Bright darkness - 8 - Who you really are.
Mai 2019. 4Úme année du trio.
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Sans les regards soupçonneux, les murmures incessants et les pensĂ©es inquiĂštes dont l'accablaient inĂ©vitablement ses camarades sur son passage, et ce depuis presque quatre ans, Cassandra aurait pu oublier qui elle Ă©tait. Ă vrai dire, avec CamĂ©lia Ă sa gauche et Shel Ă sa droite, elle devenait presque une nouvelle personne. Et aux yeux de la plupart de ses comparses de Poudlard, elle n'Ă©tait qu'une curiositĂ©, la fille qui s'Ă©tait fait ensorceler par ses parents pour commettre de terribles crimes envers des Moldus et NĂ©s-Moldus, plus qu'un rĂ©el danger. Bien entendu, elle Ă©tait Ă©vitĂ©e par les Ă©lĂšves d'origine non-magique, ce qui n'Ă©tait pas pour lui dĂ©plaire : elle Ă©tait persuadĂ©e qu'ils pouvaient encore lui voler sa magie, mĂȘme dans l'enceinte de Poudlard. D'ailleurs, depuis qu'elle avait appris qu'une de ses camarades de dortoir Ă©tait NĂ©e-Moldue, Cassandra avait beaucoup de difficultĂ©s Ă dormir la nuit. Elle lançait chaque soir un Protego autour de son lit, mais se rĂ©veillait Ă plusieurs reprises en sursaut, vĂ©rifiant que le bouclier Ă©tait toujours en place. Elle se souvenait de Sean Coleman et de la boule de magie lumineuse entre ses doigts.
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Sauf que Cassandra n'Ă©tait pas une nouvelle personne, et toutes ses obsessions le prouvaient. Ăriger un bouclier magique autour de son lit de peur qu'une NĂ©e-Moldue vole sa magie, se rĂ©pugner Ă l'idĂ©e qu'elle lui adresse la parole, ĂȘtre profondĂ©ment dĂ©rangĂ©e, mais en mĂȘme temps passionnĂ©e par le cours d'Ătude des Moldus, lire en secret des livres de magie noire pour comprendre ce dont il s'agissait vĂ©ritablement... Tout cela n'Ă©tait pas attendu de la part d'une jeune Poufsouffle aux airs si innocents, avec ses cheveux dorĂ©s et son nez saupoudrĂ© de dĂ©licates taches de rousseur. Et de plus en plus, depuis sa premiĂšre rentrĂ©e Ă Poudlard, Cassandra avait l'impression de devoir cacher qui elle Ă©tait pour se faire apprĂ©cier. CamĂ©lia, la rebelle de sa famille, qui abhorrait leur purisme, et Shel, nĂ© de l'union d'une Ceasy, l'une des plus puissantes familles de Sang-Pur du Royaume-Uni, et d'un simple Moldu, l'aimeraient-ils tout autant s'ils dĂ©couvraient Ă quel point elle avait Ă©tĂ© nourrie au biberon par les idĂ©es de suprĂ©matie des sorciers et la rĂ©duction en esclavage de tous les autres ? Et surtout, Ă quel point elle y avait cru ? D'ailleurs, n'y croyait-elle pas encore ?
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Si elle n'y croyait plus, partager son dortoir avec une Née-Moldue ne la terrifierait pas autant.
Si elle n'y croyait plus, elle ne chercherait pas Ă repousser trĂšs loin dans un coin de son esprit l'ascendance moldue de Shel. Ă arguer avec elle-mĂȘme qu'il restait un Ceasy, il possĂ©dait mĂȘme un don de la crĂ©ation, apanage de ce clan. Cassandra n'avait pas tout compris, mais il lui semblait qu'il pouvait plonger une personne dans ses pensĂ©es, naviguer dans son inconscient, ou quelque chose comme ça. Pas sĂ»r que ce soit trĂšs utile, mais ça restait puissant.
Quant à Camélia, elle lui cherchait des excuses. Elle se rebellait contre sa famille car ils étaient maltraitants. Mal-aimants. Ses parents à elle l'aimaient. Ils ont tout fait pour elle, et pour son frÚre. Jusqu'à se livrer aux Aurors pour épargner leur vie, jusqu'à mentir à la justice pour épargner leur liberté.
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Cassandra l'avait compris : les idĂ©es que lui avaient enseignĂ©es sa famille Ă©taient rĂ©pudiĂ©es dans un monde magique qui avait connu deux guerres dĂ©vastatrices visant Ă l'Ă©limination des non-magiques. De toute façon, Adonis et GaĂŻa Selwyn l'avaient bien prĂ©venue que leurs convictions n'Ă©taient pas populaires : sinon, pourquoi auraient-ils Ă©tĂ© pourchassĂ©s par les Aurors pendant dix ans, parfois leur Ă©chappant de justesse, et finalement en Ă©tant capturĂ©s dans une vaine tentative de rĂ©cupĂ©rer leur manoir ? Ătre un Selwyn, disaient-ils, c'Ă©tait ĂȘtre un hĂ©ros, et se sacrifier : sacrifier sa rĂ©putation, sacrifier son confort, sa libertĂ© et mĂȘme sa vie pour le bien commun.
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Mais tout ça, c'Ă©taient de belles histoires du soir qu'ils lui contaient les yeux brĂ»lants de fiertĂ© et d'ambition, employant des termes qu'elle ne comprenait pas toujours, des mĂ©taphores telles que « purifier la race » et des mots compliquĂ©s comme « asservir ». Dans la vraie vie, Cassandra en avait bien l'impression, ĂȘtre un Selwyn, c'Ă©tait ĂȘtre un monstre.
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Parfois, en classe, ils Ă©tudiaient une figure historique qui avait pour projet, par exemple, de crĂ©er des villes pour sorciers et des villes pour Moldus. Alors que Cassandra trouvait l'idĂ©e trĂšs ingĂ©nieuse, et la prĂ©fĂ©rait Ă la violence de ses parents, sa classe Ă©tait horrifiĂ©e par son « purisme extrĂ©miste ». Â
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Ce dernier terme avait une signification bien diffĂ©rente de ce que l'on avait enseignĂ© Ă la jeune fille. Alors qu'Adonis lui avait expliquĂ© qu'il s'agissait d'une doctrine visant Ă rendre puissants les sorciers de Sang-Pur, et Ă les protĂ©ger contre les Moldus qui souhaitaient voler leur magie et les soumettre, ses professeurs, camarades et amis lui avaient rĂ©pĂ©tĂ© encore et encore qu'il s'agissait d'une discrimination. Pour lui enseigner ce terme, ils firent un parallĂšle avec le racisme, l'homophobie, la transphobie ; mais Cassandra n'avait jamais entendu parler de ces notions de genre et d'orientation sexuelle, il ne lui serait jamais venu Ă l'esprit que cela existait, et il ne lui serait jamais venu Ă l'esprit que c'Ă©tait quelque chose de mauvais, Ă moquer, humilier, violenter et faire disparaĂźtre. Il ne s'agissait aprĂšs tout que d'une description. Une personne pouvait ĂȘtre noire, blanche, homosexuelle, hĂ©tĂ©rosexuelle, bisexuelle, trans, cis et mille autres choses encore.
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Lorsque Shel souligna, au cours de l'une de ces discussions, que le statut de sang de quelqu'un n'était également qu'une description, Cassandra s'était sentie nauséeuse. Elle n'avait rien à répliquer à cela. Mais si tous ces nouveaux mots prenaient sens, si ses opinions étaient « discriminantes », si cet homme qui voulait séparer Moldus et sorciers faisaient preuve de « purisme », cela faisait-il d'elle une méchante personne ?
AprĂšs tout, si quelqu'un disait « il faut sĂ©parer les lieux selon la couleur de peau », il serait dĂ©fini Ă juste titre comme raciste. Et le racisme â c'Ă©tait lĂ trĂšs clair dans son esprit â Ă©tait quelque chose de terrible.
En y pensant, la Poufsouffle oscillait entre le dĂ©goĂ»t des Moldus, qui lui semblait aussi ancrĂ© en elle que son prĂ©nom ou sa couleur de cheveux, et le dĂ©goĂ»t d'elle-mĂȘme. Car si les gens pouvaient entendre ses pensĂ©es comme elle pouvait entendre les leurs, ils auraient tĂŽt fait de la mĂ©priser, de la haĂŻr, ou mĂȘme de la craindre. Et contrairement Ă ce que lui avaient enseignĂ© ses parents, Cassandra Selwyn dĂ©testait ĂȘtre crainte. Elle n'avait jamais oubliĂ© l'horreur, la terreur absolue dans les yeux des gens qu'elle avait torturĂ©s.
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Elle pensait au sort, aux syllabes de la formule qui roulaient encore sur sa langue, En do lo ris. C'Ă©tait si simple. C'Ă©tait faire comme les grands. Avec la baguette de maman. Regarde, maman, comme le Sang-de-Bourbe se tord de douleur. Ăcoute, papa, comme il crie. C'Ă©tait un moyen de se faire fĂ©liciter, d'obtenir un cĂąlin, un sourire fier, comme un autre enfant qui aurait ramenĂ© de bonnes notes.
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Elle y pensait toutes les nuits, au fond de son lit que son corps n'arrivait pas à réchauffer, alors qu'elle peinait à se sentir en sécurité malgré le Protego. Cassandra avait vécu en cavale toute sa vie. Elle avait appris à ne dormir que d'une oreille.
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Elle avait du mal Ă comprendre ce qui Ă©tait la rĂ©alitĂ© et ce que ses parents lui avaient dit. Avant, jamais elle n'aurait fait la distinction. Mais maintenant, elle ignorait si la fiertĂ© qu'elle ressentait en torturant quelqu'un, le sentiment de puissance et d'accomplissement de son destin, l'impression d'ĂȘtre prĂ©coce, douĂ©e et incroyable, Ă©taient ses sentiments ou ceux d'Adonis et GaĂŻa.
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Elle y pensait, se rassurant en se disant qu'elle n'avait jamais tuĂ© personne. C'Ă©tait dĂ©jĂ cela. Erwan avait toujours refusĂ© qu'elle prononce le sort fatal, Avada Kedavra. Il disait Ă ses parents qu'elle Ă©tait trop jeune. Adonis et GaĂŻa n'en avaient que faire. Tuer des Moldus, des NĂ©s-Moldus, n'Ă©tait pour eux pas vraiment tuer. Ăa ressemblait plus Ă faire le mĂ©nage : une activitĂ© ennuyeuse, Ă©prouvante, mais nĂ©cessaire, et qui si on s'y prenait bien pouvait se rĂ©vĂ©ler amusante. Â
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Sa mÚre disait que ça faisait toujours un Impur de moins. Cassandra avait appris, en un an et demi à Poudlard, que certains mots ne se disaient pas. Impur, Indigne, Sang-de-Bourbe. C'étaient des formules magiques qui pouvaient détruire des amitiés et des réputations.
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La jeune fille avait voulu parler Ă Erwan de tout cela. C'Ă©tait son frĂšre, son plus prĂ©cieux alliĂ©, elle lui faisait confiance. Mais elle n'arrivait pas Ă formuler ce chaos en mots. Qu'est-ce-qu'elle se demandait, au juste ? Qu'est-ce-qui lui posait problĂšme ? Qu'est-ce-qui l'empĂȘchait de dormir ?
