Mois de mai, mois de Marie
Je vous salue Marie, pleine de Grâce, le Seigneur est avec vous.
Les eaux du matin sèchent sous le vent de mai. Devant le pensionnat se laissent éclater les bourgeons; les sœurs de Notre-Dame-des-Anges vous adressent leur première oraison. L'archange Gabriel cette nuit vous a visité. Missive nocturne de l'Annonciation. Vous étiez Vierge et serez Mère. Prient pour vous toutes les femmes de ce monde, vous êtes celle qui a pleuré son fils sacrifié. Sous les yeux de votre idole, nous traversons la cour. Vos statues de partout nous regardent, nous sommes filles et femmes comme vous l'avez été.
Mois de mai, mois de Marie. Il n'est plus question pour nous de pleurer ni de prier. Sous l'arche de la chapelle pèse le silence. Il nous faudra inventer un péché à confesser. Nous disons: désormais, plus rien ne pénètre notre peau. Nous avons communié mais nous refusons la confirmation. Les larmes de sang et la couronne d'épines, les images saintes et les images pieuses nous font peur: nous ne sommes que des enfants. Ce que nous voyons est d'un autre temps: vos robes de vieux rose et de bleu étiolé ne nous rassurent pas. Votre visage blanc au vernis éraillé est d'un autre âge, d'un âge que nous ne comprenons plus et ne pouvons plus comprendre.
Nous allons jouer au sous-sol et devant l'escalier vous nous regardez encore. Vos yeux empreints de tristesse millénaire interrompent chaque fois notre joie. Pour remonter diner, chaque fois nous craignons de vous tourner les dos. Nous montons à reculons, nous accusons votre regard jusqu'à la porte où nous en serons libérés avant de manger notre macaroni au fromage.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Votre fils cloué à la croix est cloué au mur de bois. Son petit corps doré luit près des ampoules jaunes. Dans le silence de la nuit sa souffrance ne nous rassure pas. Une sœur raconte qu'il est mort pour nos péchés. Nous sommes enfants et nous confondons l'offense, le poisson et le fruit. Nous vous offrons le rosaire, nous vous chantons des louanges et dehors le soleil brille encore.
Votre aura rosée semble si douce pour qui y croit.
Mois de mai, mois de Marie, nous fêtons la fête des mères et la floraison saisonnière.
Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant, et à l'heure de notre mort. Amen.
PHASE 1
Texte de par Daniel Robinson