprendre public avec grosse proportion de musulmans â et puis attentats trop frais. Nous sommes en juin. Les attentats ont frappĂ© Paris en novembre, puis en janvier dernier, et ne cessent de frapper le monde partout ailleurs, avant la France, pendant la France et aprĂšs elle. Trop frais donc les attentats.
 Sans aucun doute.
 Et puis dâailleurs on me rappelle en fin de mail quâon mâavait parlĂ© de soumettre les textes dĂ©jĂ lâan passĂ©[4], et que la prochaine fois il ne faudra pas oublier. Si prochaine fois il y a, me laisse-t-on entendre. Oulala, des menaces. Toujours par mail hein, des fois que le courage soit un peu plus quâun concept. Alors jây vais moi aussi. Bim. Si censure : pas de spectacle. Parce que câest inadmissible. Que câest passer Ă cĂŽtĂ© de lâessence mĂȘme du théùtre, de la piĂšce qui a Ă©tĂ© Ă©crite, de lâenvie de rĂ©flĂ©chir quâil y a derriĂšre, du besoin de partager, de stimuler, de catharsiser sans pour autant sâasseoir sur le divertissement. Mais ça ne sert Ă rien de sâexciter sur son clavier azerty. Miss secrĂ©tariat est ferme. Câest non. Pas de spectacle. Je suis sciĂ© en deux.
 Une amie mâappelle quelques jours plus tard pour me dire quâon lui a proposĂ© mon poste. Je suis sciĂ© en quatre.
 Mais je rĂ©siste. Les Ă©lĂšves aussi. On sâindigne comme le vieux Hessel suggĂ©rait. On tient bon. Les plus affligĂ©s vont voir le doyen, dâautres, les administrateurs. Sauf que ça continue de bloquer. Câest annulĂ©. Point barre. Et puis tant pis. Les cours sont bientĂŽt terminĂ©s. Les vacances Ă©toufferont le scandale. Plus de dĂ©bat. Pas de dĂ©bat. Chacun chez soi pour terminer le joli mois de mai. Et ça fera du temps en plus pour regarder la tĂ©loche quand les Etats-Unis relaieront la tuerie dâOrlando.
 12 juin 2016. Merde. Ce sera encore plus frais. Toujours lĂ pour foutre la merde ces ricains. La fac a bien fait dâannuler finalement. Et bim again. 28 juin. Istanbul. 3 juillet. Bagdad. 4 juillet. MĂ©dine. Fait chier alors ! On pourra donc jamais en parler. Peut ĂȘtre Ă la rentrĂ©e prochaine. Mais non bonhomme. Câest mi-juillet, tâas foutu le camp Ă la playa chez les parents et tu reçois un mail de lâautre courge toute pleine de sa cordialitĂ© de bureau. Tâes virĂ©. Enfin non, ça dit : la « commission » a votĂ© pour un autre « contenu pĂ©dagogique ». Sauf quâavant toi yâa jamais eu de commission. Et quâon tâa recrutĂ© aprĂšs tâavoir vu jouer sur le plateau de la MAC. Bullshit number 45. Trop frais le mytho[5].
 Mais je mâen fous, je la monterai cette piĂšce, et je ferai entendre la voix de ces gosses. Avec la troupe de la fac. Ah mais non je suis con. Si je suis virĂ© de lâuniversitĂ©, yâa plus aucune raison que je puisse continuer Ă diriger cette troupe non plus. Alors ce sera avec ma troupe Ă moi. Je la monterai dans un théùtre curieux et confiant qui nâa pas eu peur dâaccueillir le projet[6], de toute façon câĂ©tait prĂ©vu. Et pour le clin dâoeil jây mettrai mĂȘme une de mes anciennes Ă©lĂšves en premier rĂŽle. Parce quâelle est ouf. Et parce que câest dâautant plus important au regard du traquenard quâon mâa tendu.
 Comme il est important de gueuler au travers de ces lignes.
 Gueuler contre une universitĂ© qui faillit Ă sa mission et qui va Ă lâencontre de son job premier, Ă savoir mobiliser lâesprit critique, penser le monde, mettre la connaissance au service du quotidien. Gueuler contre le contresens, le malaise ambiant, le gros problĂšme de fond.Â
Parce quâil nâest pas question de fraĂźcheur, mais juste de peur. Cette mĂȘme peur que le terrorisme veut instiller, câest lâadministration dâune UniversitĂ© qui en est et devient le premier agent. La sinistre ironie. Comme si on nâavait pas assez dâune Lepen enragĂ©e, de toute sa clique nausĂ©abonde et des roquets de lâUMP toujours prĂȘts Ă dĂ©gainer les crocs avant de penser Ă enclencher leur cerveau. Câest donc ça, le terrorisme qui continue de triompher. Au-delĂ des bombes. Le terrorisme qui fait trembler de lâouvrir, mĂȘme si câest juste pour rĂ©flĂ©chir, pour tenter de trouver ensemble des solutions. Modestement. NaĂŻvement. HonnĂȘtement.
 On a peur des rĂ©actions des parents, des Ă©lĂšves, des copains de la Direction toujours plus coupĂ©e du rĂ©el depuis ses bureaux estampillĂ©s ENS, ENA et autres ENergumĂšnes. On a peur dâĂ©changer avec une jeunesse qui est la premiĂšre victime de lâobscurantisme et du dĂ©sarroi social alors mĂȘme quâelle est aussi et surtout le premier et le plus puissant de ses combattants.