Pire, ses atermoiements lui donnaient l'impression qu'elle crachait sur la tombe de ses parents. Tombe qu'elle ne pourrait d'ailleurs jamais visiter, se trouvant à Azkaban. Ses parents avaient reçu la pire des punitions du monde magique : un baiser du Détraqueur, qui aspirait l'ùme.
Dans une tentative de mettre des mots sur ses dilemmes, Cassandra avait commencé un autre carnet. Elle en possédait trois : un dans lequel elle notait les citations les plus drÎles et intelligentes de ses amis et professeurs, un dans lequel elle consignait avec précision tous les codes sociaux qui ne cessaient de lui échapper (comment sourire, quand sourire, à quelle fréquence regarder quelqu'un dans les yeux, pendant combien de temps, à quels moments il était approprié d'interrompre quelqu'un...), et un dans lequel elle écrivait toutes les petites choses qu'elle ignorait, ayant passé toute son enfance coupée des journaux (ce qu'était une télévision, qui était telle chanteuse, qui était Ministre de la Magie, quels étaient les partis politiques, quelles étaient les écoles de magie du monde...).
Elle les avait nommĂ©s trĂšs sommairement : « Citations », « Codes sociaux » et « Faits sur le monde ». Mais elle ignorait quel titre donner au quatriĂšme. Elle se dĂ©cida pour « Questionnements philosophiques ». Mais au moment de les Ă©crire, sa plume trembla. Tout ce qu'elle pourrait faire lui semblait immoral. Ăcrire, ne pas Ă©crire. Se questionner, ne pas se questionner. Â
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Un coup d'Ćil Ă sa montre lui permit de remettre ses hĂ©sitations Ă plus tard : elle Ă©tait dĂ©jĂ en retard pour le cours d'Ătude des Moldus. Curieusement, Cassandra apprĂ©ciait ces leçons. Elle avait mĂȘme empruntĂ© certains ouvrages conseillĂ©s par l'enseignant. Elle avait aimĂ© dĂ©couvrir ce qu'Ă©tait une tĂ©lĂ©vision, un smartphone, un tramway, des Ă©couteurs. Mais ses questionnements la poursuivaient : son intĂ©rĂȘt Ă©tait-il feint ? Ne cherchait-elle Ă connaĂźtre les Moldus que pour les asservir ? En rĂ©alitĂ©, voulait-elle les asservir ? Qu'est-ce-que cela signifiait exactement. Cassandra ne s'Ă©tait jamais posĂ© la question. Elle n'avait jamais cherchĂ© Ă dĂ©finit les termes que ses parents lui soumettaient. Erwan l'avait-il fait ? SĂ»rement, c'Ă©tait un adulte. Les adultes se posaient ce genre de questions pertinentes. Mais son grand frĂšre avait tout de mĂȘme choisi de suivre ses parents. Pourquoi l'aurait-il fait s'il n'Ă©tait pas d'accord ?
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Le chaos des escaliers reflĂ©tait le chaos de l'esprit de la petite Poufsouffle. Elle trĂ©bucha Ă plusieurs reprises, et heurta plusieurs Ă©paules, Ă son grand dĂ©goĂ»t. Toucher les autres devait ĂȘtre, Ă ses yeux, quelque chose de choisi et non de subi. Par chance, ses amis comprenaient, et lui demandaient la permission Ă chaque fois. Si CamĂ©lia et Shel comprenaient cette Ă©niĂšme bizarrerie, pourquoi ne pourraient-ils pas comprendre son mal-ĂȘtre ?
Mais il ne s'agissait pas de la mĂȘme chose, se reprit Cassandra. Ces pensĂ©es, ces craintes qu'elle avait, portaient d'autres noms que bizarreries. C'Ă©taient des stĂ©rĂ©otypes, des prĂ©jugĂ©s, de la discrimination. Shel lui avait fait l'exposĂ© complet. Tous ces concepts formaient une pyramide, avec Ă son sommet le gĂ©nocide. GĂ©nocide, l'Ă©limination de toute une population. Ses parents ne s'Ă©taient jamais cachĂ©s de leur volontĂ© de vivre dans un monde composĂ© uniquement de sorciers. Pour eux, le fait que des ĂȘtres magiques doivent se cacher alors que les non-magiques prospĂ©raient Ă©tait d'une injustice sans nom. Dit comme ça, cela semblait logique Ă Cassandra. Mais ces nouveaux mots qu'elle posait sur les convictions de ses parents revĂȘtaient un aspect bien plus sombre. Ils supposaient du sang, de la haine, de la violence, et des SortilĂšges vĂ©ritablement Impardonnables.
Impardonnables. Ce mot aussi lui posait problĂšme. Par qui Ă©tait-elle censĂ©e ĂȘtre pardonnĂ©e ? Un dieu, une dĂ©esse ? Le gouvernement ? La population ?
Cassandra avait lancĂ© des Endoloris. Elle avait mĂȘme, un jour, rĂ©ussi un Imperium. Pour elle, c'Ă©taient des sortilĂšges comme les autres, Ă la diffĂ©rence prĂšs qu'elle ressentait un pouvoir dĂ©cuplĂ© en les accomplissant. Ătait-elle alors impardonnable ?
La communautĂ© magique lui pardonnait, comme le prouvait sa libertĂ© et son droit d'Ă©tudier Ă Poudlard, comme si de rien n'Ă©tait, mĂȘme si les courriers de parents d'origine moldue affluaient dans le bureau de la directrice pour ordonner son renvoi. Elle Ă©tait pardonnĂ©e, car officiellement, elle n'Ă©tait pas aux commandes de son propre corps lorsqu'elle avait lancĂ© ces sorts. Un mensonge. Si ses amis savaient, lui pardonneraient-ils ?
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Pas le temps de passer par la Grande Salle, Cassandra alla en cours le ventre vide. Par chance, Camélia avait toujours un petit snack à lui donner.
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« Je peux te faire un petit cùlin sur le cÎté ?
-         Oui, sourit Cassandra. »
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C'est ainsi que commença le cours. Cassandra regrettait toujours que les classes ne soient qu'en commun avec deux maisons et pas trois : elle Ă©tait parfois avec la Gryffondor, parfois avec le Serdaigle, mais jamais les deux en mĂȘme temps. Depuis la troisiĂšme annĂ©e, elle avait les mĂȘmes options que Shel : Ă©tude des Runes et arithmancie.
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Cassandra se rendit compte qu'elle n'avait pas écouté le début du cours. Elle se pencha sur le cahier de Camélia, mais il ne fallait pas compter sur elle. Tant pis.
Le professeur Pierce annonça des consignes pour des exposés qu'ils devraient réaliser pour le mois suivant. Il fallait choisir une invention technique moldue qu'il avaient vue cette année (ils avaient le choix !), et en parler pendant un quart d'heure. Cela compterait pour la moitié de leur note du semestre. Un concert de soupirs et de plaintes éclata dans la classe.
« Du calme, du calme ! Vous devriez ĂȘtre contents, c'est une bonne note facile ! Trouvez-vous un groupe de trois ou quatre, et commencez dĂ©jĂ Ă rĂ©flĂ©chir Ă votre sujet. Je ne tolĂšrerai aucun retard, c'est le 28 mai Ă minuit pile, pour tout le monde !
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Minuit, au moment oĂč le 27 passe au 28 ou quand le 28 passe au 29Â ? s'enquit Cassandra.
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Euh... Du 27 au 28. Bonne question, miss Selwyn.
-         Est-ce-qu'on peut faire à deux ?
-         Je viens de dire, trois ou quatre. »
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Cassandra se retrouvait cruellement embĂȘtĂ©e. Elle dĂ©testait les travaux de groupe. Soit elle se sentait inutile, soit elle avait l'impression de tout faire â cela dĂ©pendait si son partenaire Ă©tait CamĂ©lia ou Shel. Lorsqu'il s'agissait d'inconnus, c'Ă©tait encore pire. Elle avait du mal Ă entrer en contact avec les gens de son Ăąge. Les gens en gĂ©nĂ©ral. Elle disait toujours quelque chose qui ne fallait pas. Heureusement, elle les notait dans son carnet « Codes sociaux » et ne refaisait jamais la mĂȘme erreur. Â
Alors qu'elle stressait dans son coin, CamĂ©lia avait dĂ©jĂ pris les choses en main et demandĂ© Ă la ronde qui voulait bien travailler avec elles. Un duo se fusionna alors au leur : deux Gryffondor que son amie connaissait bien. Â
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« Cass, je te présente Laurie et Jane ! Ce seront les partenaires idéales !
-         OK, dit-elle simplement. »
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Le débat commença. Camélia voulait absolument faire son oral sur la voiture, mais les deux autres insistaient sur le fait que c'était vraiment trÚs basique, tant c'était commun chez les Moldus. Elles penchaient plus du cÎté des montres connectées ou des « hover-board ».
Cassandra n'apprĂ©cia pas la façon dont elles dĂ©nigrĂšrent l'avis de CamĂ©lia pour imposer le leur. De plus, elles communiquaient essentiellement entre elles, sans vraiment accorder de l'importance Ă leurs camarades. Au fil de la discussion, la Poufsouffle finit par deviner qu'elles Ă©taient toutes deux NĂ©es-Moldues, ce qui ne fit que contribuer Ă son courroux. Elle faisait de son mieux pour maintenir son bouclier psychique pour ne pas entendre leurs pensĂ©es, mais quelques-unes filtraient quand mĂȘme. Elle est tellement chelou elle putain. Qu'est-ce-qu'elle regarde comme ça, le sol ? Elle fait flipper. Psychopathe. Maman a raison, on peut pas faire confiance Ă des gens comme ça. Je me demande bien Ă quoi elle pense.
Mais les pensées de Cassandra n'était plus que le miroir de celles des deux Gryffondor. Maßtriser son don de née-Legilimens était trÚs difficile, et malgré l'entraßnement de ses parents, elle était encore beaucoup trop jeune pour ériger un boucler mental de qualité.
Comment une sale puriste comme elle doit se sentir en cours d'étude des Moldus, sérieux ?
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Mal, mal, à étudier les sous-merdes de votre espÚce, raillait une partie de Cassandra, dont la voix avait des accents de Gaïa Selwyn.
La voix de Camélia lui parvenait de trÚs loin.
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« Du coup, faut qu'on commence les recherches... bah... c'est dans un mois on a le temps... Y'aurait des trucs sur ça à la bibliothÚque ?
-         Ben on cherche sur Internet, nan ?
-         Internet... ah oui ! Mais d'ailleurs, on pourrait littéralement faire l'exposé sur Internet, non ? C'est une majeure révolution moldue.
-         Trop classique, j'te dis, l'hoverboard c'est mieux !
-         L'hoverboard c'est cool, mais je penche plutÎt du cÎté des smartphones.
-         Les montres connectées ! C'est pareil, en plus original.
-         Si vous le dites, répliqua Camélia. »
Elle semblait s'agacer, Cassandra la connaissait assez bien pour le dire : ses lĂšvres se retroussaient, ses sourcils se fronçaient, ses yeux bleus se chargeaient d'Ă©clairs. La Poufsouffle y vit l'occasion parfaite de dire ce qu'elle avait sur le cĆur. CamĂ©lia n'y verrait pas d'inconvĂ©nient, vu qu'elle Ă©tait Ă©galement Ă©nervĂ©e par l'attitude des deux Gryffondor.
Elle se pencha donc vers Laurie et Jane.
