Ce matin je me réveille avec la triste pensée, le douloureux constat que je n’écris plus. Je ne suis pourtant pas devenu insensible au monde de la pensée. C’est surtout que, ma vie personnelle ne me mettant pas dans la bonne disposition, les portes du cœur s’habituent à rester fermées. J’ai besoin de plus de solitude, de plus de liberté, pour que mon monde intérieur se réveille, que le manège des rêves redémarre. Heureusement, je sais et je sens que tout est encore là , intact, derrière les portes. Ô, comme j’aimerais encore écrire de la poésie ! C’est avec cet amer regret que je me réveille ce matin, ici, dans la belle Alsace que j’ai découverte avec mon père il y a une dizaine d’années. Quand la poésie que je portais en moi commençait tout juste à se manifester non plus en rêves vagues mais aussi en mots, et j’écrivais des poésies sur rien, sur la poésie elle-même, sur l’incompréhensible beauté, l’incompréhensible étonnement que je ressentais, et ressens encore, pour toute chose. Ha ! Je découvrais l’Alsace et je la trouvais merveilleuse. Je regardais les filles aussi. J’étais tombé amoureux pour un regard. Aujourd’hui je repasse par les mêmes chemins que j’avais empruntés avec mon père, pour retrouver quelque chose de lui. Hélas tout est différent maintenant, je ne suis plus le jeune adolescent que j’étais, naïf, plein d’espoir, jeune en un mot. Je suis revenu un peu des choses, même si j’ai gardé un fond d’enthousiasme. C’est tout de même vrai que je ne suis pas heureux. Et pourtant ! Il me semble parfois, soudain, en flânant dans ces charmants villages, en passant par certains chemins qui longent les vignes, à l’extérieur de la ville, il me semble que tout est encore possible. J’aime follement l’atmosphère que créé le soleil sur le paysage alsacien, enfin mon âme respire. Le village, la vie mondaine, et tout de suite à côté, les vignes en hauteur, la montagne, l’évasion, la solitude, la nature. Disposition géographique merveilleuse qui contente mon esprit.