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@mortenvonhesse-blog
Brûlures - 1
Ta gueule Rylee. Ferme lĂ putain. Fais chier ! Merde !
Respiration rapide. Je panique putain. Comment tu veux ne pas paniquer quand on t'embarque comme ça ? Sac sur la tĂȘte. Ils sont sĂ©rieux ? Deux fois dans ma vie mais c'est n'importe quoi. Ăa n'arrive Ă personne deux fois un truc pareille.
Je vais crever. C'est plus vénÚre que la derniÚre fois je le sens. Ils sont plus j'ai vu. Ils vont me buter. Adieu Rylee Caldwell, ravi d'avoir été toi mais ta vie est merdique. Je veux pas mourir en fait. Je suis pas assez vieux pour ça et je n'ai pas vécu.
Avant de crever j'aimerai vivre !
Respiration toujours aussi courtes, mains liés. Super⊠bon. Réfléchi Rylee aller. Réfléchi putain.
Putain
Putain..!
Fait chier ! Vous faites chier ! J'ai fait quoi encore ? J'ai regarder un type de travers ? J'ai sourit Ă la mauvaise fille ? J'ai fais quoi ?
Putain.
Merde. Je sais.
100 Dollars pour Shona.
Allez niquer vos mĂšres putain !
Calmes toi, on tue pas un mec pour 100 Dollars. Je leur rapporte trop pour quâils me buttent⊠Ils me payent Ă peine et je vends bien, ils ne vont pas me tuer pour ça. Aller rĂ©flĂ©chit au lieux de paniquer, trouve un truc Ă dire pour ta dĂ©fense, un arrangement, je sais pasâŠ
- Aah !!
On me jete par terre là ?! Ils sont sérieux�
- EnlĂšve lui ça dâla tĂȘte.
LumiĂšre ? Ah peine, un nĂ©on qui grille dans un coin, câest assez obscure, mais il y a de la lumiĂšre, un peu, suffisamment. Tour dâhorizon du paysage. Je connais aucun des types prĂ©sents. Câest pas pour les 100 balles.
Câest pour quoi alors ?
Y a plus de la moitiĂ© des gars qui sortent, il en reste deux. Je me redresse. Ca fait mal aux genoux le sol. Une sorte de garage je crois ? Jâose pas tourner la tĂȘte pour voir. Y a de vieilles enseignes dans un coin, une table avec des trucs dessus, des trucs pas rassurant.
- Rylee, câest ça ?
Putain dâmerde, je rĂ©pond pas, câest mort.
Lâautre type me pousse avec le pied, jâpeux pas me retenir, jâai la tĂȘte qui frappe le sol. Câest dur, ça fait mal.
- Gnnnnh !!!
- Rylee, câest ça ?
- OuaisâŠ
- Redresse toi.
Jâai pas dâabdo et jâai les mains dans le dos connard ! Appuie sur la tĂȘte, je me redresse comme je peux, mais câest une galĂšre sans nom et ça nâa aucune grĂące.
- Tu sais ce quâon te veux jâimagine ?
- NanâŠ
Tu la sens ma hargne enculer ?!
- Des informations sur les livraisons de ton cartel.
- Jâen ai pas.
Clair, net jâen ai pas.
- Câest pas ce quâon nous a dit. Donc tu va parler, et dire ce que tu sais.
- Je sais rien.
Je suis un larbin quâon paye pas, tu sais pas ? Putain dâmerde qui est aller dire Ă des types que je suppose ĂȘtre dâun autre coin de L.A. que jâavais des infos sur les livraisons ? Jâen ai pas bordel, on me donne des trucs, je vend. Point. Je sais pas dâoĂč ça vient.
Il fait un signe de tĂȘte Ă son collĂšgue dans mon dos.
- Fais chauffer.
Et le type se dĂ©place. Faire chauffer quoi ? Putain, faire chauffer quoi ?! Je sais rien ! Panique pas Rylee, reprend ta respiration. Ca peut pas ĂȘtre pire que le cĂąble.
- Tâes le pâtit frĂšre de Jackson, câest bien ça ?
- ... Ouais.
- Alors tu as forcément les infos que je te demande.
- Ben nan.
Il sort un paquet de clope, sâen allume une. Il tire quoi ? Trois lattes avant de sâapprocher de moi⊠Oh non mon gars. SĂ»rement pas. Jâessaye de me relever, tu vas voir je suis un expert en fuite.
