MOSTLA II : Younolovebunny
Daniel Johnston, R. L. Burnside, Jeffrey Lewis, Phil Elvrum, Jonathan Richman, c'est à cette famille des songwriters doux-dingues à l'hypéractivité obsessionnelle, innocente et lo-fi qu'appartient Claus Frøhlich. Claus Frøhlich est Younolovebunny : un artiste multi-instrumentiste, à moitié anthropologue - il s'est arrêté en cours d'études.
Claus est né en 1982 et a grandi dans une ferme dans le sud du Danemark, à la campagne en banlieue d'une petite ville, entouré de vaches, de tracteurs, de chevaux, de chasseurs et d'élevages de porcs. il préfère sensiblement la musique aux travaux de la ferme. Aujourd'hui, il vit à Copenhague.
Quand il a eu besoin d'un nom de groupe, il choisit le nom de ce jeu vidéo, Younolovebunny. C'est aussi ce que rétorquent les prostituées thaïlandaises aux hommes qui rejettent leurs avances : YOU NO LOVE BUNNY.
Younolovebunny a composé et enregistré plus de 700 chansons, et bricolé une quarantaine d'albums - dont un album de 200 chansons - semi diffusés sous le manteau, sans calculs. Quand un ami lui demande son dernier album, il préfère enregistrer un nouveau disque : plus simple, plus logique, plus fun. Ou comment développer sa carrière à l'envers, sans s'en faire. Si Claus était né à Seattle, il aurait probablement une longue discographie sur des labels indépendants établis, et/où mythiques. Mais Claus a grandi dans une ferme, et, au lieu de dorer sa pilule aux Bahamas, il travaille pour la seule chaine de télévision pour personnes handicapées au monde. Un fragment de pop culture underground américaine en direct live d'une ferme d'élevage porcin danoise.
Chez Almost Musique, on est tombé sur Younolovebunny en toute sérendipité, sur l'internet : une nuit d'errance, sur le site du label anglais Fat Cat Records (Animal Collective, Sigur Ros), on enchaine les écoutes. Fat Cat avait sélectionné le lapin pour sa compilation annuelle de démo en 2011 (http://demo.fat-cat.co.uk/). Un morceau, une tonne de vidéos bootleg louches et quelques investigations nous conduisent à la conclusion que le petit génie est passé entre les mailles de tous les filets pour demeurer l'heureux et anonyme auteur d'une discographie pléthorique et merveilleuse encore inédite au sens industriel du terme. Claus nous envoie ses 700 morceaux, on s'y plonge, on écume des jours entiers la curieuse oeuvre du Danois. On y entend l'esprit K records (Beat Happening, Microphones/Mt. Eerie), du grunge (The Breeders meet Nirvana à poil et poli), de la bidouille analogique, des morceaux de Modern Lovers, de l'indie folk simple et sensible et sombre, des impressions encore indécryptées qui font toutes appel à une sorte de rapport avec les années 90's, de la pop hautement psychédélique, du presque punk, du complètement lo-fi, une espèce de comédie musicale et "un album qui change le monde" ("Albummet Der Aendrede Verden") et ensuite le monde a changé.
Une quintessence générationnelle enregistrée sur 4 pistes-cassette comme en 1992. Un OVNI déconnecté de la production de masse, anti-autoroute, ré-édité avant d'avoir été édité.