La séance Musicart’ explore les contours esthétiques de multiples artistes, aux lignes directrices singulières mais pourtant issus d’un même genre, le street art.
“Classical Riot”, huile sur toile. 170 x 260 cm.
C’ est à l’âge de 9 ans que Marchal Mithouard, natif de Clamart (92) entre dans le monde de l’art grâce à des cours d’arts plastiques dispensés par la ville d’Evry. Sa présence assidue et sa curiosité lui valent d’attirer l’attention du directeur qui le prend sous son aile. Jusqu’à l’âge de 15 ans les peintures à l’huile feront partie de ses loisirs. A tel point que cette passion l’amènera à intégrer cette discipline dans son cursus scolaire où il loupa une mention au bac … due à une mauvaise note en arts plastiques pour un style jugé trop figuratif. Ça ne s’invente pas !
En 1998, il devient l’un des fondateurs du crew parisiens DKP, et Marchal devient peu à peu Shaka (nom inspiré par Chaka Demus pseudo du chanteur jamaicain John Taylor) se faisant ainsi la main en pratiquant le graffiti. Un mode d’expression insoumis parfait pour véhiculer ses premières idées contestataires notamment en détournant des slogans, logos antifascistes et antirascistes, avant d’approfondir son rapport à l’art en s’inscrivant à la Sorbonne où il obtient une maîtrise d’arts plastiques en 1999. Ce cursus lui permet d’allier la spontanéité de son art à ses influences classiques, notamment le Caravage qu’il cite comme l’une de ses sources d’inspiration majeure dans son analyse aux comportements humains. Selon lui le communautarisme solidaire n’est qu’une illusion dans une société figée aux libertés individuelles restreintes. Ce regard sombre sur notre société est pourtant retranscrit avec une vision colorée pour souligner le contraste entre la violence du sujet traité et sa représentation. Ainsi ses toiles manifestes une société de spectacle, inhumaine et hystérique. Les personnages sont fragmentés dans leurs masses musculaires, grimaçant, nerveux, les masques tombent. La toile “Poolvorde” est à l’image de sa perception, un personnage aux multiples facettes, torturé, clown mélancolique qui l’a beaucoup inspiré.
En parallèle, il devient professeur de dessin au lycée, période durant laquelle il évoquait le graffiti à ses élèves alors qu'il arpentait toujours les rues accompagnés de ses bombes : " Rien n'a jamais été un frein à ce que je voulais faire. Même si cela peut en choquer certains, j'ai fais de la garde à vue alors que j'énseignais. Ca peut parraitre curieux mais je ne me voyais pas arreter de peindre sur les murs sous prêtexte que j'avais des responsabilités auprès des jeunes. J'ai toujours évoqué le graffiti à mes élèves sans proner quoi que ce soit, d'un point de vue purement spectateur et critique. Je montrais les rapports étroits avec la peinture classique, la BD, la calligraphie. J'ai transmis ma passion à quelques uns, d'ailleurs ils ne sont pas devenus des vandales mais des réalisateurs de fresques en couleurs ! J'ai quelques élèves qui sont devenus des graffeurs, l'un d'entre eux est même devenu un artiste confirmé et reconnu". Son nom parlera certainement à certains d'entre vous, puisque nous parlons ici de l'artiste Hopare.
"Roots", acrylique sur toile. 1,60 x 1x30 m / "Poolvoerde", huile sur toile. 1,95 x 1,30 m.
“Strangler in the night”, acrylique et huile sur toile. 88.9 × 114.3 cm.
“Stress”, bas relief et huile sur toile. 2.50 x 1.80 m.
L’ année 2007 marque une période clé pour l’artiste Marchal Mithouard, caché depuis des années sous le pseudonyme de Shaka, il décide de reléguer son “blaze” de graffeur au second plan pour faire émerger l’artiste contemporain qu’il rêvé d’être depuis tout petit. Il oriente son travail vers une peinture sculptée où se mêle expression et mouvement, y intégrant la 3D. Comme si ses créations pouvaient prendre vie et s’échapper de leur toile. Cette fusion des styles lui a permis de trouver un équilibre dans son travail même si les débuts étaient plutôt expérimentaux. Ce type de sculpture l'a aussi amené à changer son style de peinture en 2D, qui est désormais directement influencé par celle-ci (et vis et versa).
Avec "Stress" ce travail prend tout son sens : "J'ai voulu faire entrer la banlieue dans les salons bourgeois ... Nous sommes en 2005, j’étais en train de faire une scène de personnages juste après les émeutes où des jeunes de banlieue étaient en train de charger. Je voulais donner l’impression que comme on peut passer à travers la télé, ou un écran de cinéma, ces jeunes là puissent presque sortir de la toile pour laisser éclater leur rage". Cette toile symbolise donc le cliché du banlieusard : "Cette scène est la métaphore exacerbée à la façon des reportages récurrents sur la banlieue à la télévision. Les personnages pénètrent l’espace d’exposition, ils viennent agresser le spectateur, lui faire peur au même titre que ces reportages racoleurs".