- Rrraaaaah !!!! Mais nique !
Pied dans mes cĂŽtes.
- Attaches le.
- Va chier putain ! Va tâfaire foutre bordel ! Je sais rien ! Je sais RIEN !
- Tu la ferme, sauf pour me dire câque jâveux entendre.
- Trop pas nan ! Jâme la ferme pas ! Je sais rien du tout jâte dis ! Jâvais pas mâfaire pourrir alors que je sais foutre rien de câque tu dâmande connard !!!
Pied dans les cĂŽtes, encore.
- AAAAAH !!!!
Ca craque cette fois, parce que le coup était plus fort, je la sens se briser, entrer dans ma chair, et ça fait juste un mal de chien putain !!! Ca me fait grimacer, hurler, tousser et cracher.
- FAIS CHIER !!! MERDE !! JE SAIS RIEN !! Pâtaiiiin !
Je me tord, ça fait juste plus mal encore. AigĂŒe dans les muscles, ça prend tout le corps, ça arrache, putain, si je bouge et que ça perfore le poumon, je crois que jâpeux en mourir nan ? Jâveux pas crever lĂ merde. Lâautre gars mâattrape pour me tirer vers le mur, jâentends le tintement des chaĂźnes. Mains jointes Ă la chaĂźne, il me colle la gueule contre le sol, la tient avec son pied en appuyant.
- RRRRH !!!!
Appuie un peu plus pour que je la ferme. Lâautre vient lâaider Ă me tenir les jambes pour les attachĂ©s aussi.
Le sol froid contre mon visage, ma cÎte surement cassée qui me fait un mal de chien. Génial ta journée Rylee, aller, positive sur un truc, je sais pas... ? Ferme les yeux, aller.
Une vague.
Le bruit des vagues.
Calme ta respiration, la prochaine vague câest la bonne, cycle de trois, tu laisses passer les deux premiĂšres, tu prend la troisiĂšme. En place. Tâes sur le ventre pour prendre la vague, câest tout. Tu attend la vague et en lâattendant câest super calme Rylee. Y a lâodeur du sel, tâes tremper, mais tu adore ça. Tâas les cheveux qui collent Ă cause du sel, mais câest le pied. Aller. Prend la vague Rylee ! Putain prend cette vague !
- Tu sais câque tâas Ă faire.
Câest bas, câest pas Ă moi quâon parle. Y en a un qui se dĂ©place, je sens lâair qui bouge, ma respiration qui repart en vrille. Il revient vite, jâouvre les yeux, il a une paire de ciseaux dans les mains.
- Nan âŠ! Nan tu fous quoi avec ça ?! dĂ©gage ça !
Il attrape mon t-shirt, coince le tissu entre les lames.
- Mais nan !! SĂ©rieux câest mon seul t-shirt prĂ©sentable !!!
Vu la tronche du t-shirt en question ça doit pas ĂȘtre crĂ©dible, mais pourtant câest vrai. Et il sâen bat les couilles totalement, il le dĂ©coupe. Et comme un porc ! Il ne sâapplique mĂȘme pas, câest nâimporte quoi ! Du respect pour mon plus beau t-shirt kakie merde !
- Alors. Tu parles maintenant Rylee ?
- Je sais toujours rien pâtain dâmerde !
Il pose sa clope sur mon Ă©paule dĂ©couverte. Je sers les dents mais putain la brĂ»lure est atroce. Câest comme se faire mordre sur un point concentrer, et sentir que ça irradie jusque dans le bout des doigts. Il fait un signe de tĂȘte Ă son collĂšgue qui se recasse vers la table. Il revient avec une casserole. Inox, pas trĂšs grande, manche noir.
Je suis sûr que je ressemble à un putain de gibier qui souffre avec une balle dans le ventre.
- Tu te décides à parler ?
- Jâsais rien connard !
Ma voix fait de la merde, elle tremble. Putain ouais, ça tremble tellement. Jâai mal, putain. Un mal de chien, fait chier.
Il s'accroupit, et mon regard Ă lâair de le faire marrer. Quoi enflure ?! Câest drĂŽle de voir que jâai peur, et que je souffre ?
- RRAAAARAAAAAH !!!!!