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« Puisque vous vous y sentez si bien dans le monde moldu, pourquoi ne pas y retourner, hein ? Comme ça vous porterez vos montres connectées et vous roulerez vos voitures ou vos hovertrucs et vous NOUS laisserez faire de la magie. On a pas besoin de vous. »
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Cassandra n'avait jamais autant parlé à d'autres personnes que Camélia et Shel, et elle n'en était pas peu fiÚre. Elle les fusillait du regard, sans se soucier d'à combien de secondes elle en était. Elle laissait le poids du « nous » s'abattre sur elles, nous les bons et vous les mauvais, nous les sorciers et vous les Indignes. En plus, elle n'avait rien dit de discriminant, n'est-ce-pas ? Elle n'avait pas employé d'injures.
Il y eut un instant de silence, le calme avant la tempĂȘte. Alors que la cloche sonnait et qu'un tonnerre de pensĂ©es Ă©clatait dans son esprit, Cassandra tenta de les repousser, en vain, comme si elle tentait de lacĂ©rer de la brume. Celles de Laurie et Jane n'avaient pas grande importance, elles se contentaient de l'insulter, de la mĂ©priser.
Mais celles de Camélia.
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un homme au visage longiligne et aux yeux sombres, vomissant des insultes.
Ces sales Sang-de-Bourbe... qu'ils restent chez eux !
une mĂšre assise sur le lit d'une fillette
Tu comprends bien, ce ne sont pas des gens comme nous.
des cris de rage, de colĂšre pure,
               vous ne comprenez rien
               c'est toi qui ne comprends rien tu es bornée tu n'es qu'une tu es une Abraxas tu n'es qu'une idiote une Abraxas  tu l'es et tu le resteras tu n'es rien sans nous
Cassandra bordel de merde qu'est-ce-que tu viens de faire putain
               Cassandra dis-moi dis-moi que ce n'était pas toi
                              Je pensais pas à ce point pas à ce point pas ça non putain
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Sa main empoigne son épaule et les voilà hors de la classe. Leurs affaires sont encore sur la table. Les éclairs dans les yeux de Camélia la foudroient, elle.
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« Bordel de merde Cassandra, c'était quoi ça ?! »
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Sa poigne lui fait mal. Les élÚves se bousculent dans tous les sens, le couloir est serré, il fait chaud, sa poigne lui fait mal.
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« Tu penses que je m'amuse à te donner des putain d'excuses, à dire à tout le monde « mais si elle est gentille », « mais vous comprenez c'est ses parents, ils l'ont manipulée », « elle n'est pas comme ça »... Mais tu ES comme ça ! TU ES COMME CA, CASSANDRA ! Une salope de puriste ! Comme eux ! »
Ce mot lui avait toujours paru lointain. Un qualificatif désincarné, flottant dans les airs. Honteux. Mais pas accablant. Un descriptif.
De la bouche de Camélia, c'était une insulte, qui claquait comme un coup de fouet.
Elle continuait, inarrĂȘtable. Les mots cascadaient de ses lĂšvres, son visage rougissait, en mĂȘme temps il faisait si chaud, et le couloir Ă©tait si serrĂ©. Cassandra aurait aimĂ© ne plus Ă©couter, elle aurait aimĂ© que le chaos des passages dans tous les sens des Ă©lĂšves qui rejoignaient leur cours suivant l'aspirent et l'Ă©touffent, mais elle Ă©tait douloureusement consciente de chaque mot avec lequel CamĂ©lia la frappait.
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« Ah pauvre Cassandra, pauvre petite Cassandra qui n'a rien fait de mal, elle était juste sous Imperium la pauvre, c'était juste une victime de ses parents, une victime de plus... Ben tu sais quoi ? J'en doute ! Tu sors des trucs comme ça, et ensuite tu veux me faire croire que t'es restée toute passive alors que tes parents torturaient et tuaient des Moldus ? C'est littéralement... c'est littéralement des arguments de Mangemorts ça, « qu'ils retournent dans leur monde ! » Putain, c'est des trucs qui ont été dit pendant la guerre pour évincer les Nés-Moldus de l'école, pour les foutre aux cachots et... »
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Elle se tut, et secoua la tĂȘte, lĂąchant un rire aigu.
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« Mais qu'est-ce-que je crois t'apprendre ! Tu le sais trÚs trÚs bien, tout ça !
-         C'était... méchant ? balbutia la Poufsouffle, fixant le sol.
-         Te fous pas de ma gueule avec tes airs innocents là  ! explosa Camélia. Je ne te comprends pas... ça te plaßt de nous manipuler ? De jouer la petite fille ignorante ? Qu'est-ce-que ça t'apporte ? C'est comme ça que tu nous vois, Shel et moi ? »
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Sans ajouter quoi que ce soit, sans laisser le temps Ă Cassandra de se dĂ©fendre (mĂȘme si elle n'avait pas la moindre idĂ©e de ce qu'elle aurait pu dire), la Gryffondor se retourna, empoigna son sac et partit d'un pas lourd, bousculant Ă son tour les Ă©lĂšves, moins nombreux.
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Le couloir avait retrouvé son calme. Les élÚves étaient en cours. Kylian Pierce apparut à la porte, le sac à dos de Cassandra à la main.
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« Miss Selwyn, vous avez oublié votre sac. »
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Cassandra l'attrapa et s'enfuit.
Elle erra dans les couloirs comme si elle avait oubliĂ© toutes ses raisons d'ĂȘtre. Avait-elle cours ? OĂč ? Quel cours ? Elle n'en avait aucune idĂ©e, et c'Ă©tait le moindre de ses soucis. Ses pas la menĂšrent jusqu'aux toilettes les plus proches, oĂč elle se roula en boule, la tĂȘte cachĂ©e sous ses bras comme si elle avait voulu disparaĂźtre â ce qui Ă©tait peut-ĂȘtre le cas. Elle tenta de pleurer, et elle en avait vraiment trĂšs envie, mais les larmes refusaient de couler. Au bout d'une vingtaine de minutes Ă rester prostrĂ©e, elle se fit chasser par un groupe de garçons offusquĂ©s qu'une fille rentre dans leur espace. Cassandra ne comprendrait jamais pourquoi l'endroit oĂč on faisait ses besoins devait ĂȘtre sĂ©parĂ© en fonction du genre, ni mĂȘme du sexe, mais devant ce comportement, elle se satisfaisait de ne pas souvent croiser la gent masculine.
Elle ne s'Ă©tait jamais disputĂ©e ainsi avec CamĂ©lia, bien que le terme « dispute » soit probablement moins appropriĂ© que la description « se faire engueuler sans savoir quoi rĂ©pondre ». Ă vrai dire, elle ne s'Ă©tait jamais disputĂ©e avec quiconque. Elle avait bien eu des dĂ©saccords avec son frĂšre, mais ils avaient toujours eu besoin l'un de l'autre pour survivre, et ça n'allait jamais bien loin. Elle avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© chahutĂ©e par des Ă©lĂšves de sa classe, parce qu'elle Ă©tait un peu bizarre, un peu Ă cĂŽtĂ© de la plaque, mais elle n'avait jamais rĂ©pondu, et elle avait fini pas ne plus ĂȘtre le centre de l'attention.
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Avait-elle eu raison de se taire ? La vĂ©ritĂ©, c'est que ce n'Ă©tait pas vraiment un choix de sa part. Les mots de CamĂ©lia la transperçaient de part en part, elle n'osait mĂȘme pas respirer. Elle Ă©tait terrifiĂ©e, terrifiĂ©e par ce que son amie voyait en elle. Un monstre. Avait-elle raison ?
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Les larmes finirent enfin par couler, et le temps s'arrĂȘta. Elle ne se rendit pas au cours suivant. Ă la pause de midi, elle Ă©vita la Grande Salle, ne s'y faufilant que lorsqu'elle Ă©tait sĂ»re que CamĂ©lia n'y serait pas. Elle erra dans les couloirs, ignorant quoi faire. Rien n'aurait su apaiser la terreur qu'avait fait naĂźtre les accusations de son amie. Ce n'Ă©tait pas tellement la violence de ses propos, de sa voix, de son regard ; mais une question obsĂ©dante : avait-elle raison ?
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Cassandra n'en pouvait plus. Elle n'en pouvait plus des cauchemars, des carnets remplis d'interrogations, des pensĂ©es soupçonneuses de ses camarades, de ses propres pensĂ©es insoutenables. Elle voulait des rĂ©ponses. Et elle pensait savoir oĂč les obtenir.
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Tout le monde dĂ©testait le dernier cours de la journĂ©e, quel qu'il fĂ»t. Alors, quand c'Ă©tait sortilĂšges avec la sĂ©vĂšre professeure Becker, c'Ă©tait encore pire. MĂȘme les Serdaigle tremblaient lĂ©gĂšrement, cachant leurs soupirs. La plupart des Poufsouffle avaient abandonnĂ©, tĂȘte posĂ©e sur la table.
Au moment de rejoindre Shel au bureau tout devant, la peur ceignit le cĆur de Cassandra. CamĂ©lia lui avait-elle tout raconté ? Rien ne semblait l'indiquer. Il s'assit comme Ă son habitude, le dos droit, les affaires sorties avant tout le monde.
Cassandra aimait Shel car il Ă©tait prĂ©visible. Il sortait toujours ses stylos dans le mĂȘme ordre. Il avait un code couleur en fonction de la matiĂšre, et Ă©crivait ses titres de la nuance la plus foncĂ©e Ă la nuance la plus pĂąle. Pour sortilĂšges, c'Ă©tait bleu. Il disposait toujours sa rĂšgle de la mĂȘme façon, parallĂšle par rapport Ă sa trousse. Il croisait les mains toujours au mĂȘme endroit sur la table. Il avait un Ă©pi toujours au mĂȘme endroit, prĂšs de son oreille droite.
Le cours de Becker n'Ă©tait pas propice aux bavardages, d'abord parce que la professeure les abhorrait, ensuite parce que Shel lui-mĂȘme les abhorrait. Cassandra prit le risque de lui faire passer une petite note, sans beaucoup de prĂ©cisions.
« Accepterais-tu d'utiliser ton pouvoir sur moi ? »Â
Son ami haussa les sourcils, les fronça, fixa le mot, fixa son amie, fixa Anna Becker qui montrait le geste Ă esquisser pour lancer le sortilĂšge de floraison â hautement inutile dans la vie de tous les jours selon la Poufsouffle. Cassandra fut tentĂ©e de lire ses pensĂ©es, mais pour une fois qu'elle rĂ©ussissait Ă contrĂŽler ses barriĂšres mentales, elle ne voulait pas tout gĂącher.
« Pourquoi ? » fut sa réponse griffonnée à la va-vite, quand Anna Becker se retourna pour écrire la formule au tableau (Continens flores).
Â
La suite de la conversation eut lieu uniquement à l'écrit, avec de longues pauses entre chaque message, le temps d'écouter une consigne ou de s'entraßner au sort. Ils réussirent aisément, et eurent donc assez de temps pour discuter.
Â
« Il favorise l'introspection. J'en ai besoin. »
« D'accord, mais que veux-tu que je te montre ? »
Â
Cassandra se rendit compte qu'elle n'avait pas vraiment d'idée précise du fonctionnement du pouvoir de son ami.