 Trop frais.
 Lâhorreur est toujours trop fraĂźche.
 Plus fraĂźche et glaçante encore la lĂąchetĂ© qui refuse de se confronter Ă la rĂ©flexion, seule capable dâĂ©riger les remĂšdes du mal.
Raoul Vaneigem, citĂ© dans la piĂšce que lâadministration a avouĂ© ne pas avoir lue avant de brandir le fanion de la censure Ă©crit en conclusion de son ouvrage « Rien nâest sacrĂ©, tout peut se dire » : « « nous apprendrons Ă annuler la force attractive des nuisances, (âŠ) nous les combattrons par la seule critique qui les puisse Ă©radiquer : (âŠ) en crĂ©ant des situations qui rendent impossible lâempire de lâinhumanitĂ© ».
2 jours aprĂšs le mail dâĂ©viction et 1 jour aprĂšs la rĂ©ponse quâil mâa inspirĂ©, la promenade des anglais devenait le Ă©niĂšme terrain des abominations barbares.
 Non, décidément, tout ceci est trop frais.
 Nâen parlons plus.
   [1] Alexandra Badéa, auteur de Pulvérisés, lauréate du Grand prix de littérature dramatique du CNT en 2013, est venue voir la jeune troupe de la faculté à la MAC et est descendue sur le plateau pour saluer leur prestation et la qualité du projet.
 [2] « Câest Ă la fois une enquĂȘte, une histoire dâamour, une rĂ©flexion sociale et un combat effrĂ©nĂ© pour la justice. Jeanne va fĂȘter ses 17 ans. Son amoureux est parti en Libye. Elle fera tout pour le retrouver, en dĂ©pit de ses parents, du quai dâOrsay et dâautres esprits plus ou moins Ă©clairĂ©s. IdĂ©alisme, dĂ©sespoir ou folie, lequel des trois va triompher ? »
 [3] #JeSuisLeProchain
[4] Parce que pour le spectacle des 10ans, certaines oreilles sâĂ©taient dressĂ©es. Un spectacle sur lâamour â je trouvais ça festif - avec des gros mots comme bite, cul, poil, sodomie et foutre, câest pas bien. Mais câest pas moi, jâai dit, câest Pommerat, et Blier, et CĂ©line, mĂȘlĂ©s Ă Musset, Racine, MoliĂšre, Shakespeare et consort pour faire de belles Ă©tincelles. Ce sont des grands textes magnifiques, dit par de grandes personnes, toutes majeures et accessoirement dopĂ©es Ă youporn depuis au moins un lustre⊠Mais jâavoue, mon cerveau avait oubliĂ© cette requĂȘte gestapiste, parce que jâavais sĂ»rement pas voulu croire quâon puisse avoir ne serait- quâun mini rĂ©flexe inquisitoire en France, dans lâenseignement supĂ©rieur.
 [5] La nana, je lâassassine, câest de bonne guĂšre :
âBonjour J----,
Content d'apprendre que cette nouvelle tocade du contenu pĂ©dagogique aura portĂ© ses fruits. SĂ»rement n'y Ă©tais-je pas assez prĂ©parĂ© pour vous offrir une proposition digne de ce nom vu que, contrairement Ă ce que tu as pu avancer sans rougir, il ne m'a jamais Ă©tĂ© demandĂ© en six ans de fournir ce genre d'exposĂ©, pas mĂȘme lors de mon recrutement qui s'est fait - pour rappel - aprĂšs que l'on m'ait vu jouer sur scĂšne Ă la MAC.
Content aussi de confirmer ce qu'un accÚs de mauvaise foi de ta part avait transformé en négation. De toute évidence l'appel d'Elise sonnait le glas de ma collaboration et ces contenus pédagogiques fantoches déguisaient mon évincement. Mais tu as remarquablement feint la surprise et l'indignation, je te le concÚde.
Et content enfin de ne plus avoir Ă collaborer avec une universitĂ© qui pense que le théùtre se rĂ©sume Ă des cotillons et des perruques et qui nie le devoir de rĂ©flexion de ce matĂ©riau vital, social, cathartique et politique en plus que d'ĂȘtre divertissant. Orlando, Bagdad, Istanbul, MĂ©dine viennent confirmer l'urgence Ă penser, avec notre jeunesse. Vos arguments pour l'interdiction de monter la piĂšce qui vous a effrayĂ© n'avaient pas grande ampleur et deviennent chaque semaine plus risibles encore. Les attentats du 13 novembre Ă©taient trop frais avanciez vous. Puisse la fraĂźcheur des derniĂšres hĂ©catombes continuer d'anesthĂ©sier le courage et la pensĂ©e alors.
Impatient de découvrir la densité prochaine des contenus pédagogiques retenus, de communiquer sur votre effarante inclairvoyance, sans oublier la bassesse de vos procédés.
Je salue pour finir ton travail en particulier, car il est dans son genre remarquable, de mĂȘme que ton implication sans relĂąche qui, depuis ton arrivĂ©e, n'auront jamais rendu aussi sotte et administrative la gestion de l'option transversale pour laquelle j'ai eu l'immense honneur d'oeuvrer. Des performances qui, vraiment, mĂ©ritent mention et applaudissements.
Je te vole ta douce conclusion en te souhaitant une "bonne continuation" et en y joignant cette formule décidément bien vide de sens.
"Cordialement"
 [6] Le théùtre de La Loge, trop exceptionnel dans son fonctionnement et sa programmation pour ne pas le nommer