Ca coule sur ma peau et jâai lâimpression quâelle se met Ă fondre, ça me fait me tordre en arriĂšre, ouvrir la bouche en grand pour gueuler. Serrer la mĂąchoire, jusquâĂ avoir mal au dents, grogner. Putain ! Je perd ma peau lĂ ! Je le sent.
- Tu parles Rylee ? Câest oĂč ?!
Silence de ma part, je suis trop concentrĂ© sur la douleur pour avoir envie de lui redire que jâen sais foutre rien. Et lâautre en remet une couche, plus grande. Retourne faire chauffer sa casserole.
Connards ! Bandes de raclures !
--
- Câest oĂč ?
- ⊠Jâen sais rien.
Jâai plus de voix. Elle est faible. Trop faible putain. Jâen peux plus. Ca fait combien de temps que je suis allongĂ© par terre, Ă me tordre parce quâon me fait souffrir. Jâen sais rien. Ca non plus je sais pas.
Y a un moment oĂč jâai senti les larmes coulĂ©s. Câest le moment oĂč jâai commencĂ© Ă me ballader Ă mi-conscience je crois.
Je vais crever là hein�
Jâai pas envie de mourir lĂ .
Jâai pas vĂ©cu, je veux vivre.
AprĂšs la peau qui se fait brĂ»ler, câĂ©tait les couteaux. Un travail dâacharnĂ©. Vraiment. Je sais mĂȘme pas Ă quoi ça ressemble, je voit pas, câest dans le dos. Je sens juste que câest ignoble.
Je veux vivre moi.
Pointe de la lame entre les omoplates. Y a plus de place en haut, câest ça ? EnfoirĂ©sâŠ
- Alors, câest oĂč Rylee ?
Il prend son pied ce connard. Va tâfaire fister dans un donjon sĂ©rieux.
- Câest Ă New Port⊠Par bateau.
- Quand ?
- ⊠Dans deux semaines, le mardi.
Aller, fichez moi la paix. Tâas pas voulue Ă©couter quand je disais pas de la merde, dĂ©merdes-toi avec ça maintenant. Et fais toi chopper enflure.
--
Sac sur la tĂȘte on mâa filer un de mes t-shirt pour cacher lâhorreur. Et on me dĂ©pose dans un coin. Pas Ă cĂŽtĂ© dâun hĂŽpital. Et de toute façon, jâai pas les moyens pour l'hĂŽpital.
Ah⊠Aller Rylee, tâes pas mort. Passe pas ta vie Ă repenser à ça.
Trouve plutĂŽt une histoire sympa Ă raconter pour tes nouvelles blessures de guerre.
Tâes plus fort que ces connards. Mais lĂ , tâas besoin de dormir. Tucker il voudra bien tâaider pour une semaine si tu lui montre ton super dos. Haha ! Aller.
Tâes pas mort.
Alors vie.
Begining of the end
Des cheveux bruns clair, mi-long, un oeil fermĂ©, lâautre regarde une petite femme un peu ronde Ă travers un objectif. Une pression de lâindex sur le dĂ©clencheur. Elle se tourne vers toi en fronçant les sourcils. Elle a entendu le bruit, elle ne tâa pas vu prendre la photo, mais elle sait, que tu le fais souvent. Tu ne les dĂ©veloppe jamais, tu les laisse dans les pellicules. Quand elle les trouve, elle les jettes. Ton regard bleu est Ă peine illuminĂ©. Un peu, vaguement, quand tu la regarde. Tu la couve surtout avec tes yeux. Une profonde affection. Tu tâavances pour l'entourer de tes bras. Elle se laisse un peu aller contre toi, Ă peine un instant. Elle nâest pas trĂšs tactile, elle te permet parfois. Jamais longtemps. Du monde, parce quâelle veut voir la