Â
« Euh. Je sais pas trop. Qu'est-ce-que tu peux faire ? »
« Tout, je crois. Je peux te montrer des situations imaginaires. Ou te faire te rappeler certains souvenirs. »
« Et ça dure combien de temps ? »
« Le temps d'un songe, je crois. C'est comme si tu dormais. Mais tu restes debout. »
« OK. »
« Je sais pas ce que tu veux faire, Cassandra, mais ce pouvoir est vraiment difficile à utiliser. Je peux pas te garantir que les scÚnes seront réalistes, ni rien. Je m'entraßne rarement, en plus. Qu'est-ce-que tu veux voir exactement ? »
« Je suis pas sûre. Je voudrais savoir si je suis puriste. »
« C'est-à -dire ? »
« Je voudrais savoir si je suis puriste, moi, si mes pensées le sont, si je suis une méchante personne, de façon innée, ou alors si ce sont juste des pensées passagÚres, apprises par mes parents, et je veux savoir comment j'ai appris ça, et je veux savoir qui je suis vraiment, et je veux savoir »
Â
Se rendant compte qu'elle ignorait quoi ajouter, Cassandra raya les quatre derniers mots et les remplaça par un point.
Â
« Ăa nĂ©cessiterait une prĂ©paration, Cass. Faut que je rĂ©flĂ©chisse Ă ce que je pourrais te montrer et Ă ce que ça signifierait. Et je ne peux rien te dire, pour ne pas t'influencer. »
« Ăa veut dire que tu es d'accord ? »
« Ăvidemment. Ăa ferait un bon entraĂźnement. D'habitude, mon frĂšre et mes sĆurs me demande de le projeter dans un endroit imaginaire oĂč ils se baigneraient dans des riviĂšres de chocolat. »
« Merci, Shel. »
Â
Ils n'en reparlĂšrent plus pendant une semaine. Une semaine pendant laquelle CamĂ©lia ne lui adressa plus la parole. Quant Ă Shel, elle ne le voyait qu'en classe. Ă midi, il mangeait avec la Gryffondor, ce que Cassandra vit comme la preuve que CamĂ©lia lui avait tout racontĂ©. Mais alors, pourquoi avait-il acceptĂ© de l'aider ? Ătait-ce un mensonge ? Il n'avait plus Ă©voquĂ© le sujet du tout. Avait-il changĂ© d'avis ? Mais si tel Ă©tait le cas, pourquoi ne pas l'avoir prĂ©venue ? C'Ă©tait tellement compliquĂ©, l'amitiĂ©.
Elle ne s'Ă©tait jamais disputĂ©e ainsi avec CamĂ©lia, bien que le terme « dispute » soit probablement moins appropriĂ© que la description « se faire engueuler sans savoir quoi rĂ©pondre ». Ă vrai dire, elle ne s'Ă©tait jamais disputĂ©e avec quiconque. Elle avait bien eu des dĂ©saccords avec son frĂšre, mais ils avaient toujours eu besoin l'un de l'autre pour survivre, et ça n'allait jamais bien loin. Elle avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© chahutĂ©e par des Ă©lĂšves de sa classe, parce qu'elle Ă©tait un peu bizarre, un peu Ă cĂŽtĂ© de la plaque, mais elle n'avait jamais rĂ©pondu, et elle avait fini pas ne plus ĂȘtre le centre de l'attention.
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Avait-elle eu raison de se taire ? La vĂ©ritĂ©, c'est que ce n'Ă©tait pas vraiment un choix de sa part. Les mots de CamĂ©lia la transperçaient de part en part, elle n'osait mĂȘme pas respirer. Elle Ă©tait terrifiĂ©e, terrifiĂ©e par ce que son amie voyait en elle. Un monstre. Avait-elle raison ?
Â
Les larmes finirent enfin par couler, et le temps s'arrĂȘta. Elle ne se rendit pas au cours suivant. Ă la pause de midi, elle Ă©vita la Grande Salle, ne s'y faufilant que lorsqu'elle Ă©tait sĂ»re que CamĂ©lia n'y serait pas. Elle erra dans les couloirs, ignorant quoi faire. Rien n'aurait su apaiser la terreur qu'avait fait naĂźtre les accusations de son amie. Ce n'Ă©tait pas tellement la violence de ses propos, de sa voix, de son regard ; mais une question obsĂ©dante : avait-elle raison ?
Â
Cassandra n'en pouvait plus. Elle n'en pouvait plus des cauchemars, des carnets remplis d'interrogations, des pensĂ©es soupçonneuses de ses camarades, de ses propres pensĂ©es insoutenables. Elle voulait des rĂ©ponses. Et elle pensait savoir oĂč les obtenir.
-*-
Â
Tout le monde dĂ©testait le dernier cours de la journĂ©e, quel qu'il fĂ»t. Alors, quand c'Ă©tait sortilĂšges avec la sĂ©vĂšre professeure Becker, c'Ă©tait encore pire. MĂȘme les Serdaigle tremblaient lĂ©gĂšrement, cachant leurs soupirs. La plupart des Poufsouffle avaient abandonnĂ©, tĂȘte posĂ©e sur la table.
Au moment de rejoindre Shel au bureau tout devant, la peur ceignit le cĆur de Cassandra. CamĂ©lia lui avait-elle tout raconté ? Rien ne semblait l'indiquer. Il s'assit comme Ă son habitude, le dos droit, les affaires sorties avant tout le monde.
Cassandra aimait Shel car il Ă©tait prĂ©visible. Il sortait toujours ses stylos dans le mĂȘme ordre. Il avait un code couleur en fonction de la matiĂšre, et Ă©crivait ses titres de la nuance la plus foncĂ©e Ă la nuance la plus pĂąle. Pour sortilĂšges, c'Ă©tait bleu. Il disposait toujours sa rĂšgle de la mĂȘme façon, parallĂšle par rapport Ă sa trousse. Il croisait les mains toujours au mĂȘme endroit sur la table. Il avait un Ă©pi toujours au mĂȘme endroit, prĂšs de son oreille droite.
Le cours de Becker n'Ă©tait pas propice aux bavardages, d'abord parce que la professeure les abhorrait, ensuite parce que Shel lui-mĂȘme les abhorrait. Cassandra prit le risque de lui faire passer une petite note, sans beaucoup de prĂ©cisions.
« Accepterais-tu d'utiliser ton pouvoir sur moi ? »Â
Son ami haussa les sourcils, les fronça, fixa le mot, fixa son amie, fixa Anna Becker qui montrait le geste Ă esquisser pour lancer le sortilĂšge de floraison â hautement inutile dans la vie de tous les jours selon la Poufsouffle. Cassandra fut tentĂ©e de lire ses pensĂ©es, mais pour une fois qu'elle rĂ©ussissait Ă contrĂŽler ses barriĂšres mentales, elle ne voulait pas tout gĂącher.
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« Pourquoi ? » fut sa réponse griffonnée à la va-vite, quand Anna Becker se retourna pour écrire la formule au tableau (Continens flores).
Â
La suite de la conversation eut lieu uniquement à l'écrit, avec de longues pauses entre chaque message, le temps d'écouter une consigne ou de s'entraßner au sort. Ils réussirent aisément, et eurent donc assez de temps pour discuter.
Â
« Il favorise l'introspection. J'en ai besoin. »
« D'accord, mais que veux-tu que je te montre ? »
Â
Cassandra se rendit compte qu'elle n'avait pas vraiment d'idée précise du fonctionnement du pouvoir de son ami.
Â
« Euh. Je sais pas trop. Qu'est-ce-que tu peux faire ? »
« Tout, je crois. Je peux te montrer des situations imaginaires. Ou te faire te rappeler certains souvenirs. »
« Et ça dure combien de temps ? »
« Le temps d'un songe, je crois. C'est comme si tu dormais. Mais tu restes debout. »
« OK. »
« Je sais pas ce que tu veux faire, Cassandra, mais ce pouvoir est vraiment difficile à utiliser. Je peux pas te garantir que les scÚnes seront réalistes, ni rien. Je m'entraßne rarement, en plus. Qu'est-ce-que tu veux voir exactement ? »
« Je suis pas sûre. Je voudrais savoir si je suis puriste. »
« C'est-à -dire ? »
« Je voudrais savoir si je suis puriste, moi, si mes pensées le sont, si je suis une méchante personne, de façon innée, ou alors si ce sont juste des pensées passagÚres, apprises par mes parents, et je veux savoir comment j'ai appris ça, et je veux savoir qui je suis vraiment, et je veux savoir »
Â
Se rendant compte qu'elle ignorait quoi ajouter, Cassandra raya les quatre derniers mots et les remplaça par un point.
Â
« Ăa nĂ©cessiterait une prĂ©paration, Cass. Faut que je rĂ©flĂ©chisse Ă ce que je pourrais te montrer et Ă ce que ça signifierait. Et je ne peux rien te dire, pour ne pas t'influencer. »
« Ăa veut dire que tu es d'accord ? »
« Ăvidemment. Ăa ferait un bon entraĂźnement. D'habitude, mon frĂšre et mes sĆurs me demande de le projeter dans un endroit imaginaire oĂč ils se baigneraient dans des riviĂšres de chocolat. »
« Merci, Shel. »
Â
Ils n'en reparlĂšrent plus pendant une semaine. Une semaine pendant laquelle CamĂ©lia ne lui adressa plus la parole. Quant Ă Shel, elle ne le voyait qu'en classe. Ă midi, il mangeait avec la Gryffondor, ce que Cassandra vit comme la preuve que CamĂ©lia lui avait tout racontĂ©. Mais alors, pourquoi avait-il acceptĂ© de l'aider ? Ătait-ce un mensonge ? Il n'avait plus Ă©voquĂ© le sujet du tout. Avait-il changĂ© d'avis ? Mais si tel Ă©tait le cas, pourquoi ne pas l'avoir prĂ©venue ? C'Ă©tait tellement compliquĂ©, l'amitiĂ©.
Â
Une semaine jour pour jour, aprÚs le cours de Becker, pendant lequel ils avaient perfectionné le SortilÚge d'Attraction, Shel demanda à Cassandra de le suivre. Ils montÚrent cinq étages, et arrivÚrent à bout de souffle au septiÚme, devant une hideuse tapisserie représentant un homme semblant apprendre à des trolls à danser, comme s'ils n'avaient pas déjà leurs propres traditions, culture et façons de s'exprimer artistiquement.
Shel passa trois fois dans cette tapisserie, l'air concentrĂ©. Sous les yeux Ă©bahis de son amie, des rosaces noires Ă©mergĂšrent du mur, dessinant lentement une porte, qui s'ouvrit sur une petite piĂšce. Les murs Ă©taient bleu pĂąle, mais on n'en voyait presque plus la couleur, tant ils Ă©taient recouverts de posters en tout genre : cartes du monde, tableaux, photos. Cassandra devina qu'il s'agissait de la famille de Shel. Au centre, un lit une place Ă©tait tirĂ© Ă quatre Ă©pingles, avec sa couette reprĂ©sentant un personnage de BD. Un petit bureau Ă©tait placĂ© sous la fenĂȘtre, qui donnait sur un petit jardin. Et surtout, une immense bibliothĂšque couvrait deux des quatre murs, et pas un espace de celle-ci n'Ă©tait libre.
Â
« C'est... ta chambre ? supposa Cassandra.