"Je souhaite témoigner de mon époque, mais pas n'importe comment, en donnant du sens. Ainsi Shaka propose des scènes de genre, qui, loin d’encenser le quotidien révèlent l'absurdité de la nature humaine ; allégories de la crise, des rapports de force, de la surconsommation. Dans "Survivor", des clients se précipitent jouant des coudes avec leurs caddies : "jusqu’où les gens sont-ils prêt à aller pour un four micro-ondes en soldes ? Sans parler des émissions de télé-réalité, où les candidats se ridiculisent devant des millions de téléspectateurs, qui sont par la même occasion complices, témoins et voyeurs." De la même manière, la toile "You" nous montre une bande de fanatics hurlant, s'écrasant les uns aux autres nous montrant ce fanatisme "quasi religieux".
Cette technique alors peu commune, soulève alors la curiosité. Sa toile "Stress" adjugé lors d'une vente aux enchères, lui permet de triplé sa cote et les portes de nombreuses galeries jusqu'alors inaccessibles s'ouvrent à lui. Dès lors, ses œuvres prennent place dans les plus grandes expositions dont l’exposition TAG au grand palais (où il y apprend sa présence dans les médias la veille du vernissage), ou art description de Brighton.
Malgré cette réussite, il n'abandonne pas pour autant son amour du mur et des fresques pour lesquels il a beaucoup œuvré notamment aux cotés de Nosbé mélangeant ainsi les styles et les genres : "le mur pour moi est l'occasion d'imposer un style, de créer une identité. J'aime l'action en roue libre, le coté ludique de l'exercice. Chaque mur vierge est le moyen de se faire plaisir sans prétention et sans entendre les critiques, car c'est un travail anonyme contrairement au travail sur toile. Quand j'ai décidé de signer mes toiles c'était assumer mon travail et ce que j'avais fait jusque là.
"You", bas relief et huile sur toile. 3 x 1,10 m.
"Boxeur", bombe aérosol et acrylique sur toile. 2 x2 m. / "My name is nobody", bombe aérosol et acrylique. 200 x 250 cm.
"Human Behaviour", bas relief, huile et acrylique sur toile. 2,70 x 1,90 x 0,35 m.
Shaka devient petit à petit l'un des artistes les plus en vogues à tel point que certaines marques viennent alors à lui pour tenter de le convaincre de travailler l’aspect esthétique de leur entreprises, comme notamment “Mc Donald’s” . Mais pour Shaka il est alors impossible d’accepter ce genre de proposition :
"Éthiquement parlant, il y a des propositions que l’on se doit de refuser mais en revanche si j’avais réussi à injecter un message subversif, à utiliser l’image d’une société, d’une marque à ses dépends, là cela aurait pu devenir intéressant ! Le graffiti c’est de la publicité et la publicité l’a bien compris, puisque cela revient en fait à investir des espaces ultra-visibles pour faire passer un message. Tous les graphistes et les publicitaires ont utilisé ou se sont inspirés au moins une fois du graffiti. Cela a un côté pervers qui peut mener à une mort certaine, se faire avaler par la culture de masse comme l'a été le Pop art.
"Chaque artistes fait des choix et je les assume. je ne veux pas juger où critiquer le choix des autres, chacun sa route. Je n'ai de leçon à donner à personne, surtout que la majorité des cas de personnes qui fustigent leurs congénères, est une façon de se mettre en avant et d'affirmer leur ego et leur supériorité : "Regardez, moi je ne me rabaisse pas à faire cela". Bravo on va te filer une médaille !" C'est exactement le genre de comportement que l'on pourrait associer à la toile "Human Behavior", c'est du "pousse toi de là que je m'y mette". J'aime mettre en avant cet équilibre fragile à travers des personnages exprimant à la fois la force par leur posture et leur physique quasi robotique, et la faiblesse par la multitude de pièces qui les composent donnant cette impression que si l'on retire un élément, le personnage s'écroule comme un château de carte !"
Outre une technique 3D unique, Shaka poursuit sa quête d'expérimentation et se lance dans la sculpture. Une pratique utilisé au fil du temps qui a fini par prendre l'unique intérêt de son oeuvre "Onde de choc" qui est à voir, espace Baujon à Paris.
Avant de clore cet article, nous tenions à remercier Shaka pour sa participation et sa disponibilité !
"Onde de choc", sculpture acier. Espace baujon Paris.
Shaka (Marchal Mithouard) :
Galerie Lazarew, Paris
Galerie Nine5, New York
Galerie PDP, Paris
Galerie DE RE, Los Angeles
Shaka1.fr
Page officiel Shaka