bute de Montmartre. Toi tu prĂ©fĂšrerais tâenfoncer dans des endroits moins peuplĂ©s, mais tu aimes bien quand elle a lâair heureuse. Elle sourit beaucoup, elle trouve ça jolie. Câest vrai que la vue est belle. Une vue presque entiĂšre de Paris. Tu ne voulais pas non plus aller Ă Paris en fait⊠Toi tu voulais visiter le bord de mer. Le cĂŽtĂ© de lâocĂ©an Atlantique que tu nâa jamais vu. Tu prĂ©fĂšres la tranquillitĂ© au bruit. Elle sourit, elle est lumineuse. Elle est vraiment belle avec son sourire pĂȘche, ses joues un peu rondes qui remontent. Tu aimerais la garder contre toi tout le temps, tu regrettes un peu quâelle nâaime pas tellement ça. Elle ne te tient jamais la main quand vous marchez ensemble. Parfois elle est affectueuse, mais quand vous ĂȘtes seuls. Quand il nây a pas le monde pour la perturber, quand elle te dĂ©sir surtout. Elle aime tout, sauf tes yeux. Elle les trouves trop tristes, pleins de larmes. Elle ne sait pas, elle ignore. Pourquoi tes yeux sont mer, pourquoi tes yeux sont pleurs. Tu ne sais pas pourquoi elle sourit autant, tu sais bien quâau fond elle nâest pas que joie. Tu voudrais quâelle ait les cheveux un peu plus long, dans le creux du dos. Elle serait magnifique avec le vent qui les emporte. Elle a une robe, cintrĂ© sur la taille, puis Ă©vasĂ©e. Elle nâaime pas beaucoup ses formes, toi tu les adores. Ses hanches larges, ses Ă©paules plus fines, ses pieds minuscules Ă cĂŽtĂ© des tiens. Elle est vraiment petite, surtout Ă cĂŽtĂ© de toi, et ça la complexe. Alors quand vous sortez, elle porte des talons. Et puis le soir, elle se plaint quâelle a mal aux pieds, et que câest pĂ©nible que tu sois si grand. Tu lui rĂ©pond toujours avec un sourire, que câest pour ĂȘtre capable de la protĂ©ger. Elle souffle, agacĂ©e, toujours. Puis elle tâenvoit ses chaussures en riant. Parfois ça fait un peu mal les talons dans le ventre. Alors tu la soulĂšve pour protester. Tu la tient contre toi, plus haute, pour quâelle se sente grande dâau moins deux mĂštres. Elle ne rigole pas quand tu fais ça. Elle se sent fragile, elle dĂ©teste, elle proteste aussi. Elle est forte. Toujours. Plus que toi, elle tâabat. En fait, elle dirige ta vie, mais ça te va. Alors elle a choisi Paris, alors tu lâa suivit. Tu parles français, pas elle. Elle est jalouse. Elle voudrait ĂȘtre mieux que toi sur tout le reste, puisque tu la surplombe de ta taille. Elle se sent Ă©crasĂ©e, tout le temps. Pourtant, câest elle qui tâĂ©crase. Elle est un peu Ă©goĂŻste, elle ne te donne pas Ă©normĂ©ment. Mais ça te va tellement comme ça. Parce quâĂȘtre auprĂšs dâelle, ça te suffit, et que lui donner te rend heureux.
Elle veut un cafĂ©. Elle tâenvoie commander. Ta politesse au comptoire, son sourire au soleil dâAvril. Elle enlĂšve son gilet, tu sais bien quâelle va avoir froid, quâelle va tombĂ©er malade et se plaindre. Ce nâest pas grave, tu prendra soin dâelle, tu le fais toujours.