-         Oui et non. Une reprĂ©sentation de ma chambre projetĂ©e dans la Salle sur Demande. C'est une piĂšce magique qui se transforme selon la volontĂ© de la personne. Tout le monde essaye de garder le secret, mais en vrai, tout le monde est au courant. Plusieurs personnes peuvent mĂȘme y ĂȘtre en mĂȘme temps si elles pensent Ă des endroits diffĂ©rents, donc c'est l'endroit parfait. Tu comprends, je ne voulais pas risquer de faire ça dehors ou quoi, et que quelqu'un voie ton corps inconscient.
-         Oh, OK. Malin. »
Â
Â
Le Serdaigle et la Poufsouffle se turent un instant. Cassandra voulut lui dire Ă quel point elle l'aimait. Elle pouvait toujours compter sur lui. Elle pourrait lui demander la Lune et il la lui dĂ©crocherait par un calcul savant. Alors que CamĂ©lia Ă©tait son opposĂ©, aussi Ă©nergique qu'elle Ă©tait calme, aussi impulsive qu'elle Ă©tait rĂ©flĂ©chie ; Shel lui ressemblait sur bien des points. L'idĂ©e que quelqu'un pouvait la comprendre faisait le mĂȘme effet Ă la jeune fille qu'un gros cĂąlin.
« Bon. J'ai établi cinq scénarios. Chacun a pour but de comprendre qui tu es vraiment. Pas de pression.
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Ben si, beaucoup.
-         C'était ironique.
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Pardon.
-         Pas de souci. »
Â
Cassandra regarda un peu autour d'elle, touchée de découvrir l'intimité de son ami. C'était une trÚs belle chambre, soignée et intéressante, à l'image de son propriétaire. La Poufsouffle essaya de se souvenir de sa chambre au manoir Selwyn, mais cela faisait trop longtemps. Elle n'avait jamais eu d'espace à elle.
Â
« Camélia, elle t'a dit ce qui s'était passé ? se risqua-t-elle.
-         Elle m'a raconté son point de vue, nuança Shel.
-         Oh. »
Â
Elle trembla, regrettant immédiatement sa question. Elle mourait d'envie de lire les pensées de son ami, mais il avait le mérite de bien les cacher, sans pour autant maßtriser l'Occlumancie, et elle craignait de voir quelque chose qui lui déplairait.
Il y avait tant de choses qu'elle aurait voulu lui dire, tant de questions qu'elle aurait voulu lui poser. Ă la place, elle obĂ©it lorsqu'il lui demanda de s'allonger sur le lit, retirant mĂȘme ses chaussures, alors qu'il ne s'agissait pas rĂ©ellement de la chambre du Serdaigle.
Â
« Tu es prĂȘte ?
-         Pas du tout, souffla la jeune fille, cramponnée à l'oreiller.
-         Ăa ne va pas faire mal. »
Â
Cassandra craignait bien que si.
Â
Shel braqua ses doigts sur elle, à la maniÚre d'une arme à feu. Il inspira longuement, le visage crispé, puis tira. Et le noir se fit.
Â
-*-
Â
Elle tombait. Mais ce terme ne semblait pas approprié, car cet endroit n'était pas régi par la gravité. Il n'y avait pas de haut et de bas, de gauche et de droite. Il n'y avait que du noir, et une vague impression de déplacement.
Shel Ă©tait Ă ses cĂŽtĂ©s, bras croisĂ©s, tĂȘte droite, ne semblant pas dĂ©rangĂ© par la sensation de chuter dans le vide.
« C'est génial, ce truc » dit-elle, et sa voix peinait à s'élever, comme si elle parlait sous l'eau.
Â
Celle de Shel, en revanche, envahissait l'espace. Elle venait de partout et de nulle part à la fois, elle suintait des pores du néant.
Â
« Donne-moi accÚs à ton esprit.
-         Je... comment je fais ça ? »
Â
Il ne répondit pas, ce qui frustra la jeune fille. Elle tenta d'imaginer son esprit comme une piÚce à la porte fermée, et en donna une clé à son ami.
Â
« Ăa a marché ? »
Â
Pas de réponse.
Autour d'eux, le nĂ©ant ondulait. Des ondes colorĂ©es le transperçaient de part en part, des sons lui parvenaient de trĂšs loin. Shel et Cassandra commencĂšrent Ă tournoyer, de plus en plus vite, autour d'un axe invisible. Le soleil se leva, bien que cela ne signifie rien dans cet espace imaginaire, ce palais des glaces de l'esprit oĂč elle ne contrĂŽlait rien. Une brĂšve lumiĂšre agita l'obscuritĂ©, et Cassandra s'y fondit.
Â
« Shel ? Shel ! »
Â
Lorsqu'elle tourna la tĂȘte, il n'Ă©tait plus lĂ .
Â
La piÚce était immense. Le sol d'un noir d'obsidienne résonnait à chaque pas. Des colonnes de marbre soutenaient l'immense porte, qui s'ouvrit lentement en raison de son poids.
Au centre, un immense lit Ă baldaquin, aux rideaux d'un vert pĂąle Ă©lĂ©gant. Sur la table de chevet, un livre, et un bouquet de roses noires. Cette fleur Ă©tait l'emblĂšme des Selwyn : un de leurs ancĂȘtres botanistes l'avait créée, et eux seuls pouvaient la faire pousser â d'un point de vue technique et juridique, puisqu'ils avaient dĂ©posĂ© un brevet au MinistĂšre de la Magie.
Ă droite, une fenĂȘtre de bois ciselĂ©, ouverte sur un labyrinthe allant jusqu'Ă l'horizon. De temps Ă autre, les haies se resserraient et ondulaient comme des serpents.
Ă gauche, ses parents.
Cassandra cilla. Elle voulut courir vers eux et les prendre dans ses bras, mais elle était incapable de bouger. Des larmes silencieuses roulÚrent sur ses joues. Ils lui manquaient tellement. Elle ne pouvait pas admettre que leur sacrifice n'était pas beau. Elle ne pouvait pas admettre qu'ils ne l'aimaient pas. Sa mÚre lui avait tant de fois expliqué que le monde des « vrais » sorciers serait d'une puissance infinie s'ils montraient à leurs enfants qu'ils tenaient à eux. Et cela se voyait, dans leur façon de lui sourire, dans leur façon de s'asseoir sur son lit et de caresser ses cheveux...
Â
Cassandra lĂącha un cri de surprise, qui resta inaudible, en dĂ©couvrant une autre version d'elle-mĂȘme allongĂ©e dans le lit, auparavant cachĂ©e par les voiles vert pĂąle que GaĂŻa venait de soulever. Une petite Cassandra de quatre ou cinq ans, ses longs cheveux d'or Ă©talĂ©s sur son oreiller de satin noir, un lapin en peluche dont elle avait oubliĂ© l'existence, et qui avait dĂ» rester au manoir aprĂšs sa prise par les Aurors, serrĂ© contre elle.
Â
La jeune fille trembla. Elle était au manoir Selwyn. Elle savait qu'il n'était que le pur produit de son esprit, mais Shel avait réussi à reconstituer l'endroit alors qu'elle ne s'en souvenait que de quelques bribes. Certains endroits étaient floutés, comme censurés, certains autres changeaient souvent, mais elle était chez elle. Dans sa chambre. Dans le passé.
Â
« Alors, mon amour, prĂȘte pour l'histoire du soir ? sourit son pĂšre. C'est maman qui va te la lire aujourd'hui, papa est occupĂ© avec ton frĂšre.
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Oooh, regretta l'enfant, qui tendit les bras vers Adonis.
-         Bonne nuit mon ange. »
Â
Lorsqu'il la prit dans ses bras, soudain, Cassandra ne se tenait plus debout au fond de la piÚce : elle était la Cassandra de cinq ans, elle ressentait l'étreinte de son pÚre, elle respirait son parfum délicat. Ses larmes coulÚrent de plus belle, et elle se retrouva à nouveau dans son corps de quatorze ans.
Adonis quitta la piÚce aprÚs un éniÚme bisou envoyé dans l'air.
Petite Cassandra se blottit sous les draps, bordĂ©e par sa mĂšre. Cassandra adolescente se demanda oĂč était Erwan, pourquoi il n'Ă©tait pas venu lui dire bonne nuit. Son pĂšre Ă©tait sĂ»rement en train de lui apprendre des sortilĂšges. Elle s'en souvenait, ils s'entraĂźnaient souvent jusqu'Ă tard le soir.
Â
« Il était une fois, dans un royaume magique, une sublime reine nommée... Cassandra. »
Â
La fillette sourit, enthousiasmĂ©e. Sa mĂšre s'allongea Ă cĂŽtĂ© d'elle, fixant le plafond. Elle Ă©tait tellement belle. Leurs cheveux dorĂ©s, identiques, se mĂȘlĂšrent sur l'oreiller.
Â
« Cassandra Ă©tait une reine guerriĂšre, puissante et dĂ©terminĂ©e. HĂ©ritiĂšre de la dynastie Selwyn, rien ne lui faisait peur, rien ne l'intimidait. Au contraire, c'est elle qui intimidait tout le monde. Elle Ă©tait une souveraine aimĂ©e et crainte de son peuple.Â
-         Crainte ? s'inquiĂ©ta la fillette. Je ne veux pas ĂȘtre crainte.
-         J'ai précisé aimée, aussi.
-         Mais comment on peut ĂȘtre les deux Ă la fois ?
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â On est toujours les deux Ă la fois. Si les gens t'aiment, ils te craignent.
-         Ah... d'accord. »
Â
Cela lui semblait contre-intuitif, encore maintenant.
Â
« Le royaume de Cassandra Ă©tait le plus puissant. Elle avait Ă©rigĂ© de solides frontiĂšres, un immense mur invisible qui empĂȘchait toute personne sans pouvoirs magiques d'y passer. En effet, ces gens crĂ©aient la ruine de tous les royaumes alentours. Ils pillaient les fermes, consommaient beaucoup plus de nourriture, et surtout, n'Ă©taient d'aucune aide Ă la sociĂ©tĂ©. Ils ne savaient rien faire.
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Nul, commenta petite Cassandra.
-         Exactement, mon cĆur, ils Ă©taient nuls. Les rois et reines alentour critiquaient Cassandra pour son mur, pensant que c'Ă©tait mĂ©chant. Mais Cassandra n'en avait cure, elle savait qu'elle avait raison. Les Impurs Ă©taient un vĂ©ritable danger, et ça commençait Ă se voir dans leurs pays : ils volaient les rĂ©coltes, empoisonnaient les riviĂšres... petit Ă petit, ils remplaçaient la population magique.Â
-         Remplacer, genre ?
-         Quand un Moldu se reproduit avec un sorcier, chérie, tu es d'accord qu'il y a une moitié magique et une moitié non magique ?
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Oui.
-         Et si ce Sang-MĂȘlĂ© (ça s'appelle ainsi) se reproduit avec un Moldu, il n'aura qu'un quart de magie, c'est mathĂ©matique. Tu es toujours d'accord ?
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Ben... je suppose.
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Et au fil du temps, quand tu as si peu de magie, tu deviens... un Cracmol.
-         Oh, s'horrifia la fillette, esquissant une moue dégoûtée.
-         C'est ce qui nous attend tous si on continue à autoriser la mixité sorciers/Impurs.
-         Ah d'accord. C'est pour ça qu'on dit « impur », du coup ? Parce que c'est pur au départ mais qu'ensuite ils salissent la magie ? »
Â
GaĂŻa attira sa fille contre elle et embrassa son front.
Â
« Exactement, mon trésor. Qu'est-ce-que tu es intelligente, dis donc ! »
Â
Cassandra rougit et sourit, flattée, se blottissant contre sa maman.