Elle aime ton affection, elle aime ce que tu lui montre dâelle. Elle nâaime pourtant pas tes yeux, mais elle aime ta façon de la voir. Ătrange. Tu la regarde te parler du tableau, tu as oubliĂ© de regarder la toile. Elle dĂ©fend avec force que la peinture du maĂźtre flamand, qui se veut crue de rĂ©alisme ne lâest pas du tout, que les proportions ne sont pas suffisamment juste, que la scĂšne peinte est un peu trop comme un studio photo, que les choses ont trop leur place pour ĂȘtre vues. Ses rides entre les sourcils, ses yeux qui sâenflamment, sa bouche qui bouge Ă©tonnamment vite. Tu imprime tout, sauf la toileâŠ
Elle est plus calme, contre toi, tu te penches tellement pour l'embrasser, elle nâaime pas se lever sur la pointe des pieds. Trop souvent câest Ă toi de tâabaisser. Entre deux dĂ©pĂŽts de tes lĂšvres, elle te dit quâelle aime bien la ville, quâelle aimerait bien y rester pour vivre. Mais elle aime trop Manhattan. Elle te dit que ton français est nul, tu sais que ce nâest pas vrai. Puis tu sais la faire taire gentiment aussi. Tu sais que quand tu passes tes mains sous sa robe pour la soulever, elle ne dit plus rien, quâelle passe juste ses bras autour de ton cou. Tu la trouve lĂ©gĂšre, elle a toujours peur que tu nâarrives pas Ă la porter. Tes bras nâont jamais faillit. Elle aime bien sentir tes mains sur elle, sur sa peau, tes doigts qui la connaissent si bien. Elle ne te connaĂźt pas autant. Tu tâen fiches, tu ne te connais pas non plus, ou Ă peine. Elle prend rarement la peine de tâaider Ă te dĂ©shabiller. Cette fois-ci elle lâa fait. Elle a passĂ© ses mains sur ton torse pour les remonter jusquâĂ tes joues. Elle te regarde, elle sourit, encore, toujours. Tu adores son sourire, alors tu te penches pour l'honorer. Tu es tendre dans chacun de tes gestes, elle apprĂ©cie ta tendresse. Tu sais quâelle aime sentir ta bouche sur son ventre, quâelle aime bien lâamplitude de tes mains sous ses cuisses, dans son dos. Tu la respecte beaucoup, tu la connais vraiment, tu sais quâelle est chatouilleuse au dessus du coude, alors tu nây touche pas. Tu dĂ©ifis son ĂȘtre de tes caresses, de tes baisers. Elle te murmure quâelle tâaime, et câest vrai. Toi tu lui montre, ça elle sait. Tu aimes bien la sentir sous tes lĂšvres, se tendre, frĂ©mir, tu te laisses bercer de ses soupirs. Sa peau sous tes lĂšvres qui la font gĂ©mir. Elle passe ses mains dans tes cheveux, parfois elle appuie doucement sur la tĂȘte, tu la laisse faire, elle est reine, elle est maĂźtre. Tu dĂ©teste ça pourtant, mais tu ne le lui a jamais dit, elle ne sait pas, elle ne tâa jamais sentit te tendre, pourtant Ă chaque fois tu lâa fait. Tu la connait si bien, quâĂ son regard tu sais ce quâelle veut, tu sais trĂšs bien ce que signifie les diffĂ©rentes inclinaisons de sa tĂȘte, ce que veut dire lâindex quâelle passe sur ton bras en te regardant. Alors tu lui donne ton ĂȘtre, jusquâĂ ce que son visage se perde dans lâextase, que ses mains se crispent dans ton dos, tu lui donne ton amour, ton Ăąme, ton corps. Elle prend pour elle, elle ne rend pas vraiment, tu te satisfait amplement de la voir si heureuse.
Vous restez encore quelques jours Ă Paris, puis vous rentrez. Vous retournez Ă ses crises, elle retourne Ă son acerbitĂ©. Elle ne supporte vraiment pas dâavoir trente ans, elle se sent hideuse, vieille, elle est fatiguĂ©e, elle a des nausĂ©es parce quâelle travail trop.
Et puis ça fait cinq mois que vous ĂȘtes rentrĂ©s.
Le soleil qui décline.
La lame.
Preserve your Memories
CâĂ©tait mon arrivĂ©e en AmĂ©rique. Jâai emmĂ©nager avec elle Ă New-York, dans Manhattan. Un appartement pas trĂšs grand, mais on y Ă©tait bien. On en a fait quelque chose qui nous ressemblait, avec le temps, câest devenue un endroit de confort, oĂč on aimait passer du temps. On câest mariĂ© assez rapidement, pour que je puisse rester. Je voulais rester toute ma vie avec elle. Elle avait lâair heureuse, toujours souriante, elle avait tendance Ă mettre la joie partout. Les touches de couleur, câĂ©tait elle, les odeurs de fleurs, câĂ©tait elle. Avec le temps, je crois quâelle avait rĂ©ussi Ă me faire sourire pour tout et nâimporte quoi. Sa joie de vivre Ă©tait communicative. Elle a passĂ© beaucoup de temps Ă me montrer la ville pour que je ne mây perde pas. On Ă©tait trĂšs proche, et mĂȘme si plus tard, jâai compris que ce nâĂ©tait pas le cas, jâavais le sentiment quâon se disait tout, quâon partageait tout. Mais le premier Ă ne pas avoir tout partager, câest moi. Et jâaurais dĂ» le faire, peut-ĂȘtre quâelle mâaurait parler, peut-ĂȘtre que je lâaurait aidĂ©. JâespĂšre que jâaurais pu le faire, mais je ne regrette pas vraiment. Je chĂ©rie ces beaux souvenirs, et câest tout ce qui compte. Que lâun de nous deux le fasse, je ne pense pas que ce soit son cas. Mais si nous avions vraiment parler de tout, et pas seulement parler en surface de nos blessures respectives, peut-ĂȘtre que ça aurait Ă©tĂ© trĂšs diffĂ©rent. Quoi quâil en soit, Ă mon arrivĂ©, nous Ă©tions vraiment heureux de nous dire quâon allait rester ensemble les annĂ©es Ă venir. Câest un peu stupide, mais jâĂ©tais jeune, elle aussi, et on Ă©tait vraiment amoureux. Jâai rapidement trouver un travail dans un super restaurant. Jâai beaucoup aimer travailler lĂ -bas. Elle a rĂ©diger ses articles, et pas un seul instant je me suis dit que jâavais fait une erreur en quittant mon pays. Je nây ai jamais rien vĂ©cue de bon, je laissais juste derriĂšre moi beaucoup de souffrance, des choses dont je ne voulait plus parler. Peut-ĂȘtre que câest pour ça que je ne lui ait jamais rien dit.
Je savais seulement quâelle avait eut des relations difficiles avec ses parents, et que câest pour ça quâils nâĂ©taient pas Ă notre mariage, il y avait seulement quelques uns de ses amis en fait. Ca me suffisait, elle nâavait pas besoin dâen dire plus, je comprenais, et jamais je ne lui aurait forcĂ© la main pour quoi que soit. Je crois que je la voyait un peu comme ma princesse. La femme que jâaimerais toujours et pour qui je soulĂšverait des montagnes. Jâai mit beaucoup de temps avant de parvenir Ă lui montrer ce que je ressentait au fond de moi, elle a Ă©tĂ© trĂšs patiente. Elle mâa redonner confiance, et jâai beaucoup apprit Ă ses cĂŽtĂ©s. JâĂ©tais de moins en moins distant, de plus en plus accrochĂ© Ă elle. Jâai vraiment vĂ©cu de belles annĂ©es Ă ces cĂŽtĂ©s, et je refuse de les oubliĂ©es. Je ne me souviens pas dâune seule grosse dispute, bien quâelle avait un caractĂšre bien trempĂ©. JâĂ©tais doux, et facile, elle nâa jamais eut besoin de se mesurer Ă moi.
Jâai chĂ©rie tout son ĂȘtre. Son Ăąme, son corps, jâai tout aimer, tout serrer contre moi. Je lâai protĂ©gĂ©e quand elle en avait besoin, rĂ©confortĂ©e quand elle allait mal. Câest assez peu descriptible, mais jâaimais tout. De ses courbes gĂ©nĂ©reuses Ă son esprit furieux. Mais aujourdâhui, je ne me souviens pas vraiment de son sourire, ni du grain de sa peau sous mes doigts. Câest la seule chose qui me rend un peu triste alors que jâessaye vraiment de ne rien oublier.
Les annĂ©es ont passĂ©es, les choses Ă©taient constantes, jâai un peu voyager avec elle. Les annĂ©es ont passĂ©es, et on est tous les deux arrivĂ©es dans la trentaine. Elle a commencĂ©e Ă changer un peu, mais jâimaginais que câĂ©tait passager, parce quâelle avait du mal Ă se faire Ă lâidĂ©e de vieillir, un peu comme moi en fait. Je ne saurais dĂ©terminer pourquoi elle a changer un peu du jour au lendemain, et sâil lui est arrivĂ© quelque chose, je ne le sais pas. Ensuite⊠Elle est tombĂ©e enceinte. Je ne sais pas si elle lâa sut tout de suite et quâelle câest ronger lâĂąme jusquâau sang, ou si elle est descendu en enfer dâun coup⊠Je nâai pas Ă©tĂ© suffisamment attentif en tout cas, lĂ , encore jâaurai pu faire quelque chose. Lui dire calmement que si elle nâen voulait pas, elle pouvait avortĂ©e, et que je ne lui en voudrait jamais temps quâelle se sentait bien. Ou la rassurĂ©e en lui disant quâelle ne serait pas comme ses parents. Mais je nâai rien remarquĂ©.