Â
« Sauf qu'un jour, les Moldus inventÚrent une horrible machine, des hélicoptÚres, et franchirent le mur, pourtant immense, en volant.
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Wow...
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Ce n'est pas impressionnant. C'est vulgaire. Un enfant de cinq ans pourrait inventer une de ces machines stupides.
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Oh ok.
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Ils infiltrĂšrent donc le royaume de la magnifique reine Cassandra. Ils pillĂšrent ses terres, et volĂšrent la magie des sorciers.
-         Ils... ils peuvent faire ça pour de vrai ou c'est juste l'histoire ?
-         Chérie. Comment penses-tu qu'un Né-Moldu existe ? Il est né Moldu. Mais il a de la magie, parce qu'il l'a volée à un sorcier. »
Tout sonnait faux. Cassandra peinait mĂȘme Ă croire que la jeune version d'elle-mĂȘme ne doute pas davantage. C'Ă©tait scientifiquement incorrect, la gĂ©nĂ©tique ne fonctionnait pas comme un dĂ©coupage de gĂąteau. Il n'y avait pas un seul gĂšne magique. Tout cela, Shel lui avait expliquĂ©, elle l'avait trouvĂ© dans des livres.
Les NĂ©s-Moldus ne volaient pas non plus la magie. Ils avaient simplement eu des ancĂȘtres sorciers, mais la lignĂ©e s'Ă©tait arrĂȘtĂ©e lorsque l'un d'eux, Cracmol, avait Ă©pousĂ© un Moldu. Cela pouvait sauter plusieurs gĂ©nĂ©rations. Elle le savait.
Â
« Et ensuite, qu'est-ce-qui se passe ?
-         à ton avis ? C'est toi la reine. Décide ! »
Â
Décide !
Ce mot rĂ©sonna autour d'elle, d'une voix dĂ©sincarnĂ©e qui ressembla tantĂŽt Ă GaĂŻa, tantĂŽt Ă Shel, tantĂŽt Ă elle-mĂȘme. Les murs ondulĂšrent, s'effaçant peu Ă peu.
Â
« Non ! »
Â
Elle voulait rester ici. Elle voulait se rouler en boule sur le lit et dormir contre sa mÚre. Elle voulait écouter quelle fin elle avait choisi pour l'histoire. Mais Shel n'avait pas accÚs à ce souvenir, et elle non plus.
Le Serdaigle était réapparu à ses cÎtés, la faisant sursauter.
Â
« Qu'est-ce-que tu en dis ?
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â C'est... c'est faux. Elle... elle ment.
-         Ment-elle ? Ou en est-elle convaincue ?
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Peu importe.
-         Peu importe, répéta Shel, et le mot résonna à son tour. »
Â
Cassandra se rendit compte que cette question l'avait torturée, et qu'elle avait trouvé la réponse en quelques secondes. Peu importaient, au fond, les intentions de ses parents. Peu importaient leurs baisers et leurs cùlins et leurs compliments. Ce qu'ils disaient n'était pas ancré dans la vérité. N'était pas en accord avec la science. Ce n'était pas vrai.
Â
« Je sais que c'est faux. Je le sais. Mais c'est dur. Ces enseignements, c'est tout ce qui me reste de mes parents. Si ça disparaßt... ils disparaissent. »
Â
C'était plus facile de s'exprimer dans ce monde étrange sans haut ni bas ni gravité. Comme si ses pensées se matérialisaient.
Â
« Il n'y a plus rien Ă voir ici, avançons.Â
-         Non, Shel, s'il-te-plaßt, je veux explorer le manoir, je veux... je... Shel ! »
Â
Sans qu'elle puisse le contrÎler, ils reculÚrent, poussés par une force mystérieuse, et l'immense porte d'ébÚne se referma sur eux.
Â
VLAMÂ !Â
Il y a un cadavre par terre. Face contre terre, immobile, on pourrait croire que l'homme est profondément endormi. Mais Cassandra sait ce qui s'est passé, car la scÚne vient de se dérouler sous ses yeux.
Il y a du bruit. L'Ă©pouse du mort hurle, s'arrache les cheveux, se dĂ©bat. Elle lĂ©vite dans les airs, suspendue par les jambes. Elle est hideuse, le visage dĂ©nuĂ© de toutes couleurs, la bouche inondĂ©e de salive mĂȘlĂ©e de sang. Elle ne semble plus humaine.
Généralement, ses parents se contentent de tuer. Rapidement et méthodiquement. Ils disent que c'est la chose à faire. C'est facile. Deux sortilÚges : Avada Kedavra et Evanesco, pour faire disparaßtre le corps. C'est facile, la rassurent ses parents. C'est son tour.
Â
« PrĂȘte, chaton ? »
Â
La femme est pétrifiée par Adonis, et tombe lourdement au sol, dans un craquement morbide. Cassandra cherche son double, se demande quel ùge elle a.
Mais elle se rend rapidement compte que son pÚre s'adresse à elle. DerriÚre lui, sa mÚre fait disparaßtre l'homme. C'est comme s'il n'avait jamais existé.
Â
« C'est... tu as inventé cette scÚne ? »
Â
Elle parle, mais ses lĂšvres ne bougent pas. Adonis ne l'entend pas, mais elle sait que Shel si.
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« Shel, tu as inventé cette scÚne ? »
Â
Plus elle pose la question, plus elle sait que non. Tout cela a déjà eu lieu. Mais alors, pourquoi ne s'en souvient-elle pas ?
Â
« C'est facile, Cassandra. Tiens bien ta baguette. Elle ne sentira rien. »
Â
Son pÚre lui sourit en lui disant ça, comme si c'était rassurant.
Elle recule, regarde autour d'elle. Crie à l'aide. Elle ne veut pas rester, elle est terrifiée. Terrifiée par cet homme qui la serrait dans ses bras en lui disant bonne nuit quelques secondes, minutes, années auparavant.
OĂč est son frĂšre ? Pourquoi ne vient-il pas la sauver ?
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« Shel ! Erwan ! SHEL ! Pitié, je ne veux pas faire ça ! Je ne ferai pas ça ! Non ! NON ! SHEL ! »
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La voix de sa mÚre agite les murs, sans que la Gaïa du souvenir ne bouge les lÚvres. Décide !
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La Moldue la fixe avec ses yeux bruns remplis de larmes. Elle vient de perdre son mari. Qu'aurait-elle fait si son frÚre avait été assassiné sous ses yeux ?
La nausée la prit à la gorge. Le monde commença à tourner autour d'elle. Ce n'était pas simplement un vertige : tout tourbillonnait, tout se floutait, disparaissait puis réapparaissait, comme si le souvenir se défendait.
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Cassandra se rendit compte qu'elle avait une baguette Ă la main. Elle n'en fut pas surprise, elle avait appris la magie bien avant Poudlard â ses parents lui avaient lĂ©guĂ© une baguette appartenant Ă son oncle dĂ©funt et avait trouvĂ© un moyen de supprimer la Trace, ce sort qui suivait les mineurs pour les empĂȘcher d'utiliser leurs pouvoirs avant leur majoritĂ©, ce qu'Adonis et GaĂŻa trouvaient archaĂŻque.
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Cassandra oublie tout, elle oublie Shel et sa demande, elle oublie CamĂ©lia et ses reproches, elle oublie que rien de tout cela n'est rĂ©el, car cela pourrait tout aussi bien l'avoir Ă©tĂ©. Elle oublie les cĂąlins de ses parents, leurs histoires du soir et leurs encouragements. Elle voit son frĂšre fumant une cigarette par une nuit Ă©toilĂ©e, soufflant qu'on avait toujours le choix, comme un prisonnier expliquait qu'on Ă©tait toujours libre. Elle voit l'expression mĂ©prisante du pĂšre de CamĂ©lia dans ses souvenirs. Elle voit le cadavre du Moldu, qui ne disparaĂźtra jamais vraiment. Elle voit l'horreur et elle voit la mort. Ce n'est pas un jeu. Ce n'est pas un jeu. Pourquoi semblent-ils traiter ça comme un jeu ? Comme une leçon de magie ? C'est un ĂȘtre humain. Elle la regarde. Elle ne peut mĂȘme pas cligner des yeux mais elle la regarde. Elle respire et elle existe. Mais au fond de ces yeux bruns, Cassandra lit une supplique. Elle la supplie de la tuer. Elle ne veut pas vivre dans un monde sans son amour.
Â
Cassandra hurle, elle hurle comme si c'était elle qui était sur le point de mourir. Elle hurle, elle court sans bouger, elle roue le vide de coups, elle le déchire. Des pans entiers du souvenir s'éparpillent à ses pieds.
Décide !
NONÂ !
VLAMÂ !
Â
Shel et Cassandra flottaient.
Â
« Je suis désolé. »
Elle aimerait ne plus entendre. Elle aimerait disparaĂźtre. Elle avait l'impression de ne plus respirer. Elle ne respirait plus.
Â
« Je l'ai tuĂ©e ?Â
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Je... je ne sais pas. Non.
-         Non ou tu ne sais pas ?
-         Ce que tu as fait dans le passé, je ne sais pas. Mais là , tu ne l'as pas tuée.
-         On s'en fout de ce que j'ai fait là  ! ça n'existe pas ! Cet endroit n'existe pas ! C'est un souvenir ? Shel, c'est un souvenir ? Ou tu as tout inventé ?
-         Je... non. Je ne sais pas oĂč j'ai trouvĂ© ça. C'Ă©tait un endroit reculĂ© de ton esprit. Le souvenir est flou, comme effacĂ© partiellement, j'ai dĂ» le reconstituer. Je ne sais pas si tout est vrai, j'ai extrapolĂ©.
-         Je l'ai tuée ? Shel, je l'ai tuée ?
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Non.
-         Tu n'en sais rien ! Tu mens !
-         Cassandra... »
Â
Un halo rouge entourait Shel. La jeune fille le fixait, immobile. Elle avait l'impression que rien de ce qu'elle pourrait faire avec son corps réussirait à exprimer le chaos qu'elle ressentait. Courir, crier, pleurer, vomir ? Rien n'avait de sens, c'étaient juste des manifestations physiologiques d'un inconfort. Elle n'était pas inconfortable. Elle était brisée en mille morceaux.
Â
« Tu peux demander à ton frÚre. Tu peux demander à Erwan, non ? »
Â
Elle peut. Elle pourrait. Mais elle n'en revenait pas que Shel en parle de maniĂšre si calme. Il Ă©tait sĂ»r de lui. Sa meilleure amie Ă©tait peut-ĂȘtre une tueuse, et il restait calme.
Â
« Tu ne l'as pas tuée. Tu as refusé.
-         Tu n'en sais rien !
-         C'est ce que tu as fait, maintenant. Pourquoi ça aurait été différent ? »
Cassandra avait envie de le croire. Mais elle ignorait à quel ùge elle avait été confrontée à ce choix. Dix ans, six ans ? Qu'est-ce-que cela faisait, au fond ? S'était-elle vraiment opposée à ses parents ?
Â
« Ce n'est pas ça qui compte, Cassandra. La vraie question, c'est : pourquoi des parents demanderaient à leur enfant de tuer quelqu'un ? »
Â
Parce que cette personne ne peut pas faire de magie. Parce qu'elle est dangereuse. Mais pourquoi les Moldus seraient-ils dangereux s'ils sont si faibles ? Pourquoi ne pas les laisser tranquille, et mĂȘme les protĂ©ger ?