MalgrĂ© tout ce que jâai pu vivre de difficile, je crois que le pire aura Ă©tĂ© de perdre mon enfant et ma femme le mĂȘme jour, bien quâelle ne soit pas morte. Je lâai perdue.
CâĂ©tait un soir dâautomne, le soleil dĂ©clinait dans lâappartement en lâinondant de sa lumiĂšre chaude. Parfois, je me maudis de faire attention aux dĂ©tails. Je prĂ©parais Ă manger, une fondue de poireau. Elle est arrivĂ©e derriĂšre moi, silencieuse, comme souvent. Je lâai entendue, mais câĂ©tait habituel. Je me souviens parfaitement de chaque mot cruel quâelle a prononcĂ©e. Je ne lâavait jamais vue comme ça. Folle, et hystĂ©rique.
« Câest de ta faute Syhan ! »
Je lâai regardĂ© sans comprendre, sans voir se quâelle avait dans la main, parce que jâĂ©tais trop perturbĂ© par son regarde de haine.
« Tu es immonde ! Tu nâavais pas le droit de me faire ça ! »
Je me suis demandĂ© quoi, mais incapable dâouvrir la bouche pour demander. Mais en fait, ça arrive Ă beaucoup de monde⊠Les enfants ne sont pas toujours prĂ©vues au programme, mĂȘme quand on y fait attention.
« Câest de ta faute ! Ta faute ! Tâes dĂ©gueulasse ! »
Oui, peut-ĂȘtre. En tout cas, je continue de le croire.
« Tu as ruinĂ© ma vie Syhan ! Tu as tout gĂąchĂ© ! Tout ce que jâai construit pendant des annĂ©es, tu as tout mit en lâair en trois ! En trois coups ! »
Je ne savais vraiment pas comment, je ne savais vraiment pas ce que jâavais fait. Elle câest approchĂ©e de moi, Ă levĂ© le bras. JâĂ©tais trop perturbĂ© pour faire quoi que ce soit. Vraiment⊠Quâest-ce que jâaurais put faire de toute façon ? JâĂ©tais incapable de lui faire du mal, et elle venait en plus de me dire que je lui en avait justement fait. Elle a portĂ©e le coup Ă mon visage, de ma gauche Ă ma droite. Jâai lâhabitude de me couper. Mais je nâavais jamais eu aussi mal. Jâai hurler en me tenant le visage, en me pliant. Je me souviens parfaitement de la douleur aiguĂ«, de lâimpression dâĂȘtre sĂ©parĂ© en deux. Et pendant que je constatais que jâavais les mains couvertes de sang, elle s'est enfoncĂ©e le couteau bien bas dans le ventre, trĂšs profondĂ©ment.
Jâai appelĂ© les secours, et câest quand je me suis rĂ©veillĂ© que jâai pu coller les morceaux. On mâa dit quâelle avait perdue lâenfant, câest ça qui mâa appris quâil y en avait un. Câest stupide, mais jâai passĂ© les six annĂ©es qui ont suivie Ă le chĂ©rir. Danna allait bien, elle Ă©tait hors de danger, mais elle nâaurait plus la chance de porter un enfant. Elle a demandĂ© Ă ne plus me voir. Jâai respectĂ© son voeux.
Par la suite, les seuls nouvelles que jâai eut dâelles venaient de nos avocats. Elle a demandĂ©e le divorce. Le papier Ă©tait attestĂ© par un psychologue. On mâa dit quâelle Ă©tait en maison de repos. Puisquâelle voulait divorcer, mon avocat a voulue que je porte plainte. Je ne lâai pas fait, mais on mâa tout donner lors du jugement de notre sĂ©paration.
Alors, jâavais le droit de rester aux USA, mais je nâavais plus personne, Ă peine dâamis, pas de famille. A nouveau sans attache, jâai quittĂ© New-York, et je ne mâen suis pas rendu compte tout de suite, mais je me suis encore enfermĂ©. Et quand je mâen suis aperçu, jâai trouvĂ© ça mieux, parce que je nâaurais plus Ă souffrir des autres. Et il a suffis dâune ou deux rencontresâŠ