Â
« Cassandra. Regarde. »
Â
Elle ne voulait plus rien regarder, plus rien voir. Mais elle n'avait pas le choix.
Elle avait sept ans et se faufilait sur la pointe des pieds jusqu'aux toilettes. Pour cela, elle devait passer par la buanderie, oĂč ses parents enfermaient les Moldus propriĂ©taires de la maison. Deux femmes et leur fils, qui devait avoir son Ăąge.
Â
En passant par la cuisine, elle récupéra des petits pains, des carottes, des céréales. Elle les glissa sous la porte tant bien que mal, puis courut s'enfermer dans les toilettes.
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« Tu leur donnais à manger. »
Â
La scÚne se multipliait autour d'eux, elle se projetait sur mille écrans. Des maisons différentes, de la nourriture différente, une Cassandra différente. La Poufsouffle n'était pas surprise, elle s'en souvenait trÚs bien. Néanmoins, aprÚs les scÚnes précédentes, elle ne voyait pas en quoi cela faisait d'elle quelqu'un de bien.
Â
« Tu désobéissais à tes parents pour ça. Pourquoi tu leur aurais obéi s'ils te demandaient de tuer quelqu'un ? »
Â
Il avait raison. Elle voulait le croire. Mais alors, qu'avaient fait Adonis et GaĂŻa ? Ils lui en avaient sĂ»rement voulu. Ou lui avaient-ils pardonnĂ©, l'estimant trop jeune pour accepter cette violence ? Â
« Cassandra. Tu ne l'as pas tuée. »
Â
Et elle le crut.
Â
VLAMÂ !
Â
Elle était de retour dans la chambre, mais Shel n'était pas là . Elle était dans le lit, sous les couvertures toutes chaudes. La porte s'ouvrit sur une femme, petite, rousse, aux yeux bleus trÚs doux.
Lorsque des mÚches noires de jais tombÚrent devant ses yeux, Cassandra comprit qu'elle était Shel. Il l'avait projetée dans un de ses souvenirs à lui. Et cette femme, qui le saluait et lui demandait tendrement quelle confiture il préférait pour ses tartines, était Zoe Ceasy.
Dans les familles de Sang-Pur, elle était connue comme les criminels l'étaient ; son nom prononcé avec crainte et un tantinet d'admiration. Par son acte de trahison, elle les avait tous défiés. Elle avait fait s'ébranler les fondations solides sur lesquelles les différentes dynasties puristes reposaient. Un seul acte de rébellion, et toutes tremblaient.
Sa propre mĂšre Ă©tait une rebelle en soi, pas parce qu'elle contredisait l'idĂ©ologie, pas parce qu'elle avait Ă©pousĂ© un dĂ©viant, mais parce qu'elle Ă©tait fĂ©ministe. GaĂŻa Selwyn avait choisi son mari, elle avait choisi ses enfants, elle avait choisi ses combats. Et elle estimait que toute femme pouvait faire de mĂȘme. Car ce qui comptait pour elle, c'Ă©tait la puretĂ© du sang, non le sexe. Un homme n'Ă©tait supĂ©rieur Ă une femme que si celle-ci Ă©tait d'origine moldue. Ce discours avait toujours enthousiasmĂ© Cassandra, mais maintenant, elle se demandait si on pouvait rĂ©ellement ĂȘtre fĂ©ministe en excluant certaines femmes du combat. En excluant, c'est-Ă -dire en tuant.
Cassandra/Shel se leva, et suivit Zoe Ă travers une maison toute simple, mais chaleureuse. Des vĂȘtements traĂźnaient ça et lĂ , des Ă©clats de rire retentissaient au loin. Autour de la table de la cuisine, un frĂšre et une sĆur blonds se chamaillaient au sujet d'un bol, allant jusqu'Ă se dĂ©fier en duel de pierre-feuille-ciseaux pour savoir qui l'obtiendrait. Une petite rouquine se moquait d'eux, sous le regard attendri du pĂšre de famille.
Cassandra cilla lorsqu'elle croisa son regard. Si Zoe Ceasy Ă©tait connue pour s'ĂȘtre enfuie avec un Moldu â ce qui, pour certaines familles, Ă©tait pire qu'un NĂ©-Moldu (ce n'Ă©tait pas le cas pour les Selwyn), le Moldu en question n'Ă©tait quasiment jamais Ă©voquĂ©. Elle avait fini par l'imaginer comme une menace secrĂšte ayant corrompu le cĆur d'une jeune sorciĂšre. Mais il se trouvait face Ă elle, un homme grand, aux cheveux bruns et Ă la barbe soigneusement entretenue.
Â
« Tu ne pourrais pas dupliquer le bol, ma chérie ? J'en ai marre de les entendre batailler.
-         Tu comprends pas, papa, se plaignit le blond. C'est LE bol des Bizarr' Sisters ! Horn Uckley a BU DEDANS !
-         Mais ta gueule déjà , c'est moi qui l'ai acheté, il me revient de droit.
-         Quel discours capitaliste !
-         Chut !
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Je pourrais dupliquer le bol, mais c'est une piĂšce rare, donc il finirait par disparaĂźtre au bout d'un moment.
-         Je comprends ! Fascinant » sourit-il en embrassant Zoe.
Â
Cassandra les regarda comme on observait des animaux au zoo : avec une grande curiositĂ© et un intĂ©rĂȘt certain. Ă l'image des parents de Shel se superposa celle des siens. Adonis embrassait GaĂŻa comme ça aussi. GaĂŻa Ă©bouriffait les cheveux de son mari de la mĂȘme maniĂšre. Elle comprit ce que son ami avait voulu lui montrer. Elle ne s'attendait pas Ă ce qu'il prenne son rĂŽle autant Ă cĆur et cela la touchait.
C'était la famille de Shel, à laquelle elle s'interdisait de penser. C'était une famille aimante et drÎle. Et son grand frÚre ressemblait un peu à Erwan.
Elle cherchait ce que les familles de Sang-Pur craignaient tant, rĂ©pudiaient tant, mais ne trouvait rien. Jordan Ă©tait Moldu, mais Ă©trangement, ça ne se voyait pas vraiment dans les interactions avec les siens. Cassandra ignorait Ă quoi elle s'attendait â il n'allait pas ĂȘtre entourĂ© d'un halo de non-magie non plus. Sa curiositĂ© Ă©tait tendre, au-delĂ de la jalousie qu'elle avait attribuĂ© aux Moldus. C'Ă©tait dĂ©concertant, mais criant de vĂ©ritĂ©. Et elle savait que Shel avait fait un gros effort pour lui montrer cela, qu'il avait peur qu'elle juge sa famille.
Soudain, sans transition : VLAM !
Cassandra se retrouva Ă Poudlard. Elle ignorait exactement oĂč, car ce qu'elle voyait autour d'elle semblait ĂȘtre un patchwork de diffĂ©rents endroits du chĂąteau. Rien ne se passa pendant un long moment, qui la poussa Ă appeler son ami.
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« Euh... Shel ? C'est quoi ? »
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Puis, une onde traversa les diffĂ©rentes images, et sous le regard Ă©bahi de la jeune fille, une dizaine de petites versions d'elle-mĂȘme commencĂšrent Ă bouger dans les cases. Une Cassandra en classe, levant la main avec empressement pour rĂ©pondre Ă une question en classe de potions. Une Cassandra qui se faufilait dans les cuisines en catimini pour rĂ©cupĂ©rer du gĂąteau pour CamĂ©lia, qui se sentait triste aprĂšs une lettre acerbe de son pĂšre. Une Cassandra qui enlevait son Ă©charpe et la posait sur les Ă©paules de Shel, alors qu'ils tremblaient de froid dans les gradins de Quidditch. Une Cassandra qui hurlait pour encourager sa meilleure amie qui passait les sĂ©lections, au dĂ©but de leur deuxiĂšme annĂ©e. Une Cassandra qui soufflait les bougies de son douziĂšme anniversaire et redoutait qu'on la prenne en photo. Une Cassandra qui souriait, les dents un peu de travers, qui riait. Une Cassandra qui noircissait centimĂštre aprĂšs centimĂštre d'un parchemin d'Ătude des Moldus, l'air appliquĂ©. Une Cassandra qui dĂ©battait avec Shel, de la religion, de la nature, de la vie, de la mort. Une Cassandra qui l'Ă©coutait avec attention parler d'un objet moldu, posant plein de questions. Cassandra Ă travers les yeux de Shel, encore et encore, Ă perte de vue dans une ruche de souvenirs qui miroitait autour d'elle.
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Les larmes lui montÚrent aux yeux, et sa gorge se serra. Elle lisait les pensées de tout le monde, pour savoir à qui elle pouvait faire confiance. Mais elle évitait de le faire avec Shel et Camélia, par respect et par peur de ce qu'elle pourrait trouver dans leurs esprits. Mais savoir que si elle l'avait fait, elle n'aurait trouvé que de l'amour, la réconfortait bien au-delà de tout ce que Shel lui avait montré jusque-là .
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Elle aurait voulu regarder ces petits moments de vie à l'infini, mais VLAM !
La voici en haut d'une tour. La Tour d'Astronomie. Elle jouait son propre rÎle, fixant avec une nostalgie anticipée les étoiles qui s'allument une à une dans le ciel. C'était une nuit chaude, probablement de juin. Ses mains, qui se croisaient sur le balcon, étaient un peu différentes de celles auxquelles elle est habituée, elle n'aurait pas su dire comment. Elle le savait : c'était sa derniÚre nuit à Poudlard. Et elle était terrorisée.
Le chĂąteau avait Ă©tĂ© son second foyer, aprĂšs le manoir Selwyn, bien qu'elle soit restĂ©e Ă Poudlard plus longuement qu'au manoir. Elle y avait ses plus beaux souvenirs â ses seuls beaux souvenirs. Elle y avait ses meilleurs amis. Elle y avait ses repĂšres. Elle savait exactement quels escaliers emmĂšnent oĂč. Quelle salle appartenait Ă quelle prof, en fonction des jours et des horaires. Vers quel date le Lac Noir se rĂ©chauffait et oĂč on pouvait s'y baigner.
Ses camarades étaient enthousiastes à l'idée de quitter l'école. Ils avaient envoyé leurs dossiers aux différentes universités les yeux brillants. Cassandra était certaine qu'elle aura une place dans la double licence potionnologie-alchimie de l'Université de Londres, ses notes étant excellentes. Mais elle avait du mal à se réjouir.
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Dans un instant de lucidité, elle se souvint que tout cela est imaginé par Shel. Mais c'était crédible, et réaliste. Que fera-t-elle aprÚs Poudlard ? Cette question lui semblait bien loin, mais elle s'approchait à la vitesse de la lumiÚre, elle qui entrerait en cinquiÚme année à la rentrée et pour qui l'arrivée des BUSE était déjà un bond colossal dans l'avenir.
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« Cassie ! On a la bouffe ! »
Â
Elle se retourna. Shel et Camélia, également ùgés de dix-huit ans, lui faisaient face, les bras remplis de nourriture volée aux cuisines. Des petits pains, des gùteaux, des fruits. L'idéal pour un pique-nique nocturne, pour célébrer leur derniÚre nuit à Poudlard. Elle n'avait jamais été si triste et si heureuse à la fois.
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« On se voit bientÎt de toute façon, pour la visite de l'appart ? sourit Camélia, entre affirmation et question.
-         Ouais ! J'espÚre qu'il sera aussi bien sur les photos qu'en réalité. »
Â
Cassandra fut touchĂ©e qu'il les imagine en colocation Ă l'universitĂ©. C'Ă©tait Ă©galement son souhait le plus cher, mais vivre seule lui semblait Ă©galement ĂȘtre une bonne façon de rentrer dans le monde adulte.
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« Et si ça marche pas, si on est pas pris dans des universitĂ©s au mĂȘme endroit ? souffla-t-elle, ignorant s'ils pouvaient l'entendre.
-         Dans ce cas, on se parlera plus jamais et on regrettera toujours ces moments fantasmĂ©s oĂč on pique-niquait Ă 200 mĂštres de haut.
-         Ah ? » s'horrifia Cassandra.
Â
Camélia éclata de rire.
Â
« Je déconne ! On se verra tellement souvent qu'on en aura marre.
-         J'en ai déjà marre de toi, blondinette, plaisanta Shel.
-         ArrĂȘte, je sais que je vais te manquer tous les jours si on a pas la coloc. »
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Le trio rit, puis soupira en admirant les Ă©toiles. Elles Ă©taient Ă son image. Perdues dans un ocĂ©an de tĂ©nĂšbres, mais obstinĂ©ment lumineuses, refusant de laisser la nuit aussi sombre qu'elle aurait dĂ» l'ĂȘtre.
Cassandra se blottit contre ses amis, dans un silence réconfortant.
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Peu importait, aprÚs tout, s'ils vivaient ensemble ou non aprÚs Poudlard. Peu importait, s'ils se voyaient souvent. Cassandra saurait que Shel et Camélia existaient, qu'ils pensaient à elle et qu'ils l'aimaient. Et que si elle proposait qu'ils se voient, ils accepteraient toujours avec enthousiasme. Avec eux, elle serait éternellement cette adolescente joyeuse et aimée au sommet de la Tour d'Astronomie. Grandir avec eux, c'était finalement ne pas grandir.
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VLAMÂ !
Lorsque Cassandra rouvrit les yeux, elle n'était plus dans la Tour d'Astronomie. Elle n'était plus dans le néant. Elle était dans le faux lit de Shel, dans la Salle sur Demande, et son ami était allongé à cÎté d'elle, l'air épuisé.
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« Ăa va ? » demanda-t-elle.
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Le Serdaigle hocha la tĂȘte.
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« C'est fatiguant, mais j'ai bien réussi à te montrer ce que je voulais. »
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Cassandra se mordilla les lÚvres, se retenant de pleurer devant tout l'amour qu'il avait prouvé à travers ces scÚnes. Shel n'était pas démonstratif, tout comme elle, mais sa loyauté la bouleversait.
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« Alors, tu ne penses pas que je suis quelqu'un de mauvais ? »
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Il sourit et se redressa.
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« J'ai lu un bouquin, il y a pas si longtemps. C'était une biographie de Harry Potter. Et son parrain, c'était Sirius Black. Né dans une famille puriste qu'il a quittée dÚs qu'il a pu, parce qu'il détestait leurs idées. »
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Cassandra hĂ©sita. Ce n'Ă©tait pas la mĂȘme chose. Elle n'Ă©tait pas partie volontairement. L'aurait-elle fait ? Probablement pas. Comment aurait-elle entendu un son de cloche diffĂ©rent, comment aurait-elle pu entendre la vĂ©rité ?Â
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« Et Potter raconte qu'au moment oĂč la guerre a commencĂ© Ă faire rage, il Ă©tait trĂšs souvent en colĂšre, contre tout le monde, il repoussait tous ceux qui l'aimaient, et il en Ă©tait arrivĂ© Ă croire qu'il Ă©tait une mauvaise personne. Et Black a sorti cette citation, que je trouve trĂšs belle : « Tu n'es pas quelqu'un de mauvais. Tu es quelqu'un de bien Ă qui il est arrivĂ© de mauvaises choses. Dans le monde il n'y a pas que d'un cĂŽtĂ© les bons, et de l'autre les Mangemorts, il y a une part de lumiĂšre et d'ombre en chacun de nous. Ce qui compte c'est celle qu'on choisit de montrer dans nos actes, ça c'est ce que l'on est vraiment. »
Cassandra sourit. Bien sĂ»r que Shel avait retenu la citation par cĆur, sĂ»rement aprĂšs l'avoir lue une seule fois seulement.
Elle s'imagina en étoile, lumineuse dans l'obscurité. Elle s'imagina moitié ombre, moitié lumiÚre, avec une démarcation au milieu, ressemblant à un axe de symétrie.
Â
« Mais, tu sais. Parfois, j'ai des pensées. Puristes. Enfin... C'est ce que Camélia m'a reproché. Elle t'a dit. Je trouve qu'elle avait raison.
-         Camélia est allée trop loin, mais il faut la comprendre. Elle m'a dit qu'elle ne savait plus qui tu étais.
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Je ne sais plus trĂšs bien qui je suis non plus.
-         Ăa arrive. »
Â
Shel se leva, et se tordit les mains, l'air hésitant.
Â
« Tu sais, les pensées ne sont que des pensées. Garde ça à l'esprit. à part toi, personne ne les lit, les pensées. On s'en fiche.
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Il y a d'autres Legilimens.
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Tu as compris ce que je voulais dire.
-         Oui. »
Â
Ils sortirent de la Salle sur Demande, aprÚs un dernier regard à la fausse chambre de Shel, et descendirent les escaliers en silence. Il y avait tant à dire qu'ils ne disaient rien. Ils se dirigÚrent vers la Grande Salle. Cassandra s'étonna qu'il la suive jusqu'à la table des Poufsouffle :
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« Tu manges avec moi ?
-         T'inquiÚte, Camélia s'est calmée. Elle n'attend que que tu t'excuses, sincÚrement. »
Â
Cela semblait plutÎt facile à faire. Mais Camélia n'était pas la seule personne à qui elle devait formuler des excuses.
Â
-*-
Â
Le lendemain, au petit-dĂ©jeuner, Cassandra alla Ă la table des Gryffondor presque Ă reculons. Le cĆur battant, elle se glissa prĂšs de Laurie et Jane.
Â
« Salut.
-         Tu veux quoi, Selwyn ?
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Euh... Dire pardon.
-         Ah ouais ? s'étonna Jane.
-         Oui. Ce que je vous ai dit était injustifié, stupide, et puriste. Je ne le referai plus. Désolée. »
Â
Les deux filles s'interrogĂšrent du regard, avant de fixer Cassandra Ă nouveau. Elles semblĂšrent attendre quelque chose en plus, ce qui fit paniquer la Poufsouffle. Mais elles finirent par hocher la tĂȘte.
Â
« Ouais, j'espÚre bien.
-         En mĂȘme temps, bon, Ă©levĂ©e par des gens comme ça, faut bien qu'il y ait des traces. T'inquiĂšte, ça roule, Selwyn. »
Â
Elle se força Ă sourire, bien que la remarque sur ses parents l'ait irritĂ©e. Elle battit en retraite, et tourna autour de la tablĂ©e rouge et or sans oser aborder CamĂ©lia. Celle-ci finit mĂȘme par l'interpeller.
« Bon, Cassandra, je te vois tourner depuis dix minutes, si tu as quelque chose à dire, dis-le ! »
Â
Son ton Ă©tait acerbe, mais il y avait une vĂ©ritable attente dans ses yeux. La Poufsouffle ne voulait pas que leur conversation ait lieu au milieu du bruit des discussions, des couverts contre les assiettes et des battements d'ailes des hiboux qui apportaient le courrier. Aussi, elle indiqua Ă CamĂ©lia de la suivre. Ce qu'elle fit â et c'Ă©tait bon signe.
Â
La Gryffondor croisa les bras, tĂȘte penchĂ©e sur le cĂŽtĂ©, l'air sĂ©vĂšre. Cassandra prit une grande inspiration.
Â
« Je me... suis excusée auprÚs de Laurie et Jane.
-         Oh. Bien. »
Â
Le silence s'éternisa. Cassandra paniquait : n'était-ce pas une horrible maniÚre de commencer ? Camélia n'allait-elle pas croire qu'elle ne s'était excusée uniquement pour regagner son amitié ?
Â
« J'ai fait ça parce que j'ai compris à quel point ce que j'ai dit craignait. C'est, ouais. Comme tu l'as dit, puriste. Je suis un peu débile. Je me disais que comme y'avait pas d'insulte dedans, c'était ok. Mais genre... »
Â
Ătait-elle en train d'empirer la situation ?
Â
« J'apprends tous les jours. Et c'est grĂące Ă vous. Je... je sais pas exactement si... Je veux dire, c'est pas facile, vraiment. Je sais pas comment tu as fait, toi. Ăa m'Ă©tonne toujours, quand je me dis que tu as grandi en entendant les mĂȘmes trucs que moi, et finalement, tu t'es tout de suite dit « non, c'est faux ». Genre. Tu as un sacrĂ© courage. »
Â
Camélia esquissa un sourire.
Â
« Je n'ai pas entendu les mĂȘmes choses que toi. Pardon, Cass, mais tes parents tuaient des Moldus et des NĂ©s-Moldus. Ils disaient qu'ils volaient la magie et qu'ils devaient ĂȘtre asservis. ThĂ©orie du complot, genre. Les miens sont hardcore, mais pas Ă ce point. Et ils Ă©taient pas sur mon dos H24. J'ai pu penser par moi-mĂȘme assez tĂŽt.Â
Â
Cassandra fixa ses pieds. Il lui faudrait du temps pour admettre que ses parents étaient les monstres que tout le monde voyait. Elle sentait encore leurs cùlins et entendait encore leurs « je t'aime ».
Â
« Et je comprends que tes parents t'aient aimĂ©e, je remets pas ça en question. Ils t'ont mĂȘme mieux aimĂ©e que les miens. Et c'est pour ça que c'est aussi dur. Je peux pas exactement savoir, mais j'imagine. »
Â
Parfois, il lui semblait que Camélia pouvait également entendre ses pensées.
Â
« Allez, viens dans mes bras au lieu de rester plantée là . Si tu veux bien, évidemment. »
Â
Cassandra ne se le fit pas dire deux fois, et plongea contre sa meilleure amie. CamĂ©lia Ă©tait un peu plus grande qu'elle, et elle se sentait protĂ©gĂ©e. Elle ferma mĂȘme les yeux.
Â
« Shel m'a raconté ce que tu lui avais demandé de faire. La vache, Cassandra, tu as vraiment pris ça au sérieux !
-         Ben... je voulais savoir qui j'étais vraiment.
-         Qui tu es vraiment ? sourit la Gryffondor. Une blairelle. Une adorable personne. Ma meilleure amie. Quelqu'un d'assez courageux pour remettre tout ce qu'on lui a appris en question. Franchement, si tout le monde était comme toi, ça irait mieux sur Terre.
Â
Cassandra sentit Ă nouveau les larmes monter. Elle s'accrocha Ă son amie, le sourire aux lĂšvres. Elle voulait la croire. Elle la croyait.
Â
« Allez, viens, on a Ătude des Moldus. J'espĂšre que t'es quand mĂȘme prĂȘte Ă dĂ©fendre tes opinions, parce qu'il est hors de question qu'on passe un mois Ă bosser sur des hoverboards.Â
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Je sais mĂȘme pas ce que c'est...
-         Moi non